Jeepers Creepers 3

Quatorze ans ! Il aura fallu attendre une blinde pour revoir la truffe de la gloumoute affamée respirant la peur à pleins poumons mise en scène par Victor Salva. Plus d’une longue décennie à attendre que le creeper ne reprenne les routes afin d’aller dévorer de l’autochtone égaré. Purée, ça fait long quand même !

Nous quittant sur un second opus de haute volée doté d’un dynamisme hyper jouissif et de plans carrément somptueux, la créature imaginée par le réalisateur de Clowhouse manquait cruellement dans le paysage de la série B horrifique actuel. Avec Le chant du diable, péloche aussi flippante et maîtrisée qu’elle n’est malsaine et oppressante, Salva posait avec brio les bases d’un mythe en devenir. En 2003, sa suite réussissait l’exploit de non pas égaler l’original, mais de se démarquer de celui-ci en développant astucieusement l’aura du monstre renifleur vedette de cette saga, en lui donnant par là même une dimension quasi mythologique. Pour le coup, Salva a juste tout comprit dans la façon de mener à bien sa séquelle. A l’époque interrogé dans certains magazines spécialisés dans le ciné de genre, le Victor faisait même part de nombre d’idées franchement intéressantes quant à l’orientation qu’il envisageait de donner à sa franchise. N’excluant pas de faire intervenir d’autres croque-mitaines, de révéler davantage une partie des origines de la bête, et surtout de se faire plaisir en balançant des bandes shootées à l’hémoglobine tout en essayant de garder l’ambiance putride de son premier effort, le natif de Martinez en Californie avait clairement de la matière à porter à l’écran. Quelques révélations fracassantes sur le passé du réalisateur plus tard, ce qui ne l’a, au passage, pas empêché de tourner quelques titres entre-temps, Salva nous propose donc, en cette année 2017, le troisième épisodes de son Jeepers Creepers. Espérons simplement que ce jeûne prolongé n’ait pas trop esquinté sa bestiole…

Coucou! Me revoilà!

La première prouesse de l’homme ayant gagné le prix du public Fantastic’Arts en 96 avec Powder, réside dans le traitement qu’il va accorder à son scénario. Dans les grandes lignes, l’intrigue débute là où se termine le film de 2001. La chose ailée vient juste d’emporter avec elle le malheureux Daryl, et en attendant patiemment son retour, un groupe de mercenaires va tout faire, pas grand-chose en fait, pour tenter de l’éliminer afin d’éradiquer à tout jamais cette menace infernale. Dit comme ça, pourquoi pas. Caler un récit entre le 1 et le 2, même si je ne trouve pas cela très judicieux, allons bon. A titre personnel, si le tout est bien emballé, moi ça me va. Le problème, c’est que d’emblée on s’aperçoit que cette milice de fortune est juste bonne à aller chasser le lapin de Garenne, et encore. Très antipathiques, tous aussi stupides les uns que les autres, arborant un look on ne peut plus ridicule (un crâne muni d’ailes cousu sur leur uniforme… voilà quoi…), les mecs semblent juste bons à se planquer et à se faire descendre dès que le prédateur volant pointe le bout de sa hache. Avec une équipe pareille, ça risque d’être compliqué pour aller dézinguer le démon antédiluvien… Pas franchement aidé par un casting déplorable, aucun des différents protagonistes ne parvient à prendre un semblant d’épaisseur, laissant malheureusement s’enfoncer le métrage dans une semi-caricature médiocre qui, et c’est d’autant plus gênant, paraît presque volontaire de la part de son réal’. Une envie de flinguer ton rejeton Victor ? Ce n’est pas à exclure. Étonnant au vu de la filmographie loin d’être transcendante d’un cinéaste dont les véritables seuls faits d’armes sont les deux Jeepers creepers. Mais le pire, c’est qu’il va prendre plaisir à enfoncer le clou et à confirmer la tendance…

Les personnages semblent avoir peur, nous aussi. Mais pas pour les même raisons…

Oublions donc ces affligeants persos qui ont autant de relief que les nibards de Brigitte Macron, pour se concentrer sur la principale star de cette bobine : le creeper. Si de par ses précédentes interventions il incarnait le mal absolu, empreint d’une bestialité toute singulière, il n’est pas improbable que cette abomination ait lui aussi décidé de se la faire en mode déconnade cette troisième aventure. Angoissant le boulotteur d’organes ? Ouais, à peu près autant qu’un Freddy Krueger déjà bien trop carbonisé lorsqu’il a subi la triste expérience d’un passage devant la caméra de Rachel Talalay. Et c’est qu’il en deviendrait presque taquin le pourvoyeur de cadavre, jouant sur des mimiques ridicules et prenant quelques poses inappropriées histoire de définitivement ruiner ce qui reste de son image et de son potentiel. Car quitte à bousiller le pas de vis, autant exploser l’outil avec. Parfois limite en posture super-vilain comme dans un bon comics, le monstre va perdre tout le charisme dont il disposait lors de ses précédentes apparitions. Usant et abusant d’armes complètements hors contexte, une lance dont il se sert tel un javelot, une sorte d’étoile de ninja plutôt sympa qu’il n’utilise… quasiment pas, on dirait que Salva met tout en œuvre pour saboter son travail en persistant dans la nullité. Et sur ce point, il est excellent le californien, surtout lorsqu’il se complaît à présenter le corbillard de sa créature comme une espèce de batmobile de l’horreur. Et là, c’est la cerise qu’il ne fallait pas poser sur un gâteau déjà trop confit qui n’en demandait pas tant. Souvenez-vous, elle avait un côté vachement sinistre sa carriole à l’ami des corbeaux. Dommage qu’elle soit dorénavant gadgétisée à outrance, remplie de mécanismes macabres, et totalement indestructible, car cela a juste pour finalité de désacraliser l’effet qu’elle pouvait encore faire. Dans un James Bond, ça fait marrer, mais putain, on est dans un Jeepers creepers quand même ! Et oui, nous ne sommes plus dans une simili tentative de parodie, mais bel et bien dans le massacre pur et dur d’une bande.

Meg Foster plutôt mal en point. Elle vient de visionner les premières images du film…

Pour un spectateur lambda qui n’a jamais eut vent des deux premiers segments mis en boîte par Salva, la vision de ce Jeepers creepers 3 peut à la rigueur être prise comme une série B foutraque, sorte de pseudo slasher assez rythmé il est vrai, dans lequel les têtes roulent à intervalles réguliers et où le boogeyman n’est pas avare en apparitions. Mais pour celui qui, comme moi, trouve que les deux autres Jeepers comptent clairement dans ce qui c’est fait de mieux dans le courant des années 2000, alors cette bobine est juste une aberration pelliculaire qui, manque de bol, garde sous le coude la possibilité d’autres épisodes. Mais pour ça, te presses pas Victor, car si c’est pour pondre un autre truc pareil, pour ma part je peux sans soucis attendre un demi-siècle cette fois…

JEEPERS CREEPERS 3

Victor Salva – Etats-Unis – 2017

Avec : Jonathan Breck, Meg Foster, Gabrielle Haugh, Stan Shaw, Joyce Giraud, Jordan Salloum, Tamsin Sparks, Ryan Moore…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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