La Soeur d’Ursula

Dagmar et Ursula, deux sœurs originaires d’Autriche, s’offrent des vacances dans un luxueux hôtel en Italie. Ursula, qui se dit dotée d’un sixième sens lui permettant de deviner l’avenir, est une jeune femme renfermée qui déteste le contact avec autrui. De plus, elle ne s’est jamais réellement remise du suicide de son père survenu il y a peu suite à une lente et agonisante dépression. Ceci étant dû au départ de sa mère, une actrice de renom, qui a décidé de tout plaquer pour aller refaire sa vie loin de ses filles et du géniteur de celles-ci qui, au passage, ne bandera plus jamais de la même façon (si si, c’est pas des conneries…). A son opposée, Dagmar, protectrice et bienveillante, est pétillante et souhaite vivre délicieusement chaque instant, ce qui ne semble guère enthousiasmer son étrange sœurette. Alors que la belle, qui a les hormones en ébullition, envisage de bien profiter de son séjour au grand dam d’Ursula, d’horribles meurtres sont commis à même le palace dans lequel elles ont posé leurs valises…

Pour le giallo, ce genre si populaire qui fit briller de mille feux le cinéma transalpin, la fin des années 70 est en quelque sorte synonyme de point de non-retour. Un peu comme lorsque tu t’apprêtes à clamser, et que tu suis indéfiniment ce long tunnel obscur sans ne jamais ne serait-ce qu’entrevoir cette putain de lumière. Tu essaies, tu réfléchis, tu tentes même d’autres trucs, tu appelles Dario, mais pas moyen, tu te rends compte que tu es bon pour rester tout seul dans le noir comme un con. Alors pour de nouveau inciter le chaland à mater du tueur ganté, le mieux est de miser à fond sur la carte de l’outrancier et du politiquement incorrect. Et à défaut de faire dans le gore jubilatoire qui te balance toutes les dix minutes de l’intestin fumant sur l’objectif de la caméra, dans le ciné bis, jouer sur le créneau de l’érotisme en mode très poussé fonctionne plutôt pas mal aussi…

Un tueur ganté, une lame, une nana à poil… Pas de doute, nous sommes bien dans un giallo.

Tout d’abord, pour recadrer les choses dans leur contexte, je pense qu’il est inutile de préciser qu’Enzo Milioni c’est pas vraiment Sergio Martino, ou d’autres maestros qui auront offert à ce courant si singulier ses lettres de noblesse. Non pas que l’on ait affaire à un sinistre tâcheron juste bon à envoyer de la pellicule qui sent le zob qui colle, loin de là. Mