LES BETES FEROCES ATTAQUENT

Pour le cinéma de genre italien, les années 80 furent celles qui entonnèrent un inéluctable chant du cygne. Les zombies de Lucio retournèrent pourrir définitivement dans leurs tombes, les tueurs machiavéliques de Dario rangèrent pour de bon leurs gants de cuir noir, et seule la Filmirage continuait tant bien que mal à résister coûte que coûte à la très influente télévision Berlusconienne, ainsi qu’à la toute-puissance du ciné Américain. Tout nostalgiques que nous sommes de cette époque bénie, il est parfois bon de se remémorer que certaines péloches issues de ces mythiques 80′, sont loin d’être les infâmes séries Z que se plaisent à dénigrer les gens intelligents, ceux qui s’autoproclament garants du bon goût et de la pensée universelle. Pour preuve ce Wild beasts, sorte de testament ultime, pas du style de ce que certaines rock stars utilisent pour déshériter leurs gosses, laissé par Franco Prosperi et qui nous démontre qu’en 1984, il y avait encore du très bon dans la Botte…

Dans une grande ville Allemande, l’Angel Dust fait des ravages parmi les junkies. Extrémement dangereuse, cette drogue va contaminer l’eau potable de la cité qui va être, en autre, consommée par les animaux du zoo voisin. Sous l’emprise de cette saloperie, les bêtes vont alors se taper un trip d’enfer en mode particulièrement sauvage…

Contrairement à grand nombre de ses confrères ayant œuvré dans le bis transalpin, Franco Prosperi a un cursus pour le moins atypique. Diplômé en science de la nature et en agronomie, le bonhomme va se lancer dans des études en ethnologie dans le cadre de l’Institut de Zoologie de l’université de Rome. L’expérience aboutira à différentes expéditions, ainsi qu’à une collaboration avec le centre italien des recherches sous-marines. De cette période, Prosperi va réaliser un bon paquet de documentaires consacrés à l’écologie, l’environnement, et à bien des choses que notre planète a de sympathique à dévoiler. Après avoir rédigé quelques bouquins et écrit pour des revues, toujours dans les thèmes de prédilection chers à notre auteur, il va ensuite s’imposer en précurseur d’un nouveau genre qui va alors connaître une petite heure de gloire.

Accompagné par Paolo Cavara (La tarentule au ventre noir) et Gualtiero Jacopetti, notre ethnologue en herbe va faire sensation en popularisant en 1962 ce que l’on va alors baptiser le mondo, avec l’improbable Mondo cane. Suite au succès retentissant de ce singulier exercice de style, qui fût même présenté au festival de Cannes (avant, c’était un gage de qualité…), le Franco exploitera à fond ce nouveau courant populaire à qui il venait de donner naissance. Du très controversé Adieu Afrique en passant par Les négriers, le metteur en scène ne se glissera derrière la caméra pour un vrai film qu’à une seule reprise : pour les besoins du bien nommé Les bêtes féroces attaquent. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela est dommage qu’il n’ait pas tenté la chose plus souvent…

Un casse-croûte pour les fauves…

Très rapidement, Prosperi empreint sa bobine d’un cachet assez personnel. Loin de moi de dire que nous entrons dans un énième mondo, cela serait trop facile, mais la griffe documentaire du réal’ va clairement se faire ressentir. Parfois assez froide mais toujours rondement menée, la réalisation demeure néanmoins carrément appropriée avec ce que Prosperi va porter à l’écran. Condamnant explicitement les méfaits de l’homme envers la terre et par extension vis-à-vis de lui-même, via notamment l’usage de drogue renvoyant à un constat synonyme d’auto-destruction, Franco Prosperi va brosser un portrait quasi apocalyptique sur un laps de temps assez court. L’intrigue se déroulant sur une seule nuit, nous avons donc comme l’impression que le scénario est conçu tel un avertissement, qu’il tire une sonnette d’alarme qui a pour but de nous mettre en garde en nous incitant à repenser notre comportement. Et si ce n’est pas le cas, on nous soumet un aperçu de ce que notre connerie est capable d’engendrer. Astucieux et méchamment efficace.

Pour illustrer son propos, les cavaliers de l’apocalypse qui vont, malgré eux, devenir l’outil de destruction massive prompt à punir du bipède, vont prendre forme grâce aux animaux qui, sous l’effet de l’eau polluée, vont s’échapper de leurs cages et devenir prodigieusement agressifs. Si en 84 le thème de l’agression animalière n’est en soi pas une nouveauté dans le ciné d’exploitation, celle-ci va être en tout point impressionnante. Tout d’abord, par le biais des bestioles utilisées. Nous avons ici à faire à des félins rugissants, des éléphants, des ours, et même des rats qui semblent complètement crever la dalle. Et là où Prosperi va simplement exceller dans la façon dont il va gérer cette joyeuse ménagerie, c’est qu’il ne va pas hésiter à mettre en valeur ces prédateurs peu habitués à déambuler dans un cadre exclusivement urbain.

La drogue, ça donne faim…

Les moments de bravoure sont légion, comme celui nous laissant découvrir que les cousins de Dumbo se plaisent à l’idée de perturber le trafic aérien en traversant la piste d’un aéroport. Ou encore cette incroyable course-poursuite entre une automobiliste apeurée et un guépard plutôt chaud pour faire fumer ses coussinets. De même, les passages gores sont nombreux et étonnamment réalistes. Si l’on devine bien çà et là quelques protagonistes en caoutchouc se faisant dépecer allègrement par les fauves, l’ensemble est véritablement cohérent, et offre un spectacle assez inoubliable. C’est clair, les bêtes assurent, et comme trop souvent, les humains beaucoup moins…

Effectivement, niveau interprétation on a, contrairement à nos Babar sous ecsta, une belle brochette de comédiens assez mous du genou. La bonne tête de vainqueur de John Aldrich, dont la filmo paraît ne contenir que son intervention concernant cette bande, on comprend pourquoi. Ugo Bologna, à la carrière longue comme la teub du Rocco, venu cabotiner un max dans un rôle d’inspecteur assez nonchalant. Et enfin, la douce Lorraine De Selle, qui semble avoir oublié qu’elle fût peu de temps auparavant une actrice assez sympa (vu entre autres dans La maison au fond du parc ou encore le génial Cannibal ferox), et qui signe elle aussi son ultime apparition dans un long métrage avant de se consacrer exclusivement à la télévision. On comprend pourquoi aussi…

La superbe édition signée par The ecstasy of films.

A l’égard de la qualité du produit, on pardonnera volontiers à Franco Prosperi le choix (l’a-t-il vraiment eut ? Ca c’est une bonne question…) de ce casting digne d’un épisode de Plus belle la vie, tellement son Belve feroci s’impose comme une perle de l’exploitation à l’italienne. Doté d’un final vraiment saisissant, nous assénant un dernier coup sur la nuque dans le registre de la mise en garde, et nous offrant en passant un clin d’œil bienvenu au superbe Les révoltés de l’an 2000, Prosperi peut se targuer d’avoir mis en boîte un film maîtrisé de bout en bout, et qui reste encore aujourd’hui une sacrée expérience cinématographique. Redécouvert il y a peu grâce à une magnifique édition que l’on doit à l’équipe de passionnés que sont la team Ecstasy of films, Les bêtes féroces attaquent possède désormais en nos contrées un écrin digne de son potentiel évident de petit classique de la série B…

LES BETES FEROCES ATTAQUENT

Franco Prosperi – Italie – 1984

Avec : Lorraine De Selle, John Aldrich, Ugo Bologna, Louisa Lloyd, John Stacy, Enzo Pezzu…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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