LE RETOUR DE JACK L’EVENTREUR (Terror at London Bridge)

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Jack l’éventreur est sans aucun doute l’un des tueurs en série des plus emblématiques et passionnant en termes de criminologie. Ce meurtrier, aura su faire de son « œuvre », un véritable culte alliant les plus improbables hypothèses lorsque l’on évoque la nature de ses motivations et surtout, celle de son identité. Comme nombre d’individus dits « populaires », entouré d’un mystère que les plus grands analystes n’ont toujours pas réussi à percer, même si les soupçons se portent généralement vers un proche/membre de la famille royale d’Angleterre  (bon, pour sûr que ce n’était pas le prince Charles, je sais bien qu’il a une tête de pervers mais… il n’était pas encore né à cette époque…), le personnage va rapidement attiser l’imagination de scénaristes voulant porter à l’écran les exactions du ripper. En restant sur une période plutôt contemporaine, dans les grandes lignes, celle post soixante-huitarde, nous eûmes la chance de découvrir des versions ciné franchement intéressantes.

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« Hum…faut quand même que je lui demande la marque de sa laque à cheveux au père David… »

Du très graphique, avec le bon Jack l’éventreur (1976), de Jess Franco, avec le génial halluciné Klaus Kinski, du plus récent avec l’obscur mais très foutraque From Hell (2001), d’Allen et Albert Hugues, en passant par la référence en la matière, l’excellent téléfilm sobrement intitulé Jack l’éventreur (1988), de David Wickes avec, dans le rôle principal, l’immense Michael Caine. Toutes des péloches vraiment bien fichues, mais abordant le thème avec un réalisme très poussé et… ma foi assez sérieux. Alors, lorsque l’on découvre qu’en 1985 l’expérimenté metteur en scène Egbert Warnderink Swackhamer (une filmographie télévisuelle énorme avec, notamment, les séries Ma sorcière bien-aimée, et sa belle blonde maniant le manche comme personne, à balais bien sûr… bande de vicieux…, La loi est la loi, Colombo, ou encore des épisodes de New York police judiciaire), va mettre sur pied une adaptation pour la télé dans laquelle il va allier le mythe du boucher de Whitechapel à la sauce fantastique, et surtout, quand on sait que le choix de sa tête d’affiche va être David Hasselhoff, et oui, le seul et unique Hasselhoff qui, après avoir conduit le véhicule le plus cool des années 80 s’en est allé palper du nichon à tout va sur les plages de Malibu, et bien, en y pensant, il y a carrément de quoi attiser notre curiosité…

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Alerte à Malibu : K2000 a piqué la nana de Rick Hunter !

Allez, prenons le risque de traverser le London Bridge avec cette production américaine baptisée en nos contrées, Le Retour de Jack l’éventreur… 1888, Londres, dans le quartier malfamé de Whitechapel. En pleine nuit, alors qu’il tente d’agresser une jeune femme à l’aide de son rasoir tranchant, le meurtrier connu sous le nom de Jack l’éventreur est surpris pendant son acte par une brigade de policiers. Poursuivi par les hommes de loi dans les sombres rues londoniennes, l’assassin va se retrouver piégé au beau milieu du London Bridge. Essuyant une rafale de balles, l’éventreur basculera par-dessus la rambarde du pont, entraînant avec lui l’une des pierres de cette dernière. 1985, Lac Havasu dans l’Arizona. Afin de commémorer la relation amicale qui unit anglais et américains, un petit village touristique situé près de Phoenix s’est lancé dans la reconstruction d’une partie du terrain de jeu favori du célèbre criminel, cela incluant, le somptueux London Bridge dont le maire de Londres vient d’inaugurer la pose de la dernière pierre récemment retrouvée au fond de la Tamise. La structure enfin achevée, le fantôme du massacreur en provenance de la perfide Albion va pouvoir de nouveau jouer du scalpel. Cool : now Jack goes to the USA…

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« 1, 2, 3, 4, 5…Ok, ils sont tous là »

Titré en version originale Brigde Across Time ou encore Arizona Ripper, le métrage de Swackhamer peut se vanter de posséder une équipe technique dont la qualité n’est plus à prouver. Certes formé/formaté par et pour la télévision, le réalisateur, à qui l’on doit aussi les sympathiques Night Terror (1977), et Vampire (1979), avec un Jason Miller ayant enfin fini de nettoyer de sa soutane les tâches de gerbe dont lui avait fait grâce une turbulente gamine de Georgetown quelques années auparavant, va nous faire part de l’étendue de son talent lorsqu’il va mettre en images la reconstitution du secteur où le ripper va de nouveau sévir. Par le biais d’une très belle photographie, c’est Gil Hubbs (Opération dragon) qui est aux commandes, Swackhamer va instaurer une ambiance d’une noirceur absolue, avec des rues faiblement éclairées baignant dans une atmosphère empreinte d’un épais brouillard, propice et adéquate aux méfaits à venir de notre dérangé du bistouri. Exploitant au maximum l’esthétique des décors dont il dispose, le metteur en scène va, par contre, la jouer en douceur en ce qui concerne le cul et le gore. Malgré un sujet propice à la mise en avant des deux éléments précités, et la présence de la plutôt canon Stepfanie Kramer (Dee Dee McCall dans Rick Hunter), il ne faut pas oublier que le film est avant tout destiné à être diffusé à un public relativement large. Pas grave, l’intrigue finement ciselée va pallier ce handicap. Découvrant des indices de plus en plus macabres, l’inspecteur Don Gregory, interprété par LE David (Starcrash et Démoniaque présence quand même…) ayant la charge de résoudre ces meurtres, va mener une enquête qui, même si elle pompe parfois allègrement certains clichés issus des grands classiques du 7ème art – du genre, notre flic incorruptible veut faire fermer le village pour la sécurité des vacanciers, cela au grand dam du politicien véreux qui lui, ne pense qu’aux retombées financières, ce qui rappelle vaguement les conséquences d’une célèbre attaque de squale dans une petite ville balnéaire…- va progressivement basculer vers une trame ouvertement fantastique lorsque le futur sauveteur en slip rouge va comprendre que l’éventreur est de retour. Familier du cinéma d’épouvante, c’est le scénariste William F. Nolan, fidèle du grand, que dis-je, de l’immense Dan Curtis, pour qui il signa les scénarios d’une partie des deux Trilogy of Terror ainsi que celui du chef-d’oeuvre de big Dan, le terrifiant Trauma, qui est à l’origine de ce récit plutôt efficace.

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Adrienne vient de se rendre compte que son soupirant est le sosie de Patrick Sabatier

Sublimé par une bande originale de toute beauté, rappelant par moments celui d’un film de maison hantée très populaire d’ailleurs…, de l’intemporel Lalo Schifrin (la carrière du maestro est tellement conséquente et qualitative que je me contenterais de préciser que le bonhomme a « juste » composé le score de Mission impossible), ce Terror at London Bridge, autre titre alternatif, dispose également d’un casting des plus sympathiques. Outre David « Michael Knight » Hasselhoff qui, comme à l’accoutumée, semble rempli de bonne volonté mais brille surtout par son inexpressivité, et la carrément bandante Stepfanie Kramer, c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on retrouve l’incontournable Adrienne Barbeau (Fog, Creepshow), dans un rôle à cause duquel le costumier assigné au métrage a probablement fini ses jours en prison tellement il a dû prendre son pied, s’en est presque mesquin, en habillant l’Adrienne avec les robes les plus laides qui puissent exister. Plaisir aussi de revoir la pulpeuse Lindsay Bloom (Velda dans la très chouette série policière Mike Hammer avec le non moins excellent Stacy Keach), mais aussi le plutôt charismatique Clu Gulager, bon, je sais, ce n’est pas facile de s’appeler Clu quand même, il faut être conciliant, il en a certainement souffert étant gosse, second couteau vu pour sa part dans pas mal de bis horrifiques so 80′, tel le pas mauvais Voeux sanglants, le cultissime Le Retour des morts-vivants, ou le mésestimé et mal aimé La Revanche de Freddy.

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« Incroyable…depuis le début du film, sa coupe n’a pas bougé…Faut que j’y pense à cette laque… »

Diffusé jadis en prime time sur nos bonnes vieilles chaînes hertziennes, c’est du côté de l’antique VHS éditée par Unicorn qu’il faut désormais se tourner pour pouvoir apprécier ce téléfilm, quasiment oublié de tous, en version française à sa juste valeur. Pas encore disponible en numérique en terre gauloise (le sera-t-il un jour ?), Le Retour de Jack l’éventreur demeure une œuvre qui, si elle ne révolutionne pas le mythe, pallie aisément à ses carences télévisuelles par le biais du savoir-faire indéniable émanant de son metteur en scène et, de plus, profite d’un rythme soutenu ne laissant guère le temps aux téléchargementspectateurs de décrocher de cette histoire peu commune et franchement intéressante. Et puis… rien que pour David quand même… ça vaut le coup d’oeil…

Le Retour de Jack l’éventreur :

Egbert Warnderink Swackhamer – Etats-Unis – 1985

Avec : David Hasselhoff, Stepfanie Kramer, Randolph Mantooth, Adrienne Barbeau, Lindsay Bloom, Ken Swofford, Clu Gulager, Rose Marie, Lane Smith, David Fox-Brenton, Michael Boyle, Barbara Bingham, Paul Rossilli…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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