Gérardmer 2017

Clown (Jon Watts, 2014)

Un homme sans histoire voit son quotidien basculer le jour où il enfile un costume de clown pour égayer l’anniversaire de son fils. Ne parvenant plus à l’enlever, il constate avec horreur qu’il commence à se transformer…

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VAL LE BLOND : Une petite gourmandise horrifique pour débuter le festoch ? Mais avec grand plaisir ! Sur un postulat très simple et qui tient sur une boite de Tic-Tac (à la menthe) le jeune Jon Watts réalise un premier métrage plutôt cool, et qui a le bon goût d’être un film de monstre (très bon choix). L’histoire nous raconte la déchéance physique et psychologique d’un homme qui se transforme en clown (ne faites pas les surpris, c’est le titre du film). Et pour un premier essai, c’est plutôt de la bonne came ! Le gus ne réinvente certes pas le fil à couper le beurre (ni la bombe aérosol ou l’hydravion d’ailleurs) mais son Clown se visionne avec plaisir. Il s’agit d’une bobine classique et respectueuse du genre dans lequel elle s’inscrit, apportant sa petite pierre à l’édifice sans prétendre avoir la plus longue, et c’est très bien comme ça. Si le personnage principal porte le film sur ses épaules, les maquillages restent bien sûr l’intérêt majeur de la pelloche. La métamorphose, progressive et parfaitement restituée fait plaisir à voir. Les effets spéciaux sont vraiment chouettes, les maquillages crédibles et certaines séquences de transformation en go-motion font leur petit effet (ainsi que de gros clin d’œil au boulot de Rick Baker sur Le Loup-garou de Londres). Petit bémol, le stade ultime de la transformation se révèle un poil décevant et ne convainc pas des masses. Pas grave dirons-nous, cela ne concerne que quelques plans du grand final. Cette réinterprétation de la figure du lycanthrope réserve quelques scènes franchement marrantes, le ton balance souvent entre l’horreur et l’humour (noir) sans que l’entreprise ne soit bancale. La volonté d’ancrer cette malédiction dans le réel (via des légendes et des écrits anciens) est une vraie bonne idée, tout comme la violence surprenante de certaines scènes, nous rappelant ainsi que tout peut arriver ici. La présence de Peter Stormare dans le rôle d’un vieux chasseur de démons est la petite cerise sur le sommet du gâteau. Un bon petit film, loin d’être aussi pourri que son titre pouvait le laisser présager… « Clown » ? Mais oui, bordel de merde, quelle idée brillante !

MIGHTY MATT : C’est un sentiment bien étrange qui m’envahit lors de la projection de ce film. Je retrouve un copain pas vu depuis bien trop longtemps, je m’assois dans cette salle qui n’a pas vu la couleur de mon cul depuis pas moins de trois ou quatre ans (déjà ?!). Rien à faire cette histoire d‘un type qui ne parvient pas à retirer son costume de clown récupéré dans une malle poussiéreuse me fait un drôle d’effet. Tout me semble incroyablement téléphoné. Il me faudra une petite demi-heure pour me souvenir que j’ai déjà maté cette pelloche un soir pluvieux dans mon canapé. Je comprends rapidement pourquoi j’avais oublié ce Clown. Le potentiel à la fois amusant et oppressant du projet se noie dans un rythme incroyablement mauvais. Il ne se passe pas grand-chose là-dedans. Le seul intérêt de ce métrage réside dans l’évolution progressive du monstre, jusqu’à sa forme finale qui aurait tout pour plaire si elle n’était pas entièrement gérée en CGI. Bref, aussitôt revu, aussitôt oublié, mais qu’importe c’est le premier film d’une longue série et voir une bobine  pas prise de tête avec les copains pour entamer un festoche, c’est jamais foncièrement négatif.


Sam was here (Christophe Deroo, 2016)

Un commercial fait du porte à porte dans le désert. Coupé du monde, il sent une menace sourde grandir alors qu’il reçoit d’étranges messages d’insultes et qu’une mystérieuse lueur rouge brille dans le ciel.

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VAL LE BLOND : Sam was here est le genre de pelloche qui fait la maline, la première de la classe qui lève la main à chaque question du prof et qui se fait voler son goûter à la récrée. Il s’agit d’une petite prod’ arty pas désagréable en soi mais qui se révèle parfois agaçante à trop vouloir être cryptique. Dès les premières minutes, impossible de ne pas songer à Quentin Dupieux et à son Rubber : il s’agit d’un film français shooté dans le désert Californien, avec un casting réduit au minimum syndical et dont le pitch reste fort mystérieux. Sauf qu’ici, Christophe Deroo ne parvient pas à séduire autant que le pneu serial killer de Dupieux, qui se révélait envoûtant et vraiment drôle de par sa gratuité. Sur Sam was here, la beauté des plans ne suffisent pas à pallier une certaine vacuité prétentieuse. Et malheureusement, quelques séquences frisent l’ennui. Même armé de bonne volonté, on aimerait quand même que le Sam fasse autre chose que de tourner en rond dans ce putain de désert. Vraiment dommage, parce que le métrage reste somme toute intriguant et parvient à instaurer un vrai malaise, en particulier grâce à ces messages menaçants que reçoit le héros ou à ce sentiment de perdition qu’évoque la quasi absence d’êtres humains. Une chouette ambiance, amplifiée d’ailleurs par la photogénie naturelle des paysages. Il aurait été à mon sens simplement plus judicieux d’en faire un court-métrage. Ou alors d’être plus franc du collier et un peu plus limpide dans la résolution de l’intrigue quoi ! La multitude d’interprétations n’est pas une mauvaise chose en soi, mais on reste ici trop dans le flou. Une jolie curiosité, tout au mieux.

MIGHTY MATT : Tout content (et impressionné) d‘être là, le réalisateur Christophe Deroo annonce que son film est un message d’amour à la série culte The Twilight Zone. Les gens sautillent, la lumière s’éteint, le film débute et on attend clairement le zigue au tournant après de telles affirmations. Dans une ambiance à mi-chemin entre Quentin Dupieux (avec un pitch étrange) et Alexandre Aja (dans son remake ultra poussiéreux de la Colline à des Yeux), le film passe plutôt bien. Très bien même. Alors que l’histoire avance tranquillement mais sûrement dans la poussière du désert, son personnage principal intriguant et charismatique nous aide à plonger complètement dans le délire étrange de la bobine. Le gros intérêt du film réside dans sa graduation, car si Sam est bien seul pendant une bonne partie du métrage, quelques rencontres viendront pimenter la chose de façon plus que notable. La tension pesante créée par la solitude et remplacée par la crainte de voir apparaître des personnages violents. En gros au début être seul ça fait peur et quand des gens arrivent, on préférerait être seul. Malin ! Sam was here est assez intelligent dans sa construction puisque l’évolution de son angoisse est très fluide, et pour cause, on s’accroche très facilement (et étrangement)  au protagoniste mystique de l’histoire. On regrettera quelques longueurs et un petit twist tout de même cousu de fil blanc bien qu’un peu étrange mais c’est aussi le jeu quand on cite Twilight Zone et ce genre de références fantastiques dont l’intérêt réside davantage dans la création d’un univers que dans la capacité à faire des twists originaux. Sans être transcendant Sam was here se révèle très efficace et plaisant et me fait comprendre que ça y’est, le festoch’ commence enfin pour de bon ! Youpla boum !


Interchange (Dain Said, 2017)

Le détective Man doit résoudre une série de meurtres rituels. Pour se faire, il va chercher de l’aide auprès d’un ami photographe, lequel semble être doué de pouvoirs paranormaux et de visions.

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VAL LE BLOND : Hem. Là, ça va être un poil difficile pour moi de parler de ce film puisque mon esprit a vagabondé  durant toute la séance, incapable de se fixer sur ce malaisé métrage Malaisien. Bigre, qu’est-ce que c’était chiant ! Peut-être était-ce à cause du jeu d’acteur à la ramasse, de la narration gruyère ou encore des effets spéciaux qui sentent le caca de poney mais impossible, pour mon cerveau, de se concentrer sur ce satané film ! Première réaction, le réal et le scénar’ s’évertuent à singer les ricains, ce qui normalise le métrage et le rend finalement bien peu original. Presque aucun feeling oriental, pas de patte asiatique particulière ou savoir-faire vaguement exotique… C’est vraiment décevant. Et carrément dommage, puisqu’il y avait là un potentiel assez gigantesque, avec toute une mythologie et des créatures étonnantes qui me sont d’ailleurs totalement inconnues. Malheureusement, toutes ces légendes ne sont pas vraiment mises en avant. Pas grand-chose à sauver donc, à part les quelques scènes de crimes ritualisées, esthétiques et morbides, qui mettent en scène des cadavres exsangues dont toutes les veines ont été extirpées du corps. Là, je dois bien avouer qu’on frôle la poésie macabre, du très bon taf. Mais pour le reste, les pratiquement deux heures du bordel ont définitivement eu raison de moi. Impossible d’en dire plus puisque je crois ne pas avoir compris grand-chose. Mais peut-être n’y avait-il rien à comprendre… Je vais donc finir comme un malpropre, en vous balançant à la tronche tous les mots que m’évoquent ce film. Homme-oiseau-en-images-de-synthèses. Matrix. Photos qui bougent toutes seules. J’ai faim. Courses poursuites chiantes. Hum, pas mal cette petite brune au troisième rang !

MIGHTY MATT : C’est un très bon pote qui nous avait fait notre petite feuille de route. Je n’avais pas vraiment pris le temps de jeter un œil sur la programmation, préférant ainsi le laisser faire (comme un gros branleur que je suis) et me laisser surprendre par les films (ça c’est l’excuse bidon pour justifier le fait que je ne me suis pas occupé des résa). On m’avait donc promis avec cet Interchange un mélange de bestiaire fantastique riche et de scènes à la Matrix. Et pourquoi pas hein ? Au final, malgré un début de métrage assez envoûtant avec un côté très exotique et un drôle de bestiau du type homme-poisson-chelou-avec-une-cagoule-et-une-tête-de-truand-sous-la-pluie, le métrage se vautre dans les grandes largeurs. L’intrigue se perd dans ses propres arcs narratifs, ne sachant au final jamais quoi faire de tout ce qui est mis en place. C’est long et pas forcément intéressant. D’autant plus frustrant que pour ma part ces images très graphiques de cadavres suspendus complètement vidés de leur sang et la promesse de fantastique asiatique me laissaient rêveur. Au final, la plus forte émotion ressentie restera ce malaise après l’apparition de 3D mal incrustée et de plans ultra kitschos à grands coups de photos qui pleurent. Sérieux ? Heureusement que le film ne se passe pas à la plage car il est plus que passable ! Ha. Ha.


Rupture (Steven Shainberg, 2017)

Une mère célibataire se fait enlever par une organisation secrète, dont les membres vont lui faire subir d’étranges traitements qui risquent bien de la changer à tout jamais.

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VAL LE BLOND : Un métrage que mes potes ont beaucoup aimé. Personnellement, il m’a laissé de marbre. Déjà, les films de séquestration, c’est juste pas du tout ma came, ça ne me parle pas. Voir des mecs attachés et qui chouinent ne me procure pas franchement de sensations. On a beau avoir la jolie Noomi Rapace en vedette (ainsi que ses petites  fesses rebondies) et dans quasiment chaque plan d’ailleurs, (je ne parle plus des fesses) le schéma plus ou moins immuable de ce sous-genre me fait toujours un peu bailler… On découvre le personnage principal dans son quotidien / il se fait alors enlever, bâillonner et saucissonner puis amener dans un endroit mystérieux et cradingue / là, il se fait torturer gaiement / on passe la moitié du film à essayer de comprendre le pourquoi du comment / et à la fin, notre héros s’évade / générique / on range le pop-corn et on va pisser notre Orangina. À peu de chose près, c’est bel et bien ce que raconte ce film. Rupture a beau être plastiquement chouettos et nous sortir un Peter Stormare de derrière les fagots (et qui est décidément très présent sur la sélection), ça ne prend pas. Et même si l’histoire tente bien d’innover, de se démarquer des petits camarades en intégrant à l’intrigue des personnages mutants (ou aliens, je sais déjà plus, c’est dire si le machin m’a marqué!) rien n’y fait, on reste sur de l’ultra classique. Et moi je baille. Peu de surprises, une histoire à dormir debout et des effets spéciaux franchement décevants, le résultat est sans appel : c’est ultra téléphoné. Et pourtant c’est sans appel. Allez comprendre.

MIGHTY MATT : Mes potes le savent, mettez-moi dans un petit cinéma devant un film de SF au charme un peu chelou avec un parti pris graphique assumé et je suis parti pour discutailler jusqu’au coucher du Soleil. Préparez les boissons énergisantes ! Rupture est clairement l’un de mes coups de cœur de cette édition 2017 du festoche de Gérardmer. Et pour cause, la séquestration science-fictionnelle c’est plutôt mon dada. J’avoue avoir eu quelques craintes après les premières images qui sentaient le low-budget foireux et aseptisé qui se la joue grand film d’horreur moderne en mode sous James Wan. Côté synopsis, la mère de famille qui doit être forte pour son fils après son divorce d’avec le papounet tout ça, tout ça… Mouè… Ça m’emballait pas des masses mais tout devient parfait quand notre protagoniste se retrouve enfin séquestrée dans une prison laboratoire au design bien torché. Séquestration salvatrice ! Oh la belle rouge, oh la belle violette, oh la belle orange (ma couleur préférée) ! Les lumières sont belles. Le personnage principal est bien écrit et crédible car ni trop badass, ni trop victime. L’ambiance anxiogène est maitrisée et Peter Stromare vient même faire un coucou. Salut toi ! Le gros point fort du film, en plus de son univers plastique vraiment géré, j’insiste, c’est le côté collection des salles de torture et le mystère qui entoure ce complexe expérimental. On regrettera cependant vraiment que certains effets spéciaux n’aient pas été travaillés en dur… Enfin, en mou… En latex quoi ! La chose aurait été parfaite jusqu’au bout du bout. Le film ne fera surement pas grand bruit à sa sortie et c’est bien dommage. Mais si vous avez aimé Cube et Beyond the Black Rainbow, enfin, si vous avez tout compris à la vie quoi, checkez bien votre ciné local et si il diffuse ce Rupture, allez-y ! Ce n’est pas un conseil, mais bel et bien un ordre.


The Autopsy of Jane Doe (André Øvredal, 2017)

Lorsque le corps sans vie d’une inconnue est amené à la morgue, d’étranges phénomènes commencent à déferler sur les deux légistes chargés de l’autopsier.

Festival-Gerardmer-MonsterSquad-cinema-bis-autopsy-jane-doe-andre-ovredalVAL LE BLOND : Quel gros kif ! Mon coup de cœur de la sélection, le film que j’ai préféré du festoch’, tout simplement ! Agréable de se laisser embarquer dans une histoire sans trop savoir où celle-ci va nous mener. Le début du métrage sème d’ailleurs le doute quant à la nature exacte du genre de film qu’on visionne. Film fantastique ? Horrifique ? Thriller ? Comédie avec Dany Boon ? (rayez les mentions inutiles). Une petite morgue familiale récupère un cadavre féminin inconnu et les légistes doivent déterminer la raison de sa mort. Plusieurs éléments se révèlent rapidement très suspects (voire carrément incohérents) et les deux médecins, père et fils, vont tâcher de résoudre cet épais mystère, alors qu’une tempête orageuse au dehors commence à déferler sévèrement ! Aha, j’adore les orages et les huis-clos ! J’exulte ! L’histoire est simple, toute la force et l’intérêt du film résident dans son ambiance fantomatique et dans ses personnages, impeccablement écrits et interprétés. Les deux héros sont vraiment attachants et tangibles. Leur relation filiale complice m’a touché et a véritablement résonné en mon for intérieur, moi qui ai été élevé par un père aussi affectueux qu’une chaise en bois. La crédibilité de leur lien implique donc d’autant plus le spectateur dans leurs morbides aventures, c’est fort, c’est beau… et le meilleur n’est pas encore arrivé ! Car finalement, ce pur huis-clos a la bonne idée de débuter comme une enquête policière (avec les différents indices analysés, les hypothèses et les recherches) puis de monter progressivement en tension. La deuxième partie du métrage prend ainsi un virage bien plus horrifique et nous offre avec entrain une variation talentueuse sur le thème de la maison hantée. Et là, je peux vous dire que le spectacle a fonctionné sur moi, j’ai serré les fesses, me suis recroquevillé sur mon siège pendant que ma chère et tendre me broyait la main de peur ! Et bien entendu, j’avais retiré mes moufles… Autopsy of Jane Doe est donc un tour de train fantôme réjouissant, agréable et super frais, à l’ambiance horrifique soignée et aux effets spéciaux magnifiques (les différents cadavres sont plus vrais que nature !). Il donne surtout envie de creuser plus en détail dans la filmographie de ce petit saligaud d’ André Ovredal (Troll Hunter, mais pas que).


Lo Chiamavano Jeeg Robot (Gabriele Mainetti, 2016)

Un bandit sans envergure devient une force de la nature lorsqu’il entre en contact avec un mystérieux liquide. Dès lors, il va apprendre à vivre avec ses nouveaux super-pouvoirs.

