The Witch

witch1Halloween 2016. En cette belle et douce soirée du 31 octobre, alors que j’attendais patiemment que quelques bambins viennent frapper à ma porte afin de récupérer de modestes friandises, que je leur aurais données car, des bonbons ou des farces, de nos jours, parfois ça veut dire file moi un paquet de Snickers ou je te ruine tranquillement ta bagnole, je me suis enfin décidé à visionner ce phénomène que l’on a régulièrement présenté comme étant le symbole du renouveau du cinéma horrifique contemporain : le très attendu The Witch. N’ayant pas vu un seul kid déguisé se pointer à la maison (enfin, si je n’avais pas oublié de déverrouiller le portail de la cour, j’en aurais peut-être aperçu) je me suis plongé en plein cœur de la Nouvelle-Angleterre du XVIIème siècle afin de m’intéresser de plus près à cette étrange histoire de sorcellerie…

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« C’est ici le casting pour « Le Village » de M. Night Shyamalan ? »

Porté en triomphe par la presse spécialisée, bénéficiant d’un bouche-à-oreille favorable auprès des fans, les qualificatifs concernant l’oeuvre de Robert Eggers ne manquent pas. Malgré une légère réticence de quelques passionnés, c’est en relisant le dossier d’un célèbre magazine que je ne nommerais pas, mais dont le nom commence par Mad et se termine par Movies que, la bave aux lèvres et la goutte au… bref, plein d’enthousiasme, j’insère le fameux DVD dans mon lecteur afin de découvrir cette péloche tant estimée. M’attendant à recevoir une gifle prompte à me déplacer les cervicales, je me suis finalement retrouvé avec un petit torticolis. C’est bête, pour s’assoupir, ce n’est pas top un canapé…

« C’est beau mais on s’emmerde, hein oui ? « 

Jeune cinéaste dont c’est le premier long-métrage, Robert Eggers va volontairement tout miser sur la beauté de ce qu’il va porter à l’écran. Grâce à, il faut le reconnaître, une superbe photographie signée Jarin Blaschke, Eggers va soigner sa réalisation et tenter une mise en ambiance réaliste au plus près du sujet qu’il aborde, de façon très sérieuse, pour les besoins de son œuvre. Si l’atmosphère qui émane de The Witch est une franche réussite, on ne compte plus les plans travaillés et franchement très jolis, c’est désertique, glacial, sombre, et l’on sent d’emblée que les différents protagonistes ne ressortiront pas indemne de cette terrible aventure, faire un film très contemplatif, c’est bien, mais pour ne pas perdre le spectateur en cours de route, il faut quand même qu’il y est un minimum de rythme. Doté d’un scénario cousu de fil blanc et pour le moins paresseux, écris par Eggers himself, l’histoire nous propose pourtant un superbe concept, en l’occurrence, la transformation de la jeune Thomasin en créature de Satan, qu’il traitera de façon assez soporifique. Certes, on comprend très vite que l’on ne va pas être dans le très explicite, mais ça, ce n’est pas le plus gênant. Pour l’exemple, un chef-d’oeuvre tel que le Rosemary’s baby de Polanski n’est pas une bande balancée à cent à l’heure, ce qui ne nuit en rien à son efficacité. Mais même si l’on prend en compte que tout un pan du ciné d’épouvante actuel fonctionne souvent sur des bases assez mécaniques, merci Jason Blum, il garde tout de même un minimum de dynamisme, ce qui est loin d’être le cas de ce conte empreint de magie noire. Eggers se contente de nous tendre une magnifique carotte, de nous la faire sentir (je vous vois venir…), mais plutôt que de faire en sorte de nous la faire effleurer du bout des doigts de temps à autre, il va magistralement la faire disparaître, ce qui malheureusement crée un certain blocage pour s’immerger dans le récit. Alors oui, c’est beau, mais c’est horriblement chiant… Heureusement, quelques scènes viennent tout de même nous sortir un tout petit peu de notre torpeur, telle la séquence de possession du jeune fils de la famille assez bien construite dans la mesure ou, pour une fois, elle est conçue pour nous faire entrevoir ce que l’on ne nous montrera jamais, ou encore, un final assez prévisible mais plutôt bien maîtrisé. C’est déjà ça…

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Elle ne vous fait penser à rien cette (s)cène ?

