Pandemic Cthulhu

Lovecraft étant tombé dans le domaine public, il se retrouve inévitablement sur tous les fronts… Lovecraft par-ci, Cthulhu par là, son nom est devenu une vraie marque, comme un vulgaire paquet de lessive, genre Bonux®. Plutôt ironique quand on sait que le bonhomme a surtout connu un succès d’estime de son vivant. Je dirais même plus, jusqu’à encore pas si longtemps, son nom était finalement assez méconnu, malgré le lègue culturel majeur que représente pourtant son œuvre au monde du Fantastique et de l’Horreur… C’est ainsi. Après, on dirait que je me plains comme ça, mais ce n’est pas le cas. Je préfère voir débarquer une panoplie de merch et babioles estampillées Lovecraft plutôt que Musso ©, par exemple. C’est quand même moins vomitif, non  ? Et si ça me permet de mettre la main de temps à autre sur un jeu aussi cool que le fameux Pandemic Cthulhu dont je m’apprête à vous parler, je ne vois pas pourquoi je viendrais râler, à part par pur principe (ce que je fais pourtant régulièrement). Pandemic le règne de Cthulhu est une adaptation d’un autre jeu sobrement baptisé Pandemic. Il s’agit d’un titre qui nous plonge dans l’enfer bactériologique et qui propose à ses acheteurs (et accessoirement, joueurs) de combattre des virus et épidémies autour du monde, avant l’extinction de l’espèce humaine. Un thème très rigolo donc, qui se voit ici remplacé par l’arrivée des Grands Anciens et de tout leur fatras démonicosmique sur Terre. Mais sortez plutôt vos lunettes Ray Ban® et jetez un œil à ces visuels  !

La map ne représente donc plus un planisphère mais figure ici un fragment de la Nouvelle Angleterre si chère à Howard Phillip. On retrouve alors logiquement quatre fameuses cités souvent évoquées dans ses écrits : j’ai nommé les inévitables Miskatonic, Innsmouth, Kingsport et Arkham  ! Je dois bien l’avouer, c’est un gros kif de jouer dans ce décorum, de se balader sur le port d’Innsmouth, de rôder autour de l’université de Miskatonic ou de s’en payer une tranche au cimetière de Kingsport. L’ambiance feutrée des années 30 est délicieusement restituée, via un graphisme vraiment très soigné et évocateur. La carte fourmille de petits détails et c’est un vrai plaisir de passer du temps à simplement s’immerger dedans, à observer ses chouettes illustrations. L’esprit des histoires du maître de Providence est en tout cas parfaitement retransmise, c’est un véritable délice, au même titre qu’un Kinder Bueno™. Vraiment nickel. Pour être tout à fait franc (et honnête. Et modeste) je n’ai jamais joué au jeu de base (Pandemic, donc). Les histoires d’épidémies et de contagions mondiales me branchent généralement autant qu’une partie de Uno ©. Mais la mécanique de Pandemic semble pourtant intéressante et s’adapte en tout cas à merveille à l’univers de H.P. (Non, je ne parle pas d’imprimantes). Les virus deviennent donc ici des adorateurs de Cthulhu (des « cultistes » comme on dit) qui vont progressivement et dangereusement se propager sur la carte afin d’invoquer certains Grands Anciens. Si ces derniers débarquent de leurs contrées interdimensionnelles, c’est la giga merde, et là Canard WC © ne pourra rien pour vous  ! Une flopée de malus et d’effets salement relous vont alors s’abattre sur les pauvres joueurs qui auront encore plus de mal à mener à bien leur mission  ! Mais d’ailleurs, c’est quoi leur mission  ? Quel est donc le but de ce jeu bordel de merde  ?!! Mais calmez-vous voyons, prenez plutôt un Sédatif PC™, j’y viens  ! Les joueurs qui s’organisent autour d’une table (de deux à quatre, et de préférence IKÉA ©) jouent en coopération (et contre le jeu) afin de sceller les quatre portails spatio-temporels présents sur la carte, un dans chaque ville. Le but est ainsi d’endiguer définitivement le flux des monstrueuses et indescriptibles créatures et leurs serviteurs difformes, ces chers Shoggoths. Pas simple cela dit, puisque les cultistes et les Shoggoths sus-mentionnés n’auront de cesse de vous pourrir la vie et de vous rendre à moitié fou, dans la plus pure tradition Lovecraftienne. Il y a plusieurs manières de perdre (Cthulhu se réveil, les cultistes envahissent la région, vous faites réellement une crise cardiaque pendant la partie…) et la folie de tous les participants en est une. Chaque joueur pourra heureusement compter sur les facultés uniques de son personnage (déterminé aléatoirement) afin de survivre à ce merdier apocalyptique imminent  : la chasseresse dégomme les ennemis à tour de bras, le détective trouve plus d’indice pour sceller les portail, le conducteur se déplace plus vite sur la carte grâce à son autobus Ford™, le magicien garde plus de cartes en main… Chaque perso a sa singularité et son intérêt, mais moi je veux toujours jouer la chasseresse parce qu’elle a des flingues, bon dieu de bois  !

La mécanique limpide permet en tout cas aux joueurs occasionnels d’accompagner facilement les gamers purs et durs dans leur noble quête  ; les règles s’apprennent en effet rapidement et sont plutôt simples. Plusieurs actions sont ainsi possibles par tour  : se déplacer à pied (privilégiez les chaussures Timberland™), prendre l’autocar si vous vous trouver dans une des gares, dessouder un monstre ou un cultiste, échanger des indices avec un autre joueur qui se trouve sur le même lieu… On n’est pas obligé de se manger une règle de 120 pages, et pour ce genre de jeu, ben c’est plutôt rare, finalement. Ajoutons que le matériel est vraiment superbe et renforce l’ambiance éprouvée durant les parties. Chaque personnage a sa petite figurine dédiée qui va bien, ce qui ma foi est diablement cool  ! Plusieurs types de cartes, des petites, des plus grandes, format tarot, aux illustrations magnifiques (les Grands Anciens envoient le pâté!) et les figurines monstrueuses des shoggoths complètent une boite bien remplie qui donne vraiment envie de jouer. Le seul point qui pourrait rebuter un peu le néophyte, c’est finalement le niveau de difficulté, parce que le jeu est quand même assez balèze  ! Difficile en effet de gagner face à Cthulhu et ses sbires tentaculaires  : le temps joue contre nous à chaque partie, gardez bien votre Swatch® à l’œil, un mauvais timming ou une simple erreur peuvent parfois tout faire foirer. Ben oui, que voulez-vous, la Vie est une pute. Et à la fin on meurt.

Bon, arrêtez de vous lamenter sur votre triste sort de mortel et filez plutôt vous acheter Pandemic Cthulhu. Un excellent jeu que je conseille aux amateurs de coopératifs. Les lecteurs de Lovecraft seront forcément séduits (et en terrain connu), mais les autres risquent de l’être également… Un titre parfait pour vos longues soirées d’hiver en somme, éclairé à la bougie Durance®. Et en buvant un délicieux Orangina™ pour se désaltérer, évidemment. Alors, elle est pas belle la vie  ?

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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