ANNABELLE 2 : LA CREATION DU MAL

Absolument terrifiante ! Telle fut l’impression que m’avait laissée la première apparition de la poupée Annabelle dans l’excellent Conjuring de James Wan. Dotée d’un potentiel horrifique énorme, cette dernière était naturellement prédestinée à devenir une icône du cinéma d’épouvante contemporain et, probablement, d’une franchise étoilée à rallonge. Lorsqu’en 2014 la mise en chantier d’un opus consacré exclusivement au réceptacle démoniaque précité est officiellement annoncée, c’est armé d’une attente toute particulière que j’attendis patiemment l’arrivée de la bête. Mis en scène par John Leonetti, directeur de la photographie renommé ayant sublimé quelques titres fort recommandables comme Dead silence ou les trois Insidious, l’entreprise partait pourtant sur de bons rails malgré nombres de critiques assassines ayant émaillées la sortie du métrage. Déclenchant quelques séquences d’hystérie et de bagarres dans une poignée de cinés où il fut projeté, je fus plus à même de concevoir ces mouvements de foule une fois l’oeuvre visionnée. Car ouais, après avoir vu un truc pareil, il y a de quoi lui en vouloir au réal de Mortal Kombat : destruction finale ! Avec cette bande, Leonetti est parvenu à réaliser la prouesse de niquer en seulement 98 minutes tout le charisme de ce jouet infernal, la faute à une réalisation insipide et à une histoire dans laquelle on ne rentre jamais. Rageant. Mais quelque 256 millions de dollars de recette mondiale plus tard, c’est sans le moindre étonnement que j’appris que la New Line allait financer en 2017 une préquelle axée sur les origines de l’abominable poupon. Et à la tête de cet improbable projet, on retrouve David Sandberg. Vous vous souvenez de lui ? Non ? C’est le mec qui a commit le franchement pas très bon Dans le noir. Rassurant n’est ce pas ? En même temps, c’est difficile de faire plus con que l’original. C’est déjà ça…

Quelle idée aussi d’offrir des poupées pareilles à ses gosses…

Fabricant de pantins et autres bibelots, Samuel Mullins vit paisiblement avec son épouse et sa jeune fille. Le hasard ne faisant que trop rarement bien les choses, le couple va brutalement perdre sa fillette suite à un cruel accident. Douze ans après le drame, et ce dans l’espoir que la vie reprenne le dessus dans leur bâtisse suintant le désespoir, Samuel et sa femme vont accueillir un groupe d’orphelines accompagnées d’une nonne à séjourner dans leur demeure. Mais un soir, faisant fi de l’interdiction du maître de maison, l’une des petites littéralement dévorée par la curiosité va pénétrer dans la chambre de la défunte Bee Mullins. A l’intérieur de celle-ci, elle va y découvrir une bien étrange poupée…

C’est donc, je dois bien l’avouer, avec un à priori très négatif que je me suis lancé dans le visionnage de La création du mal. Et pourtant. Assez rapidement, David Sandberg va instaurer dans son film une ambiance beaucoup plus travaillée que dans celui de Leonetti. En donnant une épaisseur, une vraie, à ses différents protagonistes, le suédois va nous amener progressivement à suivre avec le plus grand intérêt le périple que vont devoir endurer les malheureuses gamines en proie au malin. Loin des personnages stéréotypés qui fleurissent à tout va dans le bis actuel, le caractère de chaque intervenant est finement mis en avant et les forces, ainsi que les faiblesses de chacun, vont grandement contribuer à la cohésion globale du récit. Afin d’étayer l’atmosphère qu’il installe progressivement, Sandberg va notamment nous convier à assister au saisissant contraste entre l’enthousiasme momentané des invités, et celui beaucoup plus mitigé de leurs hôtes, les Mullins. Concernant ces derniers, la faute en incombe à un passé placé sous le signe de la tristesse suite à la perte d’un être cher, ainsi qu’à l’intervention inattendue d’une infernale entité exploitant sournoisement, et avec une facilité déconcertante soit-dit en passant, les fragilités des humains lorsqu’ils sont confrontés au désarrois. Mais le mal, comme la connerie d’ailleurs, ne meurt jamais, et l’arrivée de la troupe d’âmes juvéniles au sein même de ladite habitation va réveiller d’obscures forces prêtes à posséder quelques pupilles.

Qu’il doit faire bon se confesser avec une sœur comme elle.

On devine rapidement que c’est la pauvre Janice, atteinte de la polio et donc fortement handicapée lorsqu’il s’agit de se mouvoir, qui va en faire les frais. Une fois de plus, les légions de Satan vont jeter leur dévolu sur l’individu paraissant le plus affaibli, et se feront un plaisir de la transformer en un outil de destruction. Même si l’on n’échappe pas aux sempiternels poncifs inhérents au genre, les têtes ne tournent pas et la gosse garde son déjeuner bien calé dans son estomac. Par contre, la partie post possession via laquelle le démon va insidieusement s’attaquer à Janice et quelques autres de ses camarades, dispose de certaines séquences bien flippantes et franchement très efficaces. De même, Sandberg évite intelligemment de tomber dans certains écueils vus et revus des dizaines de fois. Exit le combat armé d’un crucifix et bible à la main, les bondieuseries sont un tant soit peu mises de côté au profit d’une lutte plus frontale et ce, malgré la présence de sœur Charlotte. Cette dernière d’ailleurs, porte la tunique ecclésiastique mieux que personne. Car sous les traits de la délicieuse Stéphanie Sigman (James Bond girl dans 007 Spectre), on est en droit de se dire qu’il doit faire bon prendre quelques cours de caté en présence de la belle mexicaine. Néanmoins, on ne passera pas outre les désormais incontournables jumps scares, mais ceux-ci sont utilisés avec parcimonie et ne plombent pas le déroulement des moments particulièrement intenses. Avec des effets de caméra parfois audacieux, Sandberg met en images avec brio nombre de passages vraiment très réussis. S’il s’égare parfois dans des scènes qui peuvent paraître inappropriées, l’épouvantail par exemple, l’ensemble demeure homogène et fonctionne à merveille. De plus, l’intrigue garde une limpidité rare. Si l’explication sur la création d’Annabelle n’est pas d’une grande originalité, le raccord avec la bobine de Leonetti, quoique un peu expédié, reste très logique et pertinent. Et puis, on ne boudera pas notre plaisir face aux subtils clins d’œil lancés à destination de la saga Conjuring.

Bon ok, il y a quand même quelques bondieuseries dedans…

Si le premier épisode signé Leonetti avait sérieusement compromis l’avenir cinématographique, qualitativement parlant j’entends bien, de la mystérieuse Annabelle, David Sandberg redonne un véritable élan à la franchise grâce à cette préquelle maîtrisée de bout en bout. Une très agréable surprise pour ma part, pour une péloche dont je n’attendais pas grand-chose mais qui, au final, reste l’un des très bons films qu’il m’est été donné de découvrir cette année. Alors, rendez-vous bientôt je présume, pour un numéro 3…

ANNABELLE 2 : LA CREATION DU MAL 

David F. Sandberg – Etats-Unis – 2017

Avec : Stephanie Sigman, Talitha Bateman, Anthony LaPaglia, Miranda Otto, Lulu Wilson, Philippa Coulthard, Grace Fulton, Lou Lou Safran, Tamara Lee…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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