Creepshow

Ma chronique-hommage portera sur le film de tonton George que je préfère (surprenant n’est-ce pas ?) et si vous avez lu le titre de cette chronique, vous savez déjà qu’on parle du flamboyant Creepshow. Finalement, il s’agit aussi de son meilleur long-métrage, n’en déplaise aux puristes qui placeront plus volontiers au sommet du podium La part des ténèbres (nan j’déconne). Ces derniers sont d’ailleurs invités à aller faire leur puristerie ailleurs. Non mais c’est vrai quoi, foutez moi la paix ! Cette affection tout particulière s’explique sans doute aussi par le fait que c’est le tout premier Romero que j’ai visionné. J’ai par la suite acheté le DVD du film dans la géniale boutique Amoeba Music de Los Angeles, la galette est donc empreinte de bonnes vibrations et d’un milliard de souvenirs, qui émergent à chaque fois que je ressors le disque de son boîtier. Bref, vous l’aurez compris, Creepshow a une place toute particulière dans mon cœur. Mais bien plus qu’une simple madeleine de Proust, c’est surtout un authentique chef-d’œuvre du film à sketches (et ouais, je balance les grands mots !), audacieux et original, composé de différents segments d’un niveau étonnement homogène. En un mot comme en cent, un grand film quoi ! L’idée initiale de tonton George était de réaliser plusieurs sketchs qui auraient été autant de clins d’œil à l’histoire du cinéma horrifique, avec une première partie shootée en noir et blanc, une autre en scope, une dernière en 3D… (ce que Chillerama a vaguement proposé par la suite, uniquement sur la photographie). Stephen King, au scénario, lui soumet plutôt l’idée de réaliser un véritable hommage aux comics qui leur ont transmis cet amour commun de l’horreur, les fameux titres d’E.C (Tales from the Crypt, Vault of Horror et autre The Haunt of Fear…) et propose d’écrire des pastiches de ces œuvrettes gavées d’humour noir. Le projet tient visiblement à cœur à l’auteur puisque deux mois seulement après leur entrevue, King présente à Romero un scénario composé de 5 histoires, dont 3 totalement inédites et 2 réadaptées d’anciennes nouvelles de son propre cru. La mise en scène du cinéaste se mettra alors tout naturellement au diapason, la forme rejoignant le fond pour un résultat délicieusement graphique. Le film est vraiment magnifique, blindé d’effets expressionnistes, d’angles de caméra distordus et des couleurs primaires criardes et saturées (rouge vif, vert nucléaire, bleu pétant…). Toutes les compétences techniques de Romero sont mises à l’œuvre afin de singer les plus chouettes cases de BD qui ont abreuvées leur enfance ! Bref, la mise en scène du bonhomme à du caractère et se révèle aussi ludique qu’ambitieuse. Mais l’ambition ne s’arrête pas là mes petits amis : Le grand Tom Savini se voit chargé des effets spéciaux et vient alors compléter cette dream team infernale, une partie du film est réalisée en dessin animé afin d’accentuer encore un peu plus l’hybridité du projet et le casting est lui aussi haut en couleur ! Un véritable feu d’artifice composé de véritables gueules qu’on adore, dont Tom Atkins, Ed Harris, Stephen King lui-même, Leslie Nielsen, Hal Holbrook, Adrienne Barbeau, E.G. Marshall et même le chiard de King, Joe Hill, alors tout marmot (aujourd’hui lui aussi écrivain). Le film sort en 1982 et deviendra progressivement une œuvre culte grâce au marché de la vidéo. Une suite (Creepshow 2, what else ?) voit ainsi logiquement le jour, en 1987, toujours écrite par le roi Stephen mais sans la mise en scène de Romero, qui reste cela dit producteur du projet. Un autre bon film, pourtant loin d’être aussi excitant que son illustre aîné. Mais ceci est une autre histoire… Pour le moment, concentrons nous sur le premier volet de la saga, avec un retour sur chaque segment de cette perle cinématographique. C’est parti mon kiki.

