Stranger Things – Saison 1

Monsters-squad-stranger-things-2017-thumbDifficile de passer entre les gouttes de la tempête Stranger Things… On pourrait même presque parler de grêlons tant il a été cette dernière année impossible de se connecter sur les réseaux sociaux sans lire tout et n’importe quoi sur cette série. Pour ma part j’avais pris soin de sortir mon parapluie afin d’éviter le débat entre les indécrottables conservateurs adeptes du « c’était mieux avant » et les néo encyclopédies culturelles biberonnées à Netflix qui veulent nous apprendre la vie sans jamais avoir foutu les pieds dans un cinéma, un vrai. Oh les connards, branlez-vous sur Games of Thrones et laissez la culture aux autres, ceux pour qui les films ne se regardent pas que sur un petit écran de tablette et qui savent encore lire sur du papier. Idem pour vous, les vieux de la vieille, trop fiers pour accepter que les nouvelles générations puissent aussi jouer avec leurs codes culturels. On range son dentier, on cesse de mordre et on se détend. Ces deux attitudes me gavent tellement que j’étais tout simplement incapable d’offrir une seconde de mon temps à la série des frères Duffer. Pas vu, pas pris, comme on dit. Il faut dire aussi que l’idée de m’abonner à un service qui me force à sacrifier toutes mes soirées à des séries de quinze saisons ne m’enthousiasme pas énormément. J’ai déjà assez de mal à mater mes DVDs, c’est pas pour me caler dans les mirettes des bouses mal branlées et servies à la chaîne. Pour faire plus simple, armé de ma carapace la plus robuste, j’avais fait en sorte de ne pas répondre à l’appel insistant de Netflix. Oui, oui, c’est possible mais c’était sans compter sur ma brune qui, un peu gavée de mon incapacité à m’arrêter de travailler, a décidé de s’abonner en loucedé à ladite plateforme, histoire de faire autre chose de ses soirées qu’attendre que je veuille bien venir bouffer ma salade de pâtes. Le mal étant fait, l’abonnement Netflix ayant été validé et ma douce ayant été débitée (on parle d’argent là, calmos les pervers), il aurait été dommage de ne pas fouiller un petit peu dans le catalogue de la firme. Et puis après tout, pourquoi ne pas tenter l’aventure Stranger Things ? La plateforme semble absolument vouloir que je la regarde en se basant sur ma liste de préférences. Avec une seule saison de huit épisodes, la chose semblait abordable sans trop de préjudice. C’est tout de même un peu circonspect et armé d’un certain recul que je lançais alors le premier épisode : The Vanishing of Will Byers.

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– Bon les gars d’après une étude, la mode est au revival 80’s / 90’s, on a donc les budgets pour faire notre série !

Tout commence avec un laborantin terrorisé dans les couloirs froids d’un complexe scientifique qu’on devine douteux. En témoignent ces sons gutturaux visqueux et ce hurlement monstrueux qui accompagne la disparition de l’homme de science. C’est un début direct, ça fonctionne et c’est déjà ça. On enchaîne avec une bande de quatre nerds pré-ados qui s’excitent dans leur cave en pleine partie de Donjons et Dragons. Winners ! Il faut avouer qu’après seulement quelques minutes l’atmosphère m’a plutôt convaincu. Il faut dire aussi que le délire teen un peu tristounet avec sa dose d’ambiance sombre plus que sous-jacente a de nombreux atouts et semble maîtrisé. Au point même que la chose en serait presque froide… Heureusement, notre rencontre avec les différents, et nombreux (on y revient) personnages nous permet de rapidement nous investir émotionnellement. De son côté, l’intrigue, qui voit l’un des quatre gosses disparaître mystérieusement, semble nous faire la promesse d’un scénario pas forcément original mais potentiellement haletant (c’est toujours mieux quand on a le temps), ou tout du moins assez intriguant pour qu’on ait envie de lancer la suite… S’enchaîne alors une enquête pour retrouver Will Byers qui durera huit épisodes présentés comme autant de chapitres d’une seule et même histoire globale traitant en sous-texte du thème de la disparition d’un être cher.

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Regardez ça les gars, un jeune qui se pignolle la nouille sur notre série mais qui n’a jamais vu Stand By Me, E.T. ou The Thing…

Qu’on apprécie ou non le revival 80’s, il faut savoir faire le distinguo entre les purges puantes et malhonnêtes (Kung Fury, le remake vomitif de A Nightmare on Elm Street ou encore celui inutile de Robocop) et les hommages parfois boiteux mais plutôt honnêtes voire bons (les prods Astron-6 ou bien l’excellent Turbo Kid). Un peu d’objectivité les gars ! On aura beau pester contre les néons vaporeux et les nappes de synthwave (moi j’aime bien quand c’est bien fait), on ne pourra nier que Stranger Things rentre tout de même dans la seconde catégorie, celle qui semble être relativement sincère. On pourra évidemment reprocher à la série de dégueuler parfois un peu trop visiblement de références pas toujours finaudes comme ces posters de The Thing ou Evil Dead très mis en valeur ou ces appels du pied appuyés aux œuvres de Stephen King. On a l’impression que les frères Matt et Ross Duffer, créateurs de la série, ont envie de montrer qu’ils « connaissent », qu’ils « savent », en quelques sortes qu’ils font partie de cette confrérie de la culture 80’/90’s. Alors soit, ça fait toujours plaisir d’être caressé dans le sens du poil et de capter ici ou là une petite référence mais objectivement citer aussi clairement Stand By Me et X-Files pendant huit épisodes suffisait amplement à comprendre que les types ont été éduqués comme il faut. C’est quoi votre problème les gars ? Vous voulez votre carte de membre « true 80’s/90’s kids club » validée et tamponnée ? C’est d’autant plus surprenant que cette envie de jouer les puristes va de pair ici avec un côté facile, une intrigue très simpliste et un traitement un peu à la va vite de l’histoire qui permet à tous les connards qui passent leur vie à regarder quinze séries en même temps (binge watching mon cul ouais) à s’accrocher sans faire trop d’effort cérébral. Et c’est dommage car à vouloir plaire à tout le monde, on risque souvent de ne pas plaire à tout le monde. Ouais, c’est pas cool, mais c’est comme ça.

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Moi quand je découvre les terres désolées du catalogue Netflix…

Au final, si on regarde Stranger Things comme un film d’une petite dizaine d’heures (regarder les séries un épisode par semaine avec cliffhanger obligatoire, quelle saloperie), on se rend compte que l’entreprise souffre d’un gros défaut de rythme. Pour cause, on se retrouve face à pas moins de neuf protagonistes entre le trio des Goonies à vélo, la grande sœur et son mal-être John Hughesien, la mère courage et son fiston sortis directement des prods typées Amblin, le flic au lourd passé qui sent fort les séries des années 90, le grand frère à mi-chemin entre Kevin Bacon et Edward Furlong et aussi l’étrange gamine qui semble tout droit échappée d’un roman de King. Je ne parle là que des protagonistes, parce que des personnages il y en a une pelletée. Et ça, ça me pose problème car malgré une ambiance qu’on sent très bien travaillée, ne chipotons pas, l’emballage est plus qu’agréable, on a l’impression que Stranger Things ne se laisse même pas le temps de se développer lui-même en tant qu’univers propre. Qu’a-t-on réellement appris des personnages à la fin du huitième épisode ? Quels réels enjeux sociaux garderons nous en mémoire ? Que conserverons nous de cette histoire en tant qu’histoire ? Que retiendrons nous tout simplement de tout ça ? Et bien pas grand-chose avouons-le. On a plus l’impression de passer au travers de quelque chose d’agréable, certes, mais pas forcément abouti dans sa narration et précipité dans sa construction. Je ne m’attendais pas à retrouver la qualité dans ce domaine des tontons King et Hughes mais tout de même… On pourrait au choix retirer quelques personnages, allonger l’intrigue quitte à doubler largement le nombre d’épisodes ou encore offrir à chaque personnage son propre épisode… C’est pas les solutions qui manquent. D’autant plus que les acteurs sont tous absolument excellents. Je ne plaisante pas. Premiers comme seconds rôles, je suis bien incapable de trouver un acteur qui ne m’a pas convaincu à 100%. Même le sidekick bedonnant ou la mère-courage pleureuse, interprétée par Wynona Ryder, la star du show, qui auraient pu nous taper rapidos sur les nerfs sont très charismatiques et attirent rapidement la sympathie. Chaque élément de cette série fonctionne très bien bordel ! Quel dommage de voir que la sauce ne prend pas totalement. La faute probablement à un traitement de l’histoire en mode « fast-food », enfin « fast-watch » quoi. Après avoir passé tant de temps et d’efforts (enfin, j’imagine) à créer un univers aussi solide et visuellement réussi, c’est con de louper une marche…

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Mais où est-ce qu’il a vu un sosie de Kevin Bacon mixé à un look alike d’Edward Furlong ?

Parce qu’on n’a pas encore évoqué la partie graphique et visuelle mais dans le domaine Stranger Things tape tout droit et tout juste. Là on est dans le quasi sans fautes, des décors, aux costumes en passant par les lumières et les cadrages (pas très audacieux mais plutôt agréables). Même si, pour ma part, j’ai adoré le traitement des espaces quotidiens (maisons, couloirs du lycée, rues de la ville), c’est tout de même les plans plus fantastiques qui m’ont marqué (le monde upside/down ou le complexe scientifique où tout se joue). D’ailleurs la fantastique déborde un peu de partout ici, même dans les reflets d’une piscine ou dans les rues des suburbs… Les différents réalisateurs aux commandes ainsi que tous les esclaves de la post-prod sont parfaitement parvenus à rendre cet univers à la fois chaleureux et extrêmement froid, créant ainsi un malaise qui rappelle celui de l’adolescence, quelque part sur le fil entre sentiments positifs et négatifs. Tout ça flirte gentiment avec une ambiance fantastique très réussie et relativement sombre… Ouais, mais ça fonctionne ça ! Et puis il y a aussi cette bête et quelle belle bête que celle-ci, si belle et pas si bête. Dans un délire que Carpenter n’aurait pas renié et qui évoque le bestiaire de Lovecraft, se dresse le Demogorgon, une bestiole visqueuse à mi-chemin entre la plante carnivore et les monstres purulents de Rob Bottin (dont les œuvres n’étaient jamais téléphonées). Malgré toutes ces qualités, après le visionnage, on a réellement l’impression de se rappeler davantage de cet univers que d’une histoire complète. Tout est pourtant plutôt bon quand on regarde élément par élément mais ça ne suffit pas et c’est bien l’ensemble qui pêche. Je suis pourtant du genre à favoriser l’univers sur l’histoire mais ici le manque relatif du second empêche l’épanouissement complet du premier.

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Introducing the Demogorgon !

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Vas-y répète pour voir. Qu’est ce qu’elles aiment les femmes à lunettes ?

On boucle alors la boucle avec cette impression étrange. Sans Netflix on ne pourrait pas avoir actuellement ce genre de séries qui ressemblent à un coup de poker (aux risques maîtrisés certes, mais tout de même) tant il repose sur la mode actuelle et potentiellement éphémère du revival 80’s et une fan base moins importante que ce que les campagnes de pubs veulent nous faire croire. Sérieux est-ce qu’un dixième des « fans » de Stranger Things ont déjà ouvert un book de King ou de Barker ? Combien d’entre eux ont déjà maté l’adaptation filmique de Stand By Me ? Donnez-moi les noms de ceux qui aiment réellement et viscéralement la filmo de Carpenter ? Non mais allez-y j’attends des réponses… Et d’un autre côté c’est parce que son existence via Netflix est possible que la série semble passer au travers d’elle-même comme si elle était coincée dans son propre upside/down, condamnée à divertir rapidement et facilement. Bordel de paradoxe. C’est probablement ce qui explique les avis aussi tranchés et divisés sur la série. Alors faut-il regarder et apprécier Stranger Things ? Dans les faits j’ai envie de vous dire « oui » et je serais un fieffé coquin de vous dire que je n’ai pas pris mon pied en m’enfilant voracement les huit épisodes de la première saison. Mais d’un autre côté je ne peux que comprendre le sentiment de manque qui vous envahira quand vous serez frustré que la série n’aille pas au bout de ses propres intentions. Dur d’imaginer ce genre d’œuvre sans un tantinet d’investissement de la part du spectateur et pourtant on sent bien que la série a été calibrée pour être consommée facilement par une majorité de tocards sans références. C’est tout simplement incompatible. Les raisons d’exister de Stranger Things (retrouver ce mood si particulier, si personnel, si touchant de certaines prods 80’s/90’s) ne correspond pas à son mode d’existence (noyé dans un catalogue de surconsommation télévisuelle remplie à ras bord de saloperies et destinée à un public incapable de s’investir émotionnellement dans un film ou une série). Bordel de paradoxe je vous dis ! Prenons alors ce premier volet des aventures des habitants de Hawkins comme un bon moyen de lancer quelques pégus dans l’univers bouillonnant des œuvres fantastiques des grands cerveaux des 80’s, de Spielberg à King en passant par Carpenter et  Ridley Scott… Peut-être que ces âmes égarées trop longtemps sur les serveurs des plateformes de séries fast-food parviendront à sauver leurs âmes… Voilà pourquoi Stranger Things est à la fois génial et décevant… Vous souhaitiez un avis tranché ? Désolé moi même je ne sais pas trop comment me positionner…

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La rédaction de Monsters Squad qui attend la sortie de la saison 2.

Esprit, réponds moi. Stranger Things, c’est bien ou pas ?

Pour la suite, c’est-à-dire la saison deux qui arrive dans tout pile un mois, soit le 27 octobre 2017, je serai très prudent car la campagne d’affiches très très très très volontairement référencées, les trailers qui annoncent des monstres plus gros et encore plus de personnages (what the fuck ?) ne semblent pas présager que des bonnes choses… J’ai l’impression que tout cet univers va être petit à petit sucé jusqu’à la moelle et perdre encore un peu de son intérêt potentiel en tombant dans la putasserie outrancière. On verra quoi, parce que le terreau est fertile et Stranger Things conserve tout de même un énorme potentiel. Je croise tout de même les doigts à m’en faire péter les phalanges (on ne sait jamais) et en attendant, je ressors mon parapluie et on en recause probablement d’ici peu…

Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique du fanzine Cathodic Overdose élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

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