Incarnate

Depuis maintenant un certain nombre d’années, le penchant naturel du diable et de ses sbires pour la possession d’âmes pas toujours innocentes, est un thème récurrent dans la production cinématographique contemporaine. Ce sujet, même s’il fut maintes fois exploité, aura proposé au cinéphile en manque de coup de crucifix dans le vagin une poignée d’œuvres d’une efficacité redoutable. Conjuring 1 et 2 pour ne citer que mes favoris, mais aussi des titres plus obscurs et par extension nettement moins connues tels que le très bon Devil Inside de William Brent Bell. Revers de la médaille, dans la masse, un bon paquet d’entre eux n’ont guère élevé le niveau d’un genre commençant à sérieusement s’essouffler par la faute d’un manque cruel d’originalité. Familier des récits faisant la part belle au méfait de la bête à cornes la plus célèbre de l’histoire, le producteur Jason Blum lâche à nouveau quelques dollars pour Incarnate, péloche ayant pour but d’innover quelque peu en la matière.

Le docteur Seth Ember, dispose du don de pénétrer l’esprit d’individus sous l’emprise de démons et de parvenir à expulser ses derniers. Contacté par le Vatican afin d’exorciser un jeune garçon, Ember va découvrir que l’entité qu’il va devoir combattre n’est autre que celle responsable du terrible accident de voiture ayant couté la vie de sa femme et de son fils, et qui l’a cloué à jamais sur un fauteuil roulant.

Il a l’air chelou le gosse derrière…

L’objectif d’une œuvre comme Incarnate, est clairement de tenter de renouveler un propos usé jusqu’à la corde et qui sent de plus en plus l’eau bénite frelatée. En imaginant le toubib du paranormal sous la forme d’un incarné, plus médical que religieux donc, le scénariste offre une contrepartie intéressante à l’éternel prêtre luttant contre le malin à grand renfort de prières, d’hostiles, et d’incantations antiques destinées à déloger l’être diabolique ayant élu domicile dans l’esprit d’un pauvre gosse. Cet incarné donc, campé de main de maître par l’excellent Aaron Eckhart (Double-Face dans The Dark Knight) fait figure d’écorché vif, n’ayant pour but dans sa triste existence que de retrouver le suppôt de Satan coupable de lui avoir enlevé ce qu’il avait de plus précieux, en l’occurrence son épouse et la chair de sa chair, son fiston adoré. Rien en lui, tout du moins au départ, ne le prédestine à avoir une quelconque empathie pour les personnes en qui il vient en aide. La seule et unique chose qui compte à ses yeux, et qui attise un brûlant brasier en son fort intérieur, est la vengeance qu’il envisage de mener à terme envers la créature infernale qu’il pourchasse. Pour cela, il va utiliser à bon escient l’extraordinaire aptitude dont il dispose, laissant de côté tous les symboles et accessoires qui ont attrait au domaine de la religion dans son sens traditionnel. Domaine qu’il déteste par ailleurs, laissant ouvertement deviner qu’il reproche à Dieu de l’avoir abandonné, puni. Tout ce qui se rapproche du christianisme l’indispose, même s’il va être amené à découvrir la puissance et l’utilité de certains objets particuliers, et il préfère faire usage de son matériel médical et de la capacité dont il est détenteur pour non pas exorciser le mal, mais expulser de l’intérieur ce qu’il baptise comme étant un parasite. Passionnant paradoxe donc, qui ouvre un débat bien loin d’être tranché concernant la lutte ancestrale contre les disciples de Lucifer. Le réalisateur propose là un combat singulier et novateur, faisant fît des écrits saints utilisés par les porteurs de soutane pour laisser place à une bataille qui se joue et se gagne mentalement, et non en brandissant une icône à l’effigie d’un malheureux charpentier ayant passé un bien mauvais moment.

Avec des yeux pareils, encore un jeune ayant passé trop de temps devant les écrans.

Une idée ma foi très intelligente, mais qui se doit d’avoir une mise en scène à la hauteur de son potentielle pour exprimer pleinement l’épaisseur de la vision qu’elle prône. Mais là, ça na va pas être la même…

Brad Peyton est un artisan canadien à qui l’on doit notamment San Andreas, film catastrophe dans lequel le génial Dwayne « The rock«  Johnson tente de sauver sa fille suite à l’ouverture de la fameuse faille de la cité des anges. Pas le style de bande à se relever durant la nuit, mais un métrage honnête, spectaculaire, et qui se laisse suivre sans déplaisir grâce à une réalisation certes sommaire et relativement banale, mais qui fait le taf. Un peu comme Incarnate en fait, et c’est bien dommage. Avec une intrigue aussi évocatrice, un duel un peu plus acharné et surtout plus tendu n’aurait pas dépareillé avec le ton d’une œuvre qui, si elle conserve un dynamisme indéniable car on ne s’ennuie pas vraiment, n’instaure pas l’ambiance noire, voire malsaine, à laquelle elle aurait dû prétendre. L’ensemble est globalement fonctionnel, mais d’une froideur qui commence à devenir coutumière sur les productions du père Blum. Quelques jumps scares bien placés çà et là, de très bons comédiens, mais à aucun moment on parvient à rentrer pleinement dans les méandres de ce que tente de mettre en images Peyton, faute à une vision trop légère d’un réal’ qui ne parvient jamais à faire peur dans ce qu’il nous dévoile. C’est con. Si l’on peut apprécier l’utilisation raisonnable d’effets spéciaux, en contrepartie il est bon de donner un peu de profondeur à tout le reste, ne serait-ce que dans l’optique d’imprégner les rétines d’un spectateur en mal d’éléments qui lui donneront une chair de poule méritée, et c’est ce dont manque cruellement Incarnate.

Une araignée au plafond? Non, juste une farce de la part du jeune possédé.

Loin d’être le ratage annoncé, Incarnate se fond naturellement dans le moule de moult efforts signé Blumhouse, et loin de moi de jeter la pierre à cette maison de prod’ essentielle à mes yeux dans le paysage cinématographique actuel, qui brille par un concept qui se veut un brin original, mais qui ne décolle guère dans la façon dont il va être traité, plombant ainsi tout le côté novateur de cette bande qui au final, demeure loin d’être inoubliable, mais reste plutôt fréquentable.

INCARNATE

Brad Peyton – Etats-Unis – 2016 

Avec : Aaron Eckhart, Carice van Houten, David Mazouz, Catalina Sandino Moreno, Keir O’Donnell, Matthew Nable, Karolina Wydra, Emjay Anthony…

Tom

Né à l’aube des glorieuses 80′ à même la moquette de l’arrière-salle d’un vidéoclub, c’est par le biais de nos mythiques VHS que j’ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l’éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que…) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire. Je vous contamine ?

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