Fragile

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Amy, une infirmière pédiatrique en proie à la culpabilité suite à un terrible événement vécu, accepte un poste dans un hôpital pour enfants gravement malades. Après s’être liée d’amitié avec une jeune patiente, cette dernière lui avoue rencontrer régulièrement une femme mécanique, qui semblerait être à l’origine de violentes attaques vis-à-vis des résidents…

Véritable fer de lance du renouveau du cinéma fantastique espagnol contemporain, Jaume Balagueró nous offre en 2006 son troisième long métrage. Un petit peu à la manière des Japonais suite au succès inattendu de Ring, et ce dans un contexte bien différent, pays européen de culture catholique oblige, les productions ibériques se spécialisent peu à peu à l’orée des années 2000 dans des films de fantômes assez bien ficelés et plutôt flippants. Après nous avoir collé un crochet à l’arcade puis un uppercut au menton avec ses deux premières œuvres, voyons si le talentueux Jaume va nous mettre définitivement au tapis avec celui-ci…

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« Maman ! Je crois qu’il faut virer la femme de ménage ! « 

L’enfance. Voici un thème cher à notre metteur en scène, surtout si cette dernière a été baffouée, meurtrie, voire détruite. L’annihilation de la pureté du jeune âge est un sujet omniprésent chez Balagueró, qu’elle prenne la forme d’une fillette dans le traumatisant La Secte sans nom, ou celui d’un juvénile garçon dans le somptueux Darkness. Fragile n’échappe pas à cette règle, car dans celui-ci, nous avons affaire à une poignée d’enfants tous atteints de graves maladies, qu’une terrifiante entité malfaisante ne semble pas vouloir laisser en paix.

Le deuxième élément important et récurrent chez le cinéaste réside dans le choix du lieu où va se dérouler, ou tout du moins en découler, les moments importants du métrage. Ici, place à un vaste hôpital aussi inquiétant qu’il n’est isolé, quasiment vidé car il sera bientôt transféré, et qui semble avoir un lourd passé. Enfin et toujours chez Balagueró, il n’y a pas de bonnes histoires sans que l’un de ses protagonistes ne traîne derrière lui une blessure qui va, à jamais changer sa vie, ou tout du moins bouleverse la conception qu’il se fait de cette dernière. Pour interpréter Amy, ce personnage-clé au profil psychologique complexe, Calista Flockhart, que l’on n’attendait pas vraiment dans ce genre de production, prête ses traits à une infirmière pédiatrique ayant un profond sentiment de culpabilité suite à un terrible événement auquel elle a dû être confrontée. Agréable surprise donc de voir l’ex-Ally McBeal dans un rôle où son jeu gagne la profondeur nécessaire pour réussir à coller au sous-texte dramatique de l’intrigue.

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« Pfff…j’étais mieux dans mon bureau d’avocate à me faire bécotter par Robert Downey Jr moi… »

En lui-même, le scénario est subtil et il est difficile au départ de réussir à différencier les bons des mauvais. Le doute plane une bonne partie du film sur la véritable identité du spectre qui hante ces lieux et qui malmène les gamins. Par le biais d’une astucieuse mise en scène, l’ami Jaume nous fait presque ressentir de l’empathie pour l’être surnaturel qui décime petit à petit tout le personnel résidant à l’hôpital. Empathie vite entérinée lorsqu’on assiste à la cruauté dont fait preuve le revenant à chacune de ses interventions plutôt fracassantes. D’un mobile qui paraît plausible, l’amour démesuré envers les petits malades, jusqu’à l’expression d’un égoïsme disproportionné – si les patients doivent quitter l’hôpital, alors il préfère les tuer – le fantôme en question n’est pas qu’un simple outil à casser du fémur, mais véritablement une personnalité complexe et rongée par la folie.

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« Euh, Monchieur l’orthodontichte, ch’est normal cha ? »

Comme toujours, la réalisation est à la hauteur du potentiel du réalisateur Catalan. Les séquences tournées à l’intérieur de l’hôpital sont une magnifique mise en abîme et l’exploration de l’inaccessible deuxième étage un moment de pure terreur. L’ambiance est froide, ténébreuse, angoissante, presque claustrophobique. Cet endroit semble complètement coupé du monde extérieur et la pluie continue s’abattant sur lui tout au long du périple d’Amy n’arrange en rien ce sentiment de désolation jusqu’au dénouement du récit.

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« Euh, docteur, il a raison le gars, c’est pas normal…Après avoir joué le plus mauvais Dracula du cinéma dans Van Helsing, vous êtes le pire orthodontiste de la profession »

Après les faits relatés dans Fragile, on se dit qu’il est difficile de terminer sur une note positive. Et bien si ! Aussi incroyable que cela puisse paraître c’est par le biais d’un, presque, happy-end que se termine cette péloche. Là ou la nuance est intéressante, c’est que Balagueró fait en sorte de ne pas tomber dans le -tout le monde va bien et reprend sa petite existence pépère comme si rien- mais parvient tout de même à sauver son héroïne en lui donnant une nouvelle chance, un nouveau départ dans la vie en quelque sorte. C’est avec les yeux rougeoyants et remplis d’émotion, ok, j’exagère un peu quand même, je me suis pas tapé le paquet de Kleenex non plus, que l’on observe le réveil de la jolie Calista sur son lit d’hôpital en se disant qu’il est possible de voir un superbe film d’horreur qui nous met le trouillomètre à zéro, tout en dégageant un flot émotionnel assez rare. En ce qui me concerne, c’est une victoire par KO !Fragile-movie-3

FRAGILE

de Jaume Balagueró – Espagne – 2005

Avec : Calista Flockhart, Richard Roxburgh, Elena Anaya, Gemma Jones, Yasmin Murphy, Colin McFarlane, Michael Pennington, Daniel Ortiz, Susie Trayling, Lloyd F. Booth Shankley, Michael Gatward, Scarlet Carey, Cameron Antrobus, Olivia Bjork et Fergus Riordan.

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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