MORTELLES CONFESSIONS

Chose promise chose due, en ce début d’année Artus vire au bleu. Et c’est tant mieux ! Pour inaugurer ce lancement que l’on espère long et prospère, l’ours polaire va faire la part belle à l’excellent Pete Walker via deux combos pour le moins intéressants. Puisqu’il est l’heure de passer aux aveux, on va découvrir si le réalisateur anglais va nous proposer quelques Mortelles confessions

Vivant une relation amoureuse des plus tumultueuses, Jennifer Welch décide de se confesser au Père Meldrum. Ce dernier, n’hésitant pas à poser des questions assez inhabituelles à sa paroissienne, va se lancer dans une auto-justice divine pour réparer le préjudice commis à l’égard de celle qui est venue trouver en sa personne une oreille pour l’écouter. Sauf que notre Homme de Dieu, il n’est pas vraiment du genre a préconiser trois «Je vous salue Marie» pour effacer les péchés. Car avec lui, c’est plutôt à grands coups de bouilloire brûlante dans la gueule qu’il va corriger l’homme coupable des mots dont souffre la jeune femme…

Deux ans après son excellent Frightmare, dans lequel Walker allait régler quelques comptes avec la toute puissante machine dite judiciaire, c’est désormais au tour de la sacro-sainte église d’en prendre pour son grade avec ce House of mortal sin. En 1976, il n’est plus à prouver que le metteur en scène de Flagellations ait une dent contre les institutions qui sont censées être des références, des repères, aux yeux du commun des mortels. A défaut de se montrer réactionnaire bête et méchant, Pete Walker va dépeindre un portrait peu reluisant d’un système conservateur gangrené par un mal sans nom dans lequel il va faire passer des idées, des messages qui, et c’est amusant d’ailleurs de voir à quel point on fait du surplace au final, même trois ou quatre décennies plus tard sont toujours autant d’actualité.

Quand le Père Meldrum joue avec une bouilloire…

Très rapidement, le procès commence. En témoigne cette séquence lourde de quiproquos se déroulant dans le confessionnal. Vous savez, ce lieu étrange ressemblant à une double cabine plongée dans l’obscurité, dans laquelle on a la possibilité d’avouer l’inavouable à un représentant de la parole divine. Même les choses du style «c’est grave curé si je me suis touché la nouille hier soir en regardant  Camping paradis ?» Là où l’on recevra une réponse bien formatée du genre «mais non mon fils, récite donc quelques prières et le mal sera dissipé. Notre seigneur pardonne à chacun de ses enfants, et après tout, Laurent Ournac est une créature de Dieu lui aussi». Même si ce dernier a parfois des loupés… Bref, un bel amas d’hypocrisie tout ça. Et la façon dont Meldrum prend note de la complainte de la jolie Jennifer est très révélatrice. Car la belle a besoin de se confier, de trouver une lueur d’espoir lui permettant d’éclaircir le chemin de son désarroi. En échange, elle va tomber sur un prêtre frustré ayant des couilles aussi grosses que des boules de pétanque, qui lui apportera une aide assez dispensable juste dans l’optique de serrer la malheureuse. Comme trop souvent avec les croyances en règle générales, plutôt que de tendre la main à leurs disciples, les représentants de ces ordres préfèrent les faire culpabiliser via leur pseudo ligne de conduite parfaite. Manipulations psychologiques que Meldrum n’hésitera pas à utiliser sur Jennifer, lui reprochant insidieusement le poids de l’acte qu’elle a commis en avortant un enfant non désiré.

En résulte le thème récurrent de la frustration sexuelle chez les porteurs de soutane. Ces mecs qui avec le temps doivent avoir une bite à la place du cerveau deviennent finalement de dangereux prédateurs car, au nom de leur amour pour Jésus, se privent du plaisir le plus primaire qui puisse exister, et ce depuis que le monde est monde. Mais bon, si c’est les Saintes Écritures qui le préconisent… Ben ouais, c’est triste de constater l’influence de ces contes magnifiques qui font croire à des milliards de brebis qu’il faut agir de telle ou telle façon dans sa vie si l’on veut une place de choix au paradis. Ces bouquins n’ayant pour finalité que de diviser, attiser la haine, et créer le communautarisme, juste parce que l’un va bouffer des bâtonnets Captain Igloo le vendredi là où un autre va virer les bouts de jambon sur sa pizza. C’est beau la religion. Non ?

Un prêtre ayant une drôle de façon de bénir ses ouailles…

De plus, Walker insistera lourdement sur l’aspect intouchable de la figure religieuse. Même s’il commet les pires méfaits, Meldrum se voit automatiquement porté au-dessus de tout soupçon. Car pour celui qui ne lésine pas à laisser libre cours à ses pulsions dévastatrices, et par la même occasion à bafouer une conception plus vraiment immaculée, le port de la collerette blanche lui confère une innocence naturelle, presque innée. Ce qui démontre qu’avec un pouvoir reconnu, un grand nombre de passes droits peuvent être facilement octroyés.

Une thématique forte émane donc de ce Mortelles confessions. Mais son impact aurait pu être amoindri si le talent de la mise en scène de Walker n’était pas de la partie. Comme à son habitude, le réal’ va sublimer chaque plan, imprégnant son œuvre d’une ambiance maussade, grise, et à l’atmosphère assez pessimiste. Aucun des personnages n’est véritablement en phase avec lui-même chez Walker. Tous cherchent indubitablement quelque chose qu’ils ne trouveront pas. Quoi qu’ils fassent, et même s’ils tentent de provoquer leur propre destin, ils vont se heurter à la dure réalité d’une vie qui n’est pas encline à leur offrir un tant soit peu le bonheur recherché. On pourrait presque croire que les âmes sont damnées avant même de voir le jour tellement Walker s’acharne à ne pas laisser la moindre lueur d’espoir à ses protagonistes. Que ce soit la pétillante Jennifer, sous les traits charmants de l’exquise Susan Penhaligon (Le sixième continent), ou le père Cutler, tiraillé entre les sentiments qu’il éprouve pour la sœur de Jenny et son désamour envers l’église, personne ne sort indemne de l’éprouvante expérience qu’ils vont vivre.

Susan Penhaligon. Une actrice que l’on confesserait volontiers…

Si on retrouve quelques influences propres aux giallos, notamment dans la caractérisation des meurtres, dans la psyché trouble des individus, mais aussi via la présence de superbes actrices beaucoup moins fétichisées que chez les Italiens mais qui n’ont rien à envier niveau beauté aux divas de la Botte, Mortelles confessions se montre aussi assez avant-gardiste dans l’anticipation de la vague slasher qui ne tarderait pas à faire les beaux jours des vidéoclubs. Avec son boogeyman charismatique et déjà très iconique, son bodycount rythmant le fil de l’intrigue et quelques débordements gores bienvenus, le film de Pete Walker se posait non pas en précurseur, mais tout au moins en simulacre de ce qu’allait devenir ce courant incontournable des années 80.

Une nouvelle fois, Walker signe une œuvre forte, puissante, conçue pour forger les esprits et marquer les rétines. En artisan du bis chevronné, l’anglais a tout compris lorsqu’il s’agit d’envoyer du lourd en matière d’exploitation. Véritablement un mec qui mérite d’être réévalué et reconsidéré de toute urgence en mon humble avis.

MORTELLES CONFESSIONS

Pete Walker – Royaume-Uni – 1976

Avec : Anthony Sharp, Susan Penhaligon, Stephanie Beacham, Norman Eshley, Sheila Keith, Hilda Barry…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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