Les Monstres de la mer (Humanoïds From The Deep)

maxresdefault

Il y a des films qui, même sans les avoir vus, dégagent d’emblée un capital sympathie immédiat auprès des cinéphiles bisseux de tous bords. Qu’il s’agisse d’une affiche, d’une jaquette, ou mieux, d’une couverture de livre, certaines œuvres gagnent déjà les cœurs des amateurs de péloches d’épouvantes sans pour autant avoir montré le moindre bout de leurs pellicules. Accrocheuse fut, pour l’auteur de ces quelques lignes, la superbe couv’ du premier volume de la cultissime saga The Craignos Monsters née de l’imagination et de la plume inimitable de Jean-Pierre Putters. A la vision de cette dernière, une seule idée obsessionnelle taraudait alors mon esprit parfois quelque peu dérangé : il fallait que je découvre impérativement ce métrage baptisé sobrement Humanoids from the deep. Et je dois avouer, que j’allais en avoir pour mon argent…

humanoids_1

Maman m’avait dit de pas me baigner juste après avoir mangé…

Nous sommes en 1980, et du côté du pays de l’Oncle Sam, Roger Corman, chez qui l’opportunisme rime très souvent avec le génie, décide, avec Les Monstres de la mer, de produire un pur produit d’exploitation horrifique surfant plus ou moins sur les genres cinématographiques alors en vogue en ce début de cette glorieuse décennie. Pour cela, l’ami Roger fait appel à Barbara Peeters, réalisatrice n’ayant de quelques passages derrière la caméra à son actif, et surtout, peu familière de ce type de production. Etrange. Mais peu importe, Corman a de la suite dans les idées et va commander un scénario, signé Frederick James, mettant en scène des hommes poissons venant troubler le calme apparent d’une petite ville portuaire ayant l’ambition de créer une conserverie de saumon. La bourgade, Noyo, par bien des aspects, n’est pas sans rappeler une autre station balnéaire bien connue ayant vu passer quelques années auparavant un grand blanc à l’appétit insatiable.

humanoidsdeep8

Qui veut jouer avec moi ?

Quasiment sans aucun temps mort, l’intrigue va alors soulever plusieurs thématiques alors très tendance à l’aube des 80′. L’écologie, avec cette baie qui se vide progressivement de ses richesses marines surexploitées par l’homme, et qui contraint les pêcheurs à ne plus vivre de leurs gains, et, les effets de la manipulation génétique et les conséquentes répercussions de celle-ci sur la nature. Car, c’est bien par le biais d’obscures expériences que des saumons génétiquement modifiés, destinés à repeupler les eaux environnantes, vont être dévorés par des coelacanthes, des poissons préhistoriques très laids, qui ne tarderont pas à muter en humanoïdes affamés et plutôt chauds de la nageoire. Si la mise en scène de Barbara Peeters reste efficace et relativement sobre, c’est surtout les interventions de nos mutants à branchies qui vont sublimer ce que Peeters va porter à l’écran.

tumblr_m04ts3nkhi1qmg4b2o1_500

Tu la sens bien là ma caudale ?

Imaginées et conçues par le magicien Rob Bottin (The Thing, Robocop), à l’époque encore Padawan du grand Rick Baker, nos aberrations aquatiques vont tout d’abord se démarquer visuellement par leur look aussi effrayant que réussi. Une espèce de gros cerveau à l’air libre ornant le haut de leurs crânes, une large bouche laissant deviner de longues dents effilées, des bras surdimensionnés aux extrémités munies de griffes, et une sauvagerie meurtrière à l’égard de l’être humain assez poussée. Chaque attaque des créatures donne lieu à de somptueux effets gores où l’hémoglobine coule abondamment sous les lambeaux de chair généreusement arrachés aux malheureuses victimes. Mais… nos bestioles qui sentent la sardine ne vont pas s’arrêter en si bon chemin et vont nous réserver quelques surprises de taille…

humanoidsslatteryfro

McClure va-t-il conClure ? Et pendant ce temps, Vic crie : Morrow vaches !