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VAL LE BLOND : Autre énorme bonne surprise, ce Jeeg Robot dont je n’attendais vraiment rien du tout et qui se révèle pimpant et super marrant ! Dernier rejeton du (sous) genre « super héroïque pathétique » (auquel on peut rattacher SuperKick Ass, Hancock, Incassable et tant d’autres) le métrage joue donc sur le caractère vaguement loser de son personnage principal. Il s’agit d’un paumé un brin malfrat qui n’a rien d’un super héros mais qui va finir par le devenir, comme dans tous les films cités plus haut. Mais ce Jeeg Robot est un film italien, il apporte donc une petite note latine carrément bienvenue, ce qui l’aide à se démarquer de ses aînés et lui confère un ton un peu différent. C’est par exemple une excellente idée de rattacher à l’histoire une bande de mafieux (qui pourrait être tirés de la série The Sopranos) et d’en faire les antagonistes du film. Comment ne pas jubiler devant Sperme, l’homme de main à la pauvre gueule de cul ou encore face au Gitan, petit chef de gang pathétique qui sort d’une télé réalité de merde (pléonasme) et qui se rêve en célébrité du crime ? Le bestiaire est furieusement délirant et met du baume au cœur. Les ronchons pourraient sans doute objecter que les bad guys sont clairement plus étincelants et charismatiques que le héros. Mais le Joker n’est-il pas plus cool que l’homme chauve-souris lui-même ? N’était-ce d’ailleurs pas ce bon vieux Hitch’ qui disait que « meilleur est le méchant, meilleur sera le film » ? Ben si. Cherchez pas, c’est bien lui. J’ai en tout cas kiffé le film d’un bout à l’autre. On l’appelle Jeeg Robot se révèle être un très cool pastiche, aussi touchant qu’il est drôle ! Vivement le 2 tiens !

MIGHTY MATT : Sorte de Toxic Avenger à la sauce Sundance européenne, Jeeg Robot a beaucoup d’arguments pour plaire, sa générosité notamment, mais vindieu que c’est long. À chaque relance narrative (et il y en a), le film ajoute un élément de scénario et au final on se retrouve devant un film à la fois très léger et incroyablement indigeste. Je dirais même que cette envie d’en faire beaucoup est l’unique défaut du film. Oui, oui. J’ai adoré le personnage principal, sa nonchalance, j’ai été touché par Alessia (enfin non pas vraiment hein, dommage, mais vous voyez), j’ai été convaincu par le traitement de l’univers réaliste, j’ai kiffé l’intrusion du fantastique dans un quotidien médiocre et j’ai ri devant l’humour bien géré du film de Gabriele Mainetti. Mais comme un bout de panini salade coincé entre les dents (c’est agaçant), quelque chose m’a dérangé. À taper dans tous les sens le film perd en force et semble s’étirer encore et encore. Le dernier quart d’heure qui voit le combat final entre le Bien et le Mal est plutôt amusant et le grand méchant est vraiment bonnard mais on a l’impression que le film aurait dû finir quinze ou vingt minutes plus tôt. Peut-être que dans d’autres conditions le film m’aurait d’avantage chamboulé mais dans le cadre d’un festival où on bouffe de la pelloche au kilomètre, ce Jeeg Robot m’a semblé un peu étouffe chrétien. La gestion du rythme, c’est important bordel ! On ne pourra pas dire que le bis italien n’est pas généreux mais si je devais résumer la chose en une phrase : j’ai préféré Super de James Gunn. Les copains n’en reviennent pas, ils ont adoooooooooooooooré, je ne les suis pas vraiment, mais ça nous empêche pas d’enchaîner avec une bonne pizza pour rester dans le thème rital. Même s’ils n’ont pas toujours bon goût, je les aime bien quand même ces petits cons.


The Void (Steven Kostanski & Jeremy Gillespie, 2017)

La soirée de l’agent Carter débutait bien jusqu’à ce qu’il trouve un corps ensanglanté sur le bas-côté de la route et décide de l’amener dans l’hôpital local où il se retrouvera rapidement coincé…

Festival-Gerardmer-MonsterSquad-cinema-bis-the-void-steven-kostanski-jeremy-gillespieMIGHTY MATT : Voilà encore un film dont je ne savais absolument rien puisque je m’étais refusé de mater le moindre trailer avant le festoche. Et là, boum ! Grosse surprise ! The Void est un pur film de maquilleurs, et pas des moindres. Les deux réalisateurs ont bossé sur les monstres des bobines de Guillermo del Toro et si vous êtes sortis de chez vous ces dernières années, vous savez que le type n’est généralement pas avare en bestioles de tous poils. Dans The Void, on sent donc tout l’amour des univers horrifiques des années 80 de Carpenter à Clive Barker mais sans le côté putassier qu’on retrouve actuellement un peu partout. Coucou Kung Fury, salut Stranger Things ! Non, là le film cite ses références en ayant pris le temps de les comprendre et de les digérer. On sent aussi une énorme influence de l’univers du maître Lovecraft et ses bestioles tentaculaires d’un autre monde. The Void dégueule littéralement de bonne volonté et d’envie et même si c’est parfois trop sage on ne peut qu’adhérer avec amour tant la chose semble avoir été réalisée pour le simple plaisir des yeux et le pur bonheur de voir des gloumoutes rampants, des connards violents, des sectes étranges et des plans de l’espace ! Waouh ! J’ai les yeux qui crachent des étoiles ! Véritable offrande aux bisseux amoureux d’angoisse, de monstres en latex et de fantastique au sens large, The Void marche dans les pas d’un Phantasm qui parvenait déjà à son époque à créer un univers cohérent remplis d’éléments fantastiques variés. Vous l’aurez compris, ce film fait clairement parti des immanquables de cette année et à tout pour devenir un petit plaisir qu’on se retape de temps à autres juste pour prendre son overdose visuelle.


David Lynch : The Art Life (Jon Nguyen, Olivia Neergaard-Holm & Rick Barnes, 2017)

Entretiens avec David Lynch, qui revient sur plusieurs périodes de son enfance qui ont modifiées à jamais son destin et façonnées l’artiste qu’il est devenu.

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VAL LE BLOND : On se voit malheureusement obligé de quitter la projection de courts-métrages en plein milieu (ainsi que les copains) pour ne pas louper le début du documentaire sur tonton Lynch, tout simplement immanquable pour moi ! On se magne donc le cul pour traverser la ville, tout en évitant de se péter la gueule dans la neige, et on arrive enfin dans notre salle chauffée, les jambes en compote de pommes. Si la fatigue commence à nous entamer gentiment, on est toujours à bloc ! Après la frénésie des projections de longs-métrages, un petit documentaire sur David Lynch semble être le meilleur moyen d’apaiser nos cervelles sur-stimulées. D’autant plus qu’il se révèle être à l’image du cinéaste lui-même, c’est à dire un brave petit papy à moitié autiste. Le rythme est donc leeeent, la voix-off (de canard) de papy Lynch nous berce, posée et rassurante. Qu’est-ce qu’on est bien ! Tellement bien et détendus que ma chère et tendre se tape d’ailleurs un bon gros roupillon en plein milieu du film ! Et c’est sans doute un des gros points négatifs de The Art Life, si vous n’êtes pas familier de l’univers du bonhomme, vous risquez de vous emmerder sec. Le docu n’est pas vraiment une bio ni un retour sur son œuvre cinématographique (grosse déception), c’est une sorte de voyage dans les souvenirs et les origines du cinéaste, ponctué de séquence qui nous présente le mec dans son atelier. On remonte ainsi à l’époque où il s’est juré de vivre sa vie comme il l’entendait, en artiste, libre. L’ambiance est clairement à la contemplation, on voit notre David bricoler, mettre les mains dans de l’argile, peindre avec les doigts et fumer des milliards de clopes. Pour un fans hardcore comme moi, c’est forcément du pain béni de le voir en action, pour les autres, c’est pas forcément très informatif ni pertinent, puisqu’on revient sur des détails en apparence anodins de son enfance, des images qui irrigueront dans le futur certains de ses meilleurs métrages, qu’il faut donc connaître pour en savourer toute la substance. Pour le reste, c’est quand même dangereusement décousu, le montage volontairement cahoteux alterne les prises de vues sur ses créations plastiques biscornues avec des plans sur lui, statique. On est trop dans l’adoration, les trois réalisateurs kiffent tellement leur sujet qu’ils en oublient un peu les spectateurs… Alors oui, le mec est cool, putain de cool même, mais le voir assis sur une chaise à tirer sur une clope, c’est pas franchement exaltant. Les fans du bonhomme aimeront, les autres peuvent passer leur chemin mais iront donc en Enfer. Ne pas aimer Lynch, c’est finalement ne pas vraiment apprécier la Vie.


Pride & Prejudice & Zombies (Burr Steers, 2017)

Alors que les zombies ont envahi l’Angleterre, la bourgeoisie continue de vivre sa vie mêlant amour, politique, famille et kung-fu !

Festival-Gerardmer-MonsterSquad-cinema-bis-pride-prejudice-zombies-burr-steersMIGHTY MATT : Vous le sentez la grosse bouse qui pue, le délire « of the dead » sans grand intérêt et qui va remplir les étalages des marchands de journaux ? Moi je le sentais, gros comme une maison, et j’allais voir ce Pride and Prejudice and Zombies parce que je n’avais absolument aucune envie de me coucher et qu’il fait toujours plus chaud dans une salle de ciné qu’au bord d’un lac vosgien givré à 23h. Avant la projection, mon voisin de strapontin se gaussait déjà et on se préparait à passer un sale moment qui nous permettrait uniquement de préparer quelques blagues cyniques une fois le générique final atteint. Et bien on avait tout faux. Oh oui. Si le film ne deviendra pas un classique (restons mesurés), il a au moins le mérite de divertir son homme avec générosité. C’est beau, c’est drôle et c’est loin d’être le tâcheron lourdingue auquel je m’attendais mais surtout c’est incroyablement rafraîchissant. La bobine utilise les zombelards avec une certaine finesse et on a l’impression qu’enfin il y a de nouveau une réflexion autour de ces monstres. Ils ne sont plus un simple outil de peur factice mais bien un élément logique qui permet la mise en place d’une intrigue. Alors évidemment, vous vous en doutez, c’est très inspiré du roman quasi-éponyme de Jane Austen, mais c’est adapté avec ce qu’il faut d’humour, de noirceur et de second degré et l’intégration des zombies ne fait pas tâche. On a même le droit à une magnifique scène explicative sur l’épidémie tout en animation type papiers découpés, chose assez rare et toujours appréciable pour être notée. Avouons-le, ce Pride and Prejudice and Zombies, bien que calibré, est assez beau et c’est aussi ça qui le rend agréable. Après avoir été sacrément traînés dans la boue, les zombies retrouvent enfin un peu de vigueur. Ça fait du bien. Bon par contre, le plan badass avec nos sœurettes en mode kung-fu qui dégomment du mort-vivant au ralenti dans un plan Tarantinesque c’était sûrement pas obligatoire mais bon, c’est validé dans les grandes lignes. On ressort donc de la salle rassuré et avec le sourire aux lèvres en prime. On aura pour le coup aucune blague cynique à sortir, et pour ça on est un peu déçus.


Under the shadow (Babak Anvari, 2016)

Téhéran, 1988. Alors que la guerre fait rage et que la ville est en plein bombardement, une mère et sa fille vont subir la malédiction d’un djinn dans leur appartement.

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VAL LE BLOND : Un film de maison hantée Iranien qui m’a laissé un arrière-goût étrange. Son potentiel charme exotique m’a vraiment intrigué (rare que je mate des films d’horreur du moyen-orient !) et sa thématique m’a (initialement) enchantée ! Car les djinns, les démons locaux (un poil génies sur les bords) sont quand même rarement évoqués dans le bestiaire horrifique moderne (tout comme leurs cousines les goules d’ailleurs, au potentiel pourtant énormissime). Bref, j’ai voulu kiffer ce film, j’y ai cru sincèrement. Malheureusement, aucune des spécificités évoquées plus haut ne sont finalement exploitées : le djinn ne se révèle être qu’un vulgaire fantôme et le cadre (Téhéran) un simple décorum. Aucune différence avec n’importe quel film du genre, l’histoire aurait pu se dérouler à Melun nord ou à Katmandou que ça n’aurait rien changé. La seule couleur locale insufflée ici est la guerre qui ravage la ville (le synopsis se déroule en 1988) mais encore une fois, ce n’est qu’un ornement qui ne sert jamais vraiment le film ou sa narration. C’est vraiment con parce que ce film, on l’a tous déjà vu au moins 20 fois par le passé. La réalisatrice semble en effet singer au maximum le cinoch’ américain moderne jusqu’à en reproduire un simple pastiche pas très intéressant (ainsi que ses pires tics, dont les jump-scare moisis). Dommage, car l’interprétation est vraiment bonne, les personnages de la mère et sa fille sont attachants et crédibles (notons aussi que le nounours joue admirablement bien). Quelques scènes au climat oppressant parviennent à agiter un peu le trouillomètre… Mais pour le reste, on est sur du méga classique, qui n’enchantera que les fans hardcore de ce sous-genre.

MIGHTY MATT : Réalisé par un Iranien, Under The Shadow traîne une plutôt bonne réputation et se tape des notes plus qu’honorables sur le net. Je suis toujours curieux quand il s’agit de cinéma fantastique exotique. Entendez par là que j’aime sortir de ma zone de confort et que j’aime me confronter à du cinoche venu d’ailleurs. J’étais donc ravi mais mon sourire est bien vite retombé puisque je n’ai trouvé absolument aucun intérêt dans la péloche. J’y ai vu une repompe des films sauces Conjuring / Insidious dans un emballage oriental, comme si les producteurs s’amusaient à tremper un crucifix dans du taboulé pour faire illusion. Déplacer un concept dans un autre univers est une bonne idée si cela apporte quelque chose mais ici… Non ! Ça ne prend pas. L’image de la femme dans la société iranienne des années 80 est une idée non exploitée et le climat tendu dans ce pays à cette époque n’est pas du tout utilisé dans l’intrigue. L’idée de la guerre n’est pas utilisée non plus, ni comme outil de réflexion ni comme élément permettant au fantastique et à l’horreur de s’installer dans le métrage. On ne comprend pas où le réal veut en venir et ce genre de chose m’agace, comme s’il suffisait d’utiliser maladroitement quelques symboles forts (le voile, la guerre, la féminité, la famille…) pour tenir un discours solide. Non, Under the Shadow m’a laissé complètement indifférent malgré quelques plans plutôt graphiquement réussis comme celui où la mère de famille se réveille et que la caméra s’incline à 90°. Sinon, c’est non, non et non !


The Girl with all the Gifts (Colm McCarthy, 2016)

Le monde a été ravagé par une épidémie et les infectés sont devenus des affamés, incapables de se contrôler.

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MIGHTY MATT : J’ai complètement adhéré dès les premiers instants de ce film; Il faut dire que la première partie du métrage qui prend place dans une base militaire est plutôt sympathique et surtout très mystérieuse. Et j’adore le mystère presque autant que j’aime le cinéma, mais ça ce n’est pas un mystère, j’adore ! Bref, ce The Girl with all the Gifts est un re-visite (encore) du mythe zombie et cette fois ça y’est, on tient de nouvelles idées, de nouveaux concepts et donc de nouvelles pistes. Les morts-vivants reviennent (c’est normal) en force ! Bon, on passera sur le côté un brin manichéen de certains points d’intrigue et sur un mood très humaniste parfois larmoyant mais la réussite de ce film c’est qu’il est capable de nous tirer la larmichette tout en offrant une réflexion sur des concepts assez nouveaux comme la gestion de zombies de seconde génération, les bébés issus de mère zombifiées en pleine gestation. Excellente base pour relancer un délire à la Romero des premiers jours, je prends. Je suis touché et mordu par cette ré-assimilation d’un genre qui était bien mal en point ! Je regrette juste une deuxième partie très calibrée tendance mielleux. On dira qu’on tient ici une bonne base à retravailler.


Terra Formars (Takashi Miike, 2016)

Des repris de justice sont envoyés sur Mars afin de permettre la colonisation de la planète. Sur place d’énormes cafards belliqueux ne l’entendent pas de cette oreille et son bien décidés à défendre leur territoire.

Festival-Gerardmer-MonsterSquad-cinema-bis-terra-formars-takashi-miikeMIGHTY MATT : Avec les films bis foufous japonais, c’est tout ou rien. J’adhère ou je m’endors. Adapté du manga du même nom et réalisé par Takashi Miike, Terra Formars est un pur divertissement déviant nippon. Ça va dans tous les sens, y’a des cafards géants pas très beaux mais ultra-fidèles à ceux des illustrations originales et aussi des super taïkonautes qui se transforment en bestioles cracheuses d’acide et péteuse de flammes. Reposer son cerveau fait souvent du bien en festival et ce genre de bobine est idéal pour ne laisser activer que les fonctions vitales à savoir respirer, ouvrir les yeux et passer un bon moment. Oui Terra Formars est carrément gratos et très souvent bas du front mais ce n’est jamais foncièrement chiant. L’intrigue se suit aisément même s’il est compliqué pour les non-initiés du cinéma nippon de se souvenir des noms et d’identifier les différents personnages surtout quand ces cons se sont tous habillés et coiffés de la même manière. Le métrage se suit dans l’ensemble avec un plaisir extrême et ce sans ralentissements de rythme. Certains combattants sont à mon sens bien trop vite exécutés mais c’est probablement le prix à payer pour que le film reste au taquet de son générique de début à son générique final. Non mais regardez-moi ces plan de combats ultra-badass et ces sessions de tatane contre des insectes géants et surtout, matez-moi ces transitions quand nos protagonistes se transforment en coléoptères et autres saloperies. C’est beau, c’est généreux et ça dégueule de bonne humeur ! On ressort de la projection vraiment convaincus.Comme disent les japonais : me gusta ! Euh…


