Darkness

h08 darkness 21En provenance des Etats-Unis, une famille on ne peut plus ordinaire s’installe dans une belle maison située dans un village près de Barcelone. Peu de temps après leur emménagement, d’étranges phénomènes vont se produire…

Je suis de ceux qui, à la toute fin des années 90, se sont réjouis du retour en force du cinéma horrifique espagnol. En grand fan devant l’éternel des péloches ancrées dans le genre estampillées Espagne/Italie, ma seule préoccupation fut d’en découvrir la qualité. Allait-on nous proposer du bas de gamme indigeste, du réchauffé, ou allions-nous être surpris par un éventuel nouveau courant cinématographique provenant d’un des pays européens les plus latin ? Après avoir visionné La Secte sans nom, parler de surprise serait inapproprié. Los sin nombre, son titre original, fut pour ma part un émerveillement, une véritable claque, voir même un méga uppercut à m’en décrocher la mâchoire tellement je ne m’étais pas préparé à recevoir un tel coup. Le jeune, mais déjà très grand Jaume Balagueró, devint définitivement pour moi le Messie d’un nouveau fantasme pelliculaire en provenance de la péninsule ibérique, et ce n’est pas la vision de Darkness qui allait me prouver le contraire…

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Ah Anna….I wanna do bad things with you…

Pas encore tout à fait remis du choc provoqué par le premier chef-d’oeuvre du futur coréalisateur de Rec, j’en ai encore d’ailleurs mal au menton, les premières minutes de Darkness me rappellent à bon escient que le Catalan est un véritable maître de la mise en ambiance. Une fois que la présentation des personnages et des lieux sont faites, Balagueró ne tergiverse pas et nous plonge en abîme sans attendre, comme en témoigne cette hallucinante séquence de transition. Cette unité familiale en apparence tout ce qu’il y a de plus banale, un couple et ses deux enfants, en l’occurrence une ado et son jeune frère, prénommé Paul, qui viennent de s’installer dans une énigmatique demeure, donne une sympathique fête où tout le monde semble prendre beaucoup de plaisir à se retrouver, échanger, et passer un agréable moment. Puis, Paul s’éloigne pour aller faire de la balançoire. Sa sœur le rejoint. Par un subtil mouvement, la caméra de Balagueró filme ladite réception, pures images de bonheur, puis enchaîne rapidement sur un plan fixe du visage du gamin. Ses yeux, cernés, reflètent un regard inquiet, presque absent. En parallèle, d’imposants nuages arrivent à l’horizon et chassent un soleil jusque là omniprésent. Le petit garçon n’est plus là, et l’on contemple de nuit le siège de la balancelle oscillant sous un déluge de pluie. Ce passage, imparable, nous fait brusquement basculer dans la pénombre. La lumière symbolisant le bien laissant place à l’obscurité caractérisant le mal. Jaume vient de nous lancer un avertissement car à partir de ce moment, son Darkness peut commencer. Magnifique.

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« Euh…à mon avis, je me suis planté, c’était pas la piqûre de vitamines… »

Après cette somptueuse introduction, l’intrigue se met en place et, comme toujours chez Balagueró, la psychologie des personnages joue un rôle important, si ce n’est déterminant dans le déroulement de ce qui va suivre. Aidé, il est vrai, par un casting de haute volée, le père, interprété par le très bon Iain Glen, va être le premier à être mis en évidence. Atteint d’une maladie affectant sa santé mentale, ce dernier change de comportement et devient de plus en plus inquiétant. Il semble devenir le protagoniste le plus incontrôlable, celui par qui tout peut arriver. Toutes proportions gardées, il n’est pas sans rappeler le Jack Torrance du Shining de Kubrick. Arrive ensuite la fille aînée Regina, sous les traits de la toute mimi Anna Paquin, l’impelotable Malicia dans les X-men de Bryan Singer. De par sa force de caractère et son ouverture d’esprit, Regina, à défaut de devenir l’héroïne d’un métrage trop sombre pour en avoir besoin, va être celle qui cherchera à résoudre et solutionner le problème machiavélique lui faisant face. Avec le frérot devenant la clé du mystère et le grand-père dans un rôle où on ne l’attendait pas, la fusion des différentes personnalités devient concordante et entérine un peu plus les chances de se voir proposer une résolution heureuse de l’histoire.

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« Belles, belles, belles commeeee le jourrrrr ! » (copyright Claude François)

Par le biais d’une mise en scène aussi maline que grandiose, le réalisateur condamne ses personnages et nous emmène aux plus profonds de la noirceur de ce qu’il porte à l’écran. La bâtisse maudite, qui sera témoin d’événements aussi indéfinissables que stupéfiants, est présentée comme une entité à part entière. Le sous-texte religieux et satanique est insidieux et imprègne le scénario de façon crépusculaire. Gratifié par un terrifiant final en apothéose, l’ami Jaume met en lumière la victoire du mal sur le bien avec un brio assez extraordinaire.

Véritable film de trouille, Darkness confirme tout le talent de Balagueró qui, à ce moment, n’en est qu’à sa deuxième mise en scène, et marque au fer rouge un cinéma de genre qui se fera une spécialité de nous proposer de pures œuvres fantastiques aussi intenses que soignées. De plus, grâce à l’impulsion donnée par la Fantastic Factory et quelques génies reconnus du septième art, le mexicain Guillermo Del Toro en autres, d’autres talentueux artisans se faufileront dans la brèche ouverte par le prodige catalan. Tant mieux, car les futures péloches à venir, qui vont grandement contribuer à bâtir une nouvelle vague cinématographique, aussi Fragile soit-elle, directement issu du pays d’Amando de Ossorio, sentent bon les chefs-d’oeuvre absolus.darkness1

Darkness

Jaume Balagueró – Espagne – 2002

Avec : Anna Paquin, Lena Olin, Iain Glen, Giancarlo Giannini, Fele Martínez, Stephan Enquist, Fermí Reixach, Francesc Pagés et Craig Stevenson…

 

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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