L’interview presque façon Proust de Jérémie Damoiseau

Aujourd’hui, c’est Jérémie Damoiseau qui a accepté de se prêter au jeu de l’interview avec nous. Jérémie a oeuvré dans pas mal de domaines touchant au ciné et est devenu il y a quelques années un proche collaborateur et ami de Dolph Lundgren, tout en continuant à animer le site qui est consacré au géant suédois. Place à lui et il a de belles choses à dire… 

Bonjour Jérémie. Peux-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ?

Que dire ? J’ai été contaminé par le cinéma très jeune, ça a donné un sens et une direction à ma vie pendant près de 30 ans. Pendant longtemps le cinéma avait presque un sens religieux ou sacré pour moi, ce qui a heureusement évolué depuis. J’ai eu un parcours qui va des études académiques de ciné à la fac, à une école de cinéma côté production à Los Angeles, en passant par une première expérience professionnelle chez Metropolitan Filmexport, où j’ai pu avoir un bon aperçu de la distribution et du côté « business ». J’ai toujours voulu faire du cinéma, d’abord devant puis derrière la caméra. Tout m’intéressait donc je ne me suis pas vraiment spécialisé car j’avais peur de m’enfermer.

Comment es-tu tombé dans la marmite ciné ? Tout petit déjà ou quelqu’un t’y a plongé plus tard ?

Ma réponse va peut-être expliquer la suite… Je n’avais pas encore 9 ans quand, en décembre 1987, j’ai vu au cinéma l’un de mes premiers films « live » : Les Maîtres de l’univers avec Dolph Lundgren bien sûr. On peut en dire ce que l’on veut, mais ce film a eu le même effet sur moi que Star Wars a pu avoir pour d’autres (je ne me rappelle d’ailleurs plus si j’ai vu ce dernier avant ou après mais je dirais peu après). En fouillant alors dans les magazines et tout ce qui me tombait sous la main, c’est à ce moment-là que j’ai développé une certaine obsession pour le cinéma et commencé à me forger une certaine culture cinéphile que mon cerveau imprimait, et chaque film que je voyais par la suite me laissait une forte impression, quelque soit le genre.

« Par le pouvoir du crâne ancestral ! »

Comment s’est forgée ta culture ciné ? Vers où vont tes préférences ?

Avec tout ce que je pouvais trouver en termes de magazines, et à cette époque c’était évidemment Starfix, Ciné-News, Mad Movies, Impact, mais aussi La Revue du cinéma (pas encore les Cahiers ou Positif mais je les feuilletais de loin), et même L’Officiel des spectacles ou Pariscope dans lesquels j’apprenais tous les titres de films, les noms de réalisateurs, les années de sortie, voire les chiffres des entrées etc. Très vite, mes parents m’ont laissé aller au cinéma tout seul. Comme je l’ai dit, tous les films me marquaient : à partir du moment où je voyais un visage ou un paysage sur grand écran, je trouvais ça génial, donc même si j’étais très influencé par les revues du cinéma de l’époque mettant en avant les gros bras et le cinéma fantastique des années 80, je ne m’en suis jamais tenu qu’aux seuls films de genre. Par exemple à la fête du cinéma 1993, je voulais autant voir La Leçon de piano que A toute épreuve ou L’Enfant lion, les enchaîner dans la même journée et les apprécier chacun tout autant. Et il fallait que je voie tout ou presque. Aujourd’hui j’ai fait du chemin et j’avoue que je vais plus naturellement vers des petits films qui traitent de sujets qui m’intéressent ou qui me parlent plus personnellement, des films intimistes, des drames, des OVNI… Mon intérêt pour les films de genre est devenu soit nostalgique, soit plus distant, par intérêt « historique », mais ça ne m’attire plus vraiment, et puis il faut dire que les temps ont bien changé, mon cerveau n’est plus capable d’encaisser le montage ou les images surchargées de certains films (sans parler du fond souvent discutable également). Donc le dernier film « à grand spectacle » que j’ai vu c’est The Revenant, car là je n’avais rien à craindre à ce niveau. Et les films fantastiques et d’horreur de ces 10-15 dernières années tirent trop la corde du sensationnel et le « toujours plus », avec un goût que je trouve souvent douteux.

Venons-en au géant blond : tu as créé un site consacré à Dolph Lundgren ?

D’abord, ce n’est pas moi qui ait créé le site, j’en hérité et je l’ai étoffé. Il m’avait été légué par un Canadien qui avait donc ouvert en 1998 « Dolph : The Definitive Guide », le premier vrai site consacré à Dolph Lundgren (sur lequel il n’y a jamais eu grand chose de sérieux sur internet, et on parle d’une époque où commercialement parlant sa carrière était en chute libre). Très vite c’est moi qui lui envoyait des news sur ses nouveaux projets. En 2002, j’ai créé un site complémentaire, principalement dédié aux projets avortés, aux scènes coupées, aux différents montages des films etc. Et fin 2003, ce Canadien m’a gracieusement demandé si j’avais envie de reprendre son site, que j’ai donc transformé cette fois en « Ultimate Guide » en y migrant mon propre contenu. Mais j’avoue que ironiquement, je n’ai pas eu le temps de le mettre à jour ces derniers temps, à part sur le forum (dolph-forum.com) où je publie toutes les nouvelles infos, c’est plus simple. Il faut dire que ces dernières années j’ai été pris à la fois par ma collaboration avec Dolph lui-même, et mon gros projet de livre carrière sur la genèse de tous ses films qui est toujours en cours…

Le site de Jérémie : « Dolph, The Ultimate Guide »

Pourquoi lui ? (ceci dit, c’est 100 % Monsters Squad approved ! )

Pourquoi pas ?! Si bien des noms du cinéma bis ont obtenu une certaine reconnaissance ou réhabilitation, si certains spécialistes se sont penchés sur l’étude ou la biographie d’autres figures pas forcément reconnues de l’intelligentsia, avec moi c’est Dolph. Si je m’étais spécialisé sur un comédien ou un réalisateur considéré comme « sérieux » ou estimé de tous, personne ne se poserait la question. Je pense d’ailleurs que si c’était une figure plus « mainstream », cela m’intéresserait déjà moins, alors que tenter de parler sérieusement d’une figure ou d’un cinéma qui n’est pas pris sérieusement, c’est déjà un challenge.

Pour répondre d’un point de vue plus personnel, à part « l’effet Maîtres de l’univers » dont j’ai parlé plus haut, je ne sais pas pourquoi, Dolph m’a vite apparu comme plus proche de moi et de ma sensibilité, par rapport aux autres stars musclées de l’époque. La première bio que j’ai lue se trouvait dans le magazine officiel du film (traduit en France chez Poster Plus, qui était lié à Ciné-News), et sur certaines photos je me rappelle avoir décelé dans son regard un côté introverti voir mélancolique auquel je pouvais m’identifier. Il était aussi champion de karaté, que j’avais commencé à pratiquer un an plus tôt, donc ça aidait aussi. Par la suite, j’ai continué de le suivre tout en appréciant ses choix de carrière que je trouvais un peu plus atypiques que ceux de ses confrères. Et depuis l’annonce de son projet avec Zulawski en 1990, j’espérais en vain qu’il arrive à des films plus « auteurisants », ce dont il semblait aussi avoir envie. Le fait qu’il n’ait jamais obtenu le même succès que ses collègues me convenait bien aussi, ça lui donnait presque plus de valeur, comme une sorte d’ « underdog » des action stars, dont j’ai donc tenté à donner du sens, notamment depuis mon mémoire de maîtrise que je lui ai consacré en 2002. A chacun sa madeleine de Proust.

Mon projet de livre remonte probablement à ma frustration dûe à la disparition d’infos et d’articles comme il y en avait eu pléthore dans Ciné-News et Impact avant le milieu des années 90 (sur Le Scorpion rouge et Punisher notamment, mais aussi dans une moindre mesure sur des titres comme Envoyé spécial ou Au-dessus de la loi même si ça sentait déjà le début de la fin de sa carrière en salles), alors que du contenu sur L’Homme de guerre aurait été bienvenu, donc j’ai entrepris mes propres recherches pour combler ce vide, d’autant que quelle que soit la qualité inégale de ses films, il y a plein d’anecdotes et de choses intéressantes à dire…

L’Homme de guerre, un des meilleurs films du suédois… (avec la sublime Charlotte Lewis, ce qui ne gâche rien…)

C’est donc par le biais de ce site qu’une vraie relation professionnelle et, je pense, amicale s’est installée durablement entre vous. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, j’avais envoyé mon mémoire de maîtrise à son assistante, qui m’a fat part de la gratitude de Dolph quant à mon travail, mais je n’ai pas voulu chercher à lui parler dans l’immédiat car j’attendais le bon moment pour lui faire part de projets que j’avais en tête, mais il fallait que ce soit mûr. Début 2008, j’ai demandé à Sony du matériel pour promouvoir le troisième film réalisé par Dolph, Missionary Man, et un jour l’attachée de presse m’a soudainement proposé une interview téléphonique avec Dolph pour le lendemain. J’ai failli refuser parce que je ne voulais pas le rencontrer dans des conditions trop quadrillées, avec un temps très court, et en plus il se trouvait que j’étais malade comme un chien ! Evidemment j’ai quand même accepté, et Dolph m’a immédiatement dit qu’il était content de pouvoir enfin parler avec moi et a pris mes coordonnées pour discuter de ce qu’on pourrait faire ensemble.

Quand peu après j’ai appris qu’il s’apprêtait à tourner un film en Bulgarie pour Nu Image (Direct Contact de Danny Lerner), je lui ai donc proposé de venir sur le tournage afin de créer un site officiel et promouvoir le film en amont (ce qui n’était évidemment pas du tout le cas des DTV). Emballé, Dolph a demandé l’aval des producteurs, et j’ai reçu mon billet d’avion pour passer cinq jours sur le plateau. Finalement, Nu Image qui avait pré-vendu le film, se foutait un peu de la promo, laissant le boulot aux distributeurs, et les maquettes de site que j’avais faites sont restées sans suite. Mais Dolph a pu me faire engager quelques mois plus tard sur son film suivant dont il était cette fois en charge en tant que réalisateur : Command Performance (tristement re-titré Commando d’élite chez nous). J’avais en tête ce qu’avait fait Peter Jackson sur Le Seigneur des Anneaux, et j’ai donc produit un site officiel assez complet (récits, vidéos-vignettes de tournage, interviews etc). J’ai même été à l’origine de la bande-annonce teaser dont j’ai proposé le concept (inspirée par les teasers « standalone » de Terminator 2, Rocky IV etc). A partir de là, je suis donc rentré dans l’équipe de Dolph et collaboré avec lui sur pas mal de trucs dont tout n’a d’ailleurs pas vu le jour malheureusement. C’est quelqu’un qui s’entoure plutôt de gens simples qui ne font pas forcément partie d’Hollywood. Il est très terre à terre et prend pas mal de recul vis à vis du showbiz dans le privé. Je pense qu’il apprécie que j’aie toujours eu une attitude très sobre et professionnelle en sa présence, je ne joue pas les fan boys et j’évite de le bombarder de questions si on ne fait pas d’interview ou si la conversation ne s’y prête pas. Et hors boulot nos conversations vont souvent sur des sujets qui n’ont rien à voir, ou dérapent sur d’autres films ou références. Mais quand il ouvre le livre de ses souvenirs personnels avec des anecdotes, c’est un régal !

Et pourquoi t’être tourné vers The Punisher pour écrire ton premier livre ?

En fait ce n’était pas un choix calculé, la vie s’en est chargée pour moi ! Mon premier livre, je suis encore dessus en fait puisqu’il s’agit de retracer la genèse de tous les films de Dolph (comme je l’ai fait sur Punisher mais du coup sur 10 à 30 pages pour chaque film). J’ai vraiment démarré ce premier projet de livre en 2007, mais on peut dire que j’avais commencé à en poser les pierres bien avant, puisque quasiment dès que j’ai eu accès à internet j’ai commencé à faire des petites interviews par email avec des techniciens des films de Dolph… C’est en lisant le livre de Paul Talbot Bronson’s Loose : The Making of the Death Wish Films, autopublié en 2006, que j’ai eu la confiance pour me lancer « officiellement » et acquérir le plus d’interviews possibles. Et puis à cette époque, mis à part quelques featurettes et deux ou trois commentaires audio, il n’y avait quasiment aucun bonus DVD sur les titres phares de Dolph (ce qui n’est arrivé qu’à partir de 2012 et les deux Blu-ray collector du Scorpion rouge de chez Synapse Films et Arrow). J’ai donc accumulé un très grand nombre d’interviews répartis sur la filmographie de Dolph.

Donc pour revenir à Punisher j’avais évidemment déjà pas mal de contenu (en plus des magazines d’époque et autres), et en 2015 j’ai écrit un gros livret qui était prévu pour le Blu-ray français (qui était sensé faire 30 pages mais j’avais l’équivalent de 60 vu que j’avais écrit au format A4). Ca m’a permis de compléter mes interviews (près de 25 au total sur ce film). Mon travail sur ce livret n’ayant finalement pas été utilisé, c’est donc là que j’ai décidé d’en faire un livre pour ne pas rester avec mon texte sur les bras. Je ne m’étais d’ailleurs pas rendu compte jusqu’alors qu’il y avait largement assez de matière et de choses à raconter pour un livre entier sur les coulisses de Punisher (alors que ce n’était pas le tournage de Dolph le plus rocambolesque, contrairement aux Maîtres de l’univers ou au Scorpion rouge pour ne citer qu’eux) ! J’ai donc pris le temps de peaufiner mon texte pendant un an avant de l’auto-publier (là aussi par manque de chance niveau éditeurs). Le livre est donc une version améliorée de ce qu’aurait dû être le livret qui accompagne l’édition collector du Blu-ray français.

« Il faut lire ce livre !  » Oserez-vous contredire Dolph ?

On sent un vrai attachement pour le bonhomme, bien compréhensible d’ailleurs, tant il dégage une réelle sympathie. Ce que confirme Hélène Merrick qui l’a rencontré souvent et qui a écrit la préface du livre. Tu l’as rencontrée comment la gentille Hélène ?

Sur la sympathie de Dolph, c’est ce que j’ai toujours pressenti d’un point de vue extérieur, mais ça se vérifie dans le privé. Je pense que c’est rare pour une célébrité dans le showbiz. Evidemment, il a ses humeurs comme tout le monde, surtout avec le stress et les frustrations qui peuvent monter sur un tournage. Mais Dolph traite tout le monde avec le même respect, il salue tout le monde, de ses co-stars jusqu’aux figurants, en arrivant sur une scène, il a une mémoire des personnes qu’il a croisées au fil des années… D’ailleurs, il entretient ses relations amicales aux quatre coins du monde malgré le temps et les distances. Par exemple de toutes les stars d’Expendables 2, c’était lui qui était un ancien pote du patron du grand hôtel parisien où ils logeaient pour la promo. Et qu’il se trouve en Australie, en Espagne, en Suède ou autre, Dolph va toujours s’entraîner dans les clubs de Karaté Kyokushin d’amis qu’il connaît depuis 30 ou 40 ans. Il aime aussi partager, lors d’un dîner en petit comité, il est du genre à te faire goûter son dessert, haha !

Pour revenir à Hélène Merrick, je n’avais pas oublié ses articles, que je lisais quand j’avais 9-10 ans. La plupart du temps c’était elle qui écrivait sur Dolph (ou JCVD) ou l’interviewait pour Ciné-News et Starfix, et elle y mettait dans ses introductions une plume presque poétique parfois. Je l’avais contactée y a plusieurs années justement pour parler de cette époque, mais on ne s’est rencontrés que plus tard, pour la signature de son livre La fille de Starfix. Et quand Punisher est devenu un livre, j’ai tout de suite pensé à elle pour la préface, car je l’ai aussi écrit comme une sorte d’hommage à ces magazines qui ont fait beaucoup pour la cinéphilie de certains comme moi. D’ailleurs à l’époque, leurs articles faisaient beaucoup pour la publicité des films de genre. Les photos étaient tout ce qu’on avait (les bande-annonces arrivant tard et étant moins accessibles) mais ça permettait de bien nous mettre l’eau à la bouche et s’impatienter pendant des mois voire un an avant la sortie. Et y a avait pas que les photos mais aussi du vrai contenu, sur les gros films comme sur du bis ou des nanars, dont les auteurs étaient considérés comme des artisans estimables au même titre que les autres. Je voulais rendre hommage à cette époque dont je suis imprégné de souvenirs de ma pré-adolescence (je peux y retourner quand je veux dans un film 3S et odorama, c’est dire si ça marque à cet âge là, rien que l’ambiance des cinémas qui n’étaient pas aseptisés comme les multiplexes). Et puis je trouvais intéressant de donner la parole à Hélène car on la voit moins que Christophe Lemaire (lui aussi assez fan de Dolphy), ou évidemment Christophe Gans et Nicolas Boukhrief… Et c’est une femme, ce qui est cool aussi pour prendre le contre-pied des clichés du cinéma d’action comme un territoire de « mecs ».

Gunnar qui rit… Gunnar qui grogne… Dolph in, Dolph out (pardon…)

Récemment, son retour a été annoncé dans Creed 2 ? Vraie bonne idée tu penses ? (moi ça m’excite au plus haut point mais je suis fan total de Rocky donc…)

Bonne question, ça dépend du traitement… Comme beaucoup, je n’étais pas emballé à l’annonce du premier Creed et je ne comptais même pas aller le voir, jusqu’à ce que j’entende les excellents échos… et j’ai adoré ! Je le trouve supérieur à Rocky Balboa qui était déjà une bonne surprise. Et je pense que le mérite revient à Ryan Coogler qui a su à la fois faire son propre film (d’après ce que j’ai compris Sly n’a pas trop interféré cette fois), indépendant de la saga des Rocky, tout en étant une continuation renouvelée de celle-ci et en retrouvant l’âme et l’essence. Par exemple ce qu’a fait le compositeur Ludwig Göransson est formidable, canaliser les scores précédents de Bill Conti (et alors que Göransson n’a découvert les films qu’au moment de Creed) tout en créant son propre score n’est pas donné à tout le monde et est souvent voué à l’échec artistique quand quelqu’un reprend les reines de la musique d’une saga (un Brian Tyler, techniquement très bon mais un peu froid dans ses compositions, n’aurait pas été un choix idéal à mon avis, comme la plupart des compositeurs Hollywoodiens d’aujourd’hui). Creed possède une simplicité et une sobriété assez touchante et juste, que ce soit dans la relation d’Adonis avec sa copine, le traitement du thème de la filiation qui m’a touché aussi, ou bien le cancer de Rocky (presque un peu trop effleuré). Alors du coup quand on parle d’un nouvel opus, il faut que ça reste dans la même veine et au même niveau, notamment pour ne pas retomber dans les écueils de la suite facile ou des Expendables (dont le premier avait presque une touche de film d’auteur qui été totalement annihilée dans les films suivants). Alors pour faire revenir Drago, ça met la barre encore plus haut pour réintroduire un personnage issu du « plus comic book de tous les Rocky ». J’adore Rocky IV évidemment mais il se suffit à lui même, je ne souhaite pas en voir un pastiche 33 ans plus tard. Mais dans le meilleur des cas, si Creed 2 s’avère dans le même ton et au niveau du premier, ça pourrait être génial, et peut-être offrir à Dolph (qui jusqu’à présent n’avait jamais pris au sérieux l’idée de rejouer Drago) l’opportunité de faire quelque chose de très intéressant, dans le cas d’un traitement sérieux et à contre-pied de son personnage. Ce que j’ai apprécié dans Creed, c’est que Stallone ne se mettait pas en avant, il était son personnage au service d’un film qui ne tournait pas autour de lui. Et par exemple s’il l’avait réalisé lui-même avec le même scénario sous le bras, je ne suis pas sûr qu’on aurait obtenu le même film. Ce qui me fait un peu peur c’est que Sly a souvent besoin d’être dans une position de danger pour donner le meilleur. Et quand ensuite il obtient un succès, il se laisse aller à la facilité ou à l’auto-sabotage. Donc j’attends patiemment Creed 2 sans trop m’exciter… On verra, enfin pour revenir à Dolph c’est de toute façon mieux que certains DTV sans âme dans lesquels il se laisse entraîner depuis quelques années (ça c’est un autre sujet à décortiquer mais y a plusieurs facteurs).

Dolph est prêt pour Creed 2 et il vous le prouve !

Que nous prépares-tu de beau en ce moment ? Tes projets, ton actu ?

Et bien je suis encore sur Punisher ! Je penche actuellement sur la version anglaise du bouquin, que j’ai traduit moi-même et que je suis donc en train de peaufiner (ce qui revient quasiment à une réécriture complète). Et la bonne nouvelle de cet été, c’est que j’ai reçu très vite plusieurs offres d’éditeurs anglais et américains suite à ma proposition…

Et ton livre sur la carrière complète de notre suédois préféré (non, pas Zlatan…), une idée de quand on l’aura dans les pognes ? (non, je ne te mets pas la pression…)

Honnêtement je n’en ai aucune idée, je sais que ça va prendre encore pas mal de temps, et je ne cherche plus à coïncider avec un certain timing (ça aurait été cool de sortir un truc pour son retour sur le devant de la scène avec le premier Expendables). Quand j’ai démarré un peu naïvement (et il n’y avait alors qu’une trentaine de films à traiter), je ne pensais pas y passer plus de 2 ans, 3 maximum… Mais je ne voulais pas faire un livre superficiel où j’aurais à peine le temps de livrer les informations essentielles, sinon je ne me donnerais même pas la peine de faire des interviews, alors que c’était la motivation principale, en plus d’apprendre de nouvelles choses et de parler aux  personnes qui ont fait les films qui m’ont beaucoup intrigués plus jeune. Les compositeurs m’intéressaient beaucoup par exemple. Et donc je tenais à ce que ce soit une « histoire orale », avec des propos de cinéastes et techniciens qui s’expriment rarement, ou en tout cas pas sur ces films (Anne Coates la légendaire monteuse de Lawrence d’Arabie sur Les Maîtres de l’univers ou Russell Mulcahy sur le très mystérieux Silent Trigger, alias Assassin Warrior ou Tireur en péril en VF). Mais comme je l’ai dit sur Punisher, je me rendais absolument pas compte de ce que ça représentait, et j’ai accumulé bien plus de contenu que ce que je pourrais mettre dans 20 ou 30 pages par film… Je sais maintenant que je pourrais écrire un livre entier sur chacun des premiers films de Dolph, ou bien un bouquin rien que sur les projets avortés. Bref, tout ça pour dire que je préfère prendre mon temps, mais je réfléchis à une nouvelle approche pour ne pas y passer encore 10 ou 15 ans. Diviser sa carrière en deux ou trois volumes serait une bonne option. A moins que synthétiser encore plus… Par contre à l’inverse de Punisher, ça risque d’être d’abord la version anglaise, sauf si d’ici là je trouve un éditeur qui prendrait en charge la traduction pour pouvoir sortir les deux en même temps. Enfin, avant de m’y remettre, je termine l’édition anglaise de Punisher justement.

Si tu avais un projet ciné à concrétiser, quel qu’il soit et avec un budget illimité, ce serait quoi ?

Pas forcément besoin d’un gros budget, mais de la liberté de faire un film hors-norme pour Dolph, une sorte de film d’action poétique et mélancolique, à la Kitano plus qu’à la John Woo. Il manque aussi à Dolph un projet dans lequel serait incorporée une romance forte et bien écrite, avec une comédienne charismatique qui a de la profondeur style Madeleine Stowe dans Le Dernier Mohicans. Les romances dans Au-dessus de la loi, The Shooter (avec Maruschka Detmers) ou Silent Trigger, c’était un début mais un peu léger, alors que tu peux faire des choses intéressantes au sein du cinéma d’aventure et d’action (je re-cite Le Dernier des Mohicans, The Killer, Crying Freeman)… Sinon plus personnellement, j’ai des envies de films plus personnels et introspectifs, des drames familiaux à la Mike Leigh ou Six Feet Under, ou bien des films oniriques sans dialogues (ce qui était un peu le cas de mes courts-métrages d’étudiant).

Le Dernier des Mohicans, un de films préférés de Jérémie…On ne peut qu’être d’accord…


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

Soit Bambi soit Blanche-Neige, à trois ou quatre ans avec mes parents et mon frère aîné. Je n’ai pas grandi dans une famille de cinéphiles, je n’ai pas eu de figure tutélaire qui m’aurait fait aimé le cinéma, mais c’était une sortie pendant les vacances, alors évidemment la plupart du temps à cette époque c’étaient les Disney. Mes premiers films « live », probablement La Guerre des boutons en 16mm à l’école, le très curieux Oz, un monde extraordinaire avec Fairuza Balk et Jean Marsh, et enfin Les Maîtres de l’univers

Ta scène ciné culte ?

Alors j’ai du mal avec toutes sortes de classements, top 5 ou autres, et je n’en pense pas trop en termes de scènes cultes, mais puisque j’y pense, je pourrais dire le monologue fougueux de Daniel Day Lewis sous la cascade (et les dix minutes majestueuses de fin du film) dans Le Dernier des Mohicans ou bien tout aussi mélancolique, la toute fin de Punisher pour les fans de Dolph

Le film qui t’as le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Il y en a plusieurs, comme le film indépendant Bellflower, ou le Dobermann de Jan Kounen qui m’avait bien remonté à sa sortie. Mais j’ai un souvenir particulier de V pour Vendetta, que j’ai détesté dès les cinq premières minutes. Je voulais sortir de la salle mais je n’étais pas seul alors je l’ai subi en entier. La seule chose qui m’a plu c’est la scène où Natalie Portman se rase les cheveux… Quand je suis sorti, j’ai eu une réaction très bizarre, j’étais tellement énervé que je suis parti en courant ! Les amis avec qui j’étais se sont demandé quelle mouche m’avait piqué, je leur ai dit deux mots rapides et suis parti ! Je trouvais le film assez prétentieux et énervant (notamment Hugo Weaving derrière son masque), un « film-arnaque », qu’on te vend comme un film « intelligent » alors que je trouve ça assez creux en fait. J’ai été déprimé pendant les deux jours suivants (le film n’était pas peut-être pas la seule raison mais ça joué le rôle d’un déclencheur)…

Pour te faire plaisir Jérémie, un autre de tes films préférés….(ben quoi, au moins j’ai mis la scène qui te plaisait…)

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

Hummm il y en a, mais ça ne me revient pas à l’esprit là tout de suite…

Ta scène gore favorite ?

Je ne suis pas forcément fan de gore donc ce n’est pas quelque chose que je retiens.

La scène érotique la plus excitante pour toi ?

Ce n’est pas un peu privé comme question, haha ?! Faut que je réfléchisse… En tout cas l’une des plus anciennes doit être la scène du baiser sous l’eau dans Histoires de fantômes chinois.

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

Getting Any de Kitano ? Versus de Kitamura? Ma mémoire commence à flancher !

La scène la plus flippante à tes yeux ?

Il doit y en avoir que j’ai dû refouler pour oublier, mais je pense par exemple à la fin des Nuits Rouges du Bourreau de Jade, je ne sais pas si c’est plus flippant, gore ou dérangeant, mais enfin c’était trop pour ma sensibilité… Mais par exemple quand j’ai vu L’Exorciste pour la première fois, ça m’a laissé un peu indifférent au niveau frayeur, mais je l’ai probablement vu trop tard. Je crois que j’ai plus flippé quand je feuilletais certaines pages de Mad Movies très jeune qu’en voyant les films eux-même en fait ! Ceci dit, je réagirais peut-être différemment à certains films si je les revoyais aujourd’hui. Récemment, la scène (qui n’est pas forcément « flippante » mais il faut dire que je n’ai pas vu grand chose dans le genre ces derniers temps) qui m’a le plus tenu en haleine doit être la fin de Top of the Lake, la mini-série de Jane Campion.

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Ca aussi c’est un peu personnel comme question ! Je ne sais pas si j’ai vraiment fantasmé mais j’ai eu le béguin pour la plupart des stars féminines des années 80-90! Je peux citer par exemple Jodie Foster, Julianne Moore, Madeleine Stowe, Juliette Binoche, Irène Jacob, Kelly Preston, Elisabeth Shue, Nicole Kidman, et j’en passe !

Jérémie, tu en cites beaucoup, j’ai donc choisi ma préférée… Elisabeth…♥

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

J’en ai accumulé quelques-uns ! J’ai plein de souvenirs nostalgiques liés à mes années chez Metropolitan où j’ai fait mes classes entre 2000 et 2004, ou à mes deux intenses années à Los Angeles où il m’est arrivé plein de trucs sur des tournages qui étaient soit des films d’étudiants soit des micro-budgets. Une fois, mon passeport français m’a d’ailleurs sauvé d’un park ranger qui faisait un peu trop de zèle ! Mais se retrouver littéralement dans un décor de film avec Dolph Lundgren, répéter avec lui une scène de dialogue et se retrouver face à Gunnar qui te lance un regard noir, ou le voir se faire diriger (de façon très précise) par Stallone et les voir s’entendre comme larrons en foire entre les prises, ça c’est du cinéma en 3D ! Et des histoires ou des moments surréalistes au milieu de nulle part en Bulgarie par moins 15°C ou encore dans dans un temple de la campagne thaïlandaise. Mais j’ai aussi de mauvais souvenirs liés au ciné, tout n’est pas rose hein… Et comme dans toute histoire passionnelle, il faut prendre ses distances pour garder les pieds sur terre et éviter qu’elle ne devienne étouffante. Le cinéma n’est pas tout…

Un immense merci à Jérémie pour nous avoir consacré autant de temps et avoir répondu avec passion à cette interview. 

Son livre, Punisher, l’histoire secrète est toujours disponible dans les bonnes boutiques ou sur le net. 

Et si vous voulez tout savoir ou presque sur Dolph Lundgren, consultez le site de Jérémie sur http://www.dolph-ultimate.com/ et son forum bourré d’infos et d’actus  https://www.mosquito.net/dolphforum/

 

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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