Le Scorpion rouge (Red Scorpion)

Red-ScorpionAu crépuscule des années 80, fin de guerre froide oblige, ce n’est pas vraiment le grand amour entre Américains et Soviétiques. Ces tensions politiques qui vont faire frémir le monde entier vont considérablement, et logiquement, influencer tout un pan de cinéma US prompt à défourailler sévère lorsqu’il s’agit de désigner un ennemi unique, universel et commun, qu’il choisira communiste de préférence. Portés à l’écran par, entre autres, les prouesses ravageuses et explosives d’un Sylvester Stallone très en forme dans un Rambo 3, où il s’en ira casser du méchant russe, ou un tant soit peu plus subtilement au pays de la Perfide Albion, en suivant les aventures d’un célèbre espion au service de Sa Majesté souvent aux prises avec les vilains camarades, les rouges sont symboliquement, à cette période, les représentants de « l’empire du mal » dixit Ronald Reagan (Crimes sans châtiments, Bedtime for Bonzo et… accessoirement président des Etats-Unis). Alors quand nos amis ricains décident de faire un film de guerre où le personnage principal est un soldat bolchevik, on accouche dans la foulée d’une péloche parfois assez lourde en ambiguïtés…

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« меня зовут Dolph, я – красный скорпион (démerdez-vous pour comprendre, c’est du russe !)

Nicolaï Rachenko est un agent d’élite de l’armée rouge. Grâce à ses compétences, il est le genre d’homme à être envoyé par ses supérieurs sur des missions extrêmement délicates et hautement périlleuses. Sa nouvelle besogne, s’il l’accepte, est de gagner la confiance d’un stratège militaire africain, Kallunda, afin de remonter une filière rebelle dans laquelle ce dernier siège en bonne place. Ceci ayant pour but de trouver, et d’éliminer, le principal dirigeant d’un mouvement contestataire qui contrecarre grandement les projets tactiques des têtes pensantes aux neurones coincés entre le marteau et la faucille. Au fil de sa quête, Rachenko va découvrir à ses dépens que son principal adversaire n’est pas vraiment celui que ses dirigeants lui avaient présenté…

Alors oui, c’est bien connu, Dolph Lundgren c’est quand même LE colosse suédois qui en impose un max. Impossible d’oublier que c’est le mec qui a tué Apollo dans Rocky 4, que c’est celui qui a endossé la panoplie de Musclor (là, il faut en avoir une sacrée paire…de muscles…), pour les besoins des Maîtres de l’univers, afin d’aller botter le vieux cul de Skeletor et de ses sbires, c’est lui aussi qui, dans la peau du Punisher, a vidé un nombre incalculable de chargeurs dans l’excellente adaptation de Mark Goldblatt. Bref, un type qui tient méchamment debout en somme ! Alors lorsqu’il prend l’apparence d’une arme de destruction massive en provenance d’URSS, c’est qu’il ferait presque passer John Rambo – l’influence, à l’époque, de la trilogie Ramboesque est indéniable sur le métrage de Zito – pour un enfant de chœur notre natif de Stockholm. Si, notamment à l’aube de sa riche mais inégale filmographie, de par son physique et sa froideur atypique, Lundgren est un abonné aux persos titulaires de la nationalité de la patrie de Boris Yeltsin, je sais, ce n’est pas très raccord avec la période, mais ils ont eu tellement de salopes au pouvoir les ruskofs aussi…, l’ancien champion de karaté n’est pas forcément le méchant de service tout désigné. Bien au contraire…

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Se faire faire des papouilles par des papous, quoi de plus logique…

A l’entame du métrage, Rachenko est décrit tel un monstre de dévastation n’ayant ni cœur ni pitié, et ne vivant que pour servir sa nation. Cela est bien évidemment une illustration très personnelle d’une vision toute américaine vis-à-vis du personnage, mais le Nicolaï va progressivement évoluer et se rendre compte par lui-même, bien aidé il est vrai par un vieux chasseur/sorcier afro, qu’il n’est en fait qu’un outil jetable manipulé par de hautes instances. Celles-ci n’exigent en retour simplement qu’un résultat, et n’ont que faire de ce qui pourrait advenir de leur mercenaire. Rachenko n’est qu’un pion sur l’échiquier du Kremlin, lui qui pensait être un valeureux guerrier mais n’est en fait, comme lui rappellera à bon escient son général avant une piquante séance de torture, qu’une machine à tuer, que l’on utilise et dont on se débarrasse après utilisation, rien de plus. Suite à cette prise de conscience, Nikolai Rachenko finira par adopter la bonne prise de position, et lutter pour une cause juste, noble, celle que défendent les instances de Washington en fait… Le scénario va présenter les gradés de l’armée rouge tel de véritables ordures, sacrifiant si cela s’avère nécessaire, leur meilleure chair à canon au détriment de profits plus honorifiques. Une facette de la politique de la terre brûlée en somme, poussée parfois à l’extrême, là où l’on nous ferait presque sous-entendre que les GI sont, bien entendus, chéris par tout un gouvernement. Ca, l’histoire nous l’a de surcroît prouvé à de nombreuses reprises, mais bon, ici nous sommes clairement dans une péloche anticommuniste…

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« Toi t’étais dans les Jackson Five, je te reconnais ! « 

De l’ambiguïté, il en est question, surtout dans le rapport entre les trois principaux personnages. Dewey Ferguson, interprété par M. Emmet Walsh, (Critters, mais aussi l’inoubliable Bryant de Blade Runner), journaliste en provenance du pays de l’Oncle Sam et soutenant la cause du peuple africain (sic) suite aux brimades de l’agresseur russe, n’hésitera pas à faire part d’un réel mépris à l’encontre de Rachenko, et démontrera un racisme assez poussé lorsqu’il évoquera son compagnon de fortune. Collaborer avec un représentant de la nation ennemie semble juste inconcevable pour ce dernier, même si Rachenko l’a, au préalable, sorti d’une bien mauvaise passe lorsque les trois « membres » de cette insolite équipe étaient retenus prisonniers. En contrepartie, il semble presque frère avec Kallunda (sous les traits de l’acteur Al White, vu dans le très mauvais Retour vers le futur 2 (ces propos honteux n’engagent que Tom, tout le monde sait que Retour vers le futur 2 est une bombe ! – NDEvil Ash) ou encore dans le sympathique Hurlements 6), son ami black et pièce emblématique coordinatrice de la petite armée rebelle. Mettre en lumière une pseudo amitié afro-américaine c’est amusant, surtout lorsque l’on découvre que le film a été partiellement financé par le gouvernement sud-africain d’apartheid, heu… comment dire, re-sic !… Qui a dit contradiction ? USA for Africa… C’était juste le temps d’une chanson… non ? En clair, peu importe d’où tu viens ou ce que tu comptes faire, à partir du moment où tu perturbes les plans de l’armée rouge, dans le cinéma des 80′, l’Amérique est avec toi !

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« Carglass répare, Carglass remplace qu’ils disaient…Ils se sont bien foutu de notre gueule à la télé ! »

Passée cette connotation politique assez poussée et loin d’être déplaisante, qui empreint considérablement Red Scorpion, on assiste aussi, et surtout, à un excellent film d’action. Les séquences menées tambours battants valorisant Lundgren sont légion, et l’on assiste à un incroyable feu d’artifice dès que le Dolph attrape un truc avec lequel il peut tirer. Cela va surtout nous permettre de découvrir une somptueuse scène d’évasion lors de laquelle l’improbable trio, fuyant à bord d’un camion, va mettre à mal leurs très nombreux poursuivants. Ou encore quelques passages placés sous le signe de l’anéantissement massif, comme celui où les troupes soviétiques vont raser complètement le village/quartier général des compagnons de Kallunda et ce, jusqu’à un final certes, assez prévisible, mais grandement jouissif dans la façon spectaculaire utilisée par Lundgren pour prendre une revanche tant attendue sur les siens.

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« Allumeeeeeez le feu, allumeeeez le feu ! » (copyright Jean-Philippe Smet)

Exploitant de fort belle façon les superbes décors naturels qu’offre la Namibie, et efficacement mis en scène par le trop rare Joseph Zito, honnête artisan plutôt actif dans la glorieuse décennie précitée avec quelques très bons fleurons au compteur (The Prowler, Vendredi 13 chapitre final, Invasion USA), mais presque porté disparu dans celle qui va suivre, Zito va intelligemment soigner sa réalisation en lui donnant, entre deux explosions, une dimension parfois presque mystique. En témoigne le chemin de croix enduré par Rachenko où, dans le désert par une nuit bleutée, le désormais déserteur va devenir de manière presque surnaturelle le tant attendu scorpion rouge.

Redécouvert il y peu par le biais d’une jolie édition en provenance de Carlotta qui, bien que dénuée de bonus, propose un remarquable transfert d’images et de son, Le Scorpion rouge est l’archétype même de ces séries B classieuses so 80′, brassant et utilisant les thèmes en vogue du moment, et bénéficiant du talent d’artistes compétents aussi bien devant, que derrière la caméra. Une œuvre donc fortement recommandable, à mille lieux de l’abominable suite pondue en 1994 par Michael Kennedy avec un pas très convaincant Lorenzo – je suis un rebelle – Lamas dans le rôle d’un scorpion qui aurait mieux fait de remballer son dard…19485182.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Le Scorpion rouge

Joseph Zito – Etats-Unis – 1989

Avec : Dolph Lundgren, M. Emmet Walsh, Al White, T. P. McKenna, Carmen Argenziano…

Tom

Né à l’aube des glorieuses 80′ à même la moquette de l’arrière-salle d’un vidéoclub, c’est par le biais de nos mythiques VHS que j’ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l’éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que…) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire. Je vous contamine ?

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2 réponses

  1. cmf dit :

    LE SCORPION ROUGE 2 n’avait même pas pu se payer Lorenzo Lamas, c’est le cascadeur inconnu Matt McColm qui en était la vedette (avec dans des deconds rôles, John Savage, Michael Ironside et Jennifer Rubin)

    • tom dit :

      Thanxs a lot pour l’info. j’étais persuadé que dans ce scorpion rouge 2, que je n’ai pas revu depuis de très nombreuses années, mais qui m’avait beaucoup déçu, lamas y tenait le rôle laissé par dolph. ah mémoire… quand tu déconnes…

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