L’interview « presque façon Proust » de Laurent Faiella (alias Le Fanzinophile)

D’une discrétion qui frôle l’invisibilité, le pote Laurent a accepté de sortir de l’ombre pour répondre à quelques questions. Et dans la Monsters Squad, nous sommes bien contents qu’il ait dit oui car ce qu’il fait pour le fanzinat depuis un bail de bientôt 10 ans appelle le respect pour sa passion et son travail de fourmi. Il mérite donc qu’on le mette un peu à l’honneur (un peu hein, faut pas qu’il choppe le melon non plus…). Et ce qui ne gâche rien, c’est un vrai gentil (et aussi un garçon très poli…ce qui devient rare 🙂 )

Bonjour Laurent ! Qui es-tu, d’où viens-tu ? Où vas-tu ?

Dans quel état gère ?….  Questions existentielles s’il en est ! Et difficiles ! Pour tout te dire, je me les pose régulièrement. Mais je peux répondre à la deuxième : je viens d’un petit village belge situé dans une région socialement et culturellement très pauvre, d’une grande famille belgo-italienne pas du tout cinéphile. Donc c’était déjà mal barré dès le départ.

Et comment t’en es-tu sorti ? Dur quand même, non ? A la force du poignet ? 😊 Tu as du suivre des thérapies je suppose… 😉  ?

Dur, faut pas exagérer, je ne vais pas non plus me plaindre. Quand mes frères et sœurs sortaient moi je préférais rester devant la télé, on avait aussi la VHS avec les premiers lecteurs qu’on devait louer. Ensuite mes parents ont acheté un magnétoscope (qui coûtait un bras). Ce qui m’a donné encore moins envie de sortir de chez moi, sauf par après, mais c’était pour aller au cinéma avec les copains. Presque chaque vendredi soir, on arrivait toujours au moins 30 minutes avant la séance pour être les premiers devant les portes d’entrée.

Photo d’époque très rare de Laurent faisant la file devant le cinéma situé près de chez lui…

On le sait, tu es ZE spécialiste des fanzines ici-bas via ton blog Le Fanzinophile. D’où te vient cette passion pour les fanzines ? Depuis quand as-tu commencé ton travail de fouilles ?

Je ne sais pas si je suis spécialiste, je dirais juste quelqu’un qui s’intéresse, et si je peux partager une passion c’est tant mieux. Celle des fanzines a commencé assez tard en fait. Comme beaucoup je suis, ou plutôt j’étais, un lecteur de Mad Movies, qui est resté longtemps, malgré sa professionnalisation (c’est-à-dire à partir du n° 22), un fanzine dans l’âme. Quand la revue a un peu perdu cet esprit, je l’ai recherché ailleurs. C’est en partie Euro-Bis, un des premiers que j’ai eu en main, qui m’a fait m’intéresser aux fanzines. L’idée du blog a germé en 2009. Les débuts ont été laborieux car tu sais comme moi qu’en Belgique, au niveau fanzinat, c’est aussi plat que le pays. Le blog portait un autre nom au départ, assez débile, que j’ai cherché pendant longtemps alors que plus tard Le Fanzinophile m’a semblé une évidence.

Si vous cliquez sur le nez de Boris, une surprise vous attend…

Quel était ce nom (qu’on rigole un peu) ?

Ça ne me revient pas (!). Les plus fidèles doivent peut-être s’en souvenir. Quoique, il ne devait pas y avoir plus de trois pelés et deux tondus qui visitaient le blog au début.

Même si cela constitue l’ADN de ton blog, il ne s’intéresse pas qu’aux fanzines ciné, j’ai vu passer parfois d’autres sujets. Tu l’ouvres à tout ?

Je me suis fixé une ligne de conduite et j’essaie de m’y tenir, le blog ne traite que de fanzines sur le cinéma et des sujets qui s’y rapportent directement (festivals, livres, vidéos, etc). Mais il y a parfois quelques exceptions oui, par exemple pour certaines anciennes revues ciné. Je pense notamment aux Star Ciné Vidéo ou encore aux éditions françaises des magazines BD Creepy, Vampirella et Eerie dont les rubriques cinéma s’apparentent vraiment à du fanzinat. Sinon, à part ça, je ne dévie pas sur d’autres sujets. Une chose que je ne fais pas non plus c’est critiquer des fanzines. Faire des chroniques, ça m’emmerde et je ne suis pas doué pour ça, ça me prend des plombes, et puis je ne veux pas juger le travail d’autres. A chacun de se faire sa propre opinion.

C’est bôôôô…♥

Je suppose que tu as un réseau de contacts importants pour t’aider à effectuer tes recherches ?

Les contacts se sont faits au fur et à mesure des demandes mais ils sont souvent éphémères. Une grande majorité des anciens fanéditeurs est passée à autre chose. Je dois souvent partir d’indices minimes pour récolter des informations sur un titre, la plupart du temps je les trouve dans de vieux zines. Heureusement j’ai aussi pu compter sur des personnes comme Alain Petit qui en connait beaucoup sur le sujet ou sur les amis qui m’ont bien aidé dans certains cas : Didier Lefèvre qui, bien avant moi, a mis en ligne sur son blog des couvertures d’anciens fanzines (Musée du fanzinat qu’il a appelé ça) et m’a permis de lui en « emprunter ». David Didelot qui a répondu à mes demandes, de même que Bertrand – Euro-Bis – Van Wonterghem et aussi un certain Pascal G. qui dort avec ses anciens Mad Movies paraît-il (au grand détriment de Madame ndlr). J’en profite d’ailleurs pour remercier encore tous ceux qui m’ont apporté leur aide.

Tu ressens parfois des réticences de certains fanzineurs « anciens » à parler de leur travail ou à simplement le montrer ?  Tu as eu des refus ?

Oui, il y en a même qui ont honte ! Mais c’est plutôt rare. Beaucoup sont très contents de se remémorer ces souvenirs. Encore faut-il qu’ils aient gardé leurs archives, ce qui n’est pas toujours le cas. Et aussi, mes demandes restent quelquefois sans réponses. Je comprends que parfois je fais chier mon monde avec mes questions mais la moindre des choses c’est de répondre, même si c’est juste « non, merci ». Enfin, moi c’est ce que mes parents m’ont appris (Les miens aussi. Mais à l’heure actuelle, c’est surfait la politesse il paraît…ndlr)

La politesse c’est important et ça peut faire gagner de l’argent…

Quel est le truc le plus rare sur lequel tu es tombé ?

Il y en a beaucoup mais je vais en citer 3 pour faire court : le n° 1 d’Antinéa de Marc Toullec (Mad Movies entre autres), Cyclope qui date de 1969, avec son slogan « Un seul œil peut-être, mais ouvert ! » et le troisième ne parle pas de cinéma et n’est pas en français, c’est un fanzine américain sur l’écrivain Robert E. Howard (le papa de Conan) qui s’appelle The Howard Collector. Le n° 1 date de 1961 et n’a été tiré qu’à 150 exemplaires, c’est rien du tout pour ce pays. Le mien est même dédicacé par son créateur Glen Lord (décédé en 2011), grand spécialiste de l’auteur. C’est grâce à Patrick Louinet (lui aussi, grand expert mondial de Howard et responsable des intégrales sorties chez Bragelonne) qui était proche de lui.

Tu peux donner ton adresse à ceux qui seraient intéressés ? 😊

Je ne pense pas que ça ait tant de valeur que ça. Quand je vois le prix de certains fanzines sur les sites de vente… 40 ou 50€ pour un Monster Bis ou un Ciné-Zine-Zone ? C’est ridicule, faut pas déconner non plus. Mais bon, tant qu’il y a quelqu’un qui veut bien mettre ces prix…

L’antre du Fanzinophile….Pour piquer ses zines, faut se lever tôt. Fort Knox à côté, c’est de la gnognotte…

Tu possèdes combien de fanzines (papiers et virtuels) ?

Je dois être pas loin des 500 (au format papier). Pour les fanzines en format électronique, quand j’en trouve un je m’empresse de l’imprimer pour le lire.

Comme je te comprends…Rien de tel que le papier ! Merde, on est sur un blog…Euh…  Question suivante : que penses-tu du fanzinat actuel ? Il se porte plutôt pas mal non ?

Il faut un peu relativiser, car le fanzinat ne touche qu’une infime partie de lecteurs cinéphiles, mais oui, pour l’instant ça fonctionne bien. C’est quand même paradoxal, l’arrivée du net dans les chaumières début des années 2000 a quasiment provoqué la disparition des fanzines et finalement, quelques années plus tard, c’est ce qui a, en partie du moins, aidé à relancer l’intérêt pour ce genre de publications. Ce qui est aussi intéressant c’est l’apparition de jeunes gars motivés pour sortir un zine papier qui leur ressemble, sincère, avec une liberté de ton rafraîchissante. Et même s’ils peuvent parler de sujets maintes fois traités dans l’histoire du fanzinat, leur vision très personnelle est souvent intéressante.

Dans ton travail d’archivage, tu n’en auras sans doute jamais fini de tout retrouver…La relève est prévue ?

C’est certain, même si je pense avoir quand même réuni une bonne partie de ce qui est sorti. Pas de relève prévue, mais je ne vois pas l’utilité, si ce n’est que quelques mises à jour à faire, des informations à ajouter ou des erreurs à rectifier, l’objectif que j’avais au départ, créer une base de données, a dépassé mes espérances. En 2019 le blog fêtera ses 10 ans, ce sera un bel âge pour prendre un peu de repos. Pour l’autre « mission », c’est-à-dire commenter l’actualité et faire la promo des sorties, les réseaux sociaux et autres sites ciné sont là.

Avant d’attaquer les questions « Proust », parles-nous de ta culture ciné. C’est quoi ? Vers où vont tes préférences ?

Le fantastique en général. Surtout celui des années avant 90. Aliens, La Planète des signes, L’Exorciste, Omega Man, Conan le barbare… et bien sûr Star Wars m’ont fortement marqué. Tout comme les films de John Carpenter, Escape from New-York et The Thing en tête. Le cinéma Bis aussi, je ne m’y suis intéressé que tardivement de manière plus intensive grâce notamment aux fanzines qui ont attisé ma curiosité, et encore maintenant. Il y a le cinéma asiatique aussi. Je peux regarder de tout en fait même si ce n’est plus trop le cas des films sortis ces dernières années, il n’y a plus énormément de choses vraiment passionnantes, surtout au niveau du cinéma américain (et ne parlons pas du cinéma français).

Pas de vrai coup de cœur récemment ?

Si, pour le cinéma coréen. Il est clairement dans le haut du panier ces dernières années. Des films comme The Chaser, I Saw the Devil ou Dernier train pour Busan. Et pour le coup de cœur le plus récent, j’ai bien aimé Blade Runner 2049 qui respecte l’original.

Chef d’oeuvre de noirceur absolue…


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

C’était peut-être bien une de ces comédies américaines qui passaient le dimanche après-midi à la télé, j’étais souvent scotché devant. Ça m’empêchait de penser au lundi, jour d’école ! J’ai le souvenir d’un film avec Danny Kaye où il livre du lait, ça m’a marqué je ne sais pas pourquoi 🙂 . Ou peut-être un Jerry Lewis. Un peu après, au cinéma cette fois, c’était Tron (que j’aime revoir régulièrement). Je m’en souviens très bien car on y était en famille, mais les adultes étaient eux dans la salle d’à côté, pour voir Les Uns et les autres (de Lelouch). Et comme notre film durait moins longtemps, un des adultes est venu nous chercher pour nous installer dans leur salle, où il restait quelques places au premier rang, devant cet écran qui était immense. Et donc on a assisté à la fin de ce film et la fameuse scène (interminable) du Bolero de Ravel. Traumatisé j’étais ! J’ai encore cette musique en tête aujourd’hui ! (et nouvelle thérapie donc…ndlr)

Ta scène ciné culte ?

L’orgie dans Conan le Barbare. La préparation avant l’attaque, l’approche, la transformation en serpent de Thulsa Doom, le bouillon avec des restes humains, la magnifique Valeria…. Et ce putain de chef-d’œuvre musical !

Le rêve de Laurent s’est réalisé : il est dans l’orgie de Conan le barbare…

Le film qui t’a le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Star Wars épisode I. C’est censé se passer avant la trilogie d’origine et quand on voit tous ces vaisseaux clinquants, c’est n’importe quoi. Faut dire aussi qu’on en attendait tellement. Sinon, les adaptations de séries télé en général.

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

Le combat du Roi Arthur et du Chevalier noir dans Sacré Graal.

Ta scène gore favorite ?

Vu récemment, dans Riki Oh, il y a plusieurs scènes énormes mais je retiens surtout celle où Riki frappe avec son poing sur celui de son adversaire qui éclate littéralement. Je préfère ce genre de gore qui ne se prend pas au sérieux que le gore bien craspec.

« Parle à mon cul, ma tête est malade » (sorry Laurent, j’ai pas trouvé celle du poing, mais celle-ci est bien sympa aussi )

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

Les japonais sont les maîtres dans le genre films tarés. J’ai regardé récemment un dvd que j’avais trouvé sur une brocante en Italie qui est Il Ritorno di Diavolik, plus connu sous le titre The Golden Bat. Bien évidemment le titre italien n’a rien à voir, c’est en fait l’histoire d’un super héros japonais (Ogon Bat, tiré d’un manga) qui combat un savant fou, il y est aussi question de la planète Terre en danger et de scientifiques incompétents… Du grand n’importe quoi sympathique.

La scène la plus flippante à tes yeux ?

L’apparition de l’homme à tête de mouche dans La Mouche, l’original. Cela peut paraître ridicule aujourd’hui mais, quand je l’ai vu petit, ça foutait les jetons.

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Laura Antonelli dans Malicia. Et aussi Olivia Newton-Jones et sa tenue en cuir dans Grease. J’étais amoureux d’elle !

La scène érotique la plus bandante, excitante pour toi ?

Le striptease d’Alice Sapritch dans La Folie des grandeurs !

Entre Olivia et Alice, le coeur de Laurent balance… « You’re the one that I want, mon chéri chéri », hurlent-elle en choeur

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

Lorsque j’ai rencontré Rémi Julienne. C’était lors d’un festival du court-métrage dans le Nord de la France. On était peut-être 15 dans la salle, organisateurs du festival compris. Ce petit Monsieur qui a côtoyé de nombreuses stars, participé à des centaines de films, je discutais avec lui comme si c’était mon voisin, il avait plein d’anecdotes à raconter. D’une gentillesse incroyable, je n’en revenais pas.

Un big merci à Laurent d’avoir accepté de se montrer un peu (pour les photos à oualpé, faudra attendre encore un peu, désolé Mesdames…et Messieurs).

Il ne me reste plus qu’à vous inviter à visiter le blog du Fanzinophile ici : http://lefanzinophile.blogspot.be/. Et si l’envie de dépenser intelligemment vos futures étrennes vous prend, des fanzines sont dispos sur sa boutique, il vous enverra ça avec tout son amour et ptete une photo de lui nu ou en soldat (ça vaut la peine, croyez moi…) : http://lefanzinoshop.tictail.com/

 

Evil Ash

Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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