IT 2017

It version 2017, probablement le film d’horreur le plus attendu de l’année. Et pourtant. L’original de Tommy Lee Wallace, malgré ses qualités évidentes, est loin d’être considéré comme un classique du genre. Oeuvre qui divise souvent les fans, surtout vis-à-vis de sa fidélité parfois relative aux écrits du King, chose que je ne pourrais confirmer car me taper 1500 pages pour vérifier par moi-même… voilà quoi, Ça reste pour nombre de cinéphiles un souvenir marquant, vestige d’un passé glorieux où l’on pouvait encore se faire de belles soirées télé avec les programmes de ce que l’on appelait à l’époque la petite chaîne qui monte. Presque 30 ans après, le temps s’égraine dans le sablier de la vie à une vitesse que l’on ne soupçonne même pas, la télévision a beaucoup changé, et quelques Nouvelle star ou autres conneries du même acabit plus tard, on nous annonce un remake de cette fameuse mini-série. Cool, voyons voir si ce clown du 21 éme siècle flotte aussi bien que son prédécesseur…

Stephen King est un monument de la littérature fantastique, c’est un fait. Alors lorsque l’un de ses romans fait l’objet d’une adaptation au cinéma, ses hordes d’aficionados sont traditionnellement sur le qui-vive, traquant les différences existantes entre le métrage et le récit, cherchant si l’esprit du natif du Maine est retranscrit, ou pas, dans la bobine concernée. Et c’est tout à fait logique je dois avouer. Ces mêmes passionnés par l’immense bibliographie de l’auteur de Shining, sont de surcroît particulièrement exigeants sur le rendu final de la copie que le réalisateur rendra. Car si certains titres font généralement l’unanimité, Carrie, Simetierre par exemple, pour d’autres, on se retrouve parfois avec de beaux pétards mouillés, et ce n’est pas la presseuse diabolique de Tobe Hooper qui va nous contredire. Mais bon, il est intéressant de garder à l’esprit que toutes les personnes qui visionnent une bande frappée du sceau « d’après Stephen King », ne sont pas nécessairement des lecteurs assidus des ouvrages de l’écrivain. Et par extension, le fait de savoir si ce que l’on regarde est raccord ou non avec ce qu’a pondu le maître, ben on s’en tamponne un peu en fait. Car le principal, c’est qu’en définitive ce soit bien.

Allez, tend le bras mon petit…

Revenons quelque peu à nos clowns, histoire de voir si la farce est bonne. Confié à Andrés Muschietti, à qui l’on doit le pas mauvais mais très standardisé Mama, ce remake partait déjà avec un avantage évident. Plutôt doué derrière une caméra, l’argentin s’était démarqué sur son précédent effort en imprégnant sa mise en scène d’une véritable ambiance. Idéal lorsque l’on a l’ambition de retranscrire le travail du King dans un contexte très 80′ style amérique du pauvre à la sauce spielbergienne. Et sur ce point, il ne va pas falloir battre les œufs bien longtemps pour que la mayonnaise prenne. Car oui, on y est en pleine immersion dans la vie des losers qui n’ont pas eu la chance de rêver sous la bannière étoilée. Le contexte subtil de cette géniale décennie est ici omniprésent, avec posters de la bande à Gizmo dans la chambre des gosses, et cinquième mésaventure du grand brûlé d’Elm Street à l’affiche des salles obscures du coin. Cadre ayant pour but de suivre un groupe de jeunes issus pour la plupart de milieux socialement difficiles, voir carrément hostiles, et qui va devenir le théâtre de leur confrontation avec un Grippe-sou hargneux bouffeur de mioches.

L’air menaçant du nouveau Grippe-sou qui n’hésite pas à se mouiller pour faire peur…

La première grande différence avec l’opus de Tommy Lee Wallace, réside dans le rapport et les relations que vont développer entre eux les membres du club des ratés. La bonhomie et l’apparente innocence des enfants de 1990 laissent place à des échanges que je ne qualifierais pas de plus matures, mais en tous cas de plus adolescents, avec les sujets de prédilection et les inquiétudes qui vont avec. Les blagues qu’ils se lancent mutuellement, souvent très drôles d’ailleurs, sont régulièrement situées en dessous de la ceinture, illustrant par là même la connotation sexuelle naissante à cet âge ingrat. Cette dernière est ouvertement mise en lumière, comme en témoigne l’attitude des garçons lorsqu’ils se pâment devant une Beverly Marsh prenant le soleil en maillot de bain et qui, secrètement, va devenir l’objet d’un fantasme pour ces têtes pas encore boutonneuses. Et ouais, c’est un moment dans leurs existences où les mecs commencent à avoir la nouille qui les démange, ce qui est explicitement retranscrit dans le déroulement de l’intrigue. Pauvre Beverly qui plus est, devant faire face au quotidien à son timbré de daron au comportement aussi étrange qu’il ne sous-entend de potentiels actes incestueux. Mais la belle n’est pas la seule à être déjà pas mal esquintée, la majeure partie des membres de cette équipe traîne tous derrière eux un passé pas forcément reluisant. La faute en incombe à des parents qui n’ont pas été, ou n’ont pas pu être, à la hauteur de ce qu’ils auraient dû faire, et lorsque ce ne sont pas les géniteurs qui sont dans le viseur, c’est le destin lui-même qui s’est chargé de bousiller quelques âmes. Cette noirceur évidente et omniprésente ne transpirait pas à l’écran de manière aussi intense dans l’oeuvre du réalisateur de l’excellent Halloween 3, et indirectement cela a pour incidence, pour nous spectateurs, de faire en sorte que l’on s’attache bien davantage aux différents protagonistes.

Un club des ratés prêt à en découdre avec un clown plutôt énervé.

Alors les mômes assurent, c’est déjà ça, mais qu’en est-il de la partie purement horrifique. Le Il est revenu de 90 regorgeait de passages plus ou moins cultes ayant considérablement marqué les esprits des bisseux en mal de coulrophobie. Certains, comme la fameuse séquence où l’on pourrait croire que Beverly a eu des menstruations particulièrement abondante dans sa salle de bain, voir celui, en ouverture, dans lequel Georgy va perdre un bras lors de sa rencontre avec le monstre caché dans les égouts, sont repris avec une redoutable efficacité. D’autres, le rétroprojecteur par exemple, viennent innover quelque peu, et même s’ils paraissent parfois en décalage avec certaines interventions de Grippe-sou, demeurent plutôt funs et donc fortement appréciables. Reste le fameux boogeyman ayant fait tout le charme de cette histoire. Si nombre de ses faits d’armes viennent désormais piocher allègrement dans l’épouvante contemporaine en y utilisant parfois ses codes, corps qui se désarticule, victime aspirée subitement par une force invisible, ce clown new look incarné par le suédois Bill Skarsgard n’a malheureusement ni l’épaisseur, ni le charisme d’un Tim Curry dans la défroque de la créature au nez rouge. Pas que le perso soit raté, loin de là, mais il n’y a pas cette expressivité morbide et inquiétante dont savait faire preuve Curry sur la péloche de Wallace. C’est un peu dommage au vu du potentiel carrément flippant de cette abomination peinturlurée.

Pas exempt de défauts, ce It version 2017 reste néanmoins un excellent film d’horreur. S’il ne tient pas à mes yeux la comparaison avec son homologue de 1990, c’est surtout qu’il s’inscrit dans une tonalité complètement différente de l’original. Impossible donc de les comparer qualitativement parlant car ils restent tous les deux très bons, mais dans un registre totalement opposé, un peu comme Evil dead et sa re-lecture de 2013 en fait. Alors il nous reste juste à croiser les doigts pour que la seconde partie soit elle aussi une réussite…

IT 2017

Andrés Muschietti – Etats-Unis – 2017

Avec : Bill Skarsgard, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard, Sophia Lillis, Jack Dylan Grazer, Wyatt Oleff, Jeremy Ray Taylor, Chosen Jacobs, Nicholas Hamilton…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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2 réponses

  1. Nedry82 dit :

    Bel article qui vise juste! Bravo !

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