JeruZalem

Chaque année, en plein cœur de la fraicheur hivernale, le célèbre festival du film fantastique de Gérardmer réchauffe quelque peu l’atmosphère en livrant son lot de bonnes et de mauvaises surprises. Souvent étonnant et inattendu, le prix spécial du jury n’échappe pas à cette règle en ayant parfois consacré quelques bandes ma foi… assez particulières. Si certaines mettent généralement tout le monde d’accord (Fragile, Saw…), d’autres demeurent quelquefois des choix plutôt contestables. Comment pourrait-on oublier l’affligeant Fido (c’est rigolo Fido voyons-NDEvilAsh), ou encore le très ennuyeux Insomnies de Michael Walker (hormis le bébé avec la grosse teub dans une baignoire, cette péloche est l’une des pires choses qu’il m’ait été donner de voir sur un écran), pour pouvoir appréhender sereinement le vainqueur de la cuvée 2015 concourant dans cette catégorie, à savoir le curieux JeruZalem

Voici un mur où se lamenter de la nullité du film…

Tout d’abord, par le biais de l’origine de l’oeuvre, car Israël fait malheureusement bien plus souvent parler d’elle à cause des querelles intestines dont elle est la victime, que de par son activité dans le domaine du cinéma horrifique. En effet, pendant que de pieux combattants se foutent sur la gueule pour gratter quelques mètres carrés de terre sainte, les ambitieux Doron et Yoav Paz décident de tenter leur chance dans le genre épouvante en réalisant et produisant une nouvelle collaboration. Bonne pioche, puisque de par leurs racines culturelles, et ce en abordant le thème du jugement dernier, les deux frangins avaient clairement de quoi créer une bande qui se démarque grâce à son originalité. Bénéficiant d’un lieu hautement symbolique où va se dérouler l’action, Jérusalem, la ville dans laquelle est décédé le plus fameux des charpentiers, les Paz avaient matière à soulever notamment le sujet passionnant, et finalement très peu abordé dans le 7ème art, à savoir comment les hommes de dieux issus de différentes religions pouvaient s’unir pour vaincre le malin. Imaginer un iman, un prêtre, et un rabbin combattre le diable en utilisant leurs propres rites et méthodes avait de quoi susciter l’intérêt du cinéphile adepte des mises en scène mettant en vedette les méfaits des résidents des enfers. Cette idée, pourtant excellente au demeurant, va être expédiée, et le mot est on ne peut plus approprié, dans les cinq premières minutes de l’introduction pour ne plus jamais refaire surface par la suite. Dommage.

Un ange passe…les soldats trépassent…

Pas bien grave, car on se dit qu’ensuite les frérots vont exploiter au maximum le potentiel cinégénique de la cité israélienne théâtre de cette intrigue. Et bien non. On visite vite fait une église, on passe rapidement par quelques rues très sombres, et surtout on concentre le reste du récit dans un hôtel relativement anodin du centre-ville. Dans une métropole au passé si lourd où mosquées et synagogues se font face, où la tension semble palpable à chaque carrefour, ne pas s’imprégner de l’ambiance d’un tel endroit relève simplement du gâchis. Mais quitte à foirer le truc jusqu’au bout, les Paz se vont pas s’arrêter en si bon chemin…

Depuis la fin des années 90 où un phénomène de mode racontant les péripéties d’un trio parti se balader dans les bois pour enquêter sur une fameuse sorcière, le found footage est devenu un véritable genre à part entière. Réservant de temps à autre d’agréables surprises (les deux premiers Rec pour ne citer que les meilleurs), le found se transforme malheureusement bien trop souvent en foutage. Si les sujets abordés sur le papier ont parfois franchement de la gueule, c’est pour généralement mieux se vautrer royalement dans la façon dont ils vont être exploités. De plus, si dans certains d’entre eux résident une réelle envie de tourner soigneusement une histoire, pour d’autres, ce que l’on voit à l’écran ressemble fort à un méga tour de grand huit relativement indigeste. Comme dans JeruZalem

Beeeeelllllle….

Avec les effets style caméra à portée de main ou autres tournages au pseudo caméscope, c’est parfois limite, mais imaginez un peu ce que cela peut donner de découvrir ce métrage à travers une paire de smart glass. Ca secoue déjà carrément pas mal avec les outils précités, mais quand en plus le personnage principal, la très chaude Sarah, semble atteint d’un parkinson en phase terminale, c’est la nausée assurée. Là où les réals auraient pu proposer une alternative à ce space mountain télévisuel, en l’éclairant intelligemment par exemple, et bien ils ne trouvent rien de mieux que de nous plonger dans une obscurité oppressante qui finalement n’a que pour effet de ne rien nous dévoiler du tout. Une course-poursuite torche à la main dans les sombres ruines du roi Salomon pour échapper à une horde de démons déchainés (enfin… pas trop), ce n’est pas forcément le lieu le plus approprié pour imbiber cette péloche d’un semblant de tension. Et manque de chance, c’est comme ça pendant près d’une heure et demie, et surtout à chaque séquence où l’on caresse l’espoir d’entrevoir quelques âmes damnés…

Euh…tous comptes faits…pas si beeellllle

Les monstres justement. Sur ce point où l’on pouvait pourquoi pas espérer voir des goules avec un look plutôt accrocheur, on se retrouve avec des êtres munis de vieilles ailles, et ressemblant à s’y méprendre aux infectés du Je suis une légende avec Will Smith. Une fois de plus, les Paz ne profitent pas de l’opportunité de mettre en avant les antiques légendes émanant de la précieuse cité en cédant encore à la facilité pour présenter des bestioles franchement pas très impressionnantes. Heureusement, d’autres créatures nettement plus regardables se démarquent aisément dans ce JeruZalem. Sous les traits de Sarah, l’héroïne, si l’on peut la qualifier ainsi, qui nous démontre qu’au travers de ses lunettes on peut facilement transformer ce genre de production en doom like cinématographique, aussi gerbant soit-il, la toute brune Danielle Jadelyn surjoue un peu près toutes les séquences horrifiques, mais on lui pardonnera sans rancune lorsque la belle se lâchera un peu au terme d’une soirée assez arrosée. En sa compagnie, la très canon Rachel, Yael Grobglas, actrice israélienne qui compte pas mal de série télé à son actif et qui devrait, entre autres grâce à un jeu intéressant et – surtout – à son joli minois, refaire parler d’elle dans les années à venir. Pour le reste, c’est du stéréotype assez banal, avec un arabe en cool attitude servant de guide aux demoiselles (et aspirant surtout à se les enfiler), le père de ce dernier, qui d’un coup se souvient de pas mal de choses utiles liées à son enfance pour décanter la problématique proposée par ce récit, le bidasse au taux de testostérone assez élevé, qui va se dégonfler au moment où l’on va avoir besoin de lui, bref, rien de bien passionnant sous le soleil israélien.

Ce film, en somme, c’est du foutage qu’on aurait mieux fait de ne pas found …

Partant d’un concept pourtant plutôt sympathique, les frères Paz ne laissent absolument aucune chance à leur bébé en le tuant directement dans l’oeuf. Minimisant les points forts auxquels JeruZalem aurait pu prétendre, les 2 lascars ont au moins le mérite de n’avoir absolument rien réussi de bien quant à l’élaboration de ce petit film d’horreur, prouesse suffisamment rare pour qu’elle mérite d’être soulignée. Tout en sachant qu’une suite est envisagée à l’heure où j’écris ces quelques lignes, il ne reste plus qu’à croiser les doigts et à espérer une bonne surprise, un petit peu comme celle de Mike Flanagan avec son excellent Ouija, les origines. Mais bon, permettez-moi cher lecteur de ne pas être très optimiste pour le coup…

JeruZalem

De Doron et Yoav Paz – Israël – 2015

Avec : Yael Grobglas, Yon Tumarkin, Danielle Jadelyn, Tom Graziani, Sarel Piterman, Howard Rypp, Ami Smolartchik, Yoav Koresh, Ori Zaltzman…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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