L’interview « presque façon Proust » de Christophe Mavroudis

Pour ceux qui ont déjà eu la chance de voir Caducea, ce court métrage est une très belle surprise dans le paysage fantastique belge. Oeuvre visuellement magnifique portée par une équipe soudée à son réalisateur Christophe Mavroudis, le film, entre références voulues et d’autres induites, est un conte gothique duquel se dégage une poésie macabre du plus bel effet. Soutenue par un scénario solide et une interprétation de qualité, l’oeuvre renvoie aux influences de son géniteur et nous en imprègne de la plus belle des manières. C’est, tout simplement, beau… Christophe a accepté de nous parler de son bébé et d’évoquer en profondeur la genèse et la réalisation de celui-ci.

Bonjour Christophe et merci d’avoir accepté d’intervenir sur Monsters Squad. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Quel est ton parcours ?

Merci pour l’invitation, surtout… En cet Instant I, je suis le réalisateur de Caducea, un conte gothique mis en image par l’équipe Mefamo, je coordonne la décentralisation liégeoise du festival Offscreen, qui est devenue une sorte de mini-version de l’édition bruxelloise, j’ai le nez dans pas mal de projets en développement ; j’ai été journaliste dans une autre vie, rédacteur cinéma assez prolifique pendant trois ans pour Science-Fiction Magazine – j’étais très fier d’une couverture que nous avions consacré au Gemini de Shinya Tsukamoto, en 2000. J’ai également travaillé en télévision quelques mois à la même époque, où j’ai rencontré Shaban Krasnici, avec qui on a ensuite fondé Mefamo, accompagné de quelques autres potes.

(cliquer sur l’affiche pour voir le trailer)

Tu es le créateur de Mefamo ? Peux-tu nous parler un peu de ton bébé ? En quoi consiste votre travail à toi et tes collaborateurs ?

Je refuse d’endosser cette responsabilité seul ! Plus sérieusement, Mefamo est né d’une première longue aventure filmique. La collaboration avec SF-Mag venait de s’achever, la chaîne TV pour laquelle je travaillais mettait la clé sous la porte. On s’est mis en tête avec quelques amis de faire la suite d’une adaptation officieuse de Maëster de Gotlib que nous avions réalisée pendant nos études, et ça nous a finalement pris deux ans de notre vie. On a fini avec un film fleuve de trois heures, Meurtres Fatalement Mortels II : Totale Remembrance, parodiant tout ce qu’on aime. L’expérience était galvanisante, c’était à la fois une expérience familiale (ma soeur et mon cousin font partie des rôles principaux) amicale, humaine et professionnelle. On a créé Mefamo dans la continuité, l’asbl est née fin 2004. Des cinq fondateurs, seuls Shaban et moi sommes toujours au poste, même si certains Grands Anciens reviennent parfois graviter autour de nous. On a été ensuite renforcés par Arnaud Hockers et David Hermans, en plus de pas mal de collaborateurs occasionnels. Ça a bien changé depuis les débuts, mais on s’efforce de conserver le côté familial et potache, tout en nous structurant.
Un des axes de nos activités a toujours été la défense des « mauvais genres » : on (auto) produit des œuvres de ce type, on essaye d’aider les initiatives pertinentes en la matière, et on s’efforce d’aider à la diffusion. Tout ça peut prendre beaucoup de formes Même lorsqu’on donne dans le corporate, on essaye d’injecter un peu de folie dès que c’est possible. Petit à petit, nous avons tissé des liens forts avec le festival Offscreen qu’on décentralise à Liège depuis 5 ans, il me semble qu’on installe une confiance durable avec les lieux de diffusion. On a pu ainsi aider aux projections locales de Tombville, de Spit’n’Split, ou de courts métrages comme Tundra de Karim Ouelhaj. Et de plus en plus de réalisateurs branchés fantastiques viennent à notre rencontre, c’est très stimulant – même si on ne sait pas aider tout le monde, sachant que nous ne bénéficions encore d’aucunes subventions pour notre fonctionnement. Je vois des connections fortes entre les différentes étapes de la vie des œuvres, y compris le contact avec le public et les fans acharnés, donc ça inclut d’aider aussi, dans la mesure de nos moyens, des événements comme Retro Wizard Day (et il t’en remercie ! 😉).

Venons-en au court métrage que tu as réalisé, Caducea. Quel est la genèse du projet ? Combien de temps s’est-il passé entre l’idée qui a germé et la découverte par le public, toute proche à l’heure où nous parlons ?

La première fois qu’on a évoqué le projet en équipe, c’était fin 2014, en octobre ou novembre. Notre film précédent, Voisins, réalisé dans un esprit très artisanal et bis, arrivait à la fin de sa petite vie en festival, un parcours que nous n’espérions pas, à vrai dire. Il était temps de penser à la suite, et j’avais envie d’explorer un univers plus proche de mes tripes – je suis un très grand amateur de films gothiques et d’univers féeriques.  Le terme « conte gothique » est sorti très vite, avec certains axes très spécifique : Voisins était un huis-clos, je voulais que le suivant explore plein de décors. J’étais très distant des personnages de mon premier court, je voulais que ceux du suivant soient le moteur du récit. L’idée de la tragédie familiale était déjà présente, j’avais déjà les acteurs principaux en tête sans connaître le nom des personnages. J’avais travaillé avec Marie-Jeanne Maldague, Guillaume Alexandre et Vincent Delré auparavant, et j’avais envie de leur proposer des rôles plus consistants. D’anciens événements personnels ont fixé très tôt le thème de la maladie. Surtout, j’avais envie de ne pas contenir certains de mes penchants profonds – je voulais que le fantastique et l’émotionnel y soient assumés, frontal.
Ensuite, les choses ont été très vite. L’écriture, le casting… Les caméras tournaient en octobre 2015, soit à peine un an plus tard. C’est la post-production qui a ralenti le processus, parce qu’on découvrait plein de possibilités, on a tenté plein de choses, même si on espérait finir le film beaucoup plus vite. Ce n’était pas par paresse, on n’a pas arrêté de travailler sur le film pendant les deux ans de post-production. Au final, même si ça peut paraître long, entre les premières idées et le résultat final, il s’est écoulé un peu plus de trois ans, ce qui n’est pas excessivement long pour un film de ce type. De ce que j’observe, c’est même plutôt une moyenne.

Le film possède une classe folle, de par ses lieux de tournage mais aussi par certains plans qui font très pros, jamais cheap. Le budget a-t-il été important et/ou as-tu reçu les aides que tu voulais ? Tu as également fait appel au crowdfunding je pense ?

Nous voulions tourner rapidement, sans passer par la case « dossier de financement ». Nous voulions rester dans la même économie que Voisins, en mettant à profit l’expérience acquise sur ce court ; j’adore l’idée de tourner en artisans, en petite équipe, un peu comme George Romero sur Martin. Toutefois, nous avions peu de trésorerie, et nous avons lancé l’idée du crowdfunding. L’économie dans laquelle nous étions était microscopique en regard des standards, même en Belgique. Nous avons récolté au final 3200 euros, auquel il faut retirer les contreparties. C’est le cash que nous avons eu pour la préproduction, pour que David Hermans, notre directeur artistique et Prop-maker, créé les accessoires, les costumes, et pour les besoins du tournage. Ça peut paraître fou à ceux qui connaissent les deux films, mais Caducea a coûté moins cher que Voisins. Nous avons par contre bénéficié ensuite d’une bourse provinciale du Clap! de 5000 euros pour encadrer la post-prod (en gros, ça a payé nos locaux pendant un an). Ça nous fait un budget aux alentours de 8200 euros… Ce qui est très trèèèès peu, même avec une équipe bénévole. On a reçu par contre beaucoup d’aide matérielle, et nous avons pu travailler l’étalonnage dans une des salles du Pôle Image grâce au WIP.

As-tu rencontré des difficultés que tu as cru insurmontables ?

Je pense que notre production a basculé avec l’arrivée de notre directeur photo, Guillaume Simonin. A l’origine, nous voulions tourner en matériel léger, j’adore explorer les possibilités des petites caméras, et nous pouvions tout gérer en interne. Guillaume est quelqu’un de très exigeant, et il a proposé, un mois avant le tournage, de mettre son propre matériel à disposition. Nous sommes passé d’un tournage HD à de la 4K, on a décidé de tourner certaines scènes extérieures de nuit, ça a fait gonfler nos besoins matériels, complexifié d’emblée la post-prod, mais nous n’avions pas un euro en plus. Et notre équipe n’a pas gonflé non plus. Nous n’avons pas su réunir plus d’une quinzaine de techniciens. Heureusement, comme je le disais, nous avons reçu beaucoup d’aide d’autres structures. Je pense que nous avions plus de partenaires que de personnes sur le plateau.
Il faut bien saisir notre logique de fonctionnement, nos tournages auto-produits possèdent un esprit d’atelier. Pour pas mal de personnes, ce sont des premières expériences. On compose volontiers avec ça, on obtient des résultats parfois surprenants et épatants mais ça complexifie la vie sur le plateau parce que certains réflexes sont en cours d’acquisition et que tout le monde ne travaille pas encore au même régime. Et ce n’était pas un tournage facile, ni confortable. Nous étions en sous-effectif, nous tournions parfois dans plusieurs décors par jour avec un matériel lumière très limité… Heureusement, l’intérieur de la maison Rossignot était mis à disposition par des amis, Pierre Delcomminette et Sébastien Menegatti. Ce dernier était d’ailleurs un de nos plus vieux collaborateurs et je suis convaincu que le film n’aurait pas su se faire sans lui. En plus d’accueillir les acteurs chez lui et de participer au maquillage et aux décors, il nous a mis en liaison avec le château de Balmoral, qui nous a généreusement accueilli à condition, logiquement, qu’on ne tourne pas un jour où le lieu était loué.
C’est là que ça a été le plus difficile. Nous avions prévu d’y tourner deux jours, dont un tournage de nuit, mais deux semaines avant, une location tombe. On est obligé de tout regrouper en une journée, ce qui signifie partir sur un horaire théorique déjà absurde : arrivée sur le plateau vers 8h30, et tournage durant jusque 2 heures du matin (sans compter le démontage)… pour les mêmes personnes  ! L’installation lumière des scènes nocturnes extérieures est lourde et complexe (on est toujours aussi peu nombreux sur le set), on démarre cette phase du tournage en retard… Et la pluie commence à tomber. On doit s’interrompre, reprendre, s’interrompre, reprendre… Et on finit le dernier plan vers 4 heures du matin. Le temps de démonter, il est presque 7 heures. On finit sur les genoux, mais le travail n’est pas fini pour tous : Shaban, Arnaud, David et Pierre Prégardien, qui supervisait les SFX, décident de faire un dernier effort collectif pour ramener un camion groupe électrogène à Bruxelles et éviter de payer des frais de retard. La perspective n’est déjà pas engageante, mais lorsqu’ils atteignent l’autoroute, ils réalisent qu’on est en plein jour de grève, et la circulation gravement ralentie. L’aller-retour va leur prendre plusieurs heures, 36 heures de travail non-stop au final. S’il y en a pour mériter le titre de road-warriors, ce sont bien eux.
Au niveau visuel, je pense que nous avions aussi de très beaux décors naturels. Bénédikt Trillet, qui a travaillé sur les SFX, connait plein d’endroits très impressionnants. Il nous a renseigné le sanatorium de Borgoumont, et plusieurs forêts qui apparaissent dans le film. Somme toute, on a entretenu une ambiance bienveillante tout le long du tournage et certains comédiens me disent qu’il s’agit d’une de leurs meilleures expériences, et les éclats de tension ont été contenus au maximum. Mais je suis bien conscient d ‘avoir tiré sur la corde au point qu’elle risque de se rompre. Le noyau dur de Mefamo en a discuté après, avec la conclusion : jamais plus dans ses conditions. Tous ceux qui ont achevé ce tournage, et ce projet, sont des rocs.

Dans tes propos, on sent à la fois une vraie admiration et le plaisir, même (surtout) face aux galères, d’un esprit d’équipe plutôt hors du commun. J’imagine qu’après ça, les liens sont tissés à jamais ?

À jamais, je ne sais pas, – espérons ! – mais il est certain que chaque tournage est une expérience humaine unique, et on fait tout pour qu’elle soit belle. Ce n’est pas pour rien qu’on signe « Un film de l’équipe Mefamo ». L’aspect collectif est très important dans notre dynamique, et nous avons beaucoup de chance parce qu’il a peu de problème d’ego dans la bande, ce qui peut-être est un véritable poison. On s’efface derrière le film, le projet. Un tout est plus que la somme de ses parties, et c’est particulièrement vrai en cinéma.

Un mot sur le look de « l’homme au visage d’écorce », réellement splendide. Quelle a été la ligne directrice que tu voulais ? David Hermans (bravo à lui, la « créature » est tout simplement magnifique) a-t-il eu les mains libres ?

Merci pour lui 😉 . Je dirai que David et moi sommes des « complémentaires créatifs ». On ne partage pas les mêmes références et influences, mais on se comprend vite et tous nos échanges sont aussi rapides que constructifs. Et là, on voulait créer notre monstre à nous ! Tom était un défi, et on a commencé à travailler sur son allure en parallèle de l’écriture du scénario. J’essayais de délimiter un champs d’idée dans lequel David pouvait ensuite s’épanouir. On a beaucoup réfléchi à ce que Tom représentait, aux idées qui s’associaient naturellement. Autour de lui Les forêts, la maladie, le théâtre, des références à différentes mythologies, antiques et païennes… Caducea raconte en grande partie la transformation de Tom, on a défini les grandes étapes de son évolution et ce que ses masques traduisaient. C’était passionnant à faire. Pour l’allure finale, j’avais fait une ébauche pendant l’écriture, et David se l’est appropriée. Il a ensuite travaillé plusieurs semaines non-stop pour en créer un costume praticable, qu’un acteur pouvait porter sans être trop accablé. J’en profite pour rendre un petit hommage à Vincent Delré, qui interprète Tom. C’est notre Lon Chaney à nous. On travaille depuis 8 ans ensemble, et on n’a jamais montré une seule fois son vrai visage ; il est toujours grimé ou masqué. Il a porté le costume plusieurs jours sans s’en plaindre un seule fois. David l’a revêtu un jour pour faire une silhouette, et il s’est exclamé au terme de la première prise : « je ne sais pas comment Vincent a pu supporter ça ! »

David Hermans au travail

Quelles sont les premières réactions des chanceux qui ont pu découvrir ton film ? Es-tu confiant pour la suite ?

Pour être tout à fait vrai, ayant été très fortement impliqué dans chaque étape du film, je n’ai plus aucun recul. J’imagine que c’est une malédiction partagée par beaucoup de réalisateurs, je ne sais plus être spectateur du film. Les premiers avis reçus sont ceux qui ont accompagnés la diffusion de la bande-annonce, et ça a ramené un appel d’air frais indispensable. Les spectateurs évoquaient Del Toro, Mario Bava. Alors que – aussi fou que ça puisse paraître avec le recul – nous n’avons pas évoqué une seule fois ces influences lors de la production, où on se référerait beaucoup plus à la Hammer, à Elephant Man, aux Yeux sans visages… Je me demande encore pourquoi je n’ai jamais verbalisé l’influence de films comme Le Masque du démon.
Ensuite, les retours qui ont commencé à s’exprimer en privé après diffusion du screener étaient positifs, en particulier sur l’atmosphère, le visuel, le rythme. Et dans certain cas, l’enthousiasme est vraiment très grand. Quelques avis étaient vraiment touchants, le film semblait avoir été vécu de manière très intense. Il y a beaucoup de curiosité autour de Caducea, je pense, et pas mal de soutien.
J’espère également que les conséquences positives seront nombreuses pour tous ceux qui se sont investis dans le film et ont exploré un nouveau domaine de compétence pour la première fois. Depuis, David Hermans est régulièrement sollicité pour créer concept-arts, costumes et accessoires. Je suis vraiment content de la relation de travail avec Icariuz Projektz, Mike Sanchez et Luigi Geraci, qui n’avaient jamais composé pour le cinéma ou travaillé sur le son d’un film avant. J’ai pu pour la première fois travailler le rapport image/musique comme je le souhaitais, et c’est très important pour mon travail. Peu de temps après avoir mis en place notre collaboration, ils ont travaillé sur la musique qui accompagne le film de lancement du BIFFF et d ‘autres projets, j’espère vraiment que l’essai va se transformer. Si Caducea agit comme révélateur, j’en serai très heureux.

Parlons-en de la suite justement. Comment va « vivre » le film dans les prochains mois ? Des festivals je suppose ?

Le programme de mars est déjà chargé : nous faisons notre Premiere avant le film A Ghost Story le 15 au Sauvenière, puis nous avons une autre diffusion avec d’autres courts le 19 au Hangar. Nous serons ensuite diffusés au cinéma Nova le 21 – tout ça de la cadre d’Offscreen et de sa décentralisation liégeoise. Nous serons deux ou trois semaines plus tard au BIFFF, hors compétition au désormais traditionnel Belgian Film Day. Ensuite, nous verrons, les jours qui viennent seront consacrés aux inscriptions, sous-titrages, etc.

L’évolution du « look » de Tom, l’homme au visage d’écorce…

Tu parles de sous-titrage, as-tu des « touches » pour présenter le film à l’étranger ?

Voisins a été vu au Mexique, en Espagne, en Suède (où le film représentait la Belgique, coincé entre Alleluia et L’étrange couleur des larmes de ton corps) … Naturellement, on espère un parcours international pour Caducea aussi. Se limiter à la francophonie n’a pas de sens, en particulier lorsque l’on voit le nombre de manifestations liées au fantastique au niveau mondial – ce sont ceux qu’on vise en priorité, je préfère que le film fasse 10 festivals dédiés essentiellement au genre dans des pays différents plutôt qu’être vu dans 10 festivals généralistes ici. Et puis, c’est passionnant de découvrir la différence de réception des œuvres en fonction.

Une sortie « physique » est-elle envisagée ? Si oui, sera-t-elle agrémentée de bonus ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. Peut-être avec d’autres courts métrages, un jour. Mais la BO devrait être prochainement disponible, la musique du film est devenue un projet à part entière.

Quels sont tes projets et si tu avais un film « de rêve » à concrétiser, quel qu’il soit et avec un budget illimité, ce serait quoi ?

Je pense que si j’avais un budget illimité, je le consacrerais à plein de films différents, et pas que les miens. Le rêve, se serait d’enchaîner les expériences différentes avec un régime soutenu.

Et Christophe veut nous faire croire que ça tafait dur… 😉


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

Si j’en crois mes parents, c’était Le Livre de la jungle, mais je n’en ai aucun souvenir. Le premier film que j’avais envie de voir, si ma mémoire n’invente pas les faits, c’était Le Retour du Jedi. Je devais avoir 6 ou 7 ans, et je venais de recevoir le 33tours du film, raconté par Dominique Paturel. J’étais fasciné. Depuis, les oeuvres-univers font partie de celles qui me parlent le plus.

Ta scène ciné culte ?

Une seule ? Impossible. Il y a tellement de chocs différents, et je déteste les hiérarchies… Le final de Il était une fois dans l’Ouest, les escaliers des Incorruptibles, tout Phantom of The Paradise, le final de LA 2013, la scène aquatique d’Inferno, l’ouverture de Batman Returns, la scène de la Moria de La Communauté de l’anneau, le test sanguin de The Thing, le rire de Sam Neil au terme de L’antre de la folie, la mort de Laura Palmer dans Twin Peaks – Fire Walk With Me, les gunfight de John Woo, Barbara Steele dans Le Masque du démon, toutes les scènes d’Edith Scob dans Les Yeux sans visage, Peter Cushing en docteur Frankenstein… Et ça me ramène à Les Innocents, La Maison du Diable, La Nuit du Chasseur, tout Evil Dead 2, je repense à Indiana Jones… Arf, En fait tu veux que j’énumère ma DVDthèque 😊 Je ne me refuse aucun plaisir en fait.

On lui demande de choisir UNE scène et il en met plein…pfff. Du coup, je mets celle-là car j’adore le film (quoique la plupart des autres aussi…Pas tous…)

Le film qui t’a le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Je peux m’énerver parfois mais ça passe vite. Je me souviens que The Faculty, sa manière dévitalisante et biaisée de refaire The Thing et Body Snatchers, m’avait bien gavé. J’aurais bien balancé ma télécommande dans la TV qui diffusait Funny Games de Haneke, dont le discours moralisant à l’égard de la violence fictionnelle me gonfle sévère. Et on ne m’aura plus à voir un film de Maïwenn (comme je te comprends 😊…)

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

Ce n’est pas une scène, mais un film entier : le plus grand leg de mon père à ma culture cinéma est de m’avoir fait découvrir Sacré Graal des Monty Python quand j’avais douze ou treize ans. J’ai été un rire ininterrompu du début à la fin, et je crois que j’ai failli littéralement mourir lors de la poursuite de la Bête de Aaaargh et la mort soudaine de son dessinateur. Les Pythons sont des génies absolus.

« Holly » soit celui qui n’aime pas ce film !

Ta scène gore favorite ?

Je raffole du gore grand guignolesque, Brain Dead est incroyable, mais je crois que la scène gore qui m’a le plus impressionné est la mise à mort de Murphy au début de Robocop. J’étais assez jeune, je pensais voir une sorte de film de super-héros, et ça m’a tétanisé. On pourrait aussi ajouter la résurrection de Frank dans Hellraiser. Les effets de Bob Keen sont formidables.

Murphy morfle…

La scène érotique la plus bandante, excitante pour toi ?

Je pourrais parler des scènes de Tinto Brass, j’ai La Clé qui me vient en tête, ou encore The Image de Radley Metzger. Je repense à Lucie et le sexe de Julio Medem, Paz Vega y ferait repousser la verge à un eunuque. Ceci dit, je crois en toute honnêteté que certains de mes souvenirs sont cryptés : mes parents n’avaient pas le décodeur.

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

Encore une fois, je vais plutôt revenir à un souvenir. Je ne savais pas du tout ce qui m’arrivait la première fois que j’ai vu Phantom of the Paradise. J’étais incapable de savoir ce que je pensais du film, mais j’ai été pris d’une envie impérieuse de le revoir. J’ai peut-être vu plus déjanté depuis, mais c’est un tour de force de conserver l’émotion intacte dans une espèce de gigantesque foutoir bigarré.

La scène la plus flippante à tes yeux ?

Je ne flippe pas vite au cinéma, en tout cas pas avec les titres les plus reconnus du genre. Je n’ai jamais eu le moindre frisson devant L’Exorciste ou Shining, par exemple. Mais un réalisateur comme David Lynch arrive à faire naître chez moi une peur irraisonnée. Dans Fire Walk With Me, quand Laura Palmer découvre Bob dans sa chambre, je suis glacé à chaque fois alors qu’il ne se passe rien. Si l’on prend les figures les plus populaires du fantastique, je crois que seuls Pinhead et les Cénobites dans le premier Hellraiser généraient une véritable angoisse chez moi.

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Claudia Cardinale. Tu me demandais La scène érotique la plus bandante un peu plus haut, j’aurai pu te répondre chaque scène de Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l’Ouest.

Tu as raison Christophe, Claudia Cardinale est belle à faire se damner un Pape…

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

Je pense qu’un des souvenirs auquel je tiens se résume à un moment tout simple. J’avais 20 ans, je découvrais le Bifff pour la première fois. A l’époque, la sélection du 7ème Parallèle se déroulait au Nova. Je suis dans la file et je vois un vieil homme qui attend devant les affiches murales, que j’ai l’impression de connaître. Il me faut un petit temps pour réaliser que c’est Angus Scrimm. J’adore Phantasm et le premier film n’est sans doute pas pour rien dans mon amour de l’artisanat filmique. Je crois que c’est là que je me suis rendu compte que ceux dont on parlait dans les pages du Mad Movies, qui étaient très importants pour moi mais restaient loin de mon univers, étaient une réalité. J’ai bredouillé quelques mots en anglais, et je me suis retrouvé devant une personne d’une extrême gentillesse, disponible, prête à échanger avec n’importe qui en rue sur la saga Phantasm, qui en était à l’époque à son quatrième opus. D’un coup, tout ce qui n’était que des mots dans des revues devenait concret. J’avais l’impression qu’évoluer dans cet univers était, en fait, vraiment possible.

Un grand merci à Christophe pour sa disponibilité et sa gentillesse. On ne peut que lui souhaiter, ainsi qu’à sa fidèle équipe, le succès qu’ils méritent pour Caducea. Quant à vous, vous savez ce qu’il vous reste à faire, c’est à dire guetter les projections de Caducea près de chez vous (ou même plus loin, bougez-vous quoi !). 

Pour rappel, des projos sont prévues à Liège les 15 et 19 mars et à Bruxelles le 21 du même mois, dans le cadre de l’Offscreen : Liege http://www.offscreen-liege.be/ – Bruxelles  http://www.offscreen.be/) ainsi qu’au Bifff (http://www.bifff.net/fr/ ). 

En attendant, matez déjà le trailer, c’est ici  https://vimeo.com/236735887 

 

 

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *