AMITYVILLE : THE AWAKENING

Attendu, désiré, mais aussi et surtout redouté, la sortie d’un nouvel opus de la saga mettant en scène la plus célèbre maison hantée de l’histoire du 7éme art ne laisse rarement les cinéphiles de marbre. Après un excellent premier film signé Stuart Rosenberg, injustement conspué pendant de longues années mais qui commence enfin à être reconnu à sa juste valeur, suivi d’un monument du genre horrifique avec Le possédée de Damiano Damiani, qui fit passer d’interminables nuits blanches à nombre de jeunes gens se découvrant à l’époque une passion pour le cinéma d’épouvante, les séquelles qui suivirent ne sont jamais parvenues à atteindre le niveau des deux épisodes fondateurs de la série Amityville. Si l’effort de Richard Fleischer avait au moins le mérite de nous proposer un joli démon cracheur de flamme, que The evil escape de Sandor Stern avait pour originalité de déplacer le mal sans nom qui ronge la bâtisse maudite au-delà de ses propres terres, par le biais de l’objet maléfique transportant avec lui une poignée d’âmes damnées, à quelques exceptions près, le mythe amityvillien a sérieusement pris du plomb dans l’aile. Tombant dans les tréfonds du Z même pas défendable au début des années 2010, le fait de passer entre les mains destructrices d’un Mark Polonia n’avait franchement pas de quoi faire retourner les crucifix sur les murs. C’est pourquoi, lorsqu’en 2014, se murmure que le producteur Jason Blum envisage de relancer la franchise avec, en sus, un petit peu de moyens – et surtout de talent – à la clé : on se prend donc à rêver à l’idée de revoir enfin une œuvre digne de la légendaire bicoque aux fenêtres en forme de quart de lune. Si la quantité de prod’ complètement fauchée ayant sévi ces derniers temps avait eu le mérite d’écorner le nom et l’aura mythique de la baraque sise au 112 ocean avenue, devant la caméra de Franck Khalfoun, va falloir ressortir le papier collant et un bon stock de bombe Raid pour insectes volants, car il semblerait que le diable ait décidé de nous renvoyer pour de bon ses envahissantes mouches à merde…

Une maison aux fenêtres qui rient… pas vraiment en fait !

Joan, emménage avec ses trois enfants, Belle, James, son frère jumeau lourdement handicapé, et la petite Juliet, dans une vieille demeure achetée à bas prix dans la bourgade d’Amityville. Bientôt, d’inexplicables événements ne tarderont pas à se produire. Dans le coma depuis longtemps, James retrouve peu à peu l’usage de ses moyens. Mais il semblerait que son esprit ne soit pas habité que par de la bonne volonté…

Il aura fallu attendre plus de deux ans, pour que The awakening voit enfin le jour. Deux ans, ou les rumeurs concernant son éternel report de distribution alimentèrent moult fantasmes, mais aussi, de nombreuses inquiétudes. Jason Blum n’est pas vraiment du style à laisser dormir de l’argent en laissant une bobine au fin fond d’un tiroir. Repoussé pour, paraît-il, retourner des séquences additionnelles et en modifier certaines autres, je ne suis pour ma part pas très convaincu par cette version. Cette péloche serait elle si mauvaise que même Blum en aurait honte ? J’en doute. Et puis bon, après visionnage de la fameuse bande, si problèmes il y a eu, ce n’est pas au niveau qualitatif qu’il faut les chercher…

Il a tout de suite l’air moins inoffensif comme ça le James…

Ce nouvel effort va rapidement poser les bases d’une trame qui va très vite nous remémorer un paquet d’effrayants souvenirs. Après avoir relaté en introduction les faits, via quelques photos et autres coupures de journaux, qui ont conduit au carnage qu’a commis Ronald DeFeo lors de la terrible nuit du 13 novembre 1974, le métrage de Khalfoun va clairement se positionner tel un remake un tant soit peu remis au goût du jour du chef-d’oeuvre de Damiani. Autre temps, autre contexte. Terminé le semblant d’unité familiale à la façon Montelli, ou un père tyrannique et violent donnait l’illusion d’être le ciment d’une fratrie aux fondations déjà pas mal fissurées. Place ici à une mère, veuve suite au décès de son mari emporté par un cancer, qui doit gérer seule ses trois enfants, dont l’un, James, étant dans un état végétatif suite à un terrible accident survenu quelques années auparavant. Un cas de figure très particulier donc, dans lequel cette femme anéantie par la mort de son époux, ne va survivre que dans l’espoir de revoir un jour son fils dans de meilleures conditions physiques. Cette attitude se fera au détriment de ses deux filles, surtout de la plus âgée, qu’elle délaissera au profit de ce songe qui semble aussi compréhensible qu’il ne paraît inaccessible. Les Walker sont archétypes mêmes d’une famille abîmée, fragilisée, en manque de stabilité, et lorsque l’on sait que le démon frappe de préférence ceux qui sont à genoux, ces derniers présentent donc le profil adéquat à une intervention du malin. Relecture dépoussiérée disais-je, dans lequel James, le fiston grabataire, va remplacer le jeune Johnny d’Amityville 2. En proie aux attaques psychologiques d’infernales entités, le malheureux James, à la différence bien évidemment qu’il est cloué à jamais dans son lit, va avoir un parcours assez similaire à celui de l’aîné Montelli. Et pour cause, même s’il ne semble pas spécialement vouloir aller culbuter sa frangine (et pourtant…), les charmes de sa génitrice ont le mérite de lui donner, où tout du moins à la chose qui se cache en lui, quelques incestueuses idées. Bien que maladroitement exploité car très furtif et beaucoup trop sous-entendu, – une simple hallucination de Belle ? -, ce thème crée toujours un sentiment de malaise, de trouble. Et même si ce passage est loin d’être aussi malsain que dans le film de Damiani, il fait tout de même son petit effet.

Jennifer Jason Leigh, une mère éplorée que l’on consolerait volontiers…

On peut faire un constat identique concernant la progression de la possession vis-à-vis du juvénile infirme. Si la vision du visage changeant de James fait parfois froid dans le dos, sa condition physique l’empêche d’être aussi monstrueux que Johnny, son prédécesseur, la faute aussi à un final dispensable frôlant parfois le ridicule. Malgré l’efficace montée en tension lors du déroulement de l’intrigue, Franck Khalfoun flingue quelque peu le travail effectué lors d’un dernier acte déjà vu mille fois, et en mieux, n’atteignant pas des sommets d’originalité. Le réalisateur, à qui l’on doit la novatrice relecture de Maniac ou encore le pas mauvais 2ème sous-sol, se rattrapera tout de même grâce à une mise en scène soignée, faisant la part belle à quelques jolis plans de la chaumière maudite. Bénéficiant d’un rythme soutenu mais d’une durée assez courte, ce qui est dommage car l’histoire gagnerait en profondeur si elle était un peu plus étoffée, The awakening doit aussi et surtout une partie de sa providentielle réussite grâce à un casting à la hauteur de l’événement.

En slip, c’est une tuerie cette actrice!

Outre la toujours aussi canon Jennifer Jason Leigh (Appel au meurtre, eXistenZ), la chanteuse, romancière, productrice, et accessoirement actrice Bella Thorne, offre une interprétation inspirée pour son rôle de Bella, toute en justesse dans les habits (sans les fringues, elle doit être pas mal non plus…) de cette adolescente en quête de stabilité, et sur qui pèse un lourd sentiment de culpabilité. Jennifer Morrison (Dr House), Kurtwood Smith (Rambo 3) viennent cachetonner de manière aléatoire dans cette œuvre en donnant une plus-value qualitative indéniable. Il est juste regrettable que LE Clarence Boddicker du Robocop de Verhoeven, n’ait pas un temps d’apparition plus conséquent. Son incarnation du docteur Milton, qui va se pencher de près sur le cas de James, aurait gagné en épaisseur à être bien plus développée.

Véritable bide lors de sa sortie à cause d’une distribution désastreuse, et s’il n’a pas forcément répondu à toutes les attentes des fans de la saga, Amityville the awakening peut aisément prétendre au titre honorifique de meilleure suite aux deux premiers opus. Imparfait certes, trop court, doté de ce final parfois embarrassant, le film de Khalfoun se laisse néanmoins suivre sans déplaisir, et inaugure, peut-être, le renouvellement d’une intarissable franchise devenue indéboulonnable dans le domaine du cinéma horrifique.

AMITYVILLE : THE AWAKENING

Franck Khalfoun – Etats-Unis – 2014

Avec : Bella Thorne, Cameron Monaghan, Jennifer Jason Leigh, Mckenna Grace, Thomas Mann, Taylor Spreitler, Jennifer Morrison, Kurtwood Smith…

Tom

Né à l’aube des glorieuses 80′ à même la moquette de l’arrière-salle d’un vidéoclub, c’est par le biais de nos mythiques VHS que j’ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l’éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que…) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire. Je vous contamine ?

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