Poltergeist (remake 2015)

Rares doivent être les cinéphiles ayant oublié les appels au secours désespérés de la petite Carol-Anne à travers la neige d’un téléviseur à l’image brouillée. Et surtout pas les quelques producteurs en mal de billets verts, souhaitant exploiter un filon bien ancré depuis les années 2000 : à savoir le remake de classiques du cinéma d’épouvante. Attardons-nous quelque peu aujourd’hui sur celui du cultissime Poltergeist, signé à l’époque par Tronçonneuse Hooper et revu et corrigé, c’est le moins que l’on puisse dire, par Gil Kenan pour la version 2015…

Pour les hordes de passionnés par le genre horrifique que nous sommes, la question du remake est souvent synonyme de débat acharné. Celui-ci ayant souvent pour but de déterminer s’il était vraiment légitime qu’une relecture voie le jour, ou bien simplement d’analyser si le dépoussièrage de l’oeuvre copiée permet à celle-ci de se retrouver meilleure que l’originale. Concernant ce deuxième point, la réponse à cette question est vite trouvée. Carrie, Freddy, Fright night, Le Cercle (oui oui, hormis la présence de la belle Naomi, il est pour moi à mille lieues de la bombe de Nakata), et bien d’autres, voici un paquet de titres ayant eu le droit à une seconde jeunesse, mais qui franchement, ne m’ont même pas donné une demi-molle lors de leurs visionnages (quoique, Naomi quand même, faut que je consulte…). Non pas que tout soit à jeter, mais force est de constater que le niveau des bandes précitées n’a tout de même pas de quoi faire de l’ombre à leurs illustres modèles. Après, pour se prouver que les miracles existent et que les remakes ne sont pas systématiquement mauvais, on pourra toujours se consoler avec l’excellent Evil Dead de Fede Alvarez, qui tient aisément la dragée haute à la trilogie géniale de Sam Raimi, ou encore le surpuissant La Colline a des yeux d’Alexandre Aja, qui surclasse facilement un métrage initial trop souvent surestimé. Mais bon, cela reste une piètre satisfaction lorsque l’on constate parfois l’étendue des dégâts de bien trop de ces péloches remises au goût du jour. Et puis, ce n’est pas vraiment ce Poltergeist 2015 qui va me faire mentir…

Touche pas à mon poste !

Dans un premier temps pour réussir, ou tenter de le faire, ce périlleux exercice de style, l’idée est d’y insuffler une touche un tant soit peu personnelle voire même – soyons fous – novatrice, sans pour autant dénaturer le matériau de base. Pour le coup, parvenir à un tel niveau relève parfois du génie, mais l’on va vite comprendre que Gil Kenan n’en est pas un… Le metteur en scène va tout de même essayer de réactualiser cette histoire que tout le monde connaît, en se réappropriant vaguement les différents personnages, et surtout en les plaçant dans un contexte contemporain permettant aux spectateurs de s’identifier davantage à ces derniers. Exit donc la dynamique famille Freeling, et place désormais à la Bowen’s Family. Même nombre, mais contexte radicalement différent. Si devant la caméra de Hooper toute cette petite troupe respirait le bonheur, que le père, inoubliable Craig T. Nelson (la très chouette mini-série Créature de Stuart Gillard), était un agent immobilier en pleine réussite, et que cette fratrie semblait tout ce qu’il y a de plus équilibrée (quoique, la gosse blondinette…), chez les Bowen, c’est à peu près tout le contraire. En effet, Eric, le paternel, est au chômage et peine à faire fonctionner une carte de crédit capricieuse lorsqu’il faut subvenir aux besoins des siens. Amy, son épouse, est une romancière qui n’a pas encore eu la possibilité d’être considérée comme ratée, puisqu’elle n’a toujours pas écrit une page d’un roman qui ne verra jamais le jour. Et pour parfaire tout cela, si les filles, l’aînée et la benjamine, ont un comportement tout ce qu’il y a de plus banal, le fiston semble à première vue ne pas être un modèle d’équilibre psychologique. Ben ouais, c’est fini l’American dream, dorénavant c’est la crise et la thune se fait rare là où les problèmes fleurissent. Bienvenue au 21ème siècle !

Gniark Gniark ! Je fais peur hein ? Comment ça, non ?

On pourrait faire un constat similaire concernant les éléments forts du métrage de Hooper que Kenan va décider de conserver, d’améliorer, ou de pratiquement supprimer. Les choix du bonhomme vont s’avérer parfois surprenants. S’il choisit pour l’entame de son intrigue de nous la faire « style maison hantée » qui ne dépareillerait pas dans une prod’ Jason Blum, avec mise en scène froide au possible et jump scare foireux rarement judicieux, Gil Kenan va minimiser les apparitions, et donc l’importance, de quelques icônes de l’oeuvre originale. Déçus doivent être les fans de l’opus de base lorsqu’ils découvrent le traitement réservé au clown diabolique, qui est carrément ridicule au demeurant, ainsi qu’à l’arbre glouton, qui est à peu près aussi impressionnant qu’un jeune pommier sous tuteur de la vitrine d’un Gamm Vert. En contrepartie, le réalisateur va prendre soin de nous dévoiler plus en détails ce qui se trouve à l’intérieur du placard faisant office d’entrée dans « l’autre monde », soit entre la chambre de Madison, l’enfant qui remplace Carol-Anne, et le plafond du séjour. Intriguant n’est-ce pas ? Ben pas tant que ça au final. Un léger frisson quant à la claustrophobie qui émane de l’endroit, enfin, je n’avais peut-être pas fermé la fenêtre de mon salon donc il y a probablement eu un courant d’air, et des esprits pas vraiment frappeurs pour tapisser l’endroit. Et… c’est à peu près tout. Bon, on aurait sûrement mieux fait de ne pas savoir…

« Mamaaaaaan, ne me laisse pas dans ce film tout pourriiiiiiiii ! »

Enfin, clou du spectacle, afin de venir en aide à cette malheureuse et innocente famille prise au piège par d’infernales entités, ce n’est pas à une petite extralucide à la voix stridente cousine éloignée de Passe Partout que nous allons avoir à faire, mais à Carrigan Burke, chasseur de spectres, star d’une émission de télé réalité, et sorte d’Ed Warren au rabais venu délivrer cette vaste demeure du maléfice qui pèse sur elle. A ce moment, Gil Kenan fait basculer son Poltergeist, qui n’en demandait pourtant pas tant, dans une semi-parodie faisant trop souvent peine à voir. Si quelques répliques à l’humour bienvenu viennent parfois nous confirmer dans le fait que l’on n’a pas totalement perdu notre soirée, on ressort tout de même soulagé une fois que la bâtisse va être expédiée en un tas de gravats, tant l’expérience fut douloureuse pour nos délicates rétines peu habituées à voir autant d’abominations.

« Je t’avais dit de ne pas acheter du préfab… »

Alors vous l’aurez bien compris, ce remake dont la nécessité était tout de même dispensable, n’a d’intérêt que pour quelques passages rappelant parfois ô combien l’oeuvre originale pouvait être bonne, et nous confirme que même si c’est une production estampillée Ghost House (le grand Sam étant de la partie), s’il n’y a pas l’envie de faire autre chose qu’un score au box-office, les chances de succès critiques sont quand même extrêmement amoindries. Au vu du final très ouvert que nous connaissons sur le bout des doigts, il faut juste espérer que si une suite doit voir le jour, elle sera confiée à un réal ayant un peu plus de talent que celui utilisé pour cette affligeante relecture. Mais cela, ça ne doit pas être le plus difficile à trouver…

(PS d’Evil Ash : Gil Kenan a du talent, son excellent Monster House, un des meilleurs films d’animation de ces dernières années amha, est là pour le prouver. Bon ici, son talent est bien caché, j’en conviens…)

Poltergeist

Gil Kenan – Etats-Unis – 2015

Avec : Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Saxon Sharbino, Kyle Catlett, Kennedi Clements, Jared Harris, Jane Adams, Nicholas Braun, Susan Heyward…

 

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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