Intégrale Don Rosa

Salut bande de lecteurs. Aujourd’hui, on ne va pas causer cinéma sur Monsters Squad. Ben non, désolé. Si vous êtes encore plus monomaniaques que moi et qu’il vous faut malgré tout votre dose de 7e Art déviant, vous pouvez toujours traîner vos bottes ici,, ou encore à cette adresse. Pour les autres qui n’ont rien contre une escapade sur les Terres du 9e Art et de la douce nostalgie, c’est parti  !

Gamin, j’achetais le Picsou Magazine pour deux raisons principales (bon allez, trois, en comptant le cadeau souvent gluant)  : les magnifiques illustrations de Mezzo, logées dans le cahier central du journal, et les bandes dessinées magistrales de Keno Don Rosa, qui ont littéralement bercées ma jeunesse et dont il est question dans cet article. Bon, désolé mes petits canards, mais là, c’est le moment précis où je chausse mes lunettes à double foyer et sors mon nœud papillon d’universitaire pour vous dispenser un petit cours d’Histoire. Rapide hein, pas d’affolement, j’en vois déjà qui partent naviguer sur YouPorn… Revenez bordel  !

Le personnage de Balthazar Picsou (Scrooge McDuck en version originale) a été inventé en 1947 par l’immense Carl Barks, dessinateur bossant alors dans l’écurie de l’oncle Walt. Le brave Carl, ancien animateur de dessins animés, a produit un nombre incalculable de planches de BD durant son impressionnante carrière (environ 50 ans de création), imaginant quasiment à lui seul la mythologie toute entière des canards made in Disney. Cela concerne les personnages (Géo Trouvetou, Gripsou, les Rapetou et tant d’autres) les nombreux gimmick (le sou fétiche dérobé, les chasses aux trésors de par le monde…) la personnalité des perso (la vanité de Gontran, le mauvais caractère et l’avarice de Picsou…) ou encore les fameux lieux (le coffre-fort géant de l’archi-milliardaire, la maison de Miss Tick sur le mont Vésuve…). Bref, pratiquement tout provient de ce brave et talentueux moustachu. Au fil des ans, le maître a tissé un univers riche, cohérent et a étoffé ses personnages avec soin. Ainsi, l’oncle rapiat de Donald, initialement simple personnage secondaire, va rapidement prendre une place centrale dans les histoires du célèbre bédéiste. Ce personnage de vieux grincheux devint d’ailleurs si populaire qu’il finira par bénéficier de son propre comic book (Uncle $crooge, qui débute en 1952).

Carl Barks, un type aux poils (sous le nez) !

Ces nouvelles aventures palmipèdes vont permettre de développer davantage le canard le plus riche du monde, qui d’avar notoire va se transformer en personnage bien plus complexe, gagnant alors paradoxalement en humanité  ! Le richard canard hérite par la même occasion d’un énorme background. Chaque histoire sera ainsi l’occasion d’étoffer son historique, Picsou nous présentant en pagaille des bribes de sa vie trépidante de self made man (self made duck ?), parfois au détour de simples conversations. Barks s’est en tout cas amusé comme un petit fou, Picsou a tout fait et tout vécu, a voyagé dans le monde entier pour devenir riche, et ce sans réel souci de cohérence, l’illustrateur laissant seulement tourner à plein régime son imaginaire débridé… Des centaines d’indices et d’anecdotes anodines qu’un dessinateur ultra geek va pourtant patiemment compiler, parfois dans les moindres détails, afin de dresser un historique quasi exhaustif des origines de Picsou, une histoire satisfaisante et qui tient debout. Et qui utilise en outre un maximum de références jetées au gré du vent par le mentor Barks. Le dénommé Keno Don Rosa se lance donc à la fin des années 80 dans un boulot de recensement homérique (Carl Barks a publié pas loin de 400 histoires !) pour accoucher ensuite d’un travail tout aussi gigantesque, la bien nommée Jeunesse de Picsou (The Life and Times of Scrooge McDuck en version originale). Une œuvre magistrale composée de douze chapitres chronologiques, un tour de force d’une étonnante beauté. Le récit nous conte donc l’ascension d’un pauvre gamin écossais sans le sou jusqu’aux sommets (il deviendra le plus riche du monde), récit qui s’achève exactement là où la première histoire de Picsou par Barks débutait. La boucle est bouclée, et de la plus belle des manières  ! Don Rosa propose ici un gigantesque tour de force, doublé d’une véritable déclaration d’amour aux canards de Disney.

