Le Réveil de la Force (The Force Awakens)

Quel que soit le contexte dans lequel il est annoncé, l’arrivée d’un nouveau film estampillé Star Wars ne laisse personne de marbre. Bien au-delà de l’énorme marchandising qu’il va générer, un opus de cette cultissime saga stimule, plus que de raison, les craintes et les espérances des cinéphiles ayant vu leur passion prendre forme en 1977 sur Tatooine. Dix ans après la très controversée prélogie mise en boîte par Lucas himself, c’est désormais sur la sableuse planète Jakku que J. J. Abrams pose les sabres afin de réveiller, tout en douceur, la force tant attendue…

Il est sans dire que, tout au moins pour les personnes s’intéressant un tant soit peu à l’éternel conflit opposant Jedi et Sith, nous avons tous une histoire avec cette extraordinaire aventure science fictionnelle qu’est la guerre des étoiles. Pour beaucoup de néophytes l’ayant découvert à sa sortie à la fin des 70′ ou pour d’autres, comme bibi, qui firent fumer les têtes de lecture de leur magnétoscope dans les glorieuses 80′, Un Nouvel espoir posa des bases fondatrices mythiques, et par extension presque mystique, d’un culte nourri d’une fascination débordante par des fans devenus addicts d’évènements en provenance de cette lointaine galaxie. Autant dire qu’à chaque mise en chantier d’un nouveau métrage, le trooper de la première heure et ceux qui sont montés dans un chasseur par la suite, se posent, et c’est tout à fait légitime, un grand nombre de questions. Bien trop jeune à l’époque pour mesurer l’ampleur du débat concernant la trilogie initiale (les Ewoks quand même…), je pus suivre plus assidûment celle narrant l’évolution d’Anakin Skywalker, et de surcroit, avoir moi aussi mes propres angoisses concernant la genèse des futurs segments de cette épopée. On se rend compte, parfois, que l’on s’attache tellement à certains protagonistes que l’on appréhende toujours le sort que les scénaristes vont leur réserver. Pour Le Réveil de la force, il semblerait que J. J. Abrams et son équipe aient décidé de continuer sur la lancée des révélations, parfois fracassantes, à la façon de celles évoquées notamment dans L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi. Maintenant que l’on connaît plus en détail l’arbre généalogique des Skywalker, va t’on avoir de nouvelles surprises carrément inattendues du style : Vador a-t-il eut un rapport sexuel non protégé avec Chewbacca ? , ou le réal du très bon Super 8 va-t-il faire dans le plus soft et éviter de mettre en lumière des liens de parenté jusque-là inexistant ? Voyons ça…

« Je t’avais dit de ne pas couper le fil rouge !!!!!!! « 

Suite à la réception parfois houleuse des trois œuvres les plus récentes mises en scène par George Lucas, tenter de changer un système huilé à la perfection est tout de même un challenge assez casse gueule pour le talentueux J. J.. Lucas ayant pris moult volées de bois vert de la part des aficionados, là où ce dernier a simplement essayé de se réapproprier le mythe une quinzaine d’années après un Retour du Jedi bien loin de faire l’unanimité, Abrams ne va pas risquer de se damner dans une narration trop novatrice. Les spectateurs veulent revoir, en version 2015, Un Nouvel espoir, ben… il va leur donner…

Kylo Ren, ultra charismatique…avec son masque…(sans, ce n’est plus vraiment ça…)

Alors oui, cet admirateur de Spielberg qu’est J. J. Abrams dispose d’un talent certain lorsqu’il passe derrière la caméra, et l’on ne compte plus les plans magnifiques, et tellement référentiels, que le New-yorkais insuffle à sa péloche. L’intro avec l’arrivée de Kylo Ren sur Jakku est un modèle d’efficacité et de noirceur digne des meilleurs passages de La Revanche des Sith. On s’attend alors à découvrir un épisode assez sombre, prompt à couler un ciment qui formera de solides fondations pour les suites à venir. Et ce n’est pas tout à fait faux d’ailleurs, même si Abrams se hâte de désacraliser son charismatique bad guy beaucoup trop rapidement. Individu complexe tourmenté psychologiquement, le seigneur des chevaliers de Ren tombe le masque bien trop tôt, et l’intrigue révèle de précieux indices le concernant qu’il aurait peut-être été judicieux de garder encore quelque temps au chaud. De plus, ce monstre de puissance du côté obscur, qui s’est particulièrement distingué lors du premier quart d’heure de l’entame du film, va finalement quelque peu décevoir lorsqu’il va nous faire découvrir l’étendue de ses capacités. Bref, Abrams brosse le portrait d’un perso emblématique et assez fascinant, mais à qui il manque tout de même une certaine épaisseur, et à qui il aurait fallu donner plus de temps. Ce n’est pas Dark Vador quoi ! Cette remarque peut aussi aisément s’appliquer à l’héroïne de The Force Awakens. Rey, la pilleuse d’épave dans laquelle sommeille un Jedi, sous les traits de la britannique Daisy Ridley (le tout récent Le Crime de l’Orient express de Kenneth Branagh), va avoir une ascension fulgurante, et faire preuve d’une maîtrise de son nouveau pouvoir beaucoup trop facilement. Il aurait été judicieux que le développement des capacités de la belle se fasse un peu plus progressivement car, en se concentrant un tout petit peu, c’est qu’elle te désouderait presque des légions entières de combattants à la solde du premier ordre l’héritière de Luke Skywalker, là où pourtant, elle vient seulement de percuter qu’il y a un truc énorme en elle (la force bien entendu…).

« Chewie we’re home » (que cette phrase a fait du bien quand la BA a été lâchée en pâture aux fans transis…)

Pour parfaire cette relecture en bonne et due forme des volets 4 et 5, l’intervention d’Han Solo (Harrison for ever), de la boule de poils qui l’accompagne, ainsi que de Leia (R.I.P. divine princesse), sont bien entendu de mise. Il fallait des personnages et des visages familiers de l’univers Star Wars pour que le public ne soit pas trop décontenancé comme il a pu l’être avec le traitement que Georgy avait réservé à la franchise. Et je dois reconnaître que c’est un bonheur dont il aurait été dommage de nous priver. Un nouveau droïde, le charismatique BB8, accompagne désormais les incontournables R2D2 et C3PO, le suprême leader Snoke remplace le grimaçant Dark Sidious et… la résistance va devoir batailler ferme une grande partie de l’intrigue pour détruire une arme de destruction massive qui n’est pas sans rappeler la légendaire étoile de la mort. Cerise sur le gâteau, c’est Luke Skywalker lui-même qui est au centre de la quête du noyau dur de ce nouvel opus de la saga. De cette façon, c’est impossible de batailler en terre inconnue tant Abrams tente, et réussi avec brio, de réconcilier les passionnés déçus par le tournant pris par la saga lors de la dernière décennie. Et bien entendu, Stars Wars 7 réserve son lots de révélations inattendues (mais que l’on attendait un peu quand même…).

Il ne fait plus peur à personne le Vador…

Malgré une impression de déjà-vu narratif, étonnamment (enfin, pas trop finalement) la mayonnaise prend plutôt bien grâce à une mise en scène intelligente, rythmée, et à des effets spéciaux franchement bien élaborés (nous sommes à mille lieux de l’infâme bouillie numérique de La Menace fantôme). Même si Le Réveil de la force est une pure bande pour fanboy, au final, c’est tellement bien fichu, malgré le fait que l’on commence à connaître ce genre de trame sur le bout des doigts, que même s’il nous en faisait 5 autres du même acabit, on ne bouderait pas notre plaisir en les découvrant. Ça doit être cela que l’on appelle la magie Star Wars. Bon, pour ma part, le rendez-vous est pris en fin d’année, et je ne le manquerais pour rien au monde, pour aller accompagner Les Derniers Jedi sous la houlette de Ryan Johnson…

LE REVEIL DE LA FORCE

J.J. Abrams – Etats-Unis – 2015

Avec : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Harrison Ford, Carrie Fisher, Mark Hamill, Peter Mayhew, Joonas Suotamo, Domhnall Gleeson, Lupita Nyong’o…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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