La Nuit des morts-vivants (Night of the Living Dead)

Lundi 6 mars 2017, 20h45. Alors qu’à l’extérieur les éléments se déchaînent, il pleut à verse et le vent semble vouloir arracher les fondations de ma modeste demeure, voilà que se pose le deal de ce que je pourrais bien visionner à la télévision. Après un bref, et très inattentif regard sur le Télé Z, me taper un inédit de Joséphine ange gardien ou me faire un énième épisode des Experts à Manhattan, Miami, ou Guidrecourt aux Ormes (particulièrement violent celui-là d’ailleurs…), j’ai d’un coup la bonne idée – ça m’arrive parfois – de me refaire un grand classique en DVD. C’est donc tout décidé, je laisse donc toute seule la petite blondinette claquer des doigts sur TF1, et ne me pencherais pas sur l’investigation d’un Horatio, tout content d’avoir retrouvé l’identité d’un meurtrier en ayant analysé un poil de pubis d’une victime fraîchement autopsiée. Ce soir, place à La Nuit des morts-vivants du grand, que dis-je, de l’immense George Romero…

Dans l’histoire du ciné, 1968 fut à bien des égards une années très riche en œuvres phares. Pendant que l’on festoie dans les rues françaises lors d’un mois de mai mouvementé, sortent respectivement sur les écrans 2001, l’odyssée de l’espace, Rosemary’s baby, Il Grande Silencio (silence que brise Pascal en nous disant tout le bien qu’il en pense dans une chronique présente sur le site, soit dit en passant) ainsi que le premier effort du natif de New York : Night of the Living Dead. Pas mal quand même, et pourtant j’omets volontairement d’en citer biens d’autres…

Ca y est, elle gueule déjà…

Mis en boîte avec un budget pourtant anémique, quelque chose de l’ordre de 114.000 billets verts, en soi, de nos jours cela doit représenter la prévision serviettes hygiéniques destiné au casting d’une production Marvel, Romero va pourtant tirer parti avantageusement de la modeste enveloppe de dollars dont il dispose. Tout d’abord, le futur réalisateur de Creepshow va astucieusement découper son métrage en trois segments bien distinct, qui vont se montrer aussi complémentaires qu’ils ne vont être déterminants concernant le déroulement du récit. Le premier, de par son imparable introduction, fait clairement référence à un cinéma d’épouvante classique dans sa forme, mais ouvert à ce qui va suivre. Un cimetière perdu dans une soirée où quelques éclairs viennent déchirer le ciel, deux protagonistes, les frères et sœurs Johnny et Barbara venant rendre l’hommage annuel à leur défunt paternel, et … un type un peu bizarre qui va s’attaquer à la blonde soeurette avant de désouder l’expansif frangin. A ce moment précis, nous sommes quasiment dans une forme de fantastique quasi gothique où l’ami George utilise nombre de poncifs inhérents au genre. La grosse différence qui enclenchera la seconde partie réside dans l’utilisation des créatures que Romero va mettre en lumière, en l’occurrence les morts-vivants tant attendus cités dans le titre du film.

« Je me demande sincèrement qui sont les plus casse-couilles : les zombies ou celle qui passe son temps à gueuler ? Des fois, j’hésite sur qui tirer… »

Le deuxième acte de cette nuit pas tout à fait comme les autres va faire la part belle à la stratégie de défense que les personnages vont mettre en place. Car pour résister aux assauts des cadavres ambulants frappants à la porte de la demeure servant de refuge découverte par Barbara, cette poignée de survivants va devoir unir – ou pas – leurs forces s’ils veulent que cet abri provisoire leur serve d’ultime bastion. En dotant ses acteurs d’un rôle où leur caractère stéréotypé va être assez poussé, le metteur en scène anticipera sur son incroyable final où, pour le coup, les standards et les idéaux vont en prendre pour leur grade. Clairement dessiné, le profil des résistants va être l’une des principales animations de la charnière centrale du métrage. Ben, sous les traits de l’énigmatique Duane Jones, endosse la panoplie du black courageux, as de la débrouille, et qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour se sortir de cette mauvaise passe en n’oubliant pas de secourir son prochain. Le mec cool quoi. Niveau besogne, il devra fait face avec, en autre, la difficilement supportable Barbara, Judith O’Dea de son vrai nom, que l’on va entendre gémir 90 % de son temps de présence à l’écran. Et quand elle ne se plaint pas-ah oui j’oubliais, elle s’évanouit aussi-elle ne se privera pas pour narrer ses malheurs à un Ben qui semble s’en battre royalement ses grosses cojones toutes noires car bon, elle est mignonne la Barbara, mais il commence à y avoir un sacré paquet de zombies dehors qui veulent passer à table… Heureusement, Romero va prendre pitié de nous malheureux spectateurs, mettant fin à notre supplice en présentant la belle face à son frérot fraîchement contaminé. Il y a vraiment du génie chez ce cinéaste…

It’s party time !!

Toujours par le biais d’une narration limpide et cohérente, arrive enfin l’éprouvant final. Et là, le père George va en profiter pour laisser éclater certaines de ses visions de la nature humaine. Bien entendu, le sort réservé à Ben, le héros de la nuit, est surprenant autant qu’il n’est inattendu. Et surtout, l’on ressort une fois de plus guère grandi de la perception que renvoie Romero vis-à-vis de la capacité que possède ce bipède appelé humain à s’autodétruire lors de circonstances dramatiques, moment où bien sur, il y gagnerait en faisant preuve d’un tant soit peu de bon sens et de solidarité.

Alors oui, le scénario écrit par John Russo et Georgy himself est béton, mais si La Nuit des morts-vivants tient si fièrement son statut d’oeuvre culte, c’est aussi et grâce à la qualité de la mise en scène d’un George Romero très inspiré qui va imprégner sur pellicule quelques fulgurances assez incroyables. Car presque 50 ans après, la scène de festin des zombies où la tripaille est mise à l’air reste franchement pertinente. Nous ne sommes pas encore dans les futurs débordements gores dont ne tardera pas à nous gratifier Tom Savini, le boss était au Vietnam lors du tournage, mais on pose là le début d’une pierre fondatrice. Et que dire de la célèbre séquence où la fillette tout juste zombifiée, ayant quelques prédispositions pour la maçonnerie, joue avec une truelle en compagnie de sa maman. Nous ne sommes qu’en 68 quand même, et vraiment, ce passage est aussi génial qu’il est audacieux.

« Euh..quand je t’ai dit d’aider ta mère à maçonner, je ne voyais pas ça comme ça… »

Cette bande qui m’a fait passer une si agréable soirée reste à bien des égards d’une efficacité redoutable et se présente, même un demi-siècle plus tard, comme une belle leçon de cinéma. Night of the Living Dead est clairement une référence et l’on est en droit de se dire que son influence est considérable sur tout un pan de ciné qui va naturellement en découler car, il y a eu un avant et, pour notre plus grand plaisir, l’après fut pas mal non plus (n’est ce pas Lucio?). En sus, avec les chefs-d’oeuvre que va nous offrir Romero dans les décennies à suivre, Zombie et Day of the Dead parmi d’autres, qualifier La Nuit de pelloche absolument culte est tout bonnement approprié. Un métrage au sommet du panthéon du 7ème art à ranger aux cotés de L’Exorciste, Massacre à la Tronçonneuse ou encore Apocalypse dans l’océan rouge. Non, pas celui-ci ? Bon, tant pis, je tente quand même…

La Nuit des morts-vivants

de George Romero – Etats-Unis – 1968

Avec : Duane Jones, Judith O’Dea, Karl Hardman, Marilyn Eastman, Keith Wayne, Judith Ridley, Kyra Schon, Charles Craig, Bill Hinzman, Russel Streiner, Bill Cardille, George Kosana…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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