L’interview presque façon Proust de Romuald et Patrice, alias Uncut Movies

Pour cette dernière interview façon Proust avant la rentrée de septembre, on vous en offre une « maousse costo » du duo ultra sympa qui trône à la tête d’Uncut Movies. Celui-ci propose depuis de nombreuses années aux amateurs de gore que nous sommes les films les plus fous de le planète ! Et eux, le sont-ils ? Début de réponse dans cet entretien…

Comment êtes-vous tombés dans la marmite ciné ? Tout petit déjà ou quelqu’un vous y a plongé plus tard ?

Romuald : Ma passion pour le cinéma et  plus particulièrement pour le cinéma de genre remonte pour ma part directement à mon enfance. J’ai toujours été intéressé par le domaine du fantastique et de l’horreur. En primaire quand mes petits camarades lisaient Pif Gadget, moi je feuilletais Creepy et Vampirella. Mon premier magazine dédié au cinéma d’épouvante je l’ai acheté alors que je n’avais même pas encore 10 ans ! Dès le collège je me suis mis à acheter chaque numéro de Mad Movies qui venait de passer professionnel et de l’Ecran Fantastique, je passais des heures à lire tous ces articles sur des films que je ne pouvais pas voir, les interdictions aux films aux moins de 13 ans et de 18 ans m’empêchant d’accéder aux salles. Mes parents, qui ont toujours aimé eux aussi le fantastique, allaient donc voir certains de ces films et me les racontaient avec force et détails dès leur retour comme ce fût le cas par exemple pour Massacre à la Tronçonneuse, Vendredi 13 ou encore Pulsions. Je n’avais qu’une hâte, avoir l’âge légal pour pouvoir visionner tous ces films…

Patrice : Pour ma part le cinéma a depuis toujours été une possibilité d’évasion et de découverte. Très tôt je suis devenu adepte des salles de cinéma de genre et j’ai aussi eu le plaisir pendant quelques années d’assurer la projection des films dans le cinéclub de mon village.

Comment s’est forgée votre culture ciné ? Vers où vont vos préférences ?

Romuald : Ma culture ciné est donc née de ces lectures de magazines qui m’offraient un accès privilégié à des films inaccessibles compte tenu de mon âge. J’ai très vite découvert aussi que des vidéoclubs commençaient à fleurir un peu partout dans ma ville. Je les écumais tous, flânant avec envie dans les rayons horreur de ces temples dédiés au cinéma bis…Je n’avais pas encore de magnétoscope en ces débuts de décennie 80 mais j’ai très vite compris que cet appareil me permettrait d’une part de découvrir pléthore de films et de pouvoir braver aussi ces fameuses interdictions imposées aux films en salles. Lorsque nous avons enfin été équipés d’un magnétoscope familial cela a été le début de la découverte et de ma culture cinématographique. Mes préférences sont bien évidemment allées vers ce qui m’était interdit : le genre horrifique !  Je louais tout ce qui était disponible dans mon vidéoclub et qui se trouvait dans le rayon Horreur, j’avais envie de découvrir tous ces films en images que mes parents en excellents orateurs m’avaient raconté et de voir aussi tous ces films qui peuplaient les pages de mes revues préférées qu’étaient Mad Movies et L’Ecran Fantastique.

Patrice : Initialement bercé par le cinéma italien des années 70 j’ai très rapidement basculé culturellement dans le cinéma plus underground en découvrant John Waters, Russ Meyer puis Almodovar, etc. Nous sommes au tout début des années 80 et tout bouge aussi bien côté ciné que musique. L’heure étant à la contre-culture en général si c’était trash et dérangeant j’étais dans le coin. Tout semblait possible et permis et beaucoup osaient alors… c’était il y a plus de 35 ans !

Parmi ces VHS, des titres ont été édités par Uncut en DVD…Saurez-vous les retrouver ? A gagner : toute notre considération !

Comment est né Uncut Movies ?

Romuald et Patrice : Uncut Movies est né d’un constat : au moment où nous avons créé la société tous les éditeurs indépendants avaient pratiquement disparus et c’est en se lamentant de ne pas voir certains films sortir en France que nous nous sommes dit que finalement la seule façon de remédier à cela serait peut-être de les sortir nous-mêmes ! Nous voulions vraiment créer un label qui ne soit pas « politiquement correct » et distribuer des films bizarres, inclassables, dérangeants, tous dédiés au genre horrifique mais déclinant cette appartenance au cinéma de genre de manières très diverses. Série B, films trash underground, slashers cultes, comédies gore,  tous ces films allaient avoir leur place sous notre label dont la mission était de redonner au public l’envie de découvrir des films « à part » loin des standards imposés par certains éditeurs de l’époque qui avaient lissé le genre… Notre label s’est bien sûr nourri de notre propre culture cinématographique, nous l’avons utilisé pour rendre hommage à tous ces éditeurs VHS qui nous ont fait fantasmer durant notre adolescence comme Hollywood Vidéo, Scherzo, VIP, etc…des éditeurs qui osaient sortir des films vraiment fous voire carrément obscurs. Ils ont bien évidemment influencé notre ligne éditoriale tout comme d’ailleurs les romans de la Collection Gore aux éditions Fleuve Noir. Cette collection devenue mythique déclinait un genre, le gore, sous des formes littéraires très variées. Certains romans étaient extrêmement sanglants tandis que d’autres pas du tout et jouaient plus sur l’ambiance, certains étaient quasiment parodiques alors que d’autres au contraire très frontaux, certains mêlaient le gore et le porno alors que d’autres excluaient toute forme d’érotisme… Chaque auteur avait son identité et chaque roman sa définition du gore, c’est quelque chose que nous avons aussi voulu appliquer par le biais de notre label : proposer des films étant parfois diamétralement opposés, passer d’un porno gore comme Rossa Venezia à un pur film fantastique inspiré  de Lovecraft comme Colour From The Dark, éditer un film complètement fou et vraiment drôle comme Poultrygeist après un film d’une noirceur extrême comme Thanatomorphose…Bousculer les règles ou plutôt ne pas en avoir est un peu notre leitmotiv en tant qu’éditeurs, ne pas laisser le spectateur s’installer dans une sorte de routine mais au contraire lui proposer constamment de nouvelles œuvres à découvrir, des œuvres qui peuvent le fasciner, le surprendre, le décevoir ou le passionner. Pour nous, c’est ça le cinéma, se confronter à un film, avoir envie de le découvrir, se faire une opinion sur les différents courants qui nourrissent un même genre et c’est en cela que La Collection Gore est pour nous finalement assez proche de notre démarche car tout comme cette dernière nous n’hésitons jamais à « oser ».

Après avoir vu ce film, vous n’irez plus jamais chez KFC…

Vous participez souvent à des conventions, vous allez à la rencontre de votre public. On sent que vous aimez vraiment ça. C’est important pour vous non ?

Romuald et Patrice : C’est très important pour nous en effet. En tant qu’éditeur indépendant on ne fonctionne pas comme beaucoup d’autres qui étudient à coup de fichiers graphiques le résultat de leur ventes et calculent tout financièrement (potentiel de ventes, stratégies commerciales, etc…). Nous nous ne sommes pas vraiment dans une démarche de business mais plutôt dans une démarche de passionnés. Rencontrer les fans de notre label et plus globalement les fans de cinéma de genre sur les conventions est donc primordial pour nous car c’est d’une part notre baromètre puisque nous pouvons mesurer auprès du public leurs attentes et leur ressenti et d’autre part nous pouvons rencontrer en vrai ceux qui nous suivent et nous soutiennent, ceux sans qui notre label n’existerait pas depuis plus de 18 ans et ça c’est un vrai plaisir ! Pouvoir échanger, discuter avec les fans de cinéma de genre sur les conventions est donc un vrai plaisir pour nous car on le dit souvent mais rien ne définit mieux notre label mieux que ça : UNCUT MOVIES est un label tenu par des fans pour des fans ! Bon maintenant les gens venez aussi acheter sur notre stand hein, c’est important aussi (rires) ! Plus sérieusement on invite tout ceux qui nous suivent à nous retrouver sur les conventions incontournables dédiées au genre comme par exemple le BLOODY WEEK-END en France ou THE RETRO WIZARD DAY en Belgique pour n’en citer que deux. Vous pouvez retrouver toutes les conventions auxquelles nous participons sur notre site internet : http://www.uncutmovies.fr/

Que nous préparez-vous de beau concernant les futures sorties en ce moment ? Vos projets, votre actu ?

Romuald et Patrice : Nous essayons toujours d’apporter une dimension collector à nos produits. Même à l’époque de la VHS on essayait d’innover, nous mettions par exemple déjà des bonus à l’époque après les films comme des interviews ou des making of alors que cela ne se faisait pas du tout. Aujourd’hui, toujours soucieux de donner à nos éditions le meilleur cachet possible, nous venons de passer au format mediabook. On a cassé notre tirelire car ce packaging coûte très cher mais il offre vraiment aux collectionneurs un bel objet. Le boîtier en carton épais est façonné à la main, c’est de l’artisanat pur et nécessite un vrai travail manuel. Nous avons désormais deux titres sous ce packaging : American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore et Graduation Day. Le premier (American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore) est présenté en édition limitée et numérotée, il dispose d’un livret de 16 pages collé à l’intérieur du mediabook qui revient sur le phénomène des Guinea Pig japonais des années 80 puis sur le film lui-même, le tout accompagné d’un poster collector. Pour le second (Graduation Day), le mediabook est aussi en édition limitée et numérotée, on y trouve à l’intérieur un livret de 32 pages, collé au packaging, dédié aux slashers des années 80 et qui revient aussi sur le génèse du film ainsi également qu’un poster collector. Nous sommes vraiment très heureux de lancer ce type de produit ultra collector pour des films issus du cinéma de genre avec ce packaging vraiment classieux qu’est le mediabook. Nous espérons poursuivre dans cette direction sur nos prochains titres et pour cela nous avons besoin du soutien des fans car comme nous le disions ce type de packaging revient très cher à la création et représente un investissement important. Nous préparons actuellement notre édition du film Frightmare de Pete Walker, un réalisateur que nous aimons beaucoup et qui a vraiment marqué de son empreinte le cinéma horrifique anglais des années 70. Viendront ensuite Escalofrio de Carlos Puerto, un film fantastique espagnol de la fin des années 70 que nous sommes très heureux de pouvoir éditer puis le second opus de la franchise d’American Guinea  Pig intitulé Bloodshock  et réalisé par Marcus Koch (100 Tears), d’autres titres sont également en préparation et notre actualité de nouveau aussi riche que diversifiée…

Le superbe mediabook du très sympa Graduation Day

Quel a été votre sortie la plus difficile chez Uncut ? Celle qui vous a demandé le plus de recherches et vous a causé le plus de difficultés.

Romuald et Patrice : Il y a plusieurs titres et pour des raisons diverses. En VHS c’est peut-être Psychos In Love, un film qu’on adore, une pure merveille  qui se situe entre le slasher et le film d’auteur. Il a fallu que nous attendions plusieurs années avant de pouvoir le sortir car les droits étaient bloqués par un distributeur qui n’en faisait rien et il a fallu attendre que les droits reviennent à son producteur. Les droits avaient été vendus aux USA pour 25 ans et il restait deux ou trois ans à attendre pour que ce contrat arrive à terme. Ensuite il n’y avait pas de master disponible nous avons donc reçu le négatif original du film pour en créer un, ce master fut ensuite dupliqué et c’est lui qui a servi pour les autres éditions mondiales qui ont suivi la nôtre. Quand le film est ressorti  ensuite aux USA puis en Allemagne et aux Pays-Bas c’est donc notre master qui a été utilisé car nous avions complètement nettoyé l’image et le réalisateur avait vraiment apprécié notre travail, c’est toujours plaisant de savoir qu’il y a un peu d’UNCUT MOVIES dans toutes ces éditions…En dvd, on pourrait citer The Necro Files 2 que nous avions coproduit. Lorsque le film fut terminé les américains ne trouvaient pas de labo qui acceptaient de faire un Master ! Ils trouvaient tous le film trop trash, trop sexe et trop violent ! Finalement c’est un labo crapoteux spécialisé dans le porno subversif à tendance SM qui a accepté de se charger de la création du Master et eux ils avaient adoré le film ! Nous pourrions évoquer aussi American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore qui n’a reçu que très peu de critiques dans la presse, les magazines même spécialisés le trouvant trop subversif et s’imposant donc une forme d’autocensure… Le film a tout de même reçu un article élogieux dans Les Inrocks et dans L’Ecran Fantastique. Un grand merci à eux pour leur ouverture d’esprit et leur envie de défendre des films qui ne rentrent pas dans les grands standards du politiquement correct et de la pensée unique !

A contrario, la sortie la plus « simple » ?

Romuald et Patrice : Une sortie simple ça n’existe pas vraiment pour les éditeurs indépendants. Il y a toujours des complications et il faut toujours batailler pour promouvoir son travail : soit le film n’est pas chroniqué dans la presse, soit les enseignes n’en veulent pas dans leur linéaires de peur d’offusquer les ménagères, ce n’est vraiment pas facile quand on ne fait pas partie de la caste bienpensante d’avoir de la visibilité. C’est valable pour nous comme pour certains de nos confrères mais peut-être un peu plus pour nous encore qui ne rechignons jamais sur un film extrême ou qui ne faisons pas de compromis sur nos visuels par exemple. C’est peut être un tort mais nous ne voulons pas trahir ceux qui nous suivent… Par exemple American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore  devait être une exclusivité Fnac mais pour cela nous aurions dû présenter le film avec un visuel passe-partout, bien propret et donc aux antipodes de ce qu’est le film. Nous avons refusé de céder à cette forme de censure. Le film n’est donc pas devenu une exclusivité Fnac mais au moins le visuel est conforme au film, à nos attentes et à celles de nos clients ! C’est certes culotté de notre part et peut-être aussi un brin risqué économiquement mais en même temps si notre label est toujours là après plus de 18 ans d’existence c’est sûrement aussi parce que les fans nous reconnaissent une certaine audace que ce soit dans notre ligne éditoriale ou dans notre manière très anti-conformiste de promouvoir un cinéma déjà suffisamment stigmatisé pour que nous fassions nous aussi le jeu de ses détracteurs !

Quels sont les titres que vous avez sortis qui ont le mieux fonctionné ? Le moins bien ?

Romuald et Patrice : Notre meilleure vente est Rossa Venezia dont nous avons fait deux tirages (un à 1000 exemplaires et un retirage avec jaquette différente à 500 exemplaires) et les deux sont sold-out. Aujourd’hui le film se revend d’occasion à des prix complètement fous, il est parti à plus de 100 euros aux enchères il y a quelques mois sur Ebay par exemple ! On est assez content de ça d’ailleurs car en éditant nos films en édition limitée on veut vraiment apporter une dimension collector à nos produits, leur donner une valeur affective mais aussi un potentiel, une sorte de côte qui les distingue du tout-venant qu’on peut retrouver dans n’importe quel bac de soldes comme pour beaucoup d’éditeurs classiques. Rossa Venezia est un titre qu’on nous demande encore souvent, beaucoup voudraient qu’on le réédite, ce qui est amusant c’est que c’est un film qui compte autant de partisans que de détracteurs, qui fascine autant qu’il révulse et ça pour nous, en tant qu’éditeurs c’est très intéressant. C’est exactement ce que l’on veut engendrer auprès du public car nous ne voulons jamais proposer de produits lissés juste bons à tenir la route commercialement et destinés à plaire au plus grand nombre. On aime prendre des risques dans notre ligne éditoriale et proposer des films qui vont surprendre, séduire et même parfois déstabiliser les spectateurs, c’est vraiment une démarche importante pour nous à une époque où la pensée unique grignote du terrain et où beaucoup d’éditeurs restent dans leur zone de confort ! Notre moins bonne vente est Bloody Toons, une comédie gore décalée franchement sympa mais pour laquelle le public est passé à coté. Dommage car le film est vraiment fun et montre véritablement le potentiel de son réalisateur qui l’a bricolé avec beaucoup d’ingéniosité pour transcender son budget. Le film a remporté un grand succès à l’étranger par contre au point qu’une suite devrait sortir prochainement avec Linnea Quigley et Herschell Gordon Lewis, l’inventeur du cinéma gore, au casting. Ceux qui ont vu notre édition de Bloody Toons ont vraiment aimé le film et veulent bien sûr qu’on sorte cette suite…le problème c’est qu’ils ne sont pas nombreux à l’avoir vu (rires) !

Petit coup de projo sur Bloody Toons. Vous voulez voir la suite ? Achetez celui-ci, apparemment, il en reste 😉

Avez-vous l’intention de vous lancer dans le blu-ray dans le futur ? Je sais que certains ont émis des critiques (un peu stupides convenons-en) en ce sens pour Graduation Day, alors que, franchement, sortir le film dans de telles conditions était déjà une belle gageure…

Romuald et Patrice : Le Blu-Ray est envisageable, on a rien contre bien sûr mais il faut que cela ait du sens et ce n’est pas toujours le cas ! On s’amuse de voir que des films tournés en vidéo dans les années 80 ressortent aujourd’hui en Blu-Ray notamment aux USA juste pour nourrir les appareils et répondre à une démarche purement mercantile… Il faut savoir que le Blu-Ray ne décolle pas en France si ce n’est auprès que d’une minorité de puristes, pour le client classique il n’y a pas de différence notable entre une qualité DVD et une qualité Blu-Ray et il ne voit donc pas l’intérêt de s’équiper…Nous ne pouvons pas passer au Blu-Ray et cesser le DVD ce serait se couper de 80% de nos clients pour en satisfaire seulement une poignée d’autres. Si on passe au Blu-Ray ce sera forcément sous la forme d’un combo pour ne léser personne mais cela revient très cher et là encore, en tant qu’indépendant et compte-tenu de notre ligne éditoriale souvent transgressive nous ne bénéficions pas du soutien d’aides diverses allouées aux éditeurs plus classiques… Pour en revenir à Graduation Day, les commentaires que tu évoques sur notre page facebook et qui étaient des critiques venant du fait que le film ne sortait qu’en DVD émanaient de deux personnes seulement, ce qui donne une idée de l’impact du Blu-ray (rires)…l’une d’elles nous a même reproché la qualité du master utilisé pour notre édition et quand on sait que ce master vient en fait d’une version remasterisée en 4k à partir du négatif original qui a été également utilisé par nos confrères étrangers aux USA et en Angleterre pour leur éditions Blu-Ray ça porte à sourire. Le problème c’est que certaines personnes confondent l’idée qu’ils ont de l’image d’un Blu-Ray pour un film récent tourné en HD avec celle d’un film tourné en 35mm voire en 16mm dans les années 80. Un de nos confrères (The Ecstasy of Films) a rencontré le même problème il y a peu en se faisant conspuer sur internet par un de ses clients qui trouvait une de ses éditions Blu-Ray indigne de ce format alors qu’en fait c’est juste un problème d’appréciation par rapport à un film dans le contexte de son époque Même en Blu-ray on ne peut pas transcender l’image au-delà de sa définition d’origine ! Pour en revenir à Graduation Day, le film est présenté avec une qualité d’image optimale conforme à celle de son grain d’époque tel qu’on pouvait voir le film au moment de sa sortie. Un travail de remasterisation qui a reçu l’aval  de ceux qui ont travaillé sur le film lors de sa réalisation. Quant à notre édition en format mediabook, Linnea Quigley qui joue dans le film a déclaré que c’était « la plus belle édition au monde à ce jour » on ne pouvait espérer meilleur accueil !

Même Linnea vous le dit !! Ce Mediabook est à tomber

De tout ce que avez sortis depuis le départ sur chez Uncut, de quoi êtes-vous le plus content, voire fier, voire « on se la pète » 🙂  ?

Romuald et Patrice : On est surtout heureux d’être allé au bout de notre projet en montant une société sur fonds propres car il faut savoir qu’aucune banque n’aurait voulu soutenir une société qui allait faire du gore, du trash et du cinéma de genre son fond de commerce  (rires) ! On est donc fiers d’avoir permis au public de découvrir par le biais de notre label certains réalisateurs cultes à l’étranger mais méconnus en France ou encore d’avoir édité des œuvres issus des années 80 qui n’avaient jamais eu jusqu’à présent l’honneur d’être distribuées en France.

Si vous aviez un projet ciné à concrétiser et/ou une sortie de rêve, quel qu’il soit et avec un budget illimité, ce serait quoi ?

Romuald et Patrice : si on avait un budget illimité alors on se lâcherait complètement et on éditerait des centaines de films ! Des idées de sorties nous n’en manquons pas mais le marché étant ce qu’il est on doit se positionner par rapport à cela. On le dit souvent mais sans nos clients, les fans de notre label qui achètent nos produits nous ne sommes rien ! C’est grâce à eux si UNCUT MOVIES est toujours là plus de 18 ans après sa création et si nous pouvons continuer notre mission dans le domaine de l’édition. Plus nous vendons, plus nous pouvons ressortir de nouveaux titres.


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est votre premier film vu (et le contexte) ?

Romuald : Mon premier film je ne sais pas mais mon premier film fantastique en salles c’était Les Insectes de feu (interdit au moins de 13 ans). J’avais moins de 10 ans c’est sur…mes parents avaient été discuter avec les responsables du cinéma pour leur demander si c’était possible de nous laisser rentrer en leur expliquant que je voulais voir absolument ce film. Il y avait des gros cafards qui brûlaient la tronche des gens, ça avait l’être génial pour un gosse comme moi ! J’ai vraiment des parents supers quand j’y pense. Ils ont toujours tout fait pour que je puisse assouvir ma passion.

Patrice : Mon premier film fantastique vu en salles : Le Bal des Vampires et j’avais bien flippé ! On ne se moque pas et on passe à la question suivante (rires) ! (je ne me moquerais pas…j’étais dans le même cas en le voyant la première fois…lol – Evil Ash)

« Tate toi Sharon ! « 

Votre scène ciné culte ?

Romuald et Patrice : Il y en a plein mais parmi toutes celles qui nous viennent à l’esprit, on s’accorde tous les deux sur la scène de dégustation finale de Divine dans Pink Flamingos. Une ode totale au mauvais goût qui ne pouvait que nous séduire (rires) !

Le film qui vous a le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Romuald : Pas vraiment un film mais plutôt un style. J’avoue que les films à gros budget qui vous en foutent plein la gueule à coup d’effets numériques pendant toute la durée du métrage me laissent souvent indifférent. Ma culture cinématographique fait que j’ai plus de plaisir à regarder d’authentiques films à petits budgets portés à bout de bras par leurs auteurs que la plupart des grosses productions même s’il peut bien sûr y avoir de très bonnes choses et de très médiocres des deux côtés. C’est juste que personnellement, j’aime plus le côté artisanal et libre du cinéma indépendant.

Patrice : J’ai toujours un peu de mal avec les films qui veulent se la péter. En clair, pourquoi faire des effets à outrances alors que de simples suggestions sont parfois beaucoup plus intéressantes dans le ressenti. Le « regarde le budget que j’ai et avec ça je peux en foutre plein l’écran » a beaucoup de mal à avoir mon adoubement surtout si c’est au détriment d’une intrigue, d’une ambiance.

Votre moment, votre scène d’humour préférée ?

Patrice : la dégustation de la liqueur d’échalote dans Les Bronzés font du Ski.

Romuald : La fameuse scène du Klug dans Le Père Noel est une Ordure avec cette tirade culte : « Mais qu’est-ce que c’est que cette matière ? Mais…mais c’est de la merde ! » J’avoue ça me fait rire et puis ce titre ! Qui oserait aujourd’hui appeler un film comme ça sans voir débarquer une horde de moralisateurs…

Votre scène gore favorite ?

Romuald : Il y en a tellement ! J’aime bien cette scène ou le tueur interprété par Joe Spinell dans Maniac explose d’un coup de fusil la tête d’un homme (Tom Savini) dans une voiture. L’effet est saisissant visuellement parlant mais distille aussi une vraie tension car ensuite le tueur après son horrible forfait s’approche tranquillement du véhicule où une jeune femme tétanisée par la peur sait qu’elle va subir le même sort que son compagnon. C’est plus qu’une simple scène gore, la dramaturgie est également très forte dans cette scène, je la trouve très réaliste émotionnellement.

Patrice : Je n’ai pas de scène favorite mais plutôt des scènes qui m’ont marqué pour diverses raisons comme la dégustation du foetus dans Anthropophagous, le clouté de couilles dans Game Over, la scène de l’œil dans Le Chien Andalou

La scène érotique la plus bandante, excitante pour vous ?

Romuald : Il y en tellement aussi (rires) ! Ce n’est pas une scène érotique à proprement parler mais je trouve très ciné-génique cette scène où Brigitte Lahaie vêtue d’une cape noire entrouverte avance à moitié nue une faux à la main dans le Fascination de Jean Rollin. Elle y incarne la sensualité même avec un petit côté très dominateur…

Patrice : là encore, pas facile car de l’érotisme il peut y en avoir même dans des scènes qui ne sont pas prévues pour ça. Par exemple Dyanne Thorne incarne à la perfection l’érotisme, son personnage sulfureux étant hyper sexué et impose de son charisme en imprégnant chaque image de la série des Ilsa d’une force sexuelle et magnétique sur les spectateurs.

« Ach, ch’en connais un qui fa tâter de ma force sexuelle et magnétique ! Patrice, au pied ! »

Le film le plus déjanté que vous ayez vu ?

Romuald : The Necro Files que nous avions édité en VHS. Difficile de trouver plus déjanté que cette histoire de zombie doté d’un sexe surdimensionné qui pourchasse en érection des donzelles à moitié nues pour les dévorer. Il finira par tomber amoureux d’une poupée gonflable tout en étant traqué par un bébé zombie volant.  Plus dingue que ça ce n’est pas évident à trouver quand même !

Patrice : Ah le viol de Divine par un homard dans Multiple Maniacs

La scène la plus flippante à vos yeux ?

Romuald : Le double meurtre de la scène d’ouverture dans Suspiria de Dario Argento alors au sommet de son art. Musique, éclairage, sonorités mystérieuses tout contribue à engendrer la peur dans cette scène devenue mythique.

Patrice : La longue scène de poursuite de Massacre à la Tronçonneuse où l’infortunée héroïne est traquée dans les bois par Leatherface. Le bruit de la tronçonneuse se mêlant aux hurlements de terreur de la malheureuse est selon moi un des sommets dans le domaine de l’épouvante.

« Avec moi, c’est cut, pas Uncut ! »

Votre actrice/acteur sur laquelle/lequel vous avez fantasmé (mais vraiment hein) ?

Romuald : Traci Lords comme beaucoup d’adolescents de mon époque ! Mais ce qui me fascinait chez elle ce n’était pas tant ses films mais le doux parfum de scandale qui se dégageait de sa personnalité. Un phénomène qui est allé crescendo quand le FBI a lancé un mandat d’arrêt contre tous ceux avec qui elle avait tourné ses films X en étant mineure ! Elle était devenue une sorte d’icone ou de reine de la provocation et à ce titre elle n’en devenait que plus fascinante, cette manière dont elle avait berné tout le monde la rendait unique.

Votre souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

Romuald et Patrice : Nos rencontres avec Jean Rollin, cinéaste entier et à part dont nous sommes vraiment fans. Son cinéma est authentique et il émanait de lui une sincérité et une gentillesse profonde. On avait découvert ses films adolescents et le rencontrer fut pour nous une expérience vraiment marquante. On pourrait citer aussi dans un autre registre nos rencontres avec Lloyd Kaufman qui sont toujours de vrais moments de partage. Nous étions vraiment impressionnés lors de notre toute première rencontre avec lui de nous retrouver en face de l’un des créateurs de Troma, cette société de production dont les films étayaient régulièrement les pages de nos revues préférées et que nous aimions tant.

Et on se dit au revoir avec Traci…(y’a pire, avouez-le…)

Un énormissime merci à Patrice et Romuald pour leurs réponses, leur patience et leur gentillesse. Mais aussi pour leur passion, leur ligne de conduite jamais trahie et leur respect total des amateurs que nous sommes. Longue vie à Uncut Movies !

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Peter Hooper dit :

    Passionnant et très éclairant . Je comprend encore mieux pourquoi j’adore ces deux gars toujours d’humeur et de passion égales !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *