Stranger Things – Saison 2

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L’ouragan Stranger Things ayant tout ravagé sur son passage, prenant dans son sillon un grand nombre de fans découvrant tout juste que le monde avait commencé avant Snapchat et Netflix, il était impensable de ne pas voir arriver une saison deux aussi inévitable et lucrative que potentiellement casse gueule. Malgré des qualités indéniables, la première saison présentait aussi pas mal de défauts comme une écriture souvent facile, quelques pirouettes scénaristiques (yopla), des personnages aux potentiels mal exploités et une linéarité d’ensemble qui l’empêchait parfois de devenir réellement exaltante. Sympa, oui, absolument excitante, non. C’est compris ? Alors on se calme les d’jeunes. Non, Stranger Things c’est pas « le truk de ouf utlime ki montr la vi dé zanfan dans les ané katre vin, lol on diré lé gounies que mon faire il avé en cas7». Je me répète sans (trop) jouer au vieux con mais lâchez vos putains de smartphones, matez Stand By Me et détendez-vous un coup le zgueg’ si vous ne voulez pas prendre la fessée par tonton Matt. Sachons apprécier Stranger Things pour ce que c’est et rien de plus, et ça ça tient aussi pour les irréductibles râleurs qui crachent sur la série sans y avoir jeté un œil. Les choses étant posées, vous pouvez comprendre à la fois ma curiosité et mes inquiétudes au moment de lancer la suite des aventures des personnages de Hawkins.

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Comment ça on avait dit « plus soft » pour les références de cette nouvelle saison ?

Les trailers nous montraient une suite jouant sur des monstres encore plus gros, avec encore plus de personnages (bordel il y en avait déjà trop), des références à gogos (les costumes de Ghostbusters, les plans de Poltergeist, la cabane d’Evil Dead…) et une ambiance tombant encore plus facilement (et potentiellement lourdement) dans les clichés du genre. « Oh putain les gars, on avait oublié de mettre une salle d’arcade dans la saison une, on a qu’à ouvrir directement là-dessus pour la suite ! ». J’étais réellement loin d’être rassuré en voyant ça et le tout début du premier épisode mettant en scène une bande de punks dans un van, dont une nana avec un « 9 » tatoué sur l’avant-bras (merci la finesse), est loin de m’avoir rassuré. Et la chose enchaîne avec l’arrivée de deux nouveaux personnages dans la scène suivante. Puis encore un autre dans celle qui suit. Mais nom de Dieu de nom de Dieu, messieurs les Duffer Brothers, vous n’avez donc pas compris que votre histoire devait arrêter d’aller dans tous les sens pour gagner en richesse, pour se densifier et sublimer ce magnifique univers créé par vos soins ? Arrêtez de saborder votre taf nom de nom ! Alors, les premiers épisodes de cette seconde bouture sont du même tonneau que les précédents, un peu plus mous peut-être. L’intrigue traîne la patte, il ne se passe pas grand-chose et tout ce joli merdier peine réellement à décoller. Ça gigote bien à droite à gauche, on découvre de nouveaux décors (les champs de citrouilles, la salle d’arcade, la maison de Lucas…) mais cette nouvelle saison de Stranger Things ne décolle que lorsque les personnages s’organisent par groupes de deux. Il semblerait en effet que les quelques épisodes un peu trop creux (poc poc) servaient aux scénaristes à créer des couples cohérents. Au revoir donc les intrigues multiples, traitées par dessus la jambe, jamais poussées et bonjour les duos dynamiques qui permettent d’enfin tirer le potentiel d’une partie des personnages.

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Regardez ça, sur Monsters Squad ils disent encore que les personnages sont mal exploités !

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Bonjour, c’est ici pour la nouvelle saison ?

Bon alors, ne nous le cachons pas, cette nouvelle dynamique règle une partie du problème mais ne sauve pas tout. Certains duos fonctionnent parfaitement. C’est le cas de Will et Mike (dont l’amitié devient de plus en plus intense et touchante face à l’adversité, la maladie, la mort), Joyce et Bob (qui ajoutent étrangement cette dose de pathos modéré et de légèreté), Nancy et Jonathan (dont la romance enrobée d’une ambiance de complot tire la narration vers le haut) ou encore Dustin et Steve (qui s’affirment définitivement comme les personnages les plus intéressants, ambivalents et riches de la série, ce qui était pas gagné pour le petit gros). De leurs côtés, d’autres couples semblent d’avantage alourdir une intrigue qui n’en demandait pas tant et viennent confirmer le fait que les Duffer Brothers seraient bien inspirés de faire le tri dans leurs personnages principaux. Par exemple, la relation entre Eleven et Hopper manque cruellement de finesse et si l’idée de traiter du sujet de la crise d’adolescence était bonne, le résultat est bien décevant. Ces deux personnages, à priori les chouchous des fans de la série, perdent en nuance dans des scènes qui sont parfois bien plus ridicules qu’elles ne sont vraiment touchantes tant les personnages sont mal dégrossis. Le coup du flic au lourd passif et de l’enfant sauvage qui se disputent ne fonctionne pas, et les isoler dans une cabane au fond des bois n’arrange pas les choses. Ils sont seuls et le manque de relief est flagrant. Et puis il y a d’autres groupes comme ce triangle entre Lucas, Billy et Max, mais la chose, loin d’être centrale, donne l’impression d’un pétard mouillé avec des personnages qui ne prennent pas. Dommage. Le « méchant humain » incarné par Billy ne fonctionne pas une seule seconde car, encore une fois, il semblerait que les scénaristes aient oublié de lui offrir un vrai background. Il y a bien une tentative raté de l’humaniser mais niveau invetissement émotionnel c’est l’encéphalogramme plat… Bref. Si certains personnages se révèlent intenses d’autres confirment une linéarité pataude inhérente à la série et déjà perçue dans la prime saison. Dans un tel show, l’écriture des protagonistes est primordiale et ici le taf est à moitié fait. Au risque d’insister, il faudrait peut-être penser à arrêter de cumuler les protagonistes car le problème vient bien de là et non des acteurs qui restent tout aussi bons qu’auparavant.

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Bon mais il est où ce sosie de Kevin Bacon et Edward Furlong à la fin ?!

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– Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn…
– À tes souhaits !

Au niveau de l’univers, Stranger Things reste également sur les mêmes bases. C’est-à-dire que l’ensemble est plutôt solide et agréable. La chose est parfois même assez sublime avec certains plans très réussis (en général tout ce qui est lié à l’histoire de Will). Tout ce qui avait été mis en place de manière cohérente reste homogène et de ce côté là c’est une réussite confirmée pour la série. Les quelques nouveaux éléments comme ces visions infernales de l’upside down ou les couloirs du complexe scientifique désormais ouverts à notre regard apportent aussi de l’harmonie à l’ensemble en appuyant d’ailleurs allègrement sur la référence à X-Files. On a par contre parfois l’impression que la série se repose sur ses acquis en s’auto-référençant de manière pas vraiment discrète. Par exemple Joyce, la mère courage interprétée par Winona Ryder, après avoir rempli sa maison de luminaires dans la saison une, décide ici de recouvrir ses murs de dessins gribouillés par son gamin malade. Les kids qui se prenaient la tête à propos d’Eleven s’engueulent désormais à cause de Max pour les mêmes raisons, l’accepter ou non dans leur groupe de potes. Merde mais c’est exactement la même chose. Heureusement, le show propose de nouvelles idées bienvenues. La présence du personnage de Murray Bauman (oui, encore un nouveau) apporte par exemple un réel bol d’air frais en tirant Stranger Things vers de nouvelles contrées, plus adultes, plus sombres aussi. Son délire de conspiration ouvre un univers qui en avait extrêmement besoin pour se renouveler tout en tapant un peu dans l’humour et le décalage. Ce n’est pas un hasard de voir l’histoire se dérouler solidement à partir du moment où ce dernier gagne en importance. D’une autre manière, le personnage de Bob, dans sa simplicité, parvient à améliorer la série en lui apportant cette fausse insouciance qui calme un peu les ardeurs des amateurs du « tout à fond, toujours plus badass, toujours plus héroïque ». Derrière ce personnage un brin simplet mais loin d’être con se cache une manière habile d’empêcher Stranger Things de s’enflammer (un show trop chaud, c’est chaud) et surtout de garder les pieds sur terre. On évite le syndrome Marvel qui consiste à tout rendre insipide à forcer la coolitude à tous les étages et cette finesse est un réel bon point pour la série phare de Netflix.

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Du vent le duvet !

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Et le prix du meilleur duo ainsi que de la meilleure scène parlant de la manière de se coiffer est attribué à…

Si on ressent une écriture plus maîtrisée, la plupart des épisodes soufflent encore le chaud et le froid par alternance. Je dois cependant avouer que le segment The Lost Sister est, pour moi, un sans-faute dans cette séquelle qui montre l’évolution positive de la série. Dans cet épisode, Eleven découvre qu’une autre jeune fille mutante est aussi cachée. Celle-ci, également douée de pouvoirs surnaturels vit avec des punks dans un entrepôt désaffecté au cœur de Chicago. Cette excursion, illustrée par une musique de Bon Jovi (c’est con mais ça fait toujours son effet), en dehors de la petite ville d’Hawkins est un vrai coup de trique, une manière violente et abrupte d’étendre le principe général en creusant dans des contrées plus obscures. Évidemment, tout est un peu rapide, mais l’épisode est plus sombre, plus sale, plus violent, plus malsain que le reste et j’ai adoré cette manière de mettre en relief ce qui a été construit jusqu’alors. La question de certains choix moraux abordée ici fait monter la tension d’un cran. L’innocence est brisée et le mal est profond. Les frères Duffer semblent en avoir eu assez de jouer dans le bac à sable et se sont retroussé les manches pour en découdre, ce qui nous permet de (peut-être) nous réjouir pour la suite des événements. Vive les univers étendus. Si cette parenthèse dans l’histoire principale n’a pas été appréciée par un grand nombre de spectateurs râleurs c’est probablement qu’ils ne veulent pas voir la série évoluer et n’ont pas forcément saisi la manière dont les scénaristes abordaient ici un virage important. Bienvenue dans le monde adulte les gars ! Et si vous avez vraiment envie de voir rien d’autres que des gamins qui font du vélo pendant des heures et des heures, matez plutôt le tour de France !

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Hey les gars, y’en a qui ont aimé notre épisode spécial !

Vous l’aurez compris cette deuxième saison de Stranger Things n’est pas exempte de tout reproche mais force est de constater que malgré des intentions pas forcément claires au début (j’avais vraiment peur du côté too much, du fan service putassier même pas pour les fans), le bébé des frères Duffer est parvenu à se transformer en autre chose qu’une carte postale, devenant petit à petit un monde riche, habité par des vrais personnages, un monde plus vivant que celui découvert à ses débuts. Les différents protagonistes évoluent enfin dans ce monde cohérent. Le mélange des tons fonctionne lui aussi assez bien. On y retrouve de la magie (la musique et la photo sont toujours au top), de l’horreur (putain quelle plongée sur le visage livide du jeune Will), de l’action (ouais, on a le droit à quelques vrais combats et Steve a toujours sa batte), de la romance, de l’ambiance teen et même de l’humour. J’étais, je le répète, très méfiant mais cette suite est parvenue à me tirer un sourire en partie satisfait. Mais en bon sceptique (pas la fosse, hein !) je reste tout de même circonspect pour la suite. L’amélioration de la série est symbolisée par l’évolution de Steve, meilleur personnage de Stranger Things (oui, oui) et surtout le premier à avoir une personnalité complexe un peu à la John Hughes. Cependant, cette transformation semble, de l’aveu de l’équipe créative, ne pas avoir été totalement volontaire. Idem pour ce fameux épisode spécial un peu désavoué par les mêmes créateurs qui semblent ne pas contrôler cette bête à qui ils ont donné naissance. N’en déplaise à tous les vieux de la vieille qui n’ont toujours pas osé sacrifier leur temps à la tête de gondole de Netflix, la copie rendue est vraiment bonne mais j’attends avec impatience la suite pour confirmer ou infirmer toutes ces nouvelles choses intéressantes. J’en suis un peu au même point qu’après la première saison en fait…

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Ben vous voyez, ils disent pas que du mal de Stranger Things sur Monsters Squad…

Mighty Matt

Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique du fanzine Cathodic Overdose. Boule d’énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

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