Hit Z Road

« Hit the Road, Jack ! And don’t you come back no more, no more, no more, no more… »

Je ne vais rien apprendre à personne, la mode est aux zombies. Ah ça, je ne vous le fais pas dire, ma bonne dame ! De manière assez méta, la propagation du phénomène est fulgurante, on dirait que tout le monde a chopé le virus du zombie…. La fiction s’immisce dans le réel, quoi  ! Le monde entier ou presque s’excite ainsi la nouille sur ces pauvres cadavres ambulants, mais pourquoi ne pas les laisser enfin reposer en paix  ? Les morts-vivants sont hype. Et sont donc partout. Au cinéma, dans les séries TV, dans les BD, les jeux-vidéos, sur les putains de slibards de mon petit frère et même dans les jeux de plateaux  ! Oui, clairement, c’est une épidémie, une véritable invasion  ! La bonne nouvelle, c’est qu’avec toute cette multiplication de revenants, il existe forcément de chouettes trouvailles à se foutre sous la dent… Les quelques lecteurs plus rusés que la moyenne apprécieront ici l’incroyable habilité de ma transition, puisque je vais vous proposer la chronique d’un jeu avec du mort-vivant dedans  ! Des jeux qui mettent en scène des zombies, il y en a certes une palanquée  ; souvent des trucs un peu nazes d’ailleurs, qui surfent uniquement sur la mode sans rien proposer de vraiment sympa (comme tous les suiveurs finalement, pour n’importe quelle mode). Mais Hit Z Road, pour sa part, parvient à capter l’essence de ce genre d’histoires, et mise ainsi tout sur son ambiance et l’expérience de jeu  : il s’agit d’un objet ludique qui propose à ses joueurs de se frayer un chemin au beau milieu d’une apocalypse zombies (je suis sûr que personne ne s’en doutait  !). Ça vous donne envie  ? Alors faites monter votre petite famille dans la camionnette, remplissez la glacière de vos dernières denrées alimentaires et laissez donc tomber les poids morts que représentent votre morale et votre grande tante Odette… Là où vous allez, elles ne vous seront d’aucune utilité. Par contre, pensez bien à charger vos fusils  ! C’est parti  !

Du chouette matos de jeu qui ravira petits et grands. Peut être.

Le concept est bête comme un mort-vivant nazi  : Hit Z Road est une sorte de course pour votre survie à travers des États-Unis ravagés (post apocalyptique, comme on dit) de la côte Est à la côte Ouest (Californiaaa, here we come  !). À chaque tour, les joueurs sont invités à choisir une des quatre routes qui s’offrent à eux, et qui proposent chacune plusieurs événements potentiels plus ou moins périlleux à résoudre. Des hordes de zombies à exterminer (ou à fuir  !) par exemple, mais aussi des objets utiles à récupérer ou encore des personnes à sauver… La vie est une question de choix  ! Bien sûr, les chemins à privilégier sont ceux qui comprennent le moins de morts-vivants- je ne l’ai pas encore mentionné explicitement mais le but du jeu est évidemment de ne pas mourir  ! Mais là où le bazar se complique, et que les règles sont perverses, c’est que chaque portion de route ne peut être empruntée que par un joueur uniquement. Ce qui sous-entend que certains malchanceux iront forcément se fritter avec une bonne douzaine de cadavres ambulants sur un chemin cauchemardesque et semé d’embûches, tandis que le premier à jouer, lui, pourra se la couler douce, serein, sécurisé à bord d’un bus trouvé sur le bas côté de la route ou à faire ses petites emplettes dans un super marché abandonné  ! Vous pouvez évidemment jouer les gros bourrins et foncer dans le tas sans réfléchir… au risque de vous faire croquer les fesses, voire de condamner votre équipe/famille (qui se compose de 5 membres) en un éclair  ! Difficile de sauver tout le monde, c’est le chaos ici, l’enfer sur terre  ! Ça me renvoie au Viet Nam, bordel… Foutue guerre tiens…

« Have you ever touched dead skin ? Come on take my hand ! »

Votre salut viendra finalement surtout de la bonne gestion de vos maigres ressources. Car se sont ces dernières qui vous feront survivre dans ce monde à l’agonie  : les jetons de munition, d’essence et d’adrénaline permettent en effet de vous frayer un chemin sans (trop d’) encombre parmi les hordes de zombies gloutons qui vous attendent à chaque coin de rue… Si une part non négligeable de hasard domine (les confrontations avec les zomblards se résolvent aux dés) une bonne stratégie vous sera quand même très utile pour tirer votre épingle du jeu. Car tout (ou presque) se joue durant les phases d’enchères qui rythment la partie et ouvrent chaque tour de jeu. Ces dernières permettent de déterminer l’ordre de passage du tour en cours  : qui sera le premier à choisir le chemin le plus sûr (ou en tout cas, le moins pire)  ? Les ressources dont je parlais plus haut ont ainsi une double fonction  : elles s’utilisent bien sûr pour vous tirer de la merde en cas de pépin (l’essence permet de fuir, les munitions de buter les monstres et l’adrénaline de survivre à une morsure…) mais aussi de miser lors des enchères, pour espérer avoir le choix de sa portion de route et de s’en tirer sans trop de dégâts… Une mécanique de jeu intéressante, aussi cruelle que futée. L’immersion est bien là, l’ambiance devient alors vite tendue et les véritables batailles du jeu sont ainsi surtout psychologiques  ! Vos meilleures armes seront alors votre ruse et votre perfidie. Tous les coups sont permis, et surtout ceux dans le dos  ! Avec une bonne dose de bluff et de diplomatie, vous parviendrez peut-être à prendre les devants et à sauver votre postérieur rebondi. Et tout le reste de votre corps aussi, tant qu’à faire… Pas facile pourtant, car la difficulté augmente au fur et à mesure de la progression, pour des fins de partie (Samuel Beckett reprezent  !) apocalyptiques et ultra tendues, dignes des plus beaux climax de films d’horreur  ! Le jeu est assez balèze et se termine régulièrement en un bain de sang au suspense méchamment génial  ! Fort heureusement, vous pourrez vous aider des divers objets trouvés au gré de votre périple et des différentes routes empruntées. Bâtons de dynamite, autocar et autres fusils à lunette pour les bonus. Et comme si le monde n’était pas assez pourri comme ça, certains membres de votre tribu risquent de se faire intoxiquer par des déchets radioactifs, de se faire mordre ou de vous la faire à l’envers en s’enfuyant comme des lâches (salauds  !)… Ça, c’est pour les malus. Le nombres de ces jetons objets est assez restreint, ce qui représente finalement le seul défaut du jeu. Gageons qu’une future extension vienne pallier ce menu problème… et multiplier les possibilités offertes  !

Heureusement qu’on ne joue pas à Dixit, parce que ça serait un peu le bordel, là…

Le matos est en tout cas superbe et colle parfaitement au délire post apo’, avec un souci du détail vraiment d’enfer  : comme c’est la fin du monde, n’importe quelle pièce, carte ou dé que contient la boite de jeu semble provenir de matériel de récup’ dont l’utilisation aurait été détournée (carte bancaire, carte de fidélité, clés de voitures…). Une volonté de réalisme qui fait toute la différence  ; chaque carte à jouer (une bonne quarantaine) a ainsi un dos imprimé qui lui est propre, avec de très légères et subtiles différences, pour figurer l’usure ou la saleté. Du super bon boulot de graphisme, soigné et qui en jette un max. La grande classe, tout simplement  ! Les dés en bois sont usés, les munitions et autres ressources sont signifiées par des capsules de bières, la boite elle-même est un packaging d’un autre jeu de plateau (factice) qui a été détourné et gribouillé… Soyons clair, à ce sujet, l’éditeur a fait un putain de chouette boulot, qui, outre le plaisir qu’il procure à nos chères mirettes, rend l’ensemble franchement immersif. Vraiment dommage, donc, que l’univers du jeu en lui-même soit si lambda  ; pas vraiment de références «  pointues  » aux classiques du genre ici, on est vraiment plus sur la version actuelle du zombie… Une ambiance qui lorgne donc plus du côté de The Walking Dead que sur la trilogie de Romero (comment ça «  il existe d’autres films après Day of the Dead ?  »). Bref, un univers plutôt générique, pas incroyable mais quand même plaisant. C’est in fine la seule petite déception que j’ai éprouvé lors du déballage du jeu. J’aurais adoré y trouver quelques clins d’œil pour ceux qui aiment vraiment cet univers et ce type de films, et qui vibrent réellement pour le genre. Ceux qui continueront à vibrer pour le fantastique et l’horreur, même quand le phénomène de mode sera passé… sans doute d’ici peu de temps, d’ailleurs. C’est quand même dingue non  ? Aujourd’hui tout le monde est branché zombie et super-héros… M’enfin. Ne boudons pas notre plaisir, dès que le jeu est lancé, les joueurs se retrouvent directement plongés en apocalypse zombie, et là, c’est chacun pour son slip  ! Et c’est bien le plus important.

Hit Z Road, un jeu apocalyptique pour 2 à 4 survivants, pour des parties d’environ 30 minutes, qui vous fera passer un bon moment mais aussi perdre un ou deux amis…

Une dernière fournée de cartes pour la route…

 

Val Le Blond

Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n’importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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