Terrorvision

maxresdefaultEn ce bel après-midi où le soleil a laissé place à de sombres nuages, c’est avec les mains humides et les yeux pleins de larmes (et oui, je suis un grand sentimental) que je rembobine avec le plus grand soin quelques antiques VHS traînants çà et là près de mon vieux magnétoscope. Un frisson me parcoure l’échine à la vision des jaquettes, puis à la lecture des titres. Trancers, Breeders, Prison, et une question me taraude alors l’esprit. Mais que serait devenu le bis horrifique des années 80 sans l’intervention du grand Charles Band et de sa mythique société de production Empire Pictures. Le cinéma d’exploitation italien n’étant alors qu’un charbon plus très ardent, Charles va avoir la grande idée de traverser l’Atlantique et de poser ses bagages en terre italienne, afin de produire des péloches horrifiques classieuses à petits budgets. Parmi celles-ci, j’exhume aujourd’hui le très fun et complètement barré… TerrorVision.

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Chez les Putterman aussi, l’élection de Trump a été accueillie de diverses manières…

C’est sur la base d’un scénario simple mais diablement efficace, écrit au passage par Ted Nicolaou et Charles Band lui-même, que l’intrigue de ce TerrorVision va se dérouler. Une famille du genre très marginale, que l’on devine être américaine et où les parents sont des adeptes de l’échangisme, et ayant leur grand-père qui vit dans une sorte d’abri atomique, va faire l’acquisition d’une puissante parabole télévisuelle afin d’équiper leur immense résidence plutôt particulière. Alors qu’il ne parvient pas à la mettre en marche, Stan, le père, va alors assister à un étrange événement. Un éclair lumineux va venir frapper cette dernière et lui permettre de fonctionner pour la plus grande joie de cette fratrie très accro au tube cathodique. Seul petit revers de la médaille, un monstre d’origine extraterrestre et qui semble affamé s’est introduit dans le téléviseur. C’est donc l’estomac grognant et la bave aux lèvres, que la créature va s’extraire de l’écran afin d’aller chercher son repas et ça, ce n’était pas vraiment prévu dans les conditions du service après-vente…

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Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? (copyright Racine – et oui, on a aussi de la culture dans la Monsters Squad)

Mis en scène par Ted Nicolaou, grand habitué des collaborations de Band et à qui l’on doit le pas mauvais Subspecies, ou encore l’amusant Puppet Master vs Demonic Toys, TerrorVision s’oriente, dès le début, tout naturellement vers ce genre plutôt casse gueule qu’est la comédie horrifique. Exercice de style assez délicat pour que la sauce de la fusion prenne entre le comique et l’épouvante, le réalisateur va très clairement choisir d’y aller franchement dans l’absurde le plus total et le burlesque parfaitement assumé. D’emblée, dans la présentation des différents protagonistes, on sent qu’il va y avoir du lourd, du vrai. Pour ne pas mourir bête, il faut absolument voir le personnage de Grampa, interprété par un Bert Remsen (le mésestimé Tarentula, le cargo de la mort) en totale roue libre. En effet, le doyen de cette petite unité familiale pas comme les autres, se découvre à l’écran affublé d’une improbable tenue militaire sur laquelle sont collés des avions et autres chars en plastique, les mêmes que ceux avec lesquels on jouait étant gosse, et possède un véritable arsenal d’armes à feu pensant qu’un pseudo complot gouvernemental se trame à chaque coin de rue. Pas mal pour la mise en ambiance, mais ça, c’est juste pour planter le décor. On fera ensuite connaissance avec Suzy, la toute mimi Diane Franklin (Amityville 2 : le possédé, Freddy, le cauchemar de vos nuits), dotée d’une incroyable coupe de cheveux aux couleurs surréalistes, que même les punks les plus endurcies n’auraient pas osé porter. Et que dire des parents… Entre un père, sous les traits de Gerrit Graham (Phantom of the Paradise, l’indigeste C.H.U.D. 2, ou encore la suite réussite de Chucky, La Poupée de sang), qui ne rêve que de prêter son épouse en échange d’une autre, et Raquel, la mère, Mary Woronov pour l’état civil, vu dans l’excellent Warlock de Steve Miner ou encore dans des œuvres au budget bien plus conséquent comme le Dick Tracy de Warren Beatty,  qui se tortille dans des vêtements hyper moulants dès que l’occasion s’y prête. Nicolaou propose là un portrait aussi original qu’il est décalé avec son improbable Putterman’s Familly. Reste à savoir de ce que l’on va faire de tout cela…

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Il a morflé Casimir…

Imprégné d’un humour qui fonctionne donc plutôt pas mal, TerrorVision va véritablement sortir l’artillerie lourde lorsque la créature va se décider à sortir le bout de sa tentacule. Masse immonde en putréfaction dotée d’une paire d’yeux disproportionnés, d’une bouche gigantesque et d’un long appendice se terminant par un autre globe oculaire, le dévoreur, c’est mignon, et c’est son petit nom, va s’en donner à cœur joie en allant bouffer l’intégralité du casting. Aspirant ces proies avant de les avaler et de les faire plus ou moins fusionner avec lui, les attaques de la chose informe donnent lieu à de multiples séquences gores du plus bel effet, où l’on notera que le sang est…vert. Plus écologique peut être, et puis… ça passe mieux devant un comité de censure… Véritable star du métrage et ayant un aspect physique assez accrocheur, la bête en provenance d’une autre planète a été conçue par le talentueux John Carl Buechler. Buechler, metteur en scène des sympathiques Troll, Cellar Dweller et le pas mal du tout Vendredi 13 chapitre 7, est aussi et surtout un concepteur d’effets spéciaux dont la qualité du travail n’est plus à reconnaître. Entre autres dans sa riche carrière, le papa des Ghoulies interviendra sur le Dolls de Stuart Gordon, et pour se donner un peu de visibilité, confectionnera de somptueux maquillages sur Le Cauchemar de Freddy, quatrième volet de la saga. La pizza aux visages, c’est lui ! Force est de constater que, franchement, il n’y a pas à dire, pour mener à bien ses projets, il savait s’entourer de très bons techniciens l’ami Band.

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« Moi j’adore la Téléctricité ! »

Magnifié par un score efficace du compositeur Richard Band (Re-animator, From beyond), et oui, le troisième larron de la sainte Trinité – le père, Albert, et ses deux fils Charles et Richard – n’est jamais bien loin, Terror vision est une véritable déclaration d’amour à tout un pan de cinéma bis teinté d’horreur, comme seuls certains producteurs savaient intelligemment les mettre en chantier il y a maintenant une grosse vingtaine d’années. Pas de sous texte politique matière à polémique, ici, on se moque juste gentiment du fameux stéréotype de la parfaite famille américaine, pas de propos réactionnaires bons à alimenter des débats inappropriés qui seraient en fin de compte aussi efficaces qu’ils ne déboucheraient finalement que sur des conclusions stériles, juste un pur divertissement qui fait7LqBfLpGa6z6d6I0BKsNHVFJekw passer un agréable moment, à tout curieux souhaitant découvrir une péloche qui se regarde l’esprit léger, et le sourire jusqu’aux oreilles. Et ça, ce n’est déjà pas si mal…

TERRORVISION

de Ted Nicolaou – Etats-Unis – 1986

Avec : Diane Franklin, Chad Allen, Gerrit Graham, Mary Woronov, Jon Gries, Jennifer Richards, Alejandro Rey, Bert Remsen, Randi Brooks, Ian Patrick Williams, Sonny Carl Davis, William Paulson, John Leamer…

 

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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