Deathgasm

En cette sombre époque où trop de couples se défont pas forcément sur les lames de leur plafond, quelques unions de longue date continuent de passer des jours heureux, telle celle alliant métal et cinéma horrifique. Alors lorsque Jason Lei Howden nous propose une histoire dans laquelle on va suivre les mésaventures de Brodie, jeune métalleux qui semble en apparence un peu paumé, et ayant par mégarde réveillé quelques antiques démons en jouant une partition maudite, il y a franchement matière à se réjouir. Surtout que ce premier long réalisé par Lei Howden va vraiment nous envoyer du lourd…

La Nouvelle-Zélande n’est pas seulement une terre où l’on tond du mouton à foison, et où des types vêtus de noir taillés comme des grizzlys imposent leur puissance à la planète rugby. C’est aussi, pour notre plus grand plaisir, un pays d’où émerge chaque année un nombre intéressant de films d’épouvante dont la qualité se révèle souvent assez jubilatoire. Si au crépuscule des 80′, Peter Jackson aura durablement marqué au fer rouge (sang) le genre avec quelques classiques dans ce domaine (Bad taste et Braindead), ses successeurs ne vont pas démériter lorsqu’ils vont eux aussi profiter de l’héritage du metteur en scène des Feebles. Marchant sur les traces glissantes pas encore coagulées de leur illustre modèle, de talentueux techniciens vont régulièrement nous proposer quelques bandes hautement singulières. Du plus sérieux avec le très bon mais relativement méconnu Ugly de Scott Reynolds, en passant par le très fun et complètement hilarant Black Sheep de Jonathan King, nous arrivons en 2015 avec ce Deathgasm, hommage respectueux et très référentiel au travail du Peter, mais en bien plus subtil qu’il ne semble paraître…

Une technique de drague comme une autre après tout!

Brodie est un jeune lycéen solitaire se sentant incompris. Hardos jusqu’au bout des cheveux, la musique est pour lui la seule alternative à ce monde qui ne semble pas être formaté pour lui. Alors lorsqu’il est obligé d’aller emménager dans un petit bled paumé chez son oncle au tempérament catho un chouia coincé du cul suite à l’incarcération de sa mère, Brodie pressent qu’il va vivre un véritable enfer. Mais contrairement aux voix du seigneur, les rifts de gratte sont plutôt pénétrables, et le fan de heavy qu’il est devant l’infernal va faire la connaissance de Zakk, un autre chevelu au tempérament assez dur, et de la jolie Medina, divine créature dont notre guitariste s’est amoureusement épris. Accompagnés de deux autres acolytes, Brodie et Zakk vont monter leur propre groupe. Et vu que les mecs n’ont pas vraiment l’intention de faire dans la pop mélodique, le premier titre sur lequel ils vont bosser n’est autre qu’une invocation destinée à faire revenir une puissante entité démoniaque qui va s’empresser de posséder toute la ville. Remballez les crucifix et cassez les hosties, car devant la caméra de Jason Lei Howden, va falloir sortir les tronçonneuses pour lutter contre ce fléau.

Frères de métal mec! Sauf pour les meufs…

Profitant d’une amusante introduction durant laquelle il va planter son décor et nous familiariser avec ses personnages, le réalisateur va nous dépeindre le portrait type de l’adolescent différent. Différent, car ayant des centres d’intérêt, en l’occurrence le métal, qui ne sont pas en adéquation avec les sacro-saintes normalités que les têtes bien pensantes prédisposées à l’ouverture d’esprit ont autorisé. En découle un isolement, sommaire dans un premier temps car Brodie va naturellement se rapprocher des « marginaux«  comme lui, et surtout une classification. Un type comme Brodie ne va pas être prédestiné à sortir avec une belle plante comme Medina qui ira instinctivement vers des gars sportifs, bons élèves, stéréotypés à outrance, sans grand relief en somme, même si elle va peut-être découvrir qu’une metalleuse sommeille en elle. Et puis carrément une exclusion, sa tante et son oncle semblent être totalement fermés à son encontre et vont très vite le considérer comme un abcès gênant défigurant le visage de leur si merveilleuse, et si superficielle, unité familiale. Si par la suite le metteur en scène va se jouer divinement des pseudos liens communautaires, notamment ceux unissant Brodie et Zakk, de façon certes très second degré, il va tout de même brosser un pertinent état des lieux des relations sociales, ciment d’un échange censé être les fondations de l’humanité. Mais bon, avec ce qui va se dérouler ensuite, les relations sociales on s’en tamponne un peu, car des goules enragées vont mettre un joyeux bordel dans cette modeste bourgade théâtre de l’anarchie qui va s’ensuivre…

Il ne doit pas y voir grand chose quand même!

Si l’on sent clairement l’influence d’indéboulonnables pépites planer sur Deathgasm, comme le chef-d’oeuvre de Jackson (celui avec le singe-rat, pas la trilogie avec les nains aux gros pieds pleins de poils), ou encore d’Evil dead, Jason Lei Howden va démontrer un réel savoir-faire lorsqu’il va balancer à cent à l’heure son efficace jeu de massacre. Ayant une sympathique expérience au compteur via son travail, principalement axé dans les effets spéciaux sur de grosses productions, le Néo-zélandais va nous convier à un incroyable festival de mises à mort sanglantes extrêmement gores, et parfois assez peu conventionnelles. Ce n’est pas bien compliqué, tout ce qui coupe, perfore, tranche, est utilisé à bon escient, mais aussi tout ce qui est susceptible d’être enfilé. Pour ça par contre, je n’en dirais pas plus… Le look des monstres est franchement réussi, et chacune de leurs nombreuses apparitions est ponctuée d’un humour bienvenu, empêchant Deathgasm de se cataloguer dans de l’épouvante pure.

 Non m’dame, ces choses là c’est pas dans l’oreille que ça s’enfile…

Bref, une péloche comme on aimerait en découvrir un peu plus souvent, parfaitement interprétée par un casting de djeuns en adéquation avec leurs rôles respectifs, et portée par une bande originale on ne peut plus approprié dans laquelle on retrouvera des groupes aussi puissant qu’emblématique dans ce style musical comme les Norvégiens d’Emperor, ou plus obscur comme Beastwars et Nunslaughter. Une agréable surprise pour ma part.

DEATHGASM

Jason Lei Howden – Nouvelle-Zélande – 2015

Avec : Milo Cawthorne, James Blake, Kimberley Crossman, Sam Berkley, Daniel Cresswell, Delaney Tabron, Stephen Ure, Colin Moy…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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