The Lure (Agnieszka Smoczynska, 2015)

Deux sœurs, sirènes de leur état, se font engager dans un cabaret afin de mettre à profit leur talent de chanteuses. L’adaptation au monde cruel des humains va se révéler difficile pour les femmes poissons, qui semblent d’ailleurs tomber amoureuses du même homme.

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VAL LE BLOND : On entame notre dernière journée avec The Lure, qui s’annonce comme la bizarrerie de la sélection. Il s’agit d’une comédie musicale Polonaise qui met en scène des sirènes… À double tranchant donc : soit on va se bidonner, soit on termine peinard notre nuit, nos délicates fesses enfoncées dans les strapontins moelleux. Pour patienter avant le début de la séance (et pour combattre les températures Vosgiennes matinales), on se paye un thé bien chaud. Ma légendaire gaucherie reprend le dessus, et je me renverse la totalité de mon breuvage sur les cuisses sans trop savoir comment je me suis démerdé. Je me brûle donc comme un connard, j’ai rien à boire et surtout 5 minutes plus tard, j’ai le futal trempé : j’ai donc encore plus froid qu’au départ. Bordel ! Heureusement, le film s’avère être une très bonne surprise et me fait rapidement oublier que j’aurais dû amener un pantalon de rechange. C’est un métrage léger et pétillant, mais surtout, original. On a pas la sensation de l’avoir déjà vu quinze fois auparavant, et ça c’est vraiment cool. Le côté comédie musicale est sans doute trop présent par contre. Il s’agit surtout d’un problème qui concerne le rythme, qui est assez mal géré, les différentes chansons s’enchaînent souvent trop rapidement sans qu’on ait pu les digérer. Cela induit donc une narration qui s’accélère sur la fin pour terminer son histoire dans les temps et surtout une sensation d’avoir loupé une ou deux scènes importantes. Mais l’intention, le plaisir et la bonne humeur qui irrigue le film fini par emporter l’adhésion. La plastique du métrage est acidulée, les chansons sont pop et l’humour pas mal débilos. L’univers représenté est donc coloré, ce qui contraste parfaitement avec les quelques scènes macabres ou gores qui émaillent l’histoire, qui gagnent alors logiquement en force et en noirceur. Les différents effets spéciaux fonctionnent bien et sont esthétiques, les deux sirènes sont plausibles et en jettent un max ! Leur design se révèle intéressant, la petite touche dark lui permet de se démarquer de la figure classique de ces créatures et de les rendre passablement inquiétantes ! Les yeux intégralement noirs, les dents effilées et la queue de silure dégueulasse, excellent, c’est vraiment du beau boulot ! Au final, un bon moment, même si le film n’est pas aussi étrange qu’on pouvait l’espérer et que mon entre-jambes était congelé.

MIGHTY MATT : C’est la fin de festival, les yeux collent aux paupières, l’esprit critique est émoussé, la patience sûrement un peu aussi. The Lure est plutôt sympathique. La transposition d’un univers de conte dans une réalité froide et médiocre a de quoi attiser la curiosité et provoquer la sympathie, avouons-le. Mais le métrage pêche par son rythme en dent de scie et un univers parfois semi-assumé et donc boiteux. La bobine est riche, il y a de l’humour, du fantastique, de l’amour, des chansons, un brin d’érotisme et des passages réellement malsains mais l’ensemble est parfois bien mal fagoté comme un patchowrk pas toujours finement cousu. L’histoire se perd, s’accélère quand elle devrait prendre le temps et s’étire quand il n’y en a pas forcément besoin. J’ai eu du mal a réellement  m’accrocher à ce film moite de par son sujet mais il est clair que l’idée de réinterpréter le mythe de la Petite Sirène était une bonne idée et le résultat n’est probablement pas décevant pour ceux que ça intéresse. Ce n’est pas mon cas. Resterons uniquement gravé dans ma mémoire ces scènes de comédie musicale absurdes de cabaret et le doux visage des actrices relativement convaincantes en plus d’être très mignonnes. Pas désagréable, pas folichon non plus. Plouf.


Realive (Mateo Gil, 2016)

Un jeune homme est atteint d’un cancer incurable. Il décide alors de se faire cryogéniser afin qu’on puisse le soigner dans le futur. Quelques soixante ans plus tard, il revient à la vie.

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VAL LE BLOND : Long-métrage d’anticipation à la petite morale pleine de bons sentiments, Realive ne m’a pas laissé beaucoup de souvenir. C’est très honnête et bien foutu, la photographie est belle bien qu’assez clichée pour ce style de prod (froide et aseptisée, genre le futur c’est tout propre) mais… Cette relecture du mythe de Frankenstein se prend les pieds dans le tapis, se vautre salement lorsqu’il s’agit de nous émouvoir. Oui, l’intrigue nous rappelle qu’on est tous condamné, on va tous crever, ben oui je sais ; être malade c’est triste, vachement triste et surtout les mecs, il faut profiter à fond de la vie hein, parce qu’on va mourir un jour. Du coup, comme c’est vachement triste tout ça, ben on va balancer aux pauvres spectateurs plein de montages d’images nostalgiques sur une musique qui fait pleurer excessivement. Plus grossier comme procédé, tu meurs ! Plus guimauve et sucré que Realive, on devient aveugle.

MIGHTY MATT : La petite-fille de Charlie Chaplin et une ancienne miss méteo sont dans un film de SF hispano-français… Oui, ça commence comme une blague douteuse et pourtant Realive a des arguments. Tout d’abord, le film touche par une certaine beauté graphique qui rappelle le taf de Natali sur Cypher ou Splice par exemple mais aussi le sous-côté Vanishing Waves qui n’a étrangement pas fait de vagues de par chez nous. Allez comprendre. L’expérience de ce Realive est plutôt agréable. On se prend dans l’ambiance bien travaillée dans le fond comme la forme (quelle photo !), Charlotte Le Bon n’est pas insupportable malgré sa tête de poisson mort et l’alternance entre scènes souvenirs et scènes actuelles permet à l’ensemble de nous tenir concentré. La réflexion sur notre société future est assez intéressante surtout que l’avenir n’est jamais vu comme tout noir ou tout blanc. La recherche scientifique avance mais dépend toujours de fonds privés et on développe ce qui est jugé bankable, qu’importe l’aspect humain, la technologie a certes progressé mais reste imparfaite (en témoigne cette accumulation d’expériences ratées), la perte de la notion d’amour rend le futur à la fois triste mais aussi plus simple, plus serein… Bref, la réflexion sur l’univers général m’a plutôt convaincu et le parti pris de ne pas céder au manichéisme m’a vraiment fait plaisir. Malheureusement Realive tombe parfois dans le pathos est se réduit de temps à autre à une formule tout faite du genre « Carpe Diem » ou « Yolo ». Un peu pompeux pour pas grand-chose quoi. Dommage car le film m’a touché. Ceux qui pensaient en voyant le titre assister à un remake de Re-Animator, passez votre chemin, Herbert West n’est pas dans le coin !


Grave (Julia Ducournau, 2017)

Une adolescente surdouée découvre les joies du bizutage alors qu’elle rentre en fac. Cet événement va profondément modifier son comportement et lui faire prendre conscience de qui elle est vraiment.

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VAL LE BLOND : Et juste avant de quitter cet endroit plein de neige, on termine notre festival sur une excellente note, en découvrant le film qui gagnera le grand prix du jury. Et franchement, c’est plutôt mérité. Grave est un film franco-belge à la thématique adolescente (que personnellement j’adore) et qui avance à couvert. Le film n’était pas encore en plein buzz à l’époque, j’étais donc complètement vierge d’informations lors de mon visionnage, et il faut avouer que sans rien savoir à son propos, difficile de deviner dans quelle direction le film allait tanguer. Dans le drame ? Dans l’horreur ? L’humour biscornu et malsain ? Et pourquoi pas les trois à la fois ? À environ mi-parcours, le film prend une direction surprenante (et franchement jouissive) que je n’avais pas vu venir, et là, il y va à fond ! C’est toujours un immense plaisir d’être surpris au cinéma, ça l’est encore plus quand il s’agit d’un film français aussi gore que rigolard ! Certaines scènes sont bien sales comme il faut, soutenues par des SFX de qualités et super graphiques ! Une petite perle cradingue et virulente qui pour autant n’oublie jamais ses personnages en cours de route, les plaçant vraiment au centre du métrage. Car tout repose avant tout sur les protagonistes et leurs mal-être adolescents, qui est bien représenté ici, entre la recherche de soi, les premiers atermoiements amoureux et la découverte du sexe. L’adolescence est clairement la clé de voûte du film qui se déroule d’ailleurs dans une fac (de vétérinaire, mais ça on s’en fout) lieu propice à dérouler les différentes intrigues et figures imposées du teen movie : bizutage, premier rapport sexuel, grosse teuf de guedin et autres passages à la bibliothèque où tout le monde chuchote, on est vernis ! Plus qu’un film d’horreur (ce qu’il n’est pas) Grave est donc un excellent teenage movie, mais en mode carnivore et qui ne lésine pas sur le ketchup ! Miam !

MIGHTY MATT : Grave, à prononcer avec l’accent français qui racle bien « Grrrâve », c’était un peu la cerise sur le gâteau du festoche, l’occasion de voir ce que ce film français dont tout le monde parlait déjà avait dans le ventre. Eh bien, il a du sang, du malaise, de la force, un peu d’humour et surtout beaucoup d’intensité. Je ne m’attendais pas à un rythme et à une force aussi soutenus et encore moins à ce que ces qualités tiennent tout le long de la bobine. Force est de constater que Grave tient ses promesses de violence et que les premières critiques positives n’étaient pas volées. Le délire est au teen movie possédé, méchant, sanglant, cannibale et agressif (rien que ça). L’écriture des personnages très aboutie et le décorum est excellent : l’école est sale, le sexe est violent et pas forcément lié aux sentiments et surtout nos chères têtes blondes ont perdu toute finesse. L’ambiance faite d’étudiants drogués insupportables, de bizutages ignobles et de dissections d’animaux soulève le cœur. Les ligues végétariennes ont dû s’offusquer et les connards de faluchards ont dû s’exciter en trouvant ça « cool ». Tocards ! Mais c’est bien le côté malsain de tout cet univers qui est mis en avant à l’aide d’un mise en scène assez nerveuse et incroyablement oppressante. La technique est simple : des plans serrés et longs, mais ça fonctionne incroyablement bien. En témoigne ce plan sur un petit vieux probablement sadique dans une salle d’attente d’hôpital qui ricane en fixant la caméra. Glauque. Et quand Grave atteint son apogée dans le sang, le sexe et la bonne humeur, il nous offre quelque chose de nouveau, un petit twist qui n’influe pas sur le scénario mais qui offre à la bobine un petit aspect Contes de la Crypte qui finit d’emballer un bien joli paquet. Si vous me demandiez si le film est vraiment bon. Je vous répondrais simplement : grave ! Original non ?

Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique du fanzine Cathodic Overdose élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.
Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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