The Gate

Lol, cé tro pompé sur Stranger Things ce truk !

Il est salutaire, de temps à autre, de rattraper son retard, de combler ses lacunes et de se pencher sur des films considérés comme des petits classiques pour le commun des cinéphiles chébrans (c’est du verlan. Ça veut dire à l’envers). Ça me donne ainsi de nouveaux sujets de monologue pour les repas familiaux chiants comme la mort. Et j’évite aussi quelques très probables déconvenues lors de mes nombreuses soirées mondaines. Impossible, en effet, d’avouer publiquement ne pas avoir visionné The Gate devant le gratin pointu. C’est le tollé général à coup sûr. La lapidation sans procès. La pendaison par les couilles. « Quoiiiii ? Vous n’avez jamaiiiis visionné The Gaaaate ? Mais c’est un classiiiiique du septième Art ! La Grande Vadrouille des 80’s, Le radeau de la Méduse du cinéma fantastiiiique ! » Ben non, je n’avais jamais vu ce film, qui traînait pourtant sur mon étagère à DVD depuis un bail. À ma décharge, j’ai souvent repoussé le visionnage du machin, bien conscient qu’il était réalisé par le sieur Tibor Takacs, dont j’avais déjà pu voir les « étonnants » Rats et Ice Spiders (Ice Spiders bordel !!). Et qui, cela va sans dire, m’avaient laissé tous deux des souvenirs, disons, plus que mitigés. Sauf que j’ignorais que le Tibor en question semblait largement plus inspiré il y a trente ans de ça ! Quel sot fus-je ! The Gate est un spectacle tout à fait recommandable ! Et je vais dorénavant pouvoir briller en société en parlant de cette petite pépite calibrée 80’s !

T’as vu ça ? Ils parlent de nous sur Monsters Squad !

The Gate est vrai bon film fantastique avec des kids, délicieux sous-genre typique de cette décade, dans la veine directe d’Explorers, des Goonies et autres The Monster Squad… Un film avec des enfants, c’est évidemment toujours un peu délicat. Ils sont souvent à baffer de nullité et réduisent donc en miettes l’immersion en nous faisant constamment sortir du film. Mais comme pour les métrages cités plus haut, ça tient la route ici : les acteurs ne sont pas (trop) à la ramasse, les personnages pas (trop) têtes à claques, voire même plutôt sympathiques, et c’est finalement assez peu fréquent pour que je le souligne. Mention spéciale au mini metal-head qui est clairement le meilleur personnage du film. Il faut voir ce petit nerd à lunettes (constamment attifé d’une chemise en jean patchée et sans manche) faire du air guitar sur de la musique satanique debout sur son lit à genre 9 ans ! Moi à cet âge, j’écoutais Les Fabulettes d’Anne Sylvestre et je jouais avec mes Playmobils… Les persos sont donc attachants, ouais c’est chouette, et ça permet surtout de suivre le film sans se faire chier, malgré la progression assez lente du récit qui est basé sur un pitch aussi cool que rikiki : Un beau matin, le gosse Glen (incarné par le tout jeune Stephen Dorff, qui sert de héros au film) découvre en effet un portail vers un autre monde (forcément démoniaque) se trouvant… au fond d’un trou dans son jardin ! Ben merde, c’est vraiment pas de pot ça ! Remarquez, ça aurait pu être pire hein, le fameux portail aurait pu se former genre pile sous ses chiottes par exemple… C’est sûr que pour le coup, ça aurait ruiné d’avance tout espoir de relations diplomatiques entre nos deux mondes. Mais je m’égare…

« Fuuuméée daaans l’eaaau ! » TA TA TA…

Le rythme du film, comme je le disais, n’est donc pas franchement virulent. Heureusement, les quelques effets surnaturels qui jaillissent sporadiquement durant les 45 premières minutes sont plutôt cool (quoiqu’assez « classiques ») et contribuent ainsi à garder le spectateur alerte : ça commence en douceur, par une odeur dégueulasse et insidieuse venue de nul part, du style mais qui a bouffé des œufs à midi ? Puis le gentil cabot de la famille meurt … alors qu’une invasion de papillons de nuit vient foutre le bordel dans la chambre de Glen. Et ça se termine par des trucs un peu plus tendus, du genre lévitation inopinée au beau milieu du salon, mouvements non homologués sous les murs ou encore apparitions spectrales chelous au fond du couloir ! Alors bien sûr, on est pas dans l’Exorciste mais ces mystérieux préambules font quand même leur petit effet, pour peu qu’on soit clément (et pourtant, moi c’est Valentin). La progression dramatique est donc bien huilée et débouche sur l’ouverture du fameux portail du titre (la version française,« La Fissure » semble plus tendancieuse…). Aaah, nous y voilà ! C’est quand même ce qu’on attendait tous, non ? Là, le film décolle vraiment et nous gratifie enfin de ses meilleurs séquences. Le petit groupe de gamins se retrouve alors coincé dans la maison de Glen, aux prises avec des ennuis surnaturels de plus en plus fous. Ah ! Les parents ne sont jamais là quand on a besoin d’eux. Genre quand on ouvre par mégarde un portail spatio-temporel démoniaque ? Oui par exemple ! En se recentrant sur le format du huis clos, The Gate gagne en tension dans son dernier tiers. Plusieurs effets horrifiques sont franchement percutants (les grosses paluches visqueuses qui jaillissent de sous le lit par exemple, LE classique des peurs enfantines) et certains d’entre eux possèdent même un vrai potentiel de flippe ! À ce petit jeu, la scène qui nous montre l’arrivée des parents de Glen, qui se révèlent une version maléfique de ces derniers, est effrayante ! Mélange d’horreur et de noirceur (les faux parents persiflent le fiston puis font apparaître son chien mort dans ses bras !) cette séquence forte s’achève en outre sur la révulsion pure, avec le gamin qui détruit littéralement le visage de son père en mode hachis parmentier périmé ! Et à la main en plus ! Sproutch sproutch ! Si le film reste plutôt sage dans l’horreur graphique, cette scène en particulier est vraiment crade, et rappelle un peu l’incroyable séquence du miroir dans Poltergeist. On se régale ! Les quelques trucages tout en latex (je rappelle qu’on est au beau milieu des 80’s) sont franchement exquis. La plus grande force du film réside d’ailleurs dans ses effets spéciaux, esthétiques, simples et diablement efficaces ! Et puisque l’ouverture tant attendue du portail libère une armada de démons, le derniers tiers du film nous gratifie ainsi d’une chiée de bestioles sacrément cool ! Les effets spéciaux semblent alterner entre les simples déguisements (des mecs dans de bêtes costumes de monstres, en gros) et quelques plans magnifiquement animées en stop motion. J’ai été carrément surpris par l’animation, vraiment magnifique et étonnement fluide, malgré son inévitable côté désuet. Du super bon taf d’artisan, qui rend ainsi largement tangibles nos petits diablotins gesticulants ! Quel gros kif d’observer cette nuée de créatures se déplacer de manière anarchique et saturer progressivement l’image ! Les scènes les plus chouettes du film, cela va sans dire…

Heu… Si vous cherchez à vous planquer, c’est un poil raté…

L’invasion des monstruosités sur pattes déclenche logiquement l’action et accentue la logique de cauchemar du récit : à partir de là, le rythme s’accélère et les séquences s’enchaînent de manière plus ou moins chaotique, alors que la maison semble littéralement s’autodétruire. Les lattes du parquet se disloquent une par une, les murs semblent mous et le plafond s’écroule ! Le Tibor (il s’agit du réalisateur hein, pas d’un monstre !) restitue tout simplement à merveille l’apocalypse imminente que nous promet l’histoire. On se régale, bon dieu ! C’est le bordel total, un zombie menaçant s’écroule et se subdivise au contact du sol en une quinzaine de petites créatures maléfiques (une magnifique métamorphose, parfaitement orchestrée) ! Les amis de Glen surgissent d’un placard, zombifiés, armés de bien mauvaises intentions et d’objets contondants ! Un démon gigantesque apparaît au beau milieu du salon et essaye alors de grignoter le gamin pour passer le temps ! Putain, qu’est ce que c’est cool ! Le design de la grosse mocheté finale tient plutôt ses promesses, même si on lui préfère quand même les lutins diaboliques, carrément plus classes et charismatiques. Le travail sur les monstres se révèle en tout cas soigné, à défaut d’être vraiment original… ll faut dire que les Gremlins, les Ghoulies et autres Critters étaient déjà passés par là. La mode semblait être largement aux petites créatures vicieuses à l’époque ! Mais qu’importe, je suis un homme ordinaire, avec des goûts simples. Balancez-moi une meute de diablotins tarés qui cassent tout et me voilà aux anges, renvoyé directement en enfance ! Tout simplement. The Gate est d’ailleurs une sorte de version « pour enfants » d’Evil Dead, sorti 6 ans plus tôt, à qui il pique bon nombre d’éléments narratifs en loucedé : l’invasion d’un lieu clôt, l’entité démoniaque, la formule qu’il ne faut surtout pas lire à voix haute, le retour des proches zombifiés et j’en passe… Sans bien sûr atteindre les sommets de son modèle, le premier film de Takacs s’en sort avec les honneurs et remplit son contrat. Une petite gourmandise typique des 80’s qui donne la sourire et divertit largement. C’est déjà pas mal, non ? Et moi, je vais enfin pouvoir briller en société et disserter sur cette petite péloche qui… Comment ? Il existe aussi une suite ? The Gate 2 vous dites, toujours réalisé par Tibor Takacs ? Bordel… J’annule ma prochaine soirée pyjama sur le champs !

…Et la Feuille emballe la Pierre. Attends, j’sais plus..

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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