Tales from the Crypt – Présentation de la série et review de la saison 1

Hello, boils and ghouls !

1989. La chaîne câblée américaine HBO n’est alors pas encore la géante que l’on connaît. Oz, The Sopranos, The Wire, Six Feet Under et autre Game of Thrones ne seront pas produites pour la plupart avant au moins une dizaine d’années. Le canal n’est pour l’instant qu’une niche qui diffuse surtout des retransmissions de boxe ou de football pour les sportifs du dimanche, avachis sur leur canapé. Et en slibard (enfin j’imagine). La production des fameuses séries télévisées qui fera bientôt la gloire de la chaîne débute donc en cette douce année 1989, sous l’impulsion d’une brochette des gros bras d’Hollywood à qui on ne refuse rien (Robert Zemeckis, Richard Donner, Walter Hill, Joel Silver et David Giler). Les mectons décident en effet de lancer une anthologie directement adaptée des fameux comics horrifiques édités par EC dans les 50’s. Bon, on ne va pas revenir sur l’œuvre séminale des fameux Entertaining Comics, je ne vous ferrai pas cet affront, et si vous ne voyez pas de quoi on cause, je ne peux vraiment rien pour vous. Je ne sais même pas comment vous êtes arrivés sur ce site. Vous me dégoûtez.

Mais laissons ces pauvres lecteurs incultes sur le bas-côté et revenons à nos producteurs qui vendent le projet à HBO. Leur volonté est alors toute simple : marcher dans les traces des illustres anthologies télévisuelles du passé (comme The Twilight Zone, The Outer Limits, Night Gallery, Monsters, Amazing Stories…) et surtout aller plus loin que Romero et ses Tales from the Darkside, qui pour leur part s’inspiraient des fameux comics cités plus haut… Culotté, mais la série a quand même de solides arguments, outre une mine de scénarios super cool et pratiquement déjà écrits : une liberté de ton totale due à sa présence sur le réseau câblé, un générique creepy à souhait (avec un thème musical génial composé par Danny Elfman) et surtout, dernier atout de poids, le célèbre gardien de la crypte ! Le présentateur dont les interventions macabres ouvrent chaque épisode impose d’emblée son ton goguenard et ironique à la série. Si Alfred Hitchock Presents était logiquement animée par Sir Alfred, que Thriller avait le bon Boris Karloff en vedette et que ce cher Rod Serling jouait le maître de cérémonie sur The Twilight Zone et Night Gallery, Tales from the Crypt se démarque avec sa monstrueuse marionnette adepte des jeux de mots, une véritable icône. Mine de rien, le Cryptkeeper symbolise à lui seul la série, mais aussi quasiment une décennie toute entière (les 90’s). La véritable star du show, c’est bel et bien notre hôte squelettique. Et peu importe que la série mette en vedette une centaine de célébrités (dans le désordre le plus total et ce n’est qu’un échantillon : Tom Hanks, Daniel Craig, Whoopy Goldberg, Iggy Pop, Joe Pesci, Christopher Reeves, Tim Roth, Kirk Douglas et son fiston, Brad Pitt, Demi Moore…). Oui, GROS casting mais la star c’est notre gardien osseux !

« J’ai eu le nez fin d’accepter cette série… »

L’ADN d’EC irrigue en tout cas toute la série, qui restitue à merveille l’essence des vignettes horrifiques des fameux comics books : l’humour noir, le ton un brin réac’ et l’ironie mal placée sont bien présents, auxquels s’ajoute même une petite pincée d’érotisme, ça ne mange pas de pain. Tales from the Crypt, est une alléchante collection de fables qui tâchent mettant en scène tout le bestiaire qu’on adore ici, du vampire au zombie, en passant par la goule ou encore le garou (non, pas le chanteur mongoloïde). On pense souvent que l’intégralité des épisodes a été adaptée du comics éponyme, alors que les auteurs ont largement puisé dans d’autres séries du catalogue EC, notamment The Haunt of Fear, The Vault of Horror et Shock SuspenStories. Plusieurs sources scénaristiques qui n’altèrent pourtant jamais l’harmonie de la série qui conserve une cohérence quasi parfaite durant ses 7 saisons et ses quelques 93 épisodes. Mieux encore, elle maintient une constance qualitative vraiment satisfaisante, pratiquement jusqu’à sa fin, ce qui en fait encore aujourd’hui un des modèles du genre, et surtout, la dernière grande anthologie horrifique télévisuelle. Alors que le mecton Shyamalan va relancer la série dans le courant de l’année, il est temps de replonger dans les nombreuses scénettes de cette pépite estampillée 100 % années 90.

On débute en douceur avec la première saison du show, sorte de pilot avec ses seulement six petits épisodes. Certains producteurs exécutifs sont venus foutre les mains dans le cambouis pour mettre en scène les trois premiers segments (Hill pour le premier, suivi de Zemeckis et enfin Donner). Une première mouture diablement cool et d’un niveau solide et homogène, dans laquelle se télescopent un Père Noël psychopathe, un mec qui monnaie ses morts (oui, ses morts), un bourreau qui fait du zèle et une maniaque à la hache. Oui, je sais, ça fait rêver. Et ce n’est que le début !

The Man who was Death : La série s’ouvre sans grande folie sur une farce macabre assez noire. Une entrée en matière sobre quoique plaisante qui offre à ce bon vieux Bill Sadler un rôle de maître de cérémonie à la morale un poil chancelante (rôle qu’il assure d’ailleurs avec la classe qu’on lui connaît). Il incarne ici un bourreau du sud des États-Unis qui décide, le jour où la peine de mort est abrogée dans l’état où il travail, de faire le ménage lui-même… En rendant une justice toute personnelle et expéditive envers ceux qu’il estime coupable, le brave bourreau annonce avec plus de quinze ans d’avance le personnage de Dexter Morgan. Ce sentiment est d’ailleurs amplifié par l’utilisation d’une voix off afin de signifier les pensées tordues et les monologues intérieurs du psychopathe, procédé qu’on retrouvera plus tard dans la série consacrée au serial killer de Miami… La mise en scène nous place en témoin (presque en jurés) de ses procès expéditifs, au plus près du taré de service. Une inconfortable situation ! Cette proximité crée un léger malaise en offrant une étrange place de confident au spectateur, surtout que le personnage de Sadler brise à plusieurs reprises le quatrième mur ! Un cool épisode d’ouverture, noir et poisseux, qui nous gratifie de deux trois nichons en cavale et d’une bonne dose d’ironie. Et pourtant, il s’agit sans doute de l’épisode le plus faible de la saison !

« L’épisode le plus faible de la saison ? Répète un peu pour voir… Gare à ton cul ptit… »

And all through the house : Le premier épisode réalisé par ce cher Bob Zemeckis démarre en trombe avec un meurtre bien bourrin, à grand coup de tisonnier dans la tronche ! Et splatch ! Le synopsis est tiré du trente-cinquième numéro de Vault of Horror, dont l’histoire avait déjà été adaptée pour le film Histoires d’outre-tombe (1972, par Freddie Francis) : Une bourgeoise bute son mari pour aller roucouler avec son amant à la veille de Noël. Malheureusement pour elle, un gus échappé d’un asile (et grimé en Santa Claus) vient foutre le bordel chez elle, armé de mauvaises intentions mais aussi d’une hache… Commence ainsi un jeu du chat et de la souris haletant et pervers sur fond de réveillon… Malgré un synopsis fort basique, le réalisateur emballe avec savoir faire un petit conte acide dans la pure veine de la série. On retrouve avec bonheur la patte du tonton Zemeckis des 90’s, dont la mise en scène très chouette nous rappelle parfois Retour vers le futur, notamment via l’ambiance sonore et le travail sur la photographie. Du tout bon en somme ! On oscille entre humour noir, tension, violence avec un final parfaitement cruel et méchant. Le vrai esprit de Noël.

« I wish you a bloody christmas, bitch ! »

Dig that cat… he’s realy gone vient entamer une série d’épisodes qui se déroulent dans l’univers bigarré du cirque et de la fête foraine. Un univers qui sourira toujours aux Contes de la crypte et qui fait déjà ici des étincelles. Il s’agit d’une pure réussite, un vrai modèle du genre qui fait d’ailleurs furieusement songer au Creepshow de Romero, dont il pourrait presque être un segment : un montage cartoonesque en diable, un univers qui suinte le comic book, des personnages délicieusement extravagants et une histoire à dormir debout qui voit un SDF pouilleux se faire greffer un morceau de cervelle de chat ! Mais pourquoi donc, se demanderont les plus pragmatiques de nos lecteurs ? Mais voyons ma bonne dame, c’est bien sûr pour acquérir les neuf vies du félin, pardi ! Le mec utilise alors cet étrange phénomène biologique pour se faire buter en public, afin de gagner quelques dollars, lors de spectacles foireux et malsains ! Les différentes mises à morts de notre phénomène de foire sont variées et bien trippantes, plusieurs valent des points mais ma petite préférée reste sans doute la séance de tir à l’arbalète en famille ! Une vraie perle farfelue à l’humour grinçant. On se marre bien, c’est coloré, original et le twist final, bien qu’assez classique, reste efficace. Oooh yeah !

« J’aurais du me méfier quand ma femme m’a dit qu’elle m’offrait une séance de thalasso… »

Only Sin deep est une version fantastico-horrifique de Pretty Woman. Et ouais. Beeeen pourquoi pas ? Ce segment nous présente en effet une fille de joie (incarnée pas Léa Thompson) rêvant de luxe et de paillettes qui décide de s’élever un peu de sa condition sociale. En vendant sa beauté à un prêteur sur gage pour 10 000 $, elle n’imagine pas que celle-ci va cependant disparaître. Littéralement ! Ce qui fait franchement plaisir sur celui-là, c’est qu’il s’agit du seul épisode de la saison à jouer vraiment sur le surnaturel, avec un argument purement fantastique. Le déclin physique de la gourdasse est bien restitué, via des maquillages et des prothèses assez chouettes qui puent le latex. Ultra charmant quoi. Les fans de Chair de poule auront sans doute quelques sensations et songeront au Masque hanté avec dix ans d’avance (métamorphose, boutique craignos avec des bustes de plâtre et magie sont ainsi au rendez-vous). Les autres apprécierons cette nouvelle version du vœu qui tourne au vinaigre dans une ambiance 100 % années 80… Des néons, des mulets et des ruelles malfamées… Quelle belle époque.

« Je ne le voyais pas vraiment ainsi mon Retour vers le Futur… »

Lover Come Hack to Me : Surpris par une méchante tempête le soir de leur nuit de noce, un couple trouve refuge dans une étrange maison abandonnée (et… hantée ?). Voilà, vous n’avez rien à savoir de plus, si ce n’est qu’Amanda Plummer joue la nana. Tout est dans le synopsis non ? Le délire est juste parfait : les décors gothiques du manoir poussiéreux, la pluie à verse et les éclairs qui déchirent le ciel (bordel, j’adore l’orage) bref, tout le décorum habituel est proposé de manière respectueuse, je suis client à 200 %. Ce petit coquinou de Tom Holland prouve qu’il connaît la chanson et impose une ambiance très chouette, ainsi qu’un crescendo parfaitement maîtrisé à son épisode. Celui-ci débute en effet doucement et part complètement en cacahuète (j’aime bien ce mot) pour terminer sur un finish horrifique complètement frappadingue, un bon vieux bain de sang des familles ! Je jubile, je frétille ! Et Amanda Plummer n’a jamais été aussi flippante que dans ce rôle de légère débile mentale.

« Sang-sas ce bain ! »

Collection Completed : Un segment réalisé par Mary Lambert, que j’avais trouvé un peu chiant lors de mon premier visionnage intégral de la série, et que j’ai largement réévalué ici. Son point fort indéniable est d’être différent et de proposer autre chose, conférant ainsi à cette brève saison plus de relief. Si Collection Completed se révèle moins horrifique qu’un épisode lambda (on tend plus vers la comédie satirique ici), il n’en reste pas moins tout aussi corrosif et sévèrement frappé ! Emmet Walsh joue le parfait connard irascible qui prend conscience, le jour de la retraite, qu’il n’a finalement rien en commun avec sa pauvre femme. Pire encore, l’amour de madame pour ses nombreux animaux commence sérieusement à le peser… Si les déboires de ce vieux couple qui n’a rien à faire ensemble sont traités sur un ton humoristique, la situation est, au final, tristement pathétique… Jusqu’au moment où le mari se découvre une nouvelle passion… Là, l’épisode fini par sombrer carrément dans le glauque ! Plusieurs gags efficaces, des personnages bien marrants (dont le voisin désopilant) et une chronique au vitriol (une de plus) concernant l’éternelle banlieue américaine à priori bien sous tout rapport : Lambert trouve finalement ici un excellent équilibre et achève ainsi la saison sur une très bonne note.

« Après un bon bain de sang, rien de tel qu’une douche revigorante »

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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