Car en effet, à défaut de posséder un casting quatre étoiles – on reconnaîtra tout de même au passage Doug McClure, acteur fétiche de Kévin Connor (les très bons Le continent oublié et Les sept cités d’Atlantis, en autre), le baroudeur Vic Morrow (La mort au large et une très chouette palanqué de bis en tous genres) – Roger Corman va mettre à disposition de sa réalisatrice une poignée d’actrices, toutes plus canons les unes que les autres, et promptes à stimuler la libido d’hommes poissons qui, pour le coup, sont bien plus homme que poisson. Grâce à d’hallucinantes séquences, c’est, tout d’abord, la plantureuse Peggy (Lynn Theel vue notamment dans le Terreur extraterrestre de Greydon Clark) qui va donner l’occasion aux coelacanthes de se dégourdir un peu la caudale. En poursuivant la demoiselle sur une plage déserte, l’un des monstres prendra soin de lui ôter son soutif’ avant de la coincer sur le sable. S’ensuivra un second viol, avec un nu frontal celui-là, puis, sur la fin, lors de l’attaque de la fête de la ville, un humanoïde arrachera une fois de plus le soutien-gorge de la bombe de la soirée, Miss saumon (sous les traits de Linda Shayne) – et on ne rit pas… -, nous laissant admirer une abondante poitrine entièrement dévoilée. Etonnant, qu’une femme, Barbara Peeters, fasse subir de telles outrances presque immorales, même si elles sont à prendre très au second degré, à ses actrices. La légende dit que lorsque Corman a vu le résultat final, il a estimé que l’oeuvre manquait cruellement d’érotisme. Il demanda donc à sa réalisatrice de tourner de nouveaux shoots montrant les créatures s’attaquant sexuellement aux demoiselles précitées. Ce fut un refus catégorique de la part de Peeters qui, n’en voyant pas l’utilité, fut remerciée sur-le-champ. Corman appela donc en urgence Jimmy T. Murakami (remember Les Mercenaires de l’espace) pour mettre sur pellicule ce que le producteur voulait voir apparaître. Celui-ci s’exécuta dans la foulée, mais ne fut pourtant pas crédité au générique.

humanoids-from-the-deep11

Séance ostéo gratos !

Doté d’un montage aussi efficace que subtil, c’est Mark Goldblatt (artiste au talent qui n’est plus à prouver et futur réal du Punisher, pas celui bien triste avec Travolta, mais l’autre, datant de 1988 avec en vedette l’immense Dolph ‘tu seras KO’ Lundgren) qui est aux commandes, et d’un score assez sympathique portant la signature de James Horner (Wolfen, Commando, Aliens), Humanoids from the deep bénéficie donc de toute la maestria une génération de talents de techniciens du cinéma qui exploseront, et deviendront des références, dans la décennie magique qui va s’ensuivre.

humanoids_3_0

Et j’ai crié, criéé, Alien pour qu’il revienne !

Bénéficiant d’un final assez incroyable nous montrant la toute enceinte Peggy qui, rappellons-le, s’est fait culbuter par un amphibien, et donnant naissance de façon assez brutale à un bébé mLes_Monstres_de_la_merutant – le clin d’oeil au film de Ridley Scott est bien présent et… on ne s’en plaindra pas… – Les Monstres de la mer demeure pour les passionnés de bis, une petite référence ayant gagné ses galons de péloches cultes au fil du temps et qui, même une trentaine d’années après sa sortie, n’a rien perdu de sa superbe. Une œuvre géniale simplement… indispensable.

Les Monstres de la mer (Humanoïds From The Deep)

Barbara Peeters – Etats-Unis – 1980

Avec Doug McClure, Ann Turkel, Vic Morrow, Cindy Weintraub, Anthony Penya, Denise Galik-Furey, Lynn Theel, Meegan King, Breck Costin, Hoke Howell, Don Maxwell, …

 

 

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Jacques dit :

    Moi de même : sûrement attiré par l’affiche et les big boobs … Souvenir de la scène finale qui en effet pompait allègrement « Alien » avec, en plus, l’image de l’heureux papa qui observait la naissance … Si c’était réédité par chez nous, je me le prendrais, tiens … J’ai toujours eu tendance à le confondre avec « Le continent des hommes poissons » !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *