Saga Cube

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Véritable fausse saga, les trois films Cube ont en commun uniquement leur principe de base. Des pélos coincés dans un piège cubique, composé d’ailleurs de petites pièces elles-mêmes cubiques, tentent à la fois de sortir de là et de comprendre les raisons de leur emprisonnement. Outre ce pitch réduit à cette simple phrase, les bobines respectives de Vincenzo Natali, Andrzej Sekula et Ernie Barbarash n’ont en effet pas grand-chose à voir. Alors, ça vous met sur le cube ?


Cube (Vincenzo Natali, 1997)
Six personnes se réveillent dans un étrange cube en métal. Complètement coupés du reste du monde, Holloway, Leaven, Rennes, Quentin, Worth et Kazan ne comprennent pas la raison de leur présence dans ce piège. Ils vont cependant  rapidement se rendre compte qu’ils sont tous liés à cette structure d’une manière ou d’une autre. Ils vont aussi s’apercevoir qu’ils possèdent en théorie toutes les qualités nécessaires pour sortir vivant de cette prison.
Ne tournons pas autour du cube, la bobine de Vincenzo Natali est à mon sens le meilleur film de tous les temps. Armé de 300 000 misérables dollars, le réalisateur canadien livre ici une réelle leçon d’intensité. Son petit budget lui permet en effet de se concentrer sur l’essentiel et de trouver des solutions malines tout au long de son histoire. Et plutôt que de rendre l’ensemble boiteux, ces idées tirent le métrage vers le haut. Le décor unique (avec un énorme travail sur la variation des lumières), les costumes simplissimes (une simple chemise de prisonnier) ou le nombre restreint de personnages (six, comme autant de face d’un cube) offrent au métrage sa richesse, son aspect oppressant, paranoïaque, étouffant et malsain. C’est là toute la force de Cube qui parvient à nous faire retenir notre respiration pendant près d’une heure et demie, sans jamais donner l’impression qu’il est handicapé par un quelconque manque d’argent. Au contraire, ce défaut, ici devenu une qualité, permet également à Vincenzo Natali de poser bon nombres de questions sans avoir à y répondre ouvertement. Qu’est-ce que cette structure ? Pourquoi ces personnages sont-ils enfermés ? Qu’y a-t-il au-delà du Cube ? N’attendez pas du film qu’il vous livre toutes ses clés. Toute sa saveur vient de l’appropriation qu’on peut s’en faire et il est clair que Cube se savoure autant pendant son visionnage qu’après, quand on réfléchit. Complètement universel et intemporel, Cube, meilleur film du monde, je vous le rappelle, présente avant tout une humanité désormais dépassée par sa propre folie, le tout symbolisé par un perso joué à la perfection par le génial David Hewlett. L’homme face à lui-même, voilà l’enjeu réel et final de ce Cube qui traite d’un sujet vaste et complexe avec une intelligence, une efficacité et une simplicité à toute épreuve . Oppressant et malsain, on vous aura prévenu… Et puis cette photographie magnifique, ce grain qui donne tellement de texture, ce décor si simple et si travaillé… En plus d’être intense, le film est tout bonnement magnifique malgré son cynisme et son pessimisme noir ambiant. En témoigne cette scène d’intro magistrale (la mort d’Alderson) qui symbolise et cristallise à elle seule tout le principe du film (le danger dans la division) et reste à mon sens l’une des choses les plus intenses et magnifique qu’il m’ait été donné de voir. Et cerise cubique sur le gâteau géométrique, le film n’est pas le genre de thriller/sf/horrifique qui semble vouloir péter plus haut que son cube (haha). C’est d’ailleurs cette simplicité qui le rend aussi viscéral, aussi universel, loin des blablas et délires mégalos de certains. Direct, puissant, méchant et parfois même gore, Cube c’est un coup de poing dans la gueule du monde du cinéma quel qu’il soit, de genre ou non. Un coup donné par un puncher qui nous sortira d’autres excellentes bobines (Nothing notamment et Cypher aussi) mais qui ne parviendra plus jamais à retrouver cette puissance… Cube a définitivement ce truc spécial qui le rend si unique et qui fait qu’on y revient souvent, convaincus qu’il a encore de nombreuses choses à nous offrir, même après une bonne quinzaine de visionnages. Et je sais de quoi je parle…

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Action… Coupez ! (ça fonctionne toujours)

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Cube et ses plans tordus qui offrent toute la profondeur aux magnifiques décors…

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Oh, ça y’est Mighty Matt recommence à nous parler de Cube…

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N’importe quel spectateur devant le film pour la première fois : décollage de rétine et explosion crânienne obligatoire !

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Si vous n’acceptez pas que Cube est le meilleur film du Monde, je me casse !

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Oh, la belle rouge !

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C’est carré-carré chez vous, hein ?

 


Cube² : Hypercube (Andrzej Sekula, 2002)
Plusieurs personnes se retrouvent dans un immense cube immaculé. D’abord surpris par leur présence dans ces lieux et dans l’incapacité de pouvoir se rappeler les raisons de leur emprisonnement, Kate, Simon, Sasha, Max, Jerry, Mme Paley et Julia vont chercher un moyen mathématique de comprendre leur prison pour s’en échapper. Ce sera sans compter sur la folie qui les guette…
Du film original, l’équipe « créative » (notez les guillemets) de ce Hypercube  semble n’avoir retenu que quelques images et un vague concept. On sent rapidement que l’aspect humain et viscéral de la bobine de Natali n’a pas été assimilé. La preuve, dans un élan de prétention, Cube²: Hypercube propose de dépasser son aîné en basculant de trois à quatre dimensions. Et si l’histoire ne se passait plus dans une forme de la géométrie spatiale mais bien dans un univers basé sur des théories mathématiques. Euh ouais… Alors, l’idée apporte de bonnes choses et notamment tout ce délire autour de la distorsion du temps ou ces plans qui voient certains personnages se retrouver face à eux-mêmes mais on se rend très vite compte que le film tourne à vide, ne sachant pas vraiment lui-même quoi faire après avoir proposé quelques débuts de pistes… La bobine bascule ensuite complètement dans un délire complotiste pas très finaud. Hypercube a cependant la bonne idée de ré-utiliser le principe des salles piégées. Malheureusement là aussi, le film se vautre assez lamentablement. Chaque effet visuel est traité avec un rendu 3D relativement infect. Ce souci a d’ailleurs tendance à être accentué par un photo bien trop surexposée et surtout trop lisse, ce qui nous rappelle les films du début des années 2000. Pas forcément un excellent souvenir… D’autant plus étrange quand on sait que Andrzej Sekula est avant tout un directeur de la photographie. Enfin… Magie du tout numérique… Bref, Cube² est bourré d’intentions plus ou moins honnêtes, tente de jouer les durs à cuire, à nous en foutre plein la gueule mais on a surtout l’impression que passé cette surface prétentieuse, la bobine est bien incapable d’assurer le service après-vente. Ajoutez à ça que les personnages assez vides qui tentent de reprendre quelques traits des héros du film de 1997 sont incarnés par des acteurs pas franchement charismatiques… Parfois plutôt amusants comme Jerry, certes, mais pas assez justes pour nous faire ressentir toute l’urgence et le stress de la situation. Ce film, sans aucune surprise le plus faible de cette fausse saga (et de loin), n’a pour lui au final que quelques plans assez intéressants visuellement et une fin plutôt cynique. On pense souvent à Escher en voyant ces angles tordus et ce jeu sur les perspectives et, pour le coup, certaines scènes relèvent de réels tours de force. Pour le reste, le film n’a pas grand intérêt et  ne partage rien avec le chef d’œuvre canadien si ce n’est un bout de son titre. Passable malgré son final satisfaisant. Ouais, enfin, ça sauve pas tout hein ! Un exemple typique d’un film qui se prend les pieds dans le tapis… Bien fait pour lui !

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Seul vrai intérêt du film : ces plans chelous qui parviennent à tordre l’espace. C’est déjà ça…

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Bon, c’est pas la peine d’insister, on a compris…

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Bonjour, vous avez quelques minutes pour parler de la quatrième dimension ?

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Attention, de la 3D moche qui pique les yeux ! Protège toi !

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Bordel mais qui a ouvert la porte des Enfers numériques ?

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Ah oui, il y a aussi et effet visuel chelou qui fonctionne plutôt bien…


Cube Zero (Ernie Barbarash, 2004)
Eric Wynn est un geek pur souche, ingénieur et gardien de surveillance d’une prison cubique. Chaque jour, il observe avec dégoût différents cobayes se faire massacrer dans la structure métallique. Le jour où ce dernier est chargé d’enregistrer les rêves de Cassandra, une nouvelle victime, il fait part à son collègue Dodd d’une envie de l’aider à s’en sortir. Hors de question pour l’autre technicien qui y voit là une entrave à leur contrat. Cependant, Wynn mettra tout en œuvre pour aider la femme sur laquelle il a jeté son dévolu, persuadé qu’elle saura répondre à certaines de ses questions.
Entre Cube et Cube², Cube Zero semble avoir fait son choix et penche très clairement du côté du premier. Déjà il réutilise son univers pus sombre, plus poisseux, plus granuleux. Dès les premières secondes, sa scène d’intro fait directement écho à la mise à mort si iconique du prisonnier Alderson dans le film de Natali. Tout cela prouve rapidement qu’on est ici davantage dans l’hommage que dans la tentation de surpasser l’original. Malgré un budget quatre fois supérieur à la bobine de 1997,  Cube Zero sait pertinemment qu’il ne pourra pas être du niveau de son modèle et décide alors plutôt de jouer la carte du divertissement, de la série B sans prétention. Bien lui en a pris puisque ça fonctionne. Ernie Barbarash a compris l’univers original et joue avec ses codes pour assurer une heure et demie de cinéma qui, à défaut d’être brillant, parvient complètement à satisfaire le fan de SF horrifique qui sommeille en chacun de nous. Il reprend ainsi l’univers graphique, les couleurs bleue, rouge et verte ou encore le principe des uniformes pour ses personnages. Rempli de nouveaux pièges, d’une bonne tripotée de scènes méchamment gorasses et sublimé par un univers qui n’est pas sans rappeler les travaux de Jeunet et Caro sur Dante 01 (éclairages verdâtres chelous, personnages bizarres et scientifiques puants filmés au grand angle), le métrage a presque tout du sans faute. « Presque » car certains points de son intrigue ont malheureusement tendance à tirer la chose un peu vers le bas. On ressent parfois ce petit côté DTV… C’est le cas de cette histoire d’enlèvement et de ces plans dans la forêt. D’un autre côté, l’idée d’apporter une nouvelle épaisseur au cube apporte beaucoup de substance à l’histoire et permet de se libérer de la pression du film de Natali. On croit comprendre que la prison est elle-même entourée par une autre cube rempli d’observateurs, ce qui permet à la fois de créer une cassure avec le film de 1997 mais également d’en proposer une extension de l’univers qui n’essaie pas pour autant de tout bouleverser. Le film est d’ailleurs le premier à offrir tant de d’importance au hors-cube. Pour être tout à fait honnête, la chose étant casse-gueule, je ne m’attendais pas à une aussi bonne surprise lors de mon premier visionnage. Mais rassurez-vous, ça fonctionne très trèèèès bien ! Et pour ne rien gâcher, la finesse graphique de l’ensemble tape violemment dans l’œil. En plus des plans qui utilisent parfaitement les décors pour créer la sensation de suffocation et d’oppression, le film se permet quelques fulgurances comme ces images filmées avec une demie bonette. Un petit peu de poudre aux yeux qui ne fait jamais de mal… Et pourtant avec ses squelettes en plastique, ses FX visqueux, son personnage à l’œil en fer complètement chelou ou encore l’explosion (boum) de certains personnages, Cube Zero garde les pieds sur terre. Loin de vouloir jouer les intellos comme l’opus précédent, le film n’est jamais prétentieux et parvient avec sa démarche à s’inscrire comme une suite (enfin une préquelle) carrément plus acceptable et jouissive que Cube². Bon on est d’accord, le film de Natali restera bien au-dessus du lot, trop loin pour subir la moindre comparaison, mais s’il ne devait rester qu’une suite, je choisirais sans hésiter ce Cube Zero qui, s’il n’avait pas la lourde tâche de devoir s’accrocher à mon film fétiche, aurait tout de même réussi à me convaincre. C’est qu’on n’aurait presque pas envie d’en sortir de cet endroit… Il faudrait d’ailleurs que je pense sérieusement à me pencher sur la filmographie de ce réalisateur qui nous offre ici un film extrêmement agréable, généreux et assumé comme une bonne bisserie de milieu de tableau. En un mot : efficace !

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T’es sûr qu’il est bio ton gel douche ?

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Allô maître ? Il faut refaire un bon film Cube ? On s’y colle !

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Non mais regardez moi tout ce calcaire…

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Euh, c’est un peu malsain vos ateliers tricot…

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[spoil] Dans quelques secondes ce pauvre malheureux va se transformer en squelette…

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Mais si, je vous assure, mon œil fait taille-crayon !

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Ouais, les Carambar Kipik, ça pique vraiment !

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Haaaaa ! Un nouveau film Cube qui bute !

Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique du fanzine Cathodic Overdose élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

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