C’est en grattant un peu, en fait non, car on nous le balance avec la finesse digne d’un produit d’exploitation se voulant quelque peu auteurisant, que l’intérêt de The Witch se montre sous ses meilleurs atours. Dénonçant très clairement les effets dévastateurs du puritanisme extrême et les méfaits d’une forme de catholicisme exacerbé, à voir les conséquences dévastatrices qu’aura la religion sur la cellule familiale, tout laisse à penser que le réalisateur condamne très ouvertement le fait que les croyances, quelles qu’elles soient, ont finalement une influence quasi sectaire, propice à la destruction de l’être que Dieu aurait imaginé à son image. Pour espérer une pseudo place dans les cieux au côté du divin, un parent serait prêt, s’il le faut, à lui sacrifier la chair de sa chair. On est en droit de se dire que, à cette époque, le manque de culture pourrait être à l’origine d’un pareil blasphème, car hormis l’esprit saint, c’est évident qu’ils n’avaient pas grand-chose en quoi se raccrocher en ces temps anciens. Mais en y regardant bien, on se rend compte qu’au XXI ème siècle, même si elle prend une forme parfois différente, la croyance céleste continue insidieusement de faire des ravages car, pour un grand nombre d’illuminé, elle sera (mal)interprétée et utilisée de manière extrême. Evolution… quand tu nous tiens…

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« On m’a mentiiiiii ! Ce n’était pas le casting du Village !!! »

Le rapport, toujours ambigu, entre les membres de la fratrie de The Witch reste de surcroit assez malsain. Entre un père, qui n’hésiterait pas à envoyer sa fille au bucher si un quelconque tribunal inquisitoire trouvait chez la belle un signe émanant du démon, un jeune fils qui, déjà, porte sur ses petites épaules de bien trop lourdes responsabilités envers les siens et qui, secrètement, rêve de s’enfiler sa grande sœur à la puberté naissance, une paire de jumeaux qui passe leur temps à causer avec un bouc, ainsi qu’une mère qui semble avoir complètement perdu la raison, je ne vous raconte pas l’ambiance lors des repas du samedi soir en famille…

Pour donner vie à ces étranges relations entre les personnages, ce qui constitue fondamentalement l’un des points forts de l’oeuvre parce que, pour ladite sorcière, il faudra se contenter de modestes apparitions furtives d’une vieille courant cul nu dans les bois, Eggers va pouvoir compter sur un casting de qualité. La douce Anya Taylor-Joy, à peine 20 ans lors du tournage, est d’une justesse incroyable dans le rôle de Thomasin, cette innocente personne qui sera bientôt pervertie. Le très bon Ralph Ineson (vu dans From Hell et pas mal de série télé), est parfait dans la peau de ce courageux papa aveuglé par les commandements divinatoires, et le tout jeune Harvey Scrimshaw (Caleb), est incroyablement à l’aise avec la composition de son interprétation pourtant pas évidente…

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« Oui, oui, oui, je suis la sorcièèère, j’suis vieille, j’suis moche, j’suis une mégèère  » (copyright Le Grand Orchestre du Splendid)

Si le film de Robert Eggers possède des qualités visuelles indéniables, la narration globale de l’oeuvre reste tout de même le gros bémol du métrage. Malgré des aptitudes intéressantes de la part des acteurs, c’est tout de même assez difficile d’adhérer pleinement à cette histoire ou, au final, il ne se passe pas grand-chose de transcendant. Au vu de l’élogieuse façon dont The Witch a été présenté, j’attendais peut-être un peu trop de la première mise en scène de Robert Eggers, car le méga hit que j’espérais tant c’est pour ma part transformé en un beau pétard mouillé. Je ne dirais pas que The Witch est un mauvais film, loin de là, mais il reste relativement anecdotique, ce qui est davantage accentué grâce (à cause?) de la réputation qui le précède. Une bande pas vraiment essentielle qui ouvre, tout de même, des perspectives sur lesquelles il est bon de garder un œil quant aux projets à venir de Robert Eggers et de la talentueuse Anya Taylor-Joy. Mais ça, c’est l’avenir qui nous le dira…affiche-the-witch

THE WITCH

Robert Eggers – Etats-Unis et Canada – 2015

Avec : Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie, Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson, Julian Richings, Bathsheba Garnett, Sarah Stephens…

Tom

Né à l’aube des glorieuses 80′ à même la moquette de l’arrière-salle d’un vidéoclub, c’est par le biais de nos mythiques VHS que j’ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l’éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que…) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire. Je vous contamine ?

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2 réponses

  1. Roggy dit :

    Alors que je ne m’attendais à pas grand chose, j’ai été vraiment pris par l’ambiance très sèche (c’est vrai) du film. Ce qui reflète bien pour moi le contexte historique. Je trouve le film assez flippant (notamment la disparition du bébé) et les images magnifiques. Jusqu’à la fin très réussie à mon sens. Ca a vraiment fonctionné pour moi 😉

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