OPERA

Il est coutume de dire que la carrière de Dario Argento marque un important coup d’arrêt à partir de 1985, année où il réalisa le fabuleux Phenomena. Et pourtant. Bien avant de mettre en boîte un souvent très surestimé Syndrome de Stendhal, Argento est, en 1987, encore loin d’être l’homme capable de commettre un Card player ou pire, un Giallo. Oeuvre maudite par excellence, Opéra demeure probablement le dernier très grand film du maître, et tient aisément la comparaison avec les plus belles réussites de son auteur…

Betty, jeune et talentueuse cantatrice, est promue interprète principale pour jouer le rôle de Lady Macbeth dans un opéra de Verdi ayant la réputation de ne guère porter chance. Au soir de la première représentation, la comédienne va devenir la proie d’un mystérieux assassin avec qui elle semble avoir un étrange lien…

Avec Terreur à l’opéra, le réalisateur de Suspiria va proposer une bande intimiste, particulièrement pessimiste, et finalement très en décalage avec la période où elle fut tournée. Si le métrage est très raccord avec les préoccupations de cette deuxième moitié des glorieuses 80′, on pense notamment aux ravages causés par le SIDA, le ton résolument sombre qu’il va insuffler à ce giallo va s’avérer plutôt surprenant. Rien n’émane de positif dans cette péloche où les différents protagonistes sont tous, à des niveaux divers et variés, confrontés à une esquisse de vie dans laquelle les ténèbres semblent avoir pris le dessus. De l’innocente petite fille qui cherchera à prêter main-forte à l’héroïne en danger, mais qui elle-même doit en retour faire face à sa pseudo prostituée de mère, en passant par Marco, metteur en scène essuyant les affres de la critique spécialisée (clin d’œil de l’italien envers la presse?), et bien entendu Betty, artiste épanouie professionnellement mais qui ne l’est pas à titre personnel, à cause d’une frigidité l’empêchant de jouir des joies de la culbute : en soi, tous les personnages portent les stigmates d’une société où le bonheur semble être une notion assez abstraite. En pleine déprime le Dario ? Pas improbable.

Le kit complet du parfait meurtrier…

Pour étayer, renforcer, mais parfois aussi semer le doute dans son propos, le maestro n’hésitera pas à jouer sur les contrastes. Prenons par exemple le cas de Betty, qui avouera et confiera à demi-mots ses problèmes au lit. Celle-ci se verra rétorquer par son interlocuteur mâle que, pourtant, les cantatrices ont parait-il la réputation d’avoir le clitoris rieur. Tout le contraire donc de l’artiste frigide assujettie à ce genre de soucis. De même, afin de résoudre l’ignoble série de crimes en cours, des corbeaux utilisés pour le spectacle vont avoir un rôle déterminant dans la résolution de l’enquête. Etonnant, surtout lorsque l’on connaît l’image généralement négative que renvoi cet oiseau au plumage qui n’est pas vraiment de cristal. Par extension, même le tueur propose une relation contradictoire que l’on pourrait qualifier d’amour mêlé à de la haine envers la pauvre chanteuse, contrainte malgré elle d’assister en direct aux agissements du meurtrier ganté de noir. Ce dernier d’ailleurs, se fera un malin plaisir d’utiliser les fameuses pointes scotchées sous les yeux de cette dernière, afin que la belle puisse profiter du meurtre commis en se trouvant au premier rang. Acte de torture physique et psychologique en sus, Argento n’hésite pas à creuser dans les méandres de l’esprit humain afin d’y extraire ses instincts les plus bas et vicieux, ce qui donne véritablement à son Terreur à l’opéra une noirceur assez inattendue.

Une méthode radicale pour ne pas fermer les yeux.

Comme je le stipulais en introduction, à cette période le metteur en scène était encore incapable de faire un Mother of fear (que j’aime bien pourtant…), et derrière une caméra, le maître transalpin savait encore se faire virtuose. Techniquement, Opéra se révèle être l’un des travaux les plus ambitieux de Dario. Considérablement inspiré, Argento va multiplier les plans hallucinants et nous proposer une expérience à la hauteur de son immense talent. En témoignent les images incroyables en vue subjective faisant suite au lâché de volatiles tout de noir vêtus, qui vont se montrer bien plus efficaces que n’importe quel inspecteur de police lorsqu’il s’agit de dénicher du criminel. Ou encore, cette séquence aussi brutale que fulgurante, dans laquelle Daria Nicolodi va se faire transpercer l’œil par une balle de revolver ayant au préalable traversée un judas. Imparable. Les quelques passages se déroulant en extérieur sont eux aussi spécifiquement soignées, et totalement en phase avec l’ambiance obscure voulue par le métrage. Celui, notamment, nous dévoilant la diva courir à en perdre son souffle dans des rues à l’éclairage minimaliste sous une pluie battante est saisissant. D’autant plus que le maillot blanc détrempé de l’actrice nous permet d’entrevoir ses petits seins de bakélite qui me surexcite, c’est toujours bon à prendre !

Regarde dans le judas, j’ai une surprise !

Y a-t-il véritablement une malédiction autour du Macbeth de Verdi ? A en croire les déboires que le père d’Asia a rencontré lors de ce tournage, il n’est pas exclu de le penser. Car si Dario Argento possédait dans son équipe quelques très bons comédiens, à commencer par son ex-femme qui n’aimait pas plus que cela le rôle qui lui était attribué, en même temps, on la comprend, il a dû renoncer à la présence de Vanessa Redgrave (Blow-up, Les diables), s’étant désistée au dernier moment et entraînant une réécriture du scénario. De plus, Cristina Marsillach la vedette du film, fut particulièrement difficile à diriger, et livre au final une prestation assez fade et de surcroît pas très convaincante. Heureusement, Ian Charleson, qui poussera son ultime souffle trois ans plus tard à cause d’un coup de bite lourd de conséquence qui lui fut fatal, et le toujours excellent Urbano Barberini (Démons), viennent niveler vers le haut l’ensemble d’un casting pas forcément très homogène.

Fins gourmets ces oiseaux.

Suite à un accueil critique et public plus que mitigé lors de sa sortie dans les salles italiennes, Dario Argento va considérer cette œuvre comme étant l’une des expériences les plus négatives de sa riche carrière. Après cette mésaventure, le réalisateur s’en ira tourner aux pays de l’Oncle Sam, où son style va progressivement changer, et surtout commencer à dangereusement décliner. La cause à Macbeth ? Gardons cela pour la légende mais… ce n’est pas à exclure. Quoi qu’il en soit, Opéra reste à mes yeux une péloche très qualitative et riche dans son ensemble. Désormais disponible en terre gauloise via une très chouette édition estampillée Le Chat qui fume, cette bande bénéficiera peut-être en nos contrées d’une réévaluation qui, pour ma part, me semble grandement méritée.

OPERA

Dario Argento – Italie – 1987

Avec : Christina Marsillach, Ian Charleson, Urbano Barberini, Daria Nicolodi, Coralina Cataldi-Tassoni…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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