Don Rosa n’a pas simplement l’air d’un fou. C’est véritablement un grand malade !

Chaque planche de Don Rosa est en effet un condensé de l’œuvre Barksienne, dont le moindre détail peut faire sens pour les plus pointus  ; les clins d’œil abondent sans être indigestes, l’artiste parvient, avec une facilité déconcertante, à façonner une histoire fluide malgré les contraintes. Les différents épisodes s’agencent logiquement et finissent par prendre progressivement des airs de tragédie grecque  ! Car ce qui est vraiment plaisant ici, c’est que Don Rosa traite son histoire avec un réalisme et un ton adulte qui dénotent réellement avec les canons Disneyens. C’est peut-être une BD pour les gosses (encore que…) mais l’auteur ne les prend jamais pour des cons. En témoignent d’ailleurs les multiples références historiques et culturelles, toutes véridiques, intégrées au fil du récit avec un souci de réalisme assez dingue  ! Le mec est fou, croyez moi  ! Dans le même ordre d’idée, il aménage plusieurs chapitres très émouvants centrés autour des obstacles de la vie (deuil, amours compliquées, éthique qui flanche et choix cornéliens)… Des séquences tout simplement belles et riches en émotions, qu’on a rarement aussi bien décrit dans une œuvre marquée du sceau Mickey. J’ai versé des larmes à 8 ans, aujourd’hui, je fais mine d’avoir de la conjonctivite devant ma copine…

Des aventures palmepitantes !

La jeunesse de Picsou est clairement le chef d’œuvre de Don Rosa, son boulot le plus connu et simplement la meilleure BD Disney qui existe à ce jour. Mais le bonhomme a aussi imaginé d’autres histoires pour Donald et Picsou tout aussi fascinantes, inondant à son tour la presse pour jeunes pendant presque 25 ans, reprenant ainsi parfaitement le flambeau de son mentor  : Il proposa ainsi, en bon fanboy, des suites aux aventures créés par Carl Barks, pour les compléter, les développer avec une jubilation bien visible, en canardant (joke inside!) le lecteur de références et allusions aux comics originaux. Il repris ainsi les différents types de récits instaurés par le maître (gags en 10 planches, chasses aux trésors en 30 pages) avec son propre style et son humour inimitables, provenant de l’underground et du fanzinat… (Imaginez Robert Crumb qui s’attellerait à dessiner des petits Mickey, ça vous donnera une vague idée  !). Il apporta aussi des pages typiques de son cru (et non pas de son cul, ce qui aurait été pour le moins incompréhensible), exercices de style souvent conceptuels et tarés se révélant souvent des perles d’astuce et de ludisme  ! Comment  ? Qu’entends-je  ? Vous voulez que je vous parle de mes histoires favorites  ? Bon, bon, très bien, si vous insistez… Le plus cool des récits en 30 pages est Le Trésor des 10 Avatars. Il s’agit d’une aventure exotique digne d’un Indiana Jones des grands jours (d’ailleurs, Spielberg a toujours reconnu avoir été influencé par Carl Barks pour Les Aventuriers de l’arche perdue !). Dans cette histoire, Picsou et sa bande doivent braver les pièges d’un ancien temple Hindou, et c’est carrément mortel, à la fois typique et pourtant surprenant. Pour la meilleure BD en dix pages, généralement attribuées aux récits comiques, c’est Une histoire sans gravité qui remporte la palme (gag, bis). Dans cette dernière, Don Rosa joue avec les spécificités de son médium et inverse le centre de gravité de nos héros, qui se mettent à marcher perpendiculairement au sol, ce qui lui permet de s’amuser à basculer certaines cases de ses planches dessinées  ! Délirant et ingénieux…. Bon ce sont juste deux exemples parmi tant d’autres hein… Une bonne vingtaine d’histoires valent elles aussi le détour  ! Oui, vous l’aurez compris, j’adore le boulot de Don Rosa, je peux en parler pendant des heures alors ne me branchez pas dessus ou mes potes de la Squad vont encore me frapper si je m’éternise !!

Don Rosa, époque pré-Disney.

Bref, tout ce blabla pour vous dire qu’un éditeur français (salut à toi, Glénat) a ENFIN eu la bonne idée d’éditer l’intégrale des BD Disney de Keno Don Rosa. Bordel de merde, il était temps  !! Malheureusement, l’exigence n’a vraisemblablement pas été le mot d’ordre de ces éditions «  prestiges  » et l’écrin n’est clairement pas à la hauteur de ces chefs-d’œuvre du 9e Art. En fait, j’émettrais surtout deux reproches majeurs à la collection de Glénat. Le premier, c’est la mise en couleur qui a été refaite par la maison d’édition (la question est pourquoi  ? N’y avait-il pas une version colorée originale ?) et le constat est assez triste  : c’est pas toujours très jojo, en particulier sur le tome 3, avec des dégradés forts laids qui remplacent les aplats colorés initiaux et des teintes plus ternes, peut-être plus «  réalistes  » mais qui font perdre de leur flamboyance à certaines planches qui m’avaient fait frétiller étant gamin… Mais le second et plus gros défaut reste indiscutablement le format des bouquins, bien plus petits que les pages originales de l’illustrateur  : on perd donc fatalement en détail, et on peine à apprécier pleinement le boulot pourtant impeccable de ce bon vieux Keno. Quelle belle connerie. Avec son style bourré de détails, de petits machins planqués ici et là et ses gags de second plan, ce choix éditorial est simplement incompréhensible. Gnéééé. Bande de vieilles fesses ravagées  ! Salauds d’éditeurs  !! Vous seriez pas un peu cons des fois  ?

Don Rosa, époque qui nous intéresse dans le présent article.

On se console comme on peut avec les notes de l’auteur qui ponctuent les livres et qui viennent ajouter anecdotes et précisions sur les histoires qu’on vient de lire. Sorte de bonus excellents et incontournables (certaines notes sont limite plus cool que les BD dont elles parlent), ces textes inédits permettent de prendre toute la mesure du niveau de maniaquerie du dessinateur. On découvre aussi son obsession pour les détails historiques qu’il aime intégrer avec précision à tout son travail, ainsi que les passerelles, plus ou moins évidentes, avec l’œuvre de Carl Barks… Suite à la lecture de ces notes, on se rend compte, sidéré, que ce mec est un incroyable psychopathe, incollable sur le travail de Barks et qui dévore en plus les encyclopédies pour coller au plus près à la réalité historique ou géographique, et qu’importe si ses personnages sont pourtant des putains de canards humanoïdes  !

Instant coquin avec Keno.

La collection n’est donc pas exempte de défauts, mais c’est actuellement la seule manière d’avoir l’intégrale BD des canards de ce génial dessinateur. On ne va pas faire la fine bouche, j’ai personnellement acheté les 7 livres, et c’est un régal de bout en bout. Le premier tome contient l’intégrale de La Jeunesse de Picsou, à savoir les douze chapitres de la saga, et les histoires sont toujours aussi belles et touchantes. Le second bouquin propose pour sa part tous les épisodes bis et ter rattachés à cette épopée. C’est à mes yeux le meilleur book de la série, qui vient compléter certaines histoires du premier livre avec des sauts dans le temps assez intéressants. Et, à partir du troisième livre, l’œuvre de Don Rosa nous est présentée de manière chronologique, ce qui permet d’apprécier l’évolution technique de l’illustrateur au fil des années. Un véritable must have pour tous les fans de canards, donc  ! Mais les autres peuvent très bien se laisser tenter eux aussi, ça ne mange pas de pain. Coin coin.

La collection Glénat. Toujours mieux que rien !

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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