Father’s Day
Creepshow débute en fanfare (avec la fête des papas !) et nous plonge directement dans l’ambiance bigarrée du film. Premier constat, la mise en scène et le montage mettent le paquet sur le délire comic book timbré : Plusieurs split screen sont utilisés afin de signifier des vignettes de BD, les fondus au noir mutent en pages qui se tournent et la photographie force sur les couleurs primaires, aux moments clés du récit, pour en souligner toute l’horreur… Si chaque segment aura droit au même traitement, Father’s Day est peut-être la partie la plus stylisée du film, comme pour bien nous faire comprendre qu’on vient de foutre les pieds au croisement du septième et du neuvième Art. Sur le fond, on reste sur une petite histoire macabre complètement classique, sorte de slasher avant l’heure. Romero et King en profitent pour y incorporer une allégorie plutôt cool du secret de famille puant qui ressurgit du passé : le papa zomblard, qui revient d’entre les morts le jour de la fête des pères pour décimer le reste de sa famille de bourgeois. La plastique du segment nous renvoie aux films d’horreur des 60’s, le maquillage du zombie s’avère parfaitement crado (avec de petits asticots farceurs qui sortent de ses orbites vides), les décors sont du plus bel effet, à base de vieux manoir, de brume épaisse qui se lève sur un cimetière gothique, et d’une pleine lune qui joue à cache-cache avec les nuages… Vous avez capté le délire, l’univers est complètement mortel. Un bon segment donc, mais qui reste surtout une mise en jambe. Car Father’s Day ne décolle finalement jamais vraiment de sa condition de mauvaise blague, l’intégralité du bordel reposant uniquement sur sa chute humoristique, aussi macabre qu’absurde.

Boouh !

The Lonesome Death of Jordy Verill
Une merveille ! L’hommage de notre binôme à E.C continue, avec cette farce sinistre adaptée cette fois d’une nouvelle de Stephen King, qui traînait vraisemblablement au fond d’un placard. Mais contrairement au segment précédent, une pointe de drame se mêle ici à l’humour noir, pour un résultat plus convainquant car moins unidimensionnel. L’histoire se montre aussi plus originale et mieux construite que la précédente. Elle nous présente un brave péquenot (joué par Stephen King lui-même, désopilant) qui découvre une météorite tombée dans son champs. Après l’avoir touché, il prend conscience avec horreur qu’une étonnante substance herbeuse semble lui pousser dessus ! C’est une version végétale de The Blob, et elle est assez géniale ! L’humour très présent fait finalement basculer l’horreur de la situation dans la comédie bizarroïde et burlesque. Il faut dire que King est parfait en benêt légèrement arriéré : son personnage débile et touchant tire vraiment l’ensemble de l’entreprise vers le haut. La mise en scène de ses différentes pensées naïves est une excellente idée qui contribue à le rendre attachant (en plus de nous faire marrer devant tant de bêtise) ! La musique et les illustrations sonores typées vieille SF surannée, les SFX aussi simples qu’efficaces, le jeu d’acteur outré de King, tout contribue à faire de cette simple saynète une véritable réussite ! Voire même le meilleur segment du film tout entier ! Notons que la chute présentée dans le long-métrage est légèrement différente de celle de la nouvelle, qui continue en effet encore quelques lignes après la mort de notre brave campagnard.

Heu… Quelqu’un aurait du désherbant ?

Something to Tide you Over
Cette troisième histoire aux allures de triller en bord de mer (sur fond de tromperies conjugales) amorce finalement un virage plus fantastique qui permet ainsi de légitimer sa présence ici même. Ben oui ! Le segment vaut ainsi surtout pour son dernier tiers, clairement horrifique, et aussi pour la présence de feu Leslie Nielsen, bien loin ici du délirant Frank Drebin, qu’il incarna dans Police Squad et The Naked Gun. Il interprète dans cette histoire un mari vaguement psychopathe qui désire se venger de sa femme et de son amant d’une manière créative (et assez inédite). Vivant en bord de plage, il décide en effet d’enterrer les deux tourtereaux dans le sable, jusqu’au cou, et de laisser ainsi la marée montante les noyer comme des petits chatons dans un sac. La suite nous dévoile alors la vengeance de la vengeance, dans une excellente séquence qui met en scène les amants maudits revenant de l’océan pour faire payer leur meurtrier. Le retour des zombies est parfaitement orchestré et joue à merveille avec le spectateur. La mise en scène utilise avec malice les moniteurs de vidéo surveillance de la villa bientôt envahie et dissimule l’apparence des zombies le plus longtemps possible pour un effet horrifique maximal. Un simple plan fixe avec des ombres mouvantes au sol, de bêtes empreintes de pas dans le sable en provenance de la mer et le tour est joué : Romero parvient à distiller une jolie tension qui débouche sur la scène la plus flippante du film. Nous découvrons alors en même temps que Leslie Nielsen les deux morts-vivants verdâtres glapissants et couverts d’algues qui se planquaient derrière la porte de sa chambre à coucher. Un bon segment qui prend la forme d’un long crescendo se terminant en beauté, pour nous laisser ainsi sur une bien bonne impression !

Où est Charlie ? à la plage

The Crate
Cette quatrième histoire, tirée d’une nouvelle de King, est sans doute celle qui se rapproche le plus des comics estampillés E.C. Elle présente Henry, un prof d’université constamment humilié par sa femme qui va pouvoir se venger d’elle, grâce à la découvre d’une étrange caisse oubliée sous un escalier du campus… Tous les codes des comics sus-mentionnés sont ainsi représentés ici : une bonne dose d’ironie et de macabre, l’éternelle revanche fomentée ainsi qu’un élément surnaturel et monstrueux (événement à la fois perturbateur et de résolution pour notre héros). L’ambiance « campus universitaire », l’expédition menée au Pôle Nord datant du XIXe siècle et la monstrueuse découverte sans nom planquée dans la caisse confère aussi à l’ensemble un petit feeling Lovecraftien pas déplaisant. Plein de jolies références donc, auxquelles s’ajoute une violence graphique accrue ! Ce segment est clairement le plus gore d’entre tous mais reste pourtant aussi le moins intéressante du lot, sans doute en partie à cause de sa moins bonne gestion du rythme. L’histoire s’étire peut-être en effet un peu trop en longueur, ce qui réduit fatalement sa force de frappe. Qu’importe, ce que le segment perd en dynamisme, il le gagne en humour : l’épisode égraine quelques scènes vraiment drôles, dont la super séquence fantasmée qui nous montre Henry buter sa femme casse-couille au revolver pendant une réception, et sous les applaudissements des convives ! S’ajoutent aux différents plaisirs le mystère autour de la caisse éponyme (les boites et leur contenu énigmatique, c’est toujours exaltant!) ainsi que la fameuse créature méchamment dentée qu’elle renferme. Pour la petite histoire, le magnifique monstre fabriqué par Tom Savini a été baptisé sur le tournage « Fluffy » par Romero lui-même. N’oublions pas non plus la présence de cette chère Adrienne Barbeau, parfaite en connasse vulgaire et castratrice. Le vrai monstre de l’histoire, c’est bien elle ! Si le segment est un peu trop long, le niveau ne baisse pas réellement, on reste malgré tout sur de la très bonne came.

Vous venez pour une manucure ?

They’re Creeping up on You
La dernière partie de cet excellent film à sketches est à nouveau un huis-clos. Mais contrairement aux aventures de Jordy Verill (deuxième histoire. Suivez un peu bordel) celle-ci se montre bien moins percutante et beaucoup moins drôle. Moins agréable aussi. La raison principale me semble être la sensation de confinement qu’instaure habilement Romero. Sa mise en scène joue de la claustrophobie, via des plans serrés, des séquences qui se répètent et ce décor unique, immaculé de l’appartement d’Upson Pratt, un mec du genre maniaque. Un véritable connard qui vit seul dans son loft vide aseptisé et qui semble avoir peu d’égards pour ses contemporains. L’enfermement émotionnel et psychologique du taré de service est ainsi parfaitement restitué est met vaguement mal à l’aise. L’illustration sonore se montre elle aussi idéalement oppressante. En bref, on est loin du sympathique Jordy et de son cadre bucolique ! Le rythme est assez lente et l’histoire du gars pas franchement captivante, mais c’est pour mieux piéger les spectateurs. Car une fois qu’on se sent nous aussi enfermé dans l’histoire avec ce trou de cul, King nous balance une avalanche de cafards gloutons qui envahissent progressivement le cadre du récit, jusqu’à saturer l’écran de leur présence ! Ce dernier épisode se montre parfaitement répugnant et révulsif pour qui a peur de bestioles grouillantes ou qui rampent. Le crescendo horrifique est bien construit avec en point d’orgue le final incroyablement dégueu et malsain, une image qui reste longtemps en tête et met un point final à un film incroyablement cool !

Je crois que ce produit miracle pour la repousse des cheveux n’est pas franchement efficace.

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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