Rocky 3 : L’oeil du tigre

Trois ans après avoir pris une revanche bien méritée sur Apollo Creed, son rival de toujours, Sylvester Stallone décide de renfiler les gants en cette année 1982 pour mettre en chantier le troisième opus d’une saga vouée à devenir légendaire. Sauf que là, l’étalon italien va devoir se frotter à un adversaire particulièrement teigneux. Finies les pirouettes et la classe du danseur massacreur, place à la brutalité et à la puissance du futur Barracuda…

Champion du monde incontesté, Rocky Balboa défend régulièrement son titre sans avoir à trop forcer son talent. Menant une vie cossue, le gaucher le plus célèbre de Philadelphie envisage désormais de raccrocher définitivement, mettant ainsi un terme à sa splendide carrière lors d’un gala pendant lequel tout le gratin de la ville inaugure une statue à son effigie. Mais cela sera sans compter sur les provocations d’un nouveau challenger venu le défier en public, la machine à cogner Clubber Lang…

Ecrit et mis en scène par l’inoubliable interprète de John Rambo lui-même, qui signe là son troisième passage derrière la caméra après avoir essuyé le refus de John G. Avildsen, L’oeil du tigre fait figure de costume sur mesure ayant pour but de décupler le charisme, et par extension la sympathie, que l’on est en droit de ressentir envers ce personnage incontournable du paysage cinématographique. Tout d’abord, en le présentant – enfin – en vainqueur, même si ce n’est que matériellement parlant principalement. Parce qu’ au-delà de sa couronne suprême, Rocky est riche, populaire, starifié à outrance, il est au sommet du noble art et seules les frasques de son poivrot de beau-frère semblent quelque peu agiter un quotidien désormais doré, et sans vagues promptes à faire effondrer l’empire du boxeur. Une vie luxueuse qui va surpasser les limites du confort et qui, indirectement, va impacter la star qui, comme le lui dira le vieux Mickey, va s’embourgeoiser et perdre cette flamme ardente qui brûlait dans ses yeux alors qu’il n’était encore qu’un illustre inconnu frappant des carcasses de viandes. Sauf que notre Rocky n’avait probablement pas prévu qu’un élément perturbateur portant des plumes aux oreilles, allait venir secouer un quotidien finalement trop en décalage avec l’essence même de notre sac à gnons favoris.

Même Hulk est de la partie…

Si Joe Frazier puis Earnie Shavers furent un temps présentis pour se dresser devant Stallone, c’est sous les traits d’un parfait inconnu répondant au nom de Lawrence Turaud, alias Mr T, qui fera le bonheur de nos samedi après-midi télévisé dans les années 80 en incarnant le monsieur muscle de la série L’agence tous risques, que Clubber Lang va avoir le profil d’un adversaire inédit pour Balboa. Agressif, brutal, aussi bien en gestes qu’en paroles, Lang fait figure de détonateur dans l’existence paisible de Rocky. Enchaînant les provocations envers l’idole du peuple dont celle, ultime et déclencheuse, sous entendante qu’il s’enverrait bien l’Adrienne, l’originaire de Chicago va mettre à mal l’ego et la psyché de l’étalon lorsqu’il va lui coller une branlée mémorable à l’entame du second round de leur confrontation. Ayant perdu son entraîneur mythique dans la bataille, Balboa va être en proie au doute, à la peur, sentiments qu’il n’avait plus ressentis depuis des lustres, faisant de lui un martyre dont on va patiemment attendre le retour. Ceci créant de surcroît un lien émotionnel très fort avec le public, impatient de revoir son héros aller corriger la montagne de testostérones à la crête saillante lui ayant infligé une défaite aussi marquante que traumatisante.

Notre légende à un genou à terre, pas bien grave, car Sly va le faire se relever de la plus belle des façons.

Dans cet état, je l’aurais torché en 3 round se dit Apollo…

Devant le désarrois de celui qui l’a battu d’une seconde lors d’un match à l’issue plus qu’incertaine, Apollo Creed va alors tendre une main inattendue à son ami alors à deux doigts de sombrer. Aussi mécanique, et quand même assez formaté, passage durant lequel l’astre du désastre va tout donner pour que son poulain providentiel regagne de nouveau cette rage qui lui permettrait de redevenir ce guerrier imbattable qu’il fut par le passé, le spectateur monte progressivement en adrénaline avec le champion déchu dans l’espoir de contempler à nouveau ce Rocky vaillant et combatif. Pour cela, Balboa va devoir toucher le fond, obligeant la timide Adrienne à lui passer une soufflante afin qu’il se remue davantage. Efficace la brunette, car suite à son intervention, on assistera à la montée en puissance du cogneur à la mâchoire d’acier avec en fond sonore l’excellent Eye of the tiger, titre culte du groupe Survivor, qui fut nommé aux oscars en 82 dans la catégorie meilleure chanson. Alors c’est certain, toutes ces séquences paraissent calibrées consciencieusement afin de développer une empathie encore plus tenace envers notre puncheur préféré, mais au final, et même si ce n’est pas toujours d’une grande finesse, c’est quand même ça que l’on voulait voir. Non ?

Alors, tu veux toujours t’envoyer ma femme?

Terminant sur un duel en apothéose dans lequel Rocky va prendre sa revanche de façon assez expéditive lors d’un combat magnifiquement chorégraphié, L’œil du tigre se fond magistralement dans la veine de cette saga en n’oubliant pas non plus de prêcher pour les valeurs humaines que prône l’enfant de Philadelphie. L’humilité tout d’abord, ou Rocky ne rechigne pas à s’intégrer aux boxeurs d’une salle pas vraiment du standing de celle où il avait coutume de s’entraîner depuis ses heures de gloire, et puis la tolérance. Là où Paulie fait clairement ressentir, à Apollo notamment, qu’il n’est guère enchanté à l’idée de côtoyer des afros dans un quartier de Los Angeles dit populaire, Rocky le reprendra à la volée en lui demandant ce qu’il pouvait bien avoir à reprocher à ces personnes, qui elles, ne lui ont absolument rien fait, clouant ainsi le bec à son très alcoolisé frangin demeuré n’ayant que trop peu d’arguments valables pour rétorquer efficacement.

Oeuvre imparfaite et parfois assez facile, Rocky 3 n’en demeure pas moins un formidable film élaboré pour satisfaire et émouvoir les fans du célèbre champion. S’il pèche parfois par quelques situations assez stéréotypées, Sylvester Stallone nous propose une péloche à la hauteur de son protagoniste principal, entière et sincère, et dont le visionnage se révèle à chaque fois être un pur moment de plaisir.

ROCKY 3 

Sylvester Stallone – Etats-Unis – 1982

Avec : Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Tony Burton, Mister T, Hulk Hogan…

Tom

Né à l’aube des glorieuses 80′ à même la moquette de l’arrière-salle d’un vidéoclub, c’est par le biais de nos mythiques VHS que j’ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l’éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que…) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire. Je vous contamine ?

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