Le Droit de tuer (The Exterminator)

Quelques années après l’élan vengeur mené par Paul Kersey dans les rues de New-York sous la houlette de Michael Winner, le thème de l’homme meurtri appliquant sa propre justice est devenu l’une des valeurs sûres d’un cinéma bis, trouvant dans ce sous-genre matière à exploiter bien des sujets crapoteux. Avant que Bronson ne recharge son colt pour la suite de son périple, nombre de metteur en scène se sont penchés sur la question, livrant parfois de purs chefs-d’oeuvre (Taxi Driver), et souvent d’autres péloches à l’ampleur certes plus modeste, mais qui demeurent sacrément jubilatoires quand même ! En 1980, c’est James Glickenhaus qui décide de se lancer lui aussi dans sa version de ce que l’on appelle désormais le vigilante movie. Et cela tombe bien, car pour Le Droit de tuer, c’est l’inimitable Robert Ginty qui va se charger de nettoyer les vers grouillants pourrissant la grosse pomme. Mais bon, n’est pas Charles Bronson qui veut…

Ayant noué des liens très forts durant leur séjour dans l’enfer Vietnamien, John Eastland et Michael Jefferson ont depuis lors reprit goût à la vie civile dans laquelle ils se sont parfaitement réadaptés. Au beau milieu d’une journée, alors qu’il est en train de travailler, John est agressé par une bande de délinquants, mais sera sauvé in extremis par son ami de toujours venu lui prêter main-forte. Quelques heures plus tard, Eastland ne pourra malheureusement que constater l’étendue des dégâts lorsqu’il va apprendre que ces mêmes malfrats viennent de clouer définitivement Michael sur un lit d’hôpital, bousillant la vie de ce dernier en faisant de lui un tétraplégique. Ne pouvant laisser ce crime impuni, John va devenir l’exterminateur…

Tout le traumatisme de la guerre du Vietnam dans un regard…Profond…(ou pas)

Afin de vendre au bisseux ce qu’elle tente de proposer, ce type de bande a, de coutume, l’habitude de se distinguer dans un premier temps par le biais d’un visuel puissant, très accrocheur, en l’occurrence montrant ici sur la jaquette VHS un mec balèze, muni d’un lance-flamme pointé dans notre direction. A la vision de cette illustration, on se dit que ça va envoyer du lourd, que le film va être puissant, que le gars sur la photo va faire griller toute la racaille américaine à lui tout seul. Alors lorsque l’on comprend que l’arme précitée est en fait un petit chalumeau et que c’est Robert qui va s’en servir, d’emblée, on débande d’un coup sec. Mais pas pour bien longtemps…

Sur fond de trauma post guerre du Vietnam, c’est donc Robert Ginty qui va se livrer à cette quête vengeresse en endossant les habits du juge et du bourreau. Bon, inutile de rappeler que Ginty ce n’est pas vraiment De Niro, car le jeu monocorde de l’acteur couplé à une inexpressivité flirtant parfois avec le génie n’aide pas véritablement le personnage à gagner en épaisseur. Qui plus est, l’inoubliable interprète de Bo Donelly du Vivre pour survivre de Jean-Marie Pallardy, ne possède pas non plus un physique pouvant pallier aisément ses carences artistiques. Et c’est tant mieux, car finalement la liste de ses défauts permettent à Ginty de rentrer dans la peau d’un homme on ne peut plus ordinaire, voire même un peu (beaucoup) en décalage avec les actes qu’il s’apprête à commettre. Ceci ayant le mérite de donner un charme supplémentaire à cette péloche qui n’en manque pourtant déjà pas…

« Robert, stp, sois Ginty, ne lâche pas… »

Si le scénario est bourré d’incohérences et parfois d’anachronismes flagrants, il pèche surtout par des ratés narratifs assez étonnants. En témoigne cette séquence où John est au chevet de son pote tout esquinté, puis se retrouve dans la foulée lance flam… chalumeau plutôt, à la main, en train de tenter de faire parler l’une des petites frappes du groupe ayant violenté Michael. Libre à nous spectateurs de s’imaginer qu’entre-temps, c’est là qu’il a probablement décidé d’aller dessouder du voyou tout seul notre Robert. Même remarque lorsque qu’un peu plus tard dans le récit, il va par inadvertance, et donc par pur hasard, décider de se soulager les bourses avec la seule prostituée s’étant faite cramer les nibards par un vieux sénateur pédophile et pervers fréquentant des endroits où l’on casse de la raie. Rencontre qui permettra à John d’aller refaire la déco de cet endroit lugubre en repeignant les murs du bordel avec le sang du politicien. Inutile donc de se creuser la tête en cherchant un semblant de logique dans tout ça, car The Exterminator est une œuvre qui se regarde, qui se savoure, et non qui se comprend, ou cherche à être comprise. Et ce parti pris ne va pas vraiment la pénaliser.

François Hollande, sans sa moumoute, regarde des tétons qui pointent…

Car oui, s’il nous est impossible de trouver un semblant de logique dans une trame qui part un peu dans tous les sens, Glickenhaus va proposer un métrage généreux, s’autorisant à bon escient tous les excès, ou tout du moins tous ceux que l’on souhaitait qu’il porte à l’écran. Ca flingue à tout bout de champ, l’hémoglobine est abondante, les nanas ont de gros nichons, et Eastland enchaîne les morceaux de bravoure. Si l’on ajoute à cela une mise en scène intéressante, nerveuse, et dont émanent une ambiance et un cachet très représentatif des polars urbains américains du début des 80′, on pense parfois aux futurs travaux de William Lustig, et bien nous sommes forcés de constater que Glickenhaus, qui signera quelques années plus tard un très bon Blue Jean Cop, est loin d’être maladroit derrière une caméra.

Pour parfaire cette série B hautement recommandable, Glickenhaus va pouvoir s’appuyer sur un casting composé majoritairement de seconds couteaux plutôt bien affutés. En tête de liste, l’indéboulonnable Christopher George (Frayeurs, Graduation Day, Le Sadique à la tronçonneuse, que du bon en somme…) qui livre là une prestation toute en désinvolture, comme à son habitude, dans le rôle du flic chargé de mener l’enquête sur les crimes commis par l’exterminateur. Trois ans avant que son cœur ne lui fasse faux bon, l’acteur apporte une amusante nonchalance en endossant la panoplie de ce détective qui semble bien plus concerné par son jeu de séduction vis-à-vis du docteur Megan Stewart (Samantha Eggar, vu dans Chromosome 3 du dieu Cronenberg, ou encore dans le sympathique slasher Curtains), que par les cadavres laissés derrière lui par un Robert soignant son bodycount.

Un brushing que jalouse même David Hasselhof…

Imparfait ? C’est certain. Bancal parfois ? Ca c’est sûr. Inutile de nier que Le droit de tuer n’est pas une référence dans la façon dont il est construit. Mais malgré cela, le réalisateur insuffle à cette bande tellement de qualités flattant la rétine du cinéphile en quête d’images sortant un tant soit peu des sentiers, trop souvent balisés, d’un cinéma grand public bien-pensant, qu’il serait dommage de ne pas découvrir un film aussi décomplexé. Pur ciné d’exploitation qui se revendique comme tel, The Exterminator vaut bien mieux que la piteuse réputation qu’il traine parfois derrière lui, et personnellement, si vous prend une envie de vigilantes movie pour passer vos nerfs parce que l’on vous a divisé par quatre votre prime d’activité, n’investissez pas dans un lance-flamme dans l’optique de rendre une petite visite à Brigitte et Manu dans le palais de l’Elysée, mattez plutôt cette petite bombe signée Glickenhaus, c’est moins cher, moins dangereux, et vous y prendrez bien plus de plaisir ! Quoique… 

LE DROIT DE TUER

James Glickenhaus – Etats-Unis – 1980

Avec : Robert Ginty, Christopher George, Samantha Eggar, Steve James, Dick Boccelli, Tony DiBenedetto, Patrick Farrelly, Michele Harrell, Ned Eisenberg…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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2 réponses

  1. Mitchosaure dit :

    Ha-ha-ha!! Génial, fils!! Si je pensais tomber sur une critique aussi bien pondue et d’une telle actualité! Un documentaire sur les nanars des eighties sur Paris Première m’a refait penser à Exterminator 2, que j’avais vu au cinéma lors de sa sortie (oué, moi j’suis de 70!) et j’ai eu la bonne surprise de tomber sur le premier volet sur YouTube! Et le plus beau (enfin, façon de parler), c’est que je viens de me faire lourder de mon taf! 🙁
    Brigitte et Manu n’ont qu’à bien se tenir!! 🙂

    • Tom dit :

      Merci Mitchosaure, bien content que ce texte te plaise, et… désolé pour ton taf 🙁 . Sale époque, mais oui, Brigitte et Manu ont intérêt à bien se tenir 😉

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