L’interview presque façon Proust de Didier Lefevre

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Plutôt que de prendre Racine, intéressons-nous à ceux de Medusa, dont le numéro 28 pointe à l’horizon. A cette occasion, son grand sachem, Didier Lefevre, a bien voulu répondre au questionnaire façon Proust, même s’il n’aime pas trop l’exercice comme il s’en confie plus bas…  

Didier, présente-toi un peu à nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas ? (mais y’en a t’-il … 😉 )

Oh, il y en a sûrement. Moi-même des inconnus j’en connais plein ! Alors je me présente, je ne m’appelle pas Henri mais je voudrais bien quand même réussir ma vie. Pour faire bref, je suis passionné par le cinéma depuis mon plus jeune âge, une passion qui coule littéralement dans mes veines et qui m’a conduit à fonder un fanzine au sortir de l’adolescence, fanzine toujours édité aujourd’hui et qui se nomme Médusa. De là, est née une seconde passion corollaire de la première le fanzinat… Je vis, pense, respire fanzine.

Comment es-tu tombé dans la marmite ciné ? Tout petit déjà ou quelqu’un t’y a plongé plus tard ?

Je ne vais pas être original. Tout petit en fréquentant les salles de cinéma puis ado avec l’essor des vidéoclubs, comme tous ceux de ma génération. J’ai été biberonné au cinoche comme d’autres tètent le sein maternel.

Photo envoyée par la famille de Didier, prouvant ses dires…

Comment s’est forgée ta culture ciné ? Tes préférences vont vers le bis mais t’intéresses-tu encore au ciné actuel ?

Par la lecture essentiellement et en voyant les films (mais c’est une évidence). J’ai toujours été un grand consommateur de lectures sur le cinéma : magazines, fanzines, livres. J’adore évidemment le cinéma Bis, j’en suis, je pense, un ardent défenseur mais j’aime le cinéma, tous styles confondus. Je ne parle pas de cinéma actuel dans Médusa parce que je laisse cela aux magazines traitant d’actualité. Je m’intéresse beaucoup au cinéma contemporain, je vois toujours un nombre incroyable de films mais voilà, je suis très (trop) souvent déçu. Mais je ne perds pas espoir et je continue de regarder à peu près tout ce qui sort en fantastique.

Et justement, quels ont été tes coups de cœur dans le genre récemment, s’il y en a ?

J’ai vraiment apprécié Megan is Missing, un found-footage éprouvant et terrifiant pour le parent que je suis. J’ai également pris mon pied avec The Final Girls, All Cheerleaders Must Die ou Freaks of Nature. Je suis assez fan d’Eli Roth aussi, bien aimé son Knock Knock.  J’apprécie le polar aussi, Message from the King de Fabrice Du Welz m’a bien plu ! Côté français, j’ai accroché au dernier Gens que j’ai eu la chance de voir en festival, Cold Skin, un film qui rentrait parfaitement dans le thème du sommaire des amis de Black Lagoon : une île isolée compte parmi sa population des créatures hybrides à la croisée de l’humain et du batracien, ce n’est pas le continent des hommes poissons mais l’île des hommes crapauds !

Ce film est un petit bijou ! Que celui qui pense le contraire brûle en enfer à jamais !

Ton actu c’est la sortie imminente (et donc les précos) de Medusa 28. Le sujet central sera dédié aux clowns et à la peur qu’ils inspirent. D’où t’es venue cette idée ?

Cette idée trotte dans ma tête en fait depuis octobre 2014 où une folle rumeur a couru dans le Pas de Calais, des ados prétendaient avoir été attaqués par des types déguisés en clown devant leur bahut. J’ai repensé à tous ces films traitant de ce thème, tout ça a mijoté dans mon cerveau et c’est devenu le gros dossier du Médusa 28, un peu plus de 50 pages sur 250. Le thème est très photogénique et rend particulièrement en couleurs.

En général, comment choisis-tu tes sujets ? Tu décides seul suivant ton inspiration et tu répartis le taf dans ton équipe ou cela se fait en concertation en amont ?

Je choisis certains thèmes en fonction de mes fouilles, de mon archéologie du Bis. Après, je suis assez ouvert et des rédacteurs me proposent leur prose sur le sujet de leur choix, si ça colle avec l’identité du zine, j’opine du chef et c’est parti. Comme j’ai coutume de dire, je n’écris pas tout dans Médusa mais j’assume tous les choix de sujets, je les valide.

Manifestation sanglante de clowns protestant contre la sortie d’un zine dénigrant leur profession…

Et vu que les fanzines se portent plutôt pas trop mal, des sujets reviennent inévitablement. Pas toujours simple de trouver des sujets qui n’ont pas encore été traités, non ? 

Les fanzines restent dans la confidentialité. Facebook grossit et déforme un peu le succès des publications. Ce ne sont que quelques dizaines d’exemplaires vendus voire trois, quatre centaines. Ce n’est rien. Une larme dans un océan d’indifférence. Pour les sujets, il reste une infinité de choses qui n’ont jamais été traitées. Vraiment. Après il est normal, pour ceux qui démarrent notamment de l’effectuer dans une zone de confort, dans des domaines connus. Après il faut oser s’aventurer un peu plus loin. Mais les sujets inédits c’est bien mais ce n’est pas une fin en soi, l’important demeure les textes. De l’inédit traité platement sera aussi chiant que du connu traité platement. L’identité d’un zine, son adn, voilà l’essentiel !

250 pages annoncées dans ce dernier numéro, c’est assez énorme.  Boulimique ?

Et encore, j’ai coupé dans le lard ! Sinon, le numéro aurait fait le double. En fait, je vais devoir m’absenter de la scène pour une période de 18 mois correspondant à une formation professionnelle assez gourmande en écrits alors je ne voulais pas dire au revoir avec un petit numéro mais que les lecteurs fidèles ou novices aient de la lecture pour un bout de temps ! Et ça correspond à l’idée que je me fais du fanzinat : une générosité égoïste, voilà tout le paradoxe. Nous écrivons avant tout pour nous-mêmes mais en cherchant la résonnance du plaisir chez les autres.

« Y’en a un peu plus. Je vous l’mets quand même ? »

Et ton autre zine, Hammer Forever ? Quelque chose de prévu dans un avenir plus ou moins proche ? Je sais qu’une réédition des numéros épuisés serait appréciée…Il en a été question non ?

Il en a été question mais je ne suis plus trop chaud, j’y réfléchis encore. Refaire ad nauseam la même chose à force ça m’ennuie. Ce que j’aime c’est l’inédit, même pour la Hammer. Par exemple, personne ne parle jamais de Never take a sweet from a stranger ou de leurs films de cape et d’épée… Il faut combler ce vide. Alors, un quarante-et-unième numéro se profile à l’horizon 2018, l’écriture est d’ailleurs déjà entamée. Hammer Forever est plus mince que Médusa alors cela demande beaucoup moins de travail.

De tout ce que tu as fait depuis le départ sur le ciné, de quoi es-tu le plus content, voire fier, voire « je m’la pète » 🙂 ?

Je m’la pète de rien. C’est le contraire de ma personnalité. Tu sais ma devise au boulot (le vrai celui qui remplit ma gamelle), c’est « work hard,  stay humble ». C’est la même pour les zines. Ça n’empêche pas que je sois fier de ce que je fais mais le numéro dont je suis le plus content s’avère toujours celui qui suit…  Sinon, vraiment fier que Médusa ait ouvert ses pages à des entretiens avec Jacques Herlin, Natalie Perrey, Jack Taylor, John Landis, Gérard Kikoïne, David Prowse, James O’Barr et des dizaines d’autres, et fier d’avoir publié des dossiers tels que ceux sur le Krimi ou Pete Walker dans le 27…. La liste est si longue… J’avoue que ça m’avait diablement touché aussi  quand James Bernard, Jimmy Sangster ou Freddie Francis avaient écrit quelques lignes pour Hammer Forever également. J’ai hâte d’avoir des retours sur le 28, les retours des lecteurs s’avèrent indispensables, c’est là la plus grande satisfaction.

L’autre bébé de Didier… Magnolia Hammer Forever

Si tu avais un projet fou lié au ciné à concrétiser, quel qu’il soit et avec un budget illimité, ce serait quoi ?

Vaste question à laquelle je me sens bien incapable de répondre. Je dirai produire les films de réalisateurs aux sujets audacieux qui sortent de la routine actuelle. Devenir une sorte de Charles Band français !


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

Sans doute un Disney mais je ne m’en souviens plus trop, le premier qui m’a marqué de manière indélébile c’est La Guerre des étoiles, j’avais 6-7 ans !

Ta scène ciné culte ?

Je n’en ai pas une mais des milliers, allez je vais dire la mort de Rutger Hauer dans Blade Runner. Quelle scène avec ce monologue incroyable…

Le film qui t’as le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Pareil il y en a tellement. En me replaçant dans le contexte, celui qui m’a le plus déçu à l’époque où je l’ai vu pour la première fois c’est Mad Max 3. J’en attendais tellement. Je me passais en boucle le 2, l’attente était énormissime et j’ai été fortement déçu.

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

La vache elles sont hard tes questions. Je suis assez fan de Will Ferrell, je me suis bien marré devant Frangins malgré eux par exemple. Quand il frotte ses couilles sur la batterie de John C.Reilly notamment ! Sinon mon dernier fou rire devant un film c’est la scène du doigt dans Grave, j’étais bidonné. Comment on peut avoir une idée aussi conne et la filmer ?

Ta scène gore favorite ?

Quand Barry Prima doit découper son ennemi dans Le Guerrier et le rattraper avant qu’il ne touche le sol.

« ♫ Come Prima, più di Prima t’ameròooo ♫  » Au chant : Didier Lefevre

La scène érotique la plus excitante pour toi ?

J’ai été très impressionné par Marylin Jess dans La Femme objet…. Mais comme pour les autres questions, il y en a trop !

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

Le Justicier contre la reine des crocodiles. Le Bis indonésien à son apex : gore, drôle, fantastique, délirant, outrancier. Du cinéma 100% jouissif ! Un spectacle avant tout !

La scène la plus flippante à tes yeux ?

Les dernières minutes de Megan is Missing m’ont tétanisé.

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Nastassja Kinski, je collectionnais des photos et des articles sur elle étant ado, et puis Diana Rigg dans la défroque d’Emma Peel, parce qu’aujourd’hui quand on la voit dans Game of Thrones, elle ressemble davantage à la grand-mère Tartine.

On ne peut que comprendre Didier quant à son amour pour Nastassja…qui en plus aime les chats…comme Môssieur Lefevre… Félin pour l’autre…

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

Je suis vraiment nul en questionnaire de Proust, j’ai dû mal à choisir, choisir c’est renoncer… J’en donnerai deux quand même : ma rencontre avec John Carpenter en 1995 (ou 96) à Gérardmer, il représentait tellement de choses pour moi et un petit-déjeuner pris avec Rutger Hauer dont les mains larges comme des pelles me fascinaient ! C’était (et ça reste) un de mes acteurs favoris…

Un grand merci à Didier pour sa participation à cet exercice qu’il n’aime pas 😉 . 

Le menu complet de ce roboratif repas que va constituer ce n° 28, toujours mis en pages et en images par Chris « Steadyblog »Labarre, est ici  : http://medusafanzine.blogspot.be/

Dois-je vous rappeler l’importance des précos dans la réalisation d’un fanzine ? Oui ? Ok alors, je le fais car il y en a qui visiblement ne comprennent pas : en  précommandant, vous aidez le fanzine en amont, pour son impression principalement. Et oui, c’est pas gratuit tout ça. Donc si vous n’en voulez pas, pas de souci, c’est votre droit le plus absolu. Mais si comptez l’acheter, faites-le maintenant, versez votre obole de 20 €, n’attendez pas sa sortie… Capisce ?

En plus les frais de port sont compris… Compris ?  🙂 

Pour commander : http://lapetiteboutiquedemedusa.tictail.com/product/medusa-fanzine-n28

If you like it, just do it !…Understand ?  (itw sponsorisée par Nike)

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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