La Planète des singes : Suprématie (War for the Planet of the Apes)

Il faut bien l’avouer : quand l’annonce du tournage du film La Planète des singes : les origines a été faite, beaucoup sont restés perplexes. Pourquoi ? Comment ? Il faut dire aussi qu’on en savait peu sur le sujet. Remake ? Préquelle ? Suite ? Les trois à la fois ? Bref, on ne peut pas dire que cette annonce ait rassuré les détracteurs des blockbusters. Puis le film est arrivé sur nos écrans et le miracle s’est produit : un des meilleurs films de studios réalisé depuis de nombreuses années, et une critique globalement excellente. Si la suite était un (tout petit) cran en-dessous, ce Planète des singes : L’affrontement confirmait que la saga avait rebondi de bien belle manière après la grosse déception du remake de l’original, vraiment pas top (pour rester poli), par Tim Burton. Autant dire que le troisième volet de ce remarquable renouveau était attendu au tournant. Allait-il verser dans le spectaculaire à outrance, comme son titre original le laissait entendre (War for the Planet of the Apes) ou garder la même humanité, la même émotion que les deux premiers chapitres ? Rassurez-vous, si vous les avez aimés, celui-ci vous comblera…

Quinze ans après l’épidémie qui a éliminé la majorité de la population humaine, les derniers survivants cherchent encore à capturer César pour mettre fin au conflit. A leur tête, le Colonel McCullough, véritable fou de guerre. Celui-ci, ayant découvert le repère des singes dans la forêt, tente d’assassiner le leader simien mais ne réussit qu’à abattre sa femme et son fils. César, ivre de rage, va alors perdre ses derniers espoirs en l’humanité pour se lancer dans une quête de vengeance…

Il a pas la banane, César…

Que les choses soient claires : j’aime plutôt les blockbusters, pas tous unanimement, ce qui serait très con (un peu comme si on aimait tous les films d’un même réal sous la seule force de son nom), mais pas mal d’entre eux en fait. Je suis assez client de ces grosses productions quand elles sont bien foutues, des films à grand spectacle qui dépotent ou encore de ceux où des mecs en collants appelés super-héros font la foire et qui déboulent à un rythme métronomique devant nos mirettes depuis quelques années. Il est de bon ton de cracher sur ces réalisations, à grands coups de « c’est ultra formaté », « c’est uniquement fait pour attirer les bouffeurs de pop-corn », « ce n’est pas du vrai cinémaaaaa », « marre des super-héros à l’écran »… Autant de sentences balancées par des cinéphiles qui oublient que le cinoche est avant tout un divertissement. Et un vrai ciné de divertissement, ce n’est pas sale, qu’il soit fauché ou pété de thunes. Hé oui, désolé les gars, mais c’est ainsi, c’est pour ça qu’il a été créé le 7ème art au départ, pour divertir. Bien sûr, je ne suis pas totalement débile, quoi qu’en pensent certains, et je peux également apprécier un drame familial, un film plus ancré dans la réalité ou tout autre aspect du ciné pour autant qu’il me parle et/ou m’atteigne au cœur.  En gros, il y a de bons et de mauvais films, et dedans il y a de bons et de mauvais blockbusters.

« Repeat after me : My taylor is rich. My taylor is not rich. »

Et ici nous sommes face à un film qui rassemble tout ce que j’aime au ciné, tout. C’est du blockbuster oui, mais avec une âme, une beauté formelle à couper le souffle et de l’interprétation de grande classe. Couplées à ce qui fait le charme des gros films réussis (effets spéciaux au top, grosses scènes d’action, …), ces qualités font de War for the Planet of the Apes un des spectacles qui m’a le plus enthousiasmé depuis plusieurs années, rien de moins. Son réal, Matt Reeves, déjà à la tête du deuxième volet mais aussi maître d’oeuvre des très bons Cloverfield et Let Me In, remake très réussi de Morse, aime le cinéma, le grand cinéma et ça se voit. Sa mise en scène est magnifique, pleine de souffle et de fureur, aussi belle dans les scènes spectaculaires que dans les moments plus intimistes, profitant en plein de superbes décors enneigés. C’est bien simple, et c’est un fan du borgne qui vous le dit, il y a du John Ford dans ce cinéma là, rien que ça !

César et ses potes dans le grand silence des montagnes enneigées…

A la fois film de guerre, western, drame et film épique (impossible de ne pas penser à Spartacus dans la révolte de César et des siens), Suprématie clôt en beauté la trilogie consacrée à César. Andy Serkis, aidé par une technique de motion capture ébouriffante de splendeur,  prête toujours son immense talent au chef des singes et livre ici sa meilleure performance, littéralement poignante de réalisme, de pureté et d’humanité. Oui, d’humanité, les singes étant ici, encore plus que dans les volets précédents, bien plus humains que leurs congénères épilés, ceux-ci plongeant irrémédiablement vers la sauvagerie. Les autres interprètes simiens ne sont pas en reste avec une mention spéciale à Karin Konoval dans le rôle de l’orang-outang Maurice (référence à Maurice Evans, alias Zaïus dans l’opus de Schaffner) ou Steve Zahn avec un nouveau personnage bien sympatoche, surnommé Bad Ape, qui ouvre également des perspectives intéressantes quant au futur de la saga, si futur il y a, puisqu’il montre que d’autres singes ont subi la même évolution que la bande à César en étant également dotés de la parole.

Du côté des humains, c’est Woody Harrelson qui prête son charisme au chef de guerre. Plus qu’inspiré par le colonel Kurtz de l’Apocalypse Now de F.F. Coppola, une référence assumée par Reeves, il livre une performance en tous points remarquable, son personnage étant bien moins caricatural qu’on le pense au départ. D’ailleurs, question références et clins d’oeil, le film contient sa part de moments qui rappellent la première saga cinématographique, moments très réussis pour la plupart car non gratuits et pas uniquement présents pour faire plaisir aux fans tout en ayant une réelle utilité dans l’histoire. Le dernier Star Wars en date aurait dû s’en inspirer…

Ape-pocalypse Now ! (c’est pas de moi, c’est dans le film…)

Nous sommes donc en présence, vous l’aurez compris, d’un blockbuster puissant, intelligent, audacieux par sa thématique et refusant toute esbrouffe. Car si guerre il y a, on n’assiste pas au déferlement attendu, à LA grosse scène d’action qui arrache tout. Bien entendu, les amateurs de spectaculaire en auront pour leurs brouzoufs, notamment avec l’assaut final qui a une fort belle gueule,  mais jamais au détriment de l’histoire qui nous est contée et Reeves évite le piège tentant de la surenchère pyrotechnique. L’ultime scène est vibrante d’émotion et la larmichette n’est pas loin du coin de l’œil quand défile le générique de fin. On ressort de la vision avec de belles images plein la tête, et le sentiment d’avoir vu un grand film.

« Tu pousses le bouchon un peu loin, Maurice… »

Et même si l’histoire pourrait s’arrêter là tant elle s’accroche subtilement à celle du film de 1968, on meurt d’envie de la voir continuer, cette nouvelle saga ne marquant pas de signes d’essoufflements après trois films, que du contraire, ce qui est plutôt assez rare pour être souligné. Matt Reeves a d’ailleurs pas mal d’idées très intéressantes pour développer plus loin cette formidable histoire si une suite est tournée. Petit hic qu’on espère ne pas se voir transformer en gros hoquet : La Fox, qui est derrière la franchise, a été rachetée récemment par Disney… Croisons les doigts pour que la firme aux grandes oreilles n’attire pas cette superbe histoire dans le même genre de filets troués qui ont méchamment plombé le dernier Star Wars (oui j’insiste, mais je n’en suis toujours pas remis…). L’avenir nous le dira. En attendant, que cela ne vous empêche pas de mater cette guerre pour la planète des singes, c’est une pure merveille de grand cinoche !

La Planète des singes : Suprématie

de Matt Reeves

Avec : Andy Serkis, Steve Zahn, Woody Harrelson, Amiah Miller, Judy Greer …

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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