La Forteresse Noire (The Keep)

la_forteresse_noire_cadre De l’ignorance des hommes naît la haine, et les démons se nourrissent de celle-ci… Et oui, je fais dans le philosophique parfois… OK, c’est rare je vous l’accorde mais bon, ça m’arrive quand même…

Grand esthète de la mise en scène, Michael Mann, à qui l’on doit les fabuleux Le Sixième sens (la première adaptation du livre Dragon rouge de Thomas Harris, pas celui avec le gosse qui voit des morts partout), Le Dernier des Mohicans ou encore Heat qui nous offrait une confrontation inoubliable entre deux des plus grands monstres sacrés d’Hollywood – Pacino/De Niro -, va s’essayer, pour la seule et unique fois de sa très belle carrière – dommage – au genre fantastique.

En avril 1941, un groupe de soldats Allemand débarque dans un petit village Roumain, situé dans les Carpates, pour prendre possession d’une étrange forteresse – noire, tant qu’à faire – destinée à leur servir de camp de base. Une fois cette dernière investie et ce, malgré les recommandations du gardien des lieux, les soldats du Capitaine Klaus Woermann vont arracher l’une des 108 croix de nickel ornant les sombres murs de cette construction peu commune. L’acte de blasphème précité aura pour conséquence de desceller l’imposante pierre sur laquelle elle était fixée. Pensant trouver quelques luxurieux trésors à l’intérieur du nouveau passage créé, les cupides SS vont devoir faire face à une antique force démoniaque qu’ils viennent de libérer : le terrible Molasar…

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NON, je n’ai pas joué dans X-Men Apocalypse !!!

Adapté du roman éponyme de Francis Paul Wilson, The Keep, son titre en version originale, va poser les bases de sa trame sur une subtile réflexion de l’éternel combat entre les forces du bien et celles du mal. Tout d’abord, d’une manière physique, en exposant le conflit idéologique de la Seconde Guerre mondiale. Les bons, pauvres paysans transylvaniens, vont devoir faire face à la cruauté des mauvais, incarnée par la toute-puissance des combattants du Reich. L’être humain est ici présenté tel un outil servant les causes qui lui paraissent justes. Qu’il soit serviteur de Dieu, et donc empli de bonté, d’empathie et d’indulgence, ou bien qu’il fasse preuve d’une noirceur d’âme à en faire pâlir les plus puissantes entités infernales, en portant fièrement son brassard rouge décoré par la croix la plus tristement célèbre de l’histoire, Michael Mann va se jouer de la crédulité et de la naïveté de la créature que le divin a façonnée à son image. Car finalement, celui qui ne se range pas dans une catégorie bien précise et qui reste neutre, garant de son propre libre arbitre, est-il un familier du paradis ou un hôte de l’enfer ? Cette idée sera incarnée à merveille par le personnage répondant au nom de Dr Théodore Cuza. Transféré avec sa fille d’un camp de concentration dans lequel il résidait à la demande d’un major Kaempffer ayant besoin de ses services, ce professeur juif souffrant d’une grave maladie est interprété de main de maître par l’excellent Ian McKellen (trilogie du Seigneur des anneaux ou encore dans le rôle de Magnéto dans X-men). Scientifique désintéressé, vouant un amour sans failles à son unique enfant, il sous-entendra avoir perdu son fils au combat, Gandalf, heu… pardon, Cuza, sera celui qui pactisera avec les forces du mal dans le but d’enrayer le fléau nazi en rejetant toute forme d’appartenance à une quelconque divinité.

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Mais…qu’SS que c’est que ca ?

C’est à ce moment qu’intervient tout le génie de Michael Mann dans le traitement de ses protagonistes. En se liant à l’impressionnant Molasar, le Dr Cuza va démontrer toute la malléabilité de l’esprit humain en démontrant que même un homme au cœur pur, peut avoir de noirs desseins lorsqu’il s’agit d’atteindre l’un de ses idéaux, et ceux, que la cause soit juste, ou pas…Arrive ensuite la confrontation dite spirituelle. Molasar, intéressante incarnation du golem de la religion juive, représente le mal absolu rêvant de se répandre sur le monde et exploitant les faiblesses des mortels. Face à lui, et intimement lié, d’où le traditionnel équilibre entre les deux extrêmes, on retrouve son parfait opposé en la présence de Glaeken Trismegestus sous les traits d’un Scott Glen (Apocalypse now, Le Silence des agneaux) au meilleur de sa forme. Le duel, entreprit avec une sage froideur par Glaeken là où Molasar laisse paraître une rivalité évidente, met à jour les forces et les défauts de chacune des parties. L’amour de l’être de chair sera-t-il plus fort que la soif de pouvoir et de vengeance du démon antédiluvien ?Afin d’illustrer ses passionnants propos et de mettre en valeur ses incroyables intervenants, Michael Mann va signer pour cette oeuvre l’une de ses mises en scène les plus aboutie. Oui, j’assume. Par le biais d’une ambiance aussi aérienne qu’elle ne paraît parfois surréaliste, presque hors du temps, le natif de Chicago va jouer sur d’impressionnants ralentis et de fabuleux plans-séquences d’une précision hallucinante afin de nous plonger au plus profond de cette symphonie visuelle auquel il nous convie.

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Promenons dans les bois tant que Molasar n’y est pas...

Afin de donner vie et d’optimiser son métrage de la meilleure façon, Michael Mann a su, pour l’occasion, s’entourer d’acteurs talentueux dont les qualités indéniables étaient conçues pour sublimer l’oeuvre du cinéaste. On retrouvera, sous l’uniforme du capitaine Woermann, un Gabriel Byrne alors trentenaire tout juste sorti de l’Excalibur de John – il vous en a fallu du temps pour comprendre mon Hérétique – Boorman, le très bon Jürgen Prochnow (Sutter Cane dans L’Antre de la folie), cette fois dans la défroque du major allemand, ou encore un Robert Prosky (Christine, Gremlins 2) qui n’avait à cette époque que quelques films au compteur. Pas mal comme casting quand même…

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Quoi ? Salomon, vous êtes juif ?

Concernant la partie sonore, on flirte de nouveau avec la perfection car, que serait un grand film sans une bande originale à la hauteur de celui-ci ? Et c’est le groupe Allemand Tangerine Dream, ayant déjà bossé avec Mann sur Le Solitaire, qui va donner vie à ce score exceptionnel. Ayant parfois des connotations synthétiques rappelant certaines mélodies puisant leurs inspirations chez des maestros comme Fabio Frizzi, le son des Tangerine participera grandement à la création de l’atmosphère si étrange qui émane de The Keep, notamment par l’utilisation de percussions quelque peu tamisées que n’aurait pas reniée un John Carpenter à l’apogée de son art.

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Moi, dans ce film, je me suis éclaté !

Véritable bide à sa sortie ciné, où il peina sur le sol américain à rentabiliser son budget initial, et passée complètement inaperçue aux pays des Gaulois, La Forteresse noire s’est pourtant taillé une solide réputation lors de son exploitation en VHS. D’abord mal aimé et malmené par la critique (comme f2d’hab…), The Keep a su se bonifier avec le temps aux yeux des mortels en gagnant peu à peu une sorte de statut de péloche culte, dont la rareté – bien aidé par des droits bien bloqués – ne fait qu’attiser l’intérêt des cinéphiles de tous bords ayant envie de (re)découvrir cette œuvre en tout point exceptionnelle.

La Forteresse Noire (The Keep)

Michael Mann – Etats-Unis – 1983

Avec : Scott Glenn, Ian McKellen, Alberta Watson, Jürgen Prochnow, Gabriel Byrne, Robert Prosky, …

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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1 réponse

  1. Jacques dit :

    Pour vraiment redécouvrir cette oeuvre, il faudrait une édition digne de ce nom et donc de la HD … Malheureusement, ce n’est apparemment pas demain la veille et c’est grand dommage tant Mann est un esthète et demande donc grand soin quant à l’esthétique : revoir ce film en VHS serait vraiment trop crève coeur, en ce qui me concerne …

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