Brawl in Cell Block 99

Bone Tomahawk. Quel film putain, quel film ! Un western horrifique qui prenait le temps, pour la bonne cause et pas pour rallonger la sauce artificiellement. En effet, toute la première partie, contemplative, nous immergeait dans le destin des personnages et nous faisait ressentir encore plus fort les actes horribles qu’ils subissaient lors d’un final d’anthologie. Son réalisateur et scénariste, S. Craig Zahler, entrait directement dans ma liste perso des mecs à suivre de près.

Et voici que déboule donc Brawl in Cell Block 99, un peu de manière inattendue car j’avoue que je n’en avais pas entendu causer avant de tomber dessus au détour d’une fouille sur le net à la recherche de cadeaux à me faire pour les fêtes (oui je me fais souvent mes cadeaux moi-même, ça m’évite d’être déçu). Sur un site de vente british, je vois ce blu-ray, avec la trogne de Vince Vaughn, que j’adore et surtout la mention « from the writer/director of Bone Tomahawk ». Ni une, ni deux, aussitôt commandé et dès réception, aussitôt enfourné dans le lecteur. Et je peux vous dire que j’ai pris une claque monumentale dans la gueule.

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier qui rit…sera la tapette de l’autre !

Bradley (Vince Vaughn), apprend le même jour qu’il perd son travail comme mécanicien et que sa femme le trompe. Tentant de remettre son couple à flots, il n’a pas trop le choix que de devenir coursier pour un ami, trafiquant de drogue. Lors d’une opération qui se termine en fiasco, fidèle à son code d’honneur, Bradley va commettre un acte qu’il va payer très cher…

« A man’s got to do what a man’s got to do ». Cette citation de John Wayne (Yes ! J’ai pu placer mon idole dans une chro !) s’applique parfaitement au film de Zahler et vous comprendrez pourquoi quand vous l’aurez vu.

A la lecture du résumé, il est clair qu’on se dit que l’histoire va être classique, que la surprise ne sera pas au rendez-vous. Erreur, grossière erreur. Car comme pour Bone Tomahawk, Zahler va nous emmener sur des chemins rarement empruntés, en tous cas sous cette forme. Si les cinq premières minutes nous font penser au très bon Chute Libre de Joël Schumacher avec Michaël Douglas (le héros se fait lourder de son taf, sa femme lui met des cornes au sommet de son crâne et il pète un câble en démolissant à mains nues la bagnole de celle-ci), rapidement le film prend un tournant différent. Ce mec, il ne va pas exploser, au contraire. Il va tout faire pour préserver sa femme et son futur enfant (oui, madame a un mioche dans le four) au risque d’en payer un prix énorme. Bradley s’engage donc sur les routes sinueuses du trafic de drogue mais on comprend vite qu’il le fera avec honneur, avec une ligne de conduite à laquelle il ne dérogera pas, ce qui le conduira vers un destin irrévocable.

« J’vous fais le pare-brise ma p’tite dame ? »

Après une heure, le métrage prend un tournant inattendu et brutal quand Bradley franchit les portes de la prison après s’être fait pincer lors du deal raté. Là, on se dit que cette deuxième partie va nous promener sur les routes balisées du film de zonzon classique. Et bam, big mistake one more time, un événement qu’il serait criminel de dévoiler faisant basculer une nouvelle fois l’histoire dans une direction totalement autre et pour le coup, d’une brutalité tétanisante de réalisme et rarement vue. La violence va se déchaîner, celle qui fait vraiment mal, qui claque, qui casse les bras et écrabouille les tronches, littéralement. C’est bien simple : plusieurs fois, ma petite femme, qui partageait le divan avec moi le soir du visionnage de ce trip époustouflant, s’est raidie et a poussé de petits cris, sans que je n’y sois pour rien pour une fois (  😉 ), tant ce qui était montré relevait de la pure douleur.

Vince Vaughn et Don « Sonny Crockett » Johnson… Ces deux-là ne feront pas ami-ami…

Vince Vaughn, plutôt habitué des comédies et très bon dans l’exercice au demeurant, se glisse dans la peau du « héros ». Et que dire si ce n’est qu’il est proprement impérial et terrifiant de brutalité. Comme le réal le dit dans l’interview présente en bonus sur le disque, Vaughn, si on le croise en rue, on ne se dit pas, malgré ses rôles rigolos, que c’est un petit comique. Il dégage une telle aura qui peut foutre littéralement la trouille et Zahler la met magnifiquement en exergue ici. A aucun moment le personnage ne cherche à s’expliquer ou à se justifier de ses actes. Il sait ce qu’il a à faire et il le fait. Point. La notion de sacrifice par amour est sublimée comme jamais et la citation du Duke que j’emploie plus haut prend alors tout son sens, vous verrez…Le jeu de Vaughn s’apaise à la toute fin et l’acteur livre encore une autre facette de son talent dans ces ultimes minutes. Putain, quelle performance les gars ! Je n’en suis toujours pas remis…

Sur cet énorme gâteau offert par Zahler, la cerise est la présence d’Udo Kier dans un rôle glaçant comme il en a l’habitude (et il y est parfait) et de Don Johnson, aminci, émacié et très très bon.

Allo, Kier est à l’appareil ?

J’aime quand un film dont je ne sais rien ou presque me cueille à ce point, me prend aux tripes et me secoue. C’est la preuve que le cinoche, même si nous avons vu des kilomètres de pellicules diverses, peut encore nous surprendre et nous faire triquer. Et la sensation est jouissive au possible ! Deux films, deux pépites, Craig t’es un bon !

PS : le blu -ray UK contient une vf et des stf…Ne vous en privez pas !

Brawl in Cell Block 99

de S.Craig Zahler

Avec : Vince Vaughn, Udo Kier, Jennifer Carpenter, Don Johnson, …

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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6 réponses

  1. Rigs dit :

    Bon ben vendu écoute, dès que ça me passe sous les mains, je le prends. J’aime Vince, j’aime les films de taule, donc je prends les yeux fermés! Et ouais, Bone Tomahawk, ça chie des arbalètes !

  2. Roggy dit :

    Je vois ce qu’il se passe quand deux Belges se retrouvent dans un pièce close… 🙂

  3. Rigs dit :

    Bon ben je reviens relire tout ça, après avoir maté le film. C’est effectivement une pépite, et à côté de celui-ci, son petit dernier (Dragged Across Concrete) semble bien fade, presque anecdotique en fait… C’est comme passer d’un coup de massue sur la gueule (Cellblock) à une petite chatouille des pieds avec une plume de paon. J’exagère car Dragged reste chouette, mais Cellblock, même si je ne suis pas convaincu que la première partie méritait tant de longueurs (on aurait pu couper un peu dans la récupération de mallettes dans la flotte), est un film parfait, lui. Parce que c’est bien shooté, parce que Vaughn est impérial, parce que les seconds rôles sont habités alors qu’ils ne font tous qu’un bref passage (le garde boxeur par exemple), parce que la violence ne semble jamais feinte, parce que c’est profondément bis. Tout en étant d’une grande finesse, Zahler parvient à ressusciter l’aspect barbare, crapoteux et presque gratuit en un sens des WIP de Bruno Mattei ou Jack Hill. En fait, il réussit là où Tarantino et Refn échouent depuis leurs débuts : rendre hommage à un cinéma d’exploitation tout en touchant du doigt ce difficile équilibre de se l’approprier en parvenant à s’effacer, à se trouver une identité nette et clairement établie sans qu’elle ne vienne noyer un monde vivant par lui-même (c’est bien écrit, mais ce n’est jamais TROP écrit), dont les poussées bis ne sont jamais des pièces rapportées qui finissent par jurer ou donner l’impression de n’être là que pour la pose. Un sacré tour de force et l’un des indispensables de la décennie.

    • Evil Ash dit :

      Putain mon pote, que je suis heureux que tu aies autant kiffé ! Depuis le temps que je te bassines avec ce film, tu t’es enfin rendu compte que j’avais raison (ai-je tjs raison ? 😉 ). Et du coup, tu en causes bien mieux que je ne l’ai fait et ne le ferais jamais, mais ça ce n’est pas étonnant… Et bien entendu je te rejoins sur Tarantino et encore plus sur Refn, Zahler les renvoie tous les 2 à leurs études et les surpasse sur tous les points. Et dire que ce mec doit se cantonner à des sorties DTV ou DVD là où l’autre poseur de NWRF ou QT squattent Cannes et d’autres festoches comme des Messies… Mais toutes comptes faits, c’est ptete pas plus mal que Cannes l’ignore, c’est plutôt bon signe non ?

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