L’interview presque façon Proust d’Olivier Beguin

Cette interview aura du mordant !

Le cinéma de genre suisse est – il faut bien le dire – assez anecdotique au niveau du nombre de réalisations annuelles. Cependant le Neuchâtelois Olivier Beguin fait partie de ces auteurs couillus et talentueux qui au travers de plusieurs courts-métrages (L’Employé du Mois, Dead Bones pour ne citer qu’eux) a concrétisé en 2013 un rêve d’enfant, à savoir la réalisation de son propre long-métrage. Dans Chimères, Olivier nous présente sa version personnelle du mythe du vampire, tantôt violente, tantôt touchante mais toujours spontanée, ce qui donne à son film un petit goût acidulé qui ne manquera pas de ravir bon nombre des adeptes du genre. Précisions que l’interprétation est assurée de main de maître par la tchèque « qui-peut-picoler-comme-dix-sans-jamais-montrer-de-signe-d’éthylisme » Jasna Kohoutova, par notre ami « couche-tôt » qui devrait penser à changer de numéro de portable s’il ne veut plus être réveillé par ses potes lors de nuits trop arrosées, mais qui poursuit une belle carrière au théâtre j’ai nommé Yannick Rosset, ainsi que par la charismatique Catriona MacColl. Dans le cadre de la sortie franco-belge du DVD ce 06 juin 2017, Olivier s’est prêté au jeu de l’interview presque façon Proust, les réponses parlant d’elles-même, nous vous invitons à faire connaissance avec ce cinéphile inconditionnel dont la carrière en long-métrage ne fait que débuter

Comment es-tu tombé dans la marmite ciné ? Tout petit déjà ou quelqu’un t’y a plongé plus tard ?

En faisant des films avec les potes, il y a bien longtemps. On parle d’une époque où le simple fait de filmer n’était pas donné à tout le monde. Mon grand-père s’était acheté une caméra video et nous la prêtait pour faire nos films d’aventures dans la forêt. Ca a commencé par des sous-Indiana Jones, puis du drame, puis du fantastique, de la parodie façon Hot Shots, un peu de tout et finalement un jour tu te dis que ce serait bien de faire ça un peu plus sérieusement et après des études commerciales, je suis parti étudier à la London Film School.

Comment s’est forgée ta culture ciné ? Vers où vont tes préférences ?

Grâce aux video-clubs – nostalgie – dans un premier temps. J’ai un peu de peine à retrouver quel était le déclic, le début de ma culture ciné. Je me souviens que mon pote Thibaut, ayant deux grands frères, me parlait et me montrait des films qu’on ne m’aurait peut-être pas laissé louer. C’est lui qui m’a fait découvrir Schwarzenegger, l’inspecteur Harry et Freddy Krueger et j’ai tout de suite adoré ce cinéma-là. C’était quand même une époque bénie – Mad Max, Piège de Cristal, Angel Heart, Robocop, Prédator, L’Arme fatale, Top Gun, Highlander, Terminator…. Juste là, on a quoi, Pirates des CaraÏbes 5 et Baywatch ? Bref comme tu l’auras deviné j’ai une préférence pour le cinéma de genre, mais suis ouvert à tous les films.

Eighties : best years ever…

Que nous prépares-tu de beau en ce moment ? Tes projets, ton actu ?

Tout récemment j’ai réalisé un court, ou une « expérience » plutôt en VR 360 degrés, Hurricane Gangster, une petite histoire de gangsters old-school. Ces jours, on termine Sons of Bitches, un « western rösti » comme on aime à l’appeler, réalisé par Arnaud Baur, jeune réalisateur de la région de Neuchâtel. J’ai monté et co-produit le court. On espère pouvoir bientôt annoncer des dates en festivals. Sinon je développe une web-série avec Colin Vettier, mon co-scénariste sur Employé du mois et Chimères. Et je tente de mettre de l’ordre dans mes idées pour mon prochain long-métrage.

De tout ce que tu as fait depuis le départ sur le ciné, de quoi es-tu le plus content, voire fier, voire « je m’la pète » 🙂 ?

Quand Chimères a remporté la Mention spéciale du Jury international au NIFFF, en 2013, François Cognard, le président, a parlé d’un « film de vampire romantique et sans compromis ». Avoir fait un film sans compromis, ouais, ça j’en suis assez fier.

Si tu avais un projet ciné à concrétiser, quel qu’il soit et avec un budget illimité, ce serait quoi ?

Oh j’ai bien une idée mais je crois qu’elle est vraiment bonne, donc j’espère que je pourrai la réaliser un jour et vais éviter de me la faire piquer. Mais un gros film avec Dwayne Johnson. Et John Reddington.


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

Malheureusement je n’en sais rien… Au niveau dates, je dirais que ça doit logiquement être Rox et Roucky pour l’animation et E.T. pour le live action. Par contre je me souviens du premier film qui m’a foutu une claque: Retour vers le futur. J’en suis vraiment sorti retourné, en ayant vu un truc absolument phénoménal, drôle, fun, intelligent. Et j’ai demandé un skate-board pour mon anniversaire suivant.

Back to the Future : best trilogy ever…

Ta scène ciné culte ?

Y en a trop, mais on va dire le Mexican standoff de Le Bon, le brute et le truand. Le cinéma à l’état pur. Les frissons à chaque fois. La perfection. Et on va citer une réplique culte: Walter Sobchak – « This is not ‘Nam, they are rules». Une phrase qu’on utilise TRES régulièrement avec des potes (Adan, Nico, you know who you are…)

Le film qui t’as le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Ces films qui jouent la provocation pour la provocation, qui n’ont rien à dire mais qui font le tour des festivals grâce au parfum de scandale. J’ai même pas envie de citer les titres, mais oui, on parle de masturbation au papier de verre et de new-born porn. Sinon je suis également TRES énervé contre Junkie XL qui m’a foutu en l’air Fury Road à lui tout seul avec sa soupe sentimentale. Probablement le film que j’ai le plus attendu de ma vie de cinéphile et j’ai toujours pas osé le revoir à cause de cette unique raison. J’ai récemment vu Brimstone et trouvé la musique ringarde, quand est arrivé le générique j’ai compris pourquoi. Ce type est à la musique de film ce que Jeremy Davies est à l’acting.

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

Un personnage. L’amiral Benson dans Hot Shots ! Je m’en lasse pas, il me fait littéralement pleurer de rire.

Ta scène gore favorite ?

Presque obligé de faire dans la facilité et citer le final de Braindead. Ou alors, si on peut considérer ça gore, la scène de vomi dans Team America, absolument géniale.

La scène érotique la plus bandante, excitante pour toi ?

Le dépucelage de Christian Slater par la sauvageonne dans Le Nom de la Rose. Lisa Bonet, nue et en sang dans Angel Heart (ça n’étonnera pas forcément ceux qui ont vu Chimères). Moins chaud mais tout aussi érotique, le bain de Kristin Scott Thomas et Ralph Fiennes dans Le Parient anglais. Et Elena Anaya nue dans Room in Rome, c’est à dire quasi tout le film.

« On se fait un remake avec toi, Olivier ? Room in Neuchâtel… 😉

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

Lucy ! C’est au-delà de la compréhension humaine ce truc.

La scène la plus flippante à tes yeux ?

Deux moments chez Lynch. Laura Palmer qui rentre chez elle et trouve Bob dans sa chambre dans Twin Peaks, Fire Walk with Me. Et Bill Pullman qui se réveille à côté de l’homme mystère dans Lost Highway. Récemment j’ai trouvé le concept (et la scène d’exposition) de It Follows très efficace.

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Emmanuelle Béart dans Manon des sources, bien sûr. Je remercie ma grand-maman, fan de Pagnol de m’y avoir emmené à 11 ans, mais sur le moment j’étais TRES mal à l’aise, forcément.

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

Un film: obligé de mentionner une fois de plus La Mouche, le film le plus important de ma vie, celui qui m’a fait comprendre ce cinéma et donné envie de faire des films de genre. Une rencontre: Cronenberg venu présenter Crash au British Film Institute pendant mes années d’études de ciné à Londres. Quelques minutes à peine, mais ça marque, malgré le regret de ne pas avoir pu lui formuler à quel point La Mouche avait été important pour moi. Un lieu: je me souviens du dernier jour de tournage de mon court Dead Bones à Almeria. Le désert de Tabernas qui s’éloigne dans le rétroviseur, accompagné d’ « Ecstasy of Gold » version Metallica sur l’auto-radio, on avait eu la chance, en toute modestie, de tourner dans ces lieux emplis de souvenirs de westerns. J’en ai versé une larme.

Votre serviteur avec Olivier, au BIFFF, entre 2 Cuvées des Trolls…

Merci Olivier pour cette interview passionnante, et nous te souhaitons beaucoup de succès dans cette nouvelle aventure qui vient de commencer, et pour ceux qui auront le bon goût d’acheter Chimères, notez qu’un bonus caché est à découvrir et il vous permettra de mieux comprendre les quelques anecdotes qui vous ont été sussurées en guise d’introduction

Adam Korman
Grand amateur de cinéma de genre depuis ma prime jeunesse, aidé par les conseils de nombre de revues francophones de mon enfance, je tenterai de vous faire partager des thématiques filmiques assez éclectiques sur un ton acrobatique, qui pourraient muscler vos zygomatiques, sans vous rendre apathique tout en gardant une certaine logique analytique.

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