Chair de Poule, le film (Goosebumps)

Pour le collégien/lycéen que je fus durant les années 90, ma littérature favorite était déjà clairement portée vers celle empreinte d’un fantastique non dissimulé. Force est de constater qu’il y a parfois des choses comme ça qui ne s’inventent pas… Entre deux Livres dont vous êtes le héros (quand j’y repense, j’en ai passé des journées formidables à vaincre vampires, extraterrestres belliqueux ou autres goules démoniaques avec ma fiche d’aventure et une paire de dés), c’est tout naturellement vers les écrits de R. L. Stine, et son exquise collection Chair de poule, que mon intérêt pour les romans gentiment horrifiques s’est considérablement développé. Il faut dire qu’à l’époque, niveau scolaire j’entends bien, quand on nous obligeait à se farcir les passionnantes péripéties du Club des cinq, voir du Clan des sept, où dans les grandes lignes tu te tapais 350 pages parce que Claudine, se faisant appeler Claude soit-dit en passant (un trans?), avait paumé son clébard en se promenant dans les bois. Ou mieux, lorsque Jeannette, ayant au préalable gouté aux joies de la nécrophilie, décima ses parents à grands coups de hache avant de se livrer à des actes de cannibalisme en mangeant la chair ensanglantée de ces derniers. Bon, je me plante peut-être de série pour la petite Jeanne, mais le fait est que le bilan que l’on en tire globalement, c’est qu’au final, c’était sacrément chiant tout ça quand même ! Je ne remercierais jamais assez ma très chère maman qui se sera enquillée pour moi ces magnifiques ouvrages de la Bibliothèque rose, afin de m’en restituer de pertinents résumés dans l’optique que son fiston ne se plante, pas trop aux exposés de lecture auxquels il était soumis lors de ses interros au bahut. Mais bon, revenons maintenant un peu plus en détails sur l’adaptation cinématographique, de la divine, et pour ma part très attendue, saga née de l’imagination prolifique du père Stine…

Black in grey and Stine in black

Le jeune Zack, accompagné de sa mère fraichement mutée et officiant en tant qu’adjointe au proviseur, pose ses valises dans la petite ville de Madison, lieu propice à un changement de vie et synonyme d’un nouveau départ. Pas réellement enchanté à l’idée d’avoir quitté New York pour se retrouver dans un petit bled paumé, l’adolescent, qui se remet comme il peut de la mort de son père, va finalement y trouver quelques avantages lorsqu’il va faire la connaissance de sa voisine qu’il va trouver plutôt bandante. Seulement, il semblerait que le daron de cette dernière, au comportement étrange et assez agressif, ne soit pas franchement enclin à laisser sa fille balbutier avec ce nouvel arrivant. Un soir, alors qu’il est sans nouvelles de sa dulcinée après l’avoir entendu crier lors d’une violente dispute avec son paternel, Zack décide d’aller explorer, en compagnie de Champ, son nouveau pote, la demeure inquiétante de cette nana sur laquelle il a méchamment flashé…

« Matte moi la gueule du clébard juste en-dessous, non mais allo quoi… »

Réalisé par Rob Letterman, à qui l’on doit… pas grand-chose en fait, citons l’amusant Gang de requins par exemple, Chair de poule le film va immédiatement évoquer dans nos petites cervelles abîmées quelques souvenirs, ma foi fort agréables, tout droit issus des antiques productions Amblin. La modeste bourgade de Madison a des cotés qui rappellent, vaguement quelques cités Ricaines de l’ère Reaganienne, et les kids tenants le haut du pavé de cette sympathique péloche, offrent un clin d’oeil assez fidèle aux aventuriers en culottes courtes ayant bercé notre jeunesse dans les glorieuses 80′. Si la trame narrative du récit n’est pas exempte de tous reproches, Lettermann va certes, intelligemment prendre le temps de poser son histoire et de nous familiariser avec les personnages, le choix d’opter par la suite pour l’introduction d’une multitude de monstres se révèle assez délicat. Au-delà du fait que chaque fan de la collection a, fort heureusement, ses romans, et donc par extension ses créatures favorites, il aurait peut-être été plus judicieux de la part des scénaristes de ne pas balancer toute la sauce dès ce premier opus pour, pourquoi pas, gagner en fluidité et prendre le risque de s’attarder plus longuement sur quelques bestioles en particulier. C’est certain qu’après il faut, avec ce genre de prod’, ratisser le plus large possible et en montrer un maximum pour attirer le chaland et tenter de lui coller une bonne tarte visuelle, et cela fonctionne plutôt bien… au détriment de l’intrigue…

« Il était où hein, le youki ? » (copyright Richard Gotainer)

Mais ne boudons pas trop notre plaisir. C’est tout de même bien sympathique de voir à l’écran ce que nous nous imaginions avec les livres, c’est-à-dire yéti, momie, garçon invisible (bon, on ne le voit pas celui-là…) et… Slappy of course ! Si le pantin (trop tard le gnome, je l’ai dit !) démoniaque, chef de file de cette joyeuse bande de sbires, bénéficie d’un traitement un peu plus approfondi que ses autres disciples, ces derniers vont prendre forme avec des effets spéciaux tout en CGI souvent très réussis (le loup-garou), mais parfois un peu limite (l’abominable homme des neiges). En effet, la grosse touffe de poils précitée, premier être monstrueux à montrer le bout de sa truffe, semble tout droit sortie d’un jeu vidéo, réduisant considérablement la puissance de son impact à l’écran. Dommage, quand on connaît le potentiel dévastateur de la gloumoute… Mais bon, il faut rester dans les clous car il y a des gosses qui regardent quand même… Et concernant ce point, Letterman s’en sort à merveille. Car le réal’ joue habilement avec sa mise en scène pour offrir un max de plaisir aux adultes comme aux plus jeunes, proposant en soi un pur divertissement familial dont la réalisation propose quelquefois des plans vraiment très élaborés.

Tchao pantin !

Epaulé par des acteurs dont l’interprétation est irréprochable, Jack Black en tête (L’Amour extralarge), c’est aussi et surtout du côté de la jeunesse que le casting va clairement se démarquer. Dans le rôle de Zack, le héros, c’est Dylan Minette (Don’t Breathe) qui va donner l’épaisseur nécessaire au personnage afin de le rendre suffisamment attachant. Drôle, jamais lourd, Minette (je sais, pour nous francophone, on se dit que c’est con quand même comme nom…) incarnera à merveille cet important protagoniste qui ne dépareille à aucun moment avec l’ambiance voulue par le film. Pour l’accompagner, le Dylan va être plutôt bien entouré puisque c’est la juvénile et toute mimi Odeya Rush (Hannah), mannequin d’origine israélienne entrevue dans le We are what we are de Jim Mickle, qui va l’assister dans les innombrables péripéties auxquelles il va être confronté. La belle va simplement exceller dans ce rôle assez énigmatique, parfois légèrement dramatique, et surtout offrant un jeu subtil et tout en finesse. A suivre de très très près cette nana…

Ding Dong : « Un préposé mousse à raser est demandé au rayon cosmétique »

S’il pêche parfois à vouloir contenter un trop vaste public, Chair de poule demeure néanmoins une très bonne surprise. Aussi délicate que puisse être l’adaptation de cette saga littéraire à succès, et attendu au tournant par les hordes de fans, Letterman reste hyper respectueux du matériau d’origine, et même s’il en montre parfois beaucoup trop, le rythme effréné et le cachet indéniable qu’il colle à sa péloche en font une bande franchement réussie. Un pur plaisir qui donne, au trentenaire que je suis, l’envie irrésistible de me replonger immédiatement dans les bouquins de cette extraordinaire collection née de l’imagination du grand Stine, le tout en attendant impatiemment la suite des mésaventures du combo Hannah et Zack…

 

Chair de Poule, le film

Rob Letterman – Etats-Unis – 2015

Avec : Jack Black, Dylan Minnette, Odeya Rush, Ryan Lee, Amy Ryan, Jillian Bell, Halston Sage, Ken Marino, Timothy Simons, Amanda Lund, Steven Krueger…

 

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *