Tales from the Crypt – saison 3 (partie 1)

Nous sommes en 1991. J’ai 3 ans, la Moldavie déclare son indépendance et la chaîne HBO diffuse pour sa part la troisième saison de Tales from the Crypt, anthologie alors au firmament. La série reste en effet à ce stade sur sa fulgurante lancée. Elle propose une sélection de quatorze très bons sketchs au niveau diablement homogène. Des histoires traitées au vitriol avec un feeling bande dessinée très marqué, en particulier en cette troisième saison… Troisième saison qui est d’ailleurs certainement celle pour laquelle j’éprouve le plus d’affection  : c’est en effet avec celle-ci que j’ai découvert la série  ! L’émotion m’étreint et j’écrase ici une petite larme qui allège mon cœur. Mais stoppons net cette écœurante nostalgie, et lançons nous plutôt dans les quatre premiers épisodes de la troisième saison de Tales from the Crypt ! Suivez le guide, bande de petits vampires  :

Loved to Death
Le premier épisode de la saison rappelle plusieurs autres segments de la seconde année (Dead Right et ‘Til Death en tête) : c’est une histoire plus humoristique qu’horrifique, articulée autour d’un amour à sens unique (une fois de plus !). Mais il s’agit aussi là d’une nouvelle variation sur le motif du vœu qui tourne en eau de boudin (on dirait un nom de parfum !). Un thème d’ailleurs toujours éprouvé par nos amis ricains, eux qui ont envoyé un psychopathe mongoloïde notoire à la Maison Blanche… Careful what you wish for, comme on dit  ! Bref, encore une variations sur ce thème. C’est un peu le problème de la série, en jonglant toujours avec plus ou moins les mêmes situations archétypales, elle prend le risque de se répéter un peu… Heureusement, ce Loved to Death parvient à se démarquer des épisodes cités plus haut par un joli boulot sur son ambiance… et un humour débile  ! j’avais d’ailleurs oublié à quel point il était marrant, celui-là ! Raide dingue de sa jolie voisine, un wannabe scénariste (qui a tendance à mélanger réalité et fantasmes) se voit offrir un filtre d’amour par le propriétaire de son immeuble… Ce dernier est un mec chelou, qui espionne ses locataires via des caméras de surveillance et qui connaît donc le désarroi amoureux de l’écrivain. Un personnage nimbé de mystère, fumant clope sur clope dans un épais nuage bleuté… La mise en scène le dévoile d’ailleurs uniquement via des plans bizarres, des gros plans sur sa bouche par exemple. On ne comprends pas trop pourquoi mais on s’en fout, car l’effet recherché fonctionne au final   : c’est un peu zarb’ et ça renforce parfaitement la sensation d’oppression qu’est sensé ressentir notre loser de héros. L’atmosphère est donc assez savoureuse (pur huis-clôt, mystère, paranoïa, plan malsain) et alterne entre étrangeté et bol d’humour grotesque vachement plaisant  ! Étrangement, ça fonctionne bien et le mélange n’est jamais déroutant, alors que l’humour n’est pourtant pas des plus fins. Il faut voir la donzelle, dépeinte initialement comme froide et distante, se transformer en une nympho hystérique constamment collée à l’entre-jambe de son prétendant épuisé  ! Du pur harcèlement sexuel et psychologique  ! L’épisode verse alors dans la franche comédie burlesque et déjantée qui, personnellement, me fait vraiment marrer. L’imagerie et l’esprit du soap, parodiés au début de l’épisode, sont alors complètement dynamités à la fin. Et ça c’est franchement bonnard  ! Rafraîchissant  !

Es-tu bien sûre que le Madison se danse comme ça ?

« Near, Far, Wheneeeeever you aaaare ! »

Carrion Death
Cet épisode possède la distribution la plus épurée qui soit (deux acteurs seulement, plus un vautour !) et pourrait se réduire à un unique concept  : un jeu du chat et de la souris entre un taulard évadé de prison et un flic lancé à sa poursuite au beau milieu du désert. Le fuyard est incarné par l’excellent Kyle MacLachlan, éternel special agent Dale Cooper, à tout jamais dans nos coeurs  ! J’entends déjà mon pote Mighty Matt me souffler au creux de l’oreille  : «  éternel Paul Atréides  »  ! Ouais, chacun son école, Kyle MacLachlan, éternelle figure Lynchienne, donc… dont l’interprétation est par ailleurs assez cartoonesque et finalement bien peu crédible… Car quoi qu’il fasse, ce type a vraiment une tête de brave gars, ainsi qu’un visage de gamin en cette année 1991… Difficile donc dans ces conditions de le faire passer pour un bad guy taré, meurtrier et sociopathe… Mais peu importe, c’est toujours un plaisir d’avoir ce grand acteur à l’écran tant sa présence est rassurante. Taux de sympathie de 500%  ! Avec son casting réduit au minimum syndical et son script de la taille d’une blague Malabar, l’épisode aurait pu être chiant. Mais les enjeux, ainsi resserrés, parviennent à nous tenir en haleine jusqu’au bout, et laissent surtout le champs libre à l’action. Non stop  ! Pas le temps de s’emmerder, l’histoire est menée sur un crescendo dramatique bien huilé  : car après la course poursuite et l’inévitable baston, le flic va alors se retrouver mort, menotté à notre (anti)héros comme un boulet humain. Et là, complètement paumé dans le désert, sans voiture ni eau et encore moins de nourriture, ce bon vieux Kyle va en chier sévère  ! Surtout qu’il tire un poids littéralement mort derrière lui  ! Excellent, on prend vraiment un plaisir sadique à observer ce tocard fini s’enfoncer toujours un peu plus dans les emmerdes… La chute finale gore (et attendue, car révélée dès l’intro du Cryptkeeper) vient donc achever en beauté ce petit thriller sympathique et bien emballé.

Ce brave vautour est certainement le meilleur acteur de l’épisode.

Je vous l’avais bien dit que les contre-plongées ne me rendaient pas justice…

The Trap
Voici venir une des pépites de l’anthologie  ! Dans cette chronique acide, Bruce McGill interprète Lou Paloma, white trash misogyne doublé d’un bon gros trou de balle. Un sacré blaireau qui veut toucher l’argent de son assurance vie en simulant sa propre mort, pour aller se la couler douce à Rio avec sa femme soumise. Et c’est un vrai régal  ! Ce gros connard est vraiment hilarant et porte à lui seul l’épisode sur ses épaules. La galerie de perso toute entière est cool et amusante, mais Lou Paloma reste vraiment en mémoire, avec ses rouflaquettes de beauf, sa fière moustache et sa façon de parler de lui à la troisième personne… Génial  ! Il ne s’agit certainement pas de l’épisode le plus gore ou du plus malsain, mais d’une petite fable macabre et ironique sur laquelle plane un doux feeling d’insouciance… Une bobine calibrée pour nous réjouir quoi  : du bonheur, bordel, tout simplement  ! L’épisode est réalisé par ce brave Michael J. Fox, qui s’octroie d’ailleurs un caméo réjouissant. Le mec intervient ainsi en avocat lors de la scène finale du procès, et vient alors lui-même enfoncer et achever le personnage de son propre récit… Amusant  ! L’histoire est certes grosse comme la teub’ de Rigs Mordo, mais c’est justement pour ça qu’on l’aime (l’histoire hein, pas le Mordo). C’est un épisode qu’on aurait en fait adoré voir développé en long-métrage. Un peu comme Zemeckis et Jackson ont pu le faire ensuite pour The Frighteners, qui était initialement un script prévu pour la série. The Trap avait largement le potentiel pour être gonflé de nouvelles scènes et amélioré pour en faire une comédie acide à la The War of the Roses… L’ambiance et les personnages en avaient eux aussi les épaules, on aurait vraiment adoré rester un peu plus avec eux. Mais… c’est ainsi. Vous l’aurez compris, il s’agit tout bonnement d’un de mes épisodes préférés  ! Un petit classique à regarder une fois dans l’année, comme une dose d’homéopathie avant l’hiver, pour éviter la déprime passagère. I’m Lou Palomaaaa  !

Je suis Lou Palomaaaarglh !

Spéciale dédicace à mon frangin Mighty Matt.

Abra Cadaver
Encore un chouette segment, qui lorgne pour sa part plus sur l’horreur teintée d’humour noir. Il s’agit d’un épisode concept vraiment cool qui nous présente les aventures d’un homme cliniquement mort dont le cerveau est cela dit toujours en activité  ! On le suit donc de la morgue jusqu’à son autopsie, le tout en caméra subjective et en voix off hystérique  ! Le procédé est simple mais efficace, on ressent parfaitement le caractère oppressant et carrément malsain de la situation avec le pauvre personnage. L’histoire nous rappelle un peu la nouvelle de Stephen King Salle d’autopsie numéro 4, au pitch pas si éloigné, bien que le final de l’épisode soit ici très différent… Plus ironique, dans la plus grande tradition des Tales from the Crypt quoi  ! Avec son savant fou qui veut défier la mort, ses étudiants en médecine et ses décors d’hôpitaux, cet épisode ne se contente pas de poser une ambiance très Re-Animator, il le cite carrément  ! Beau Bridges (frère de et fils de) est nickel en scientifique cintré et renfrogné, les ambiances et les décors sont cool (le classique labo cheapos aux machines improbables qui clignotent de partout, les tubes à essais bouillonnants…) bref, le délire est simplement parfait. Une réussite, donc. Une de plus, pour cette saison qui débute vraiment fort.

Heu, Bernard, pourrais-tu me laisser quelques minutes seul avec le cadavre… ?

« Coupez ! »

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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