Conjuring 2 : le cas Enfield

En cette belle et douce année 2016 (ça, c’est juste pour la forme…), le bilan ciné de la production horrifique, d’un point de vue qualitatif, laisse tout de même un goût amer. Après nous avoir annoncé à tous va quelques chefs-d’oeuvre qui, au final, se révèleront être de somptueux pétards mouillés (The Neon Demon, ou encore de pâles witcheries), c’est bien du côté d’Enfield que vont se tourner mes derniers espoirs de visionner une péloche véritablement marquante, et qui rappellera à mes bons souvenirs que 2016 ne fut pas seulement le millésime qui vit Batman rencontrer, enfin, le mec en pyjama bleu venu de la planète Krypton. Trois ans après s’être occupé de la famille Perrons dans le premier Conjuring, Ed et Lorraine Warren rempilent donc devant la caméra de James Wan pour, cette fois-ci, allez casser du poltergeist dans la capitale de la Perfide Albion…

Qu’elle peut être triste cette décennie 2010 lorsque l’on évoque le cinéma d’épouvante. Alors certes, contrairement aux divines 80′ qui furent marquées par les sorties de métrages d’immenses cinéastes se nommant Dario Argento, John Carpenter, David Cronenberg, et bien d’autres encore, trente ans plus tard ben… c’est quand même la traversée du désert! Non pas que les réals soient mauvais, loin de là, mais aucun d’entre eux ne suscite réellement un engouement prompt à faire lever les foules, et à déplacer en masse les amateurs d’épouvante dans les salles obscures. Rares en effet sont les cinéphiles qui avoueront avoir coché dans leur agenda la date de sortie du nouveau Scott Derrickson, et pourtant, il est loin d’être mauvais celui-là… En clair, personne n’attend fébrilement avec impatience le jour où il aura la chance (c’est toujours pour la forme…) de découvrir un Dans le noir, ou un horriblement surestimé Dernier train pour Busan, à un détail près…

« Ma chérie, ce n’est pas vraiment comme ça que je voulais que tu ranges ta chambre… »

Lorsqu’en 2004, tout juste iconisé maître de l’horreur, le tout jeune James Wan révolutionne le genre crapoteux que représente le torture porn avec son imparable Saw, le sino-malaisien va au fil du temps se bâtir une solide filmographie. Grâce à un très réussi Dead Silence, et à un vigilante d’une violence rare, Death Sentence, le natif de Kuching, dans le Sarawak en Malaisie, va ensuite entamer une intéressante collaboration avec le producteur Jason Blum pour, notamment, les besoins de son Insidious. Suite au succès critique et commercial du film, c’est désormais la New Line qui va sérieusement se pencher sur le cas du talentueux metteur en scène en lui donnant la possibilité de mettre en boîte un attendu Conjuring : Les dossiers Warren. Cet essai, Wan ne se contentera pas de le transformer, il va simplement le sublimer. Autrement dit, depuis les gorissimes premiers pièges mis en place par Jigsaw jusqu’à la possession de la petite Janet Hodgson, Wan empile les œuvres de qualité à une fréquence régulière, un petit peu à la manière de ce qu’ont pu faire, par le passé, une poignée de grands réalisateurs, faisant de lui le digne successeur de cette génération perdue et gonflant par la même occasion ses légions de fans au travers le monde. Alors oui, chose qui ne m’était pas arrivée depuis bien trop longtemps, à l’annonce de la parution d’un nouveau James Wan, à un Fast and Furious près quand même, je fais une croix, à l’envers, dans mon calendrier…

Fin des années 70, alors que le couple Warren, en proie au doute, envisage d’ouvrir une parenthèse concernant leur carrière, une jeune fille vivant dans la banlieue de Londres est la cible d’attaques répétées dont l’auteur serait un esprit tourmenté. Malgré la réticence de Lorraine, le couple s’envole pour l’Angleterre afin d’enquêter sur cette mystérieuse affaire…

Contrairement à l’opus précédent, Big James (si si j’ose…) va développer son intrigue dans un cadre résolument plus urbain, et va employer une narration beaucoup plus explicite. Visuellement, les éléments qu’il avait décidé de laisser sous-entendre, et de ne dévoiler que partiellement lorsqu’il évoquait le combat des Perrons contre l’entité surnaturelle à laquelle ils étaient confrontés dans Les Dossiers Warren, vont, cette fois, être mis totalement à jour. Exercice de style assez casse gueule, parfois plus tu en montres et moins le sujet mis en lumière ne suscite d’intérêt, Wan va finalement en faire l’un des principaux atouts de son métrage. Grâce à une mise en scène d’une redoutable efficacité, et d’une photographie à couper le souffle, absolument splendide, signée Don Burgess (Forrest Gump, Spider-man de Sam Raimi), James Wan va choisir l’option de faire un film d’horreur, un vrai, doté d’un style rétro plutôt bien senti, avec ce que cela comporte d’avantages et… d’inconvénients parfois…

Parfait ! Aucune carie, vous pouvez aller au bal du diable

Pour accrocher le spectateur en mal d’épouvante, le sino-malaisien va choisir un lieu on ne peut plus approprié pour lancer sa seconde conjuration : la célèbre maison d’Amityville. Faisant référence à la véritable intervention du couple Warren sur le 112 Ocean Avenue, le metteur en scène va certes, griller indirectement l’effet de surprise lié à l’intrigue qu’il présente (au bout de dix minutes à peine on a déjà un visu du démon) mais va en contrepartie nous offrir une introduction aussi effrayante, qu’elle n’aura le mérite de raviver, chez les bisseux, d’agréables souvenirs de visionnages de bandes magnétiques mettant en vedette la saga consacrée à la cultissime bâtisse maudite.

Tout en créant une atmosphère à la beauté toute singulière, le quartier d’Enfield est dépeint telle une toile glauque, froide, sombre, il pleut pratiquement à chaque plan et l’air ambiant semble y être empreint d’un pessimisme annonçant presque la future prise de pouvoir de la dame de fer, voire de la nonne de l’enfer, au choix, le réalisateur va tout de même faire la part belle à ses deux principaux personnages, Ed et Lorraine. La psyché de l’illustre médium et de son démonologue de mari va être finement travaillée. Wan va mettre à jour, bien plus que dans l’opus précédent, non pas les certitudes du couple, qui part du principe que le pouvoir qu’ils détiennent est un présent de Dieu qu’ils se doivent de mettre au service des malheureux harcelés par les suppôts de Satan, mais plutôt de leurs craintes, vis-à-vis de leur avenir et de leur propre vie. L’amour cimente leur union et Lorraine, angoissée à l’idée de perdre sa moitié, reconsidère tout au long de l’histoire le niveau d’engagement de leur intervention chez les Hogsons de peur qu’Ed se sacrifie, et ce, même si c’est pour sauver une âme innocente. Ceci sera sublimé par cette magnifique séquence où Ed, afin de redonner un soupçon de gaîté dans la fratrie persécutée par le mal, fredonnera, guitare sèche en main, le très chouette I can’t help falling in love with you du King devant le regard admiratif et rempli de tendresse que sa femme va porter sur lui tout au long du chant qu’il entonnera. En plus d’être particulièrement émouvant, ce passage accentuera chez le spectateur la puissance des sentiments très forts qui uni les deux chasseurs de spectres, et qui va se révéler décisif pour la suite des festivités.

« Ed, Satan…nuie si on adopte un ptit garçon ? Norman il s’appelle… »

Devenu indissociable dans leurs rôles d’enquêteurs du paranormal, c’est, pour notre plus grande joie, Patrick Wilson (Bone Tomahawk) et la très jolie Vera Farmiga (Norma Louise Bates dans la série Bates Motel) qui prêtent de nouveau leurs traits au combo Warren. Souvent malmené par un James Wan qui n’a visiblement pas l’intention de faire dans le contemplatif, une fois de plus le duo d’acteurs proposera un jeu à la hauteur, tout en finesse, des protagonistes qu’ils doivent interpréter.

Si le maestro asiatique imprègne à son cas Enfield un rythme soutenu où il ne règne quasiment aucun temps mort, cela impacte parfois un scénario allant de surcroit, droit au but, mais oubliant parfois de répondre à quelques questions pourtant fondamentales concernant le sujet abordé. En sus des apparitions de « l’homme tordu », cassant quelquefois la dynamique horrifique de l’oeuvre, l’origine de l’objet d’où semble émaner la source du mal, qui finira aux côtés d’une turbulente poupée dans le fameux musée des babioles diaboliques, reste malheureusement inexpliquée, un petit peu à la manière de la très laide Annabelle dans Les Dossiers Warren. De plus, les motivations de Valak, l’ange déchu blasphématoire, restent troubles et il est difficile, voire incompréhensible, de déterminer avec précision pourquoi et comment il se retrouve à Londres chez les Hogsons pour être de nouveau confronté aux Warren. Alors oui, il avait déjà croisé leur route dans la demeure d’Amityville, et le fait qu’il veuille prendre l’âme d’Ed reste tout de même un argument de poids, mais les chances d’avoir l’opportunité de l’affronter une fois de plus, pour le coup en terre anglaise, n’étaient, sauf par le plus grand des hasards, pas aisément planifiables. Enfin, on regrettera un final assez décevant car expédié en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pendant deux heures, au niveau tension on monte en puissance, la petite possédée est de plus en plus impressionnante, et Wan n’a pas besoin de surenchérir avec les poncifs du genre pour nous mettre carrément en mode flippe, mais lorsque l’on comprend que Lorraine et Ed ont affaire à un poids lourd de la catégorie infernale, la nonne satanique se fait exploser par la belle médium avec une facilité presque déconcertante. Dommage.

Satanique, la nonne ! (non, non, ne cherchez pas, aucun jeu de mot cochon là-dedans…)

Initialement doté d’un budget de 40 millions de dollars, Conjuring 2 rapportera pas moins de 320 millions de billets verts frappés à l’image de George Washington pour son exploitation mondiale en 2016. Franchement, une belle opération commerciale qui engendrera certainement un troisième chapitre, cette fois-ci, encore plus attendu. Au vu des indéniables qualités que proposent cette seconde aventure, sans aucun doute la meilleure péloche (et de loin) que j’ai vue cette année, la mise en chantier d’un Conjuring 3 semble presque inévitable. Doit-on s’en réjouir ? Pourquoi pas ! Seul ombre notable au compteur, il est peu probable que James Wan reprenne du service pour filmer ce qui devrait théoriquement être l’ultime volet de la franchise, et qui emmènerait, aux dernières rumeurs, les Warren rendre visite à Bill Ramsey, homme qui aurait, dans le Londres des années 80, été sous l’emprise d’un démon loup-garou. Wan étant plus ou moins annoncé pour le compte de DC Comics afin de mettre sur pied une adaptation d’Aquaman, enfin, la New Line a tout de même de quoi proposer de sympathiques cachets à six ou sept chiffres pour convaincre son protégé de rester, alors bon, on peut se mettre à rêver parce que sinon, la tâche s’annonce donc délicate pour son successeur (Scott Derrickon ? Ca pourrait le faire…). Et enfin, pour répondre aux questions laissées sans réponses dans Le Cas Enfield, un spin-off consacré à Valak devrait voir le jour prochainement. Cela pourrait être une excellente idée, à condition de ne pas le filler à un type comme Leonetti, histoire qu’il ne nous nique pas le potentiel du personnage comme il a su le faire avec brio pour Annabelle. Mais ça, seul l’avenir nous le dira… ou pas…

THE CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD

James Wan – Etats-Unis – 2016

Avec : Patrick Wilson, Vera Farmiga, Sterling Jerins, Frances O’Connor, Madison Wolfe, Lauren Esposito, Patrick McAuley, Benjamin Haigh, Simon McBurney, Bob Adrian, Franka Potente, Shannon Kook-Chun, Daniel Wolfe, Maria Doyle Kennedy, Simon Delaney, Bonnie Aarons, Steve Coulter, Annie Young…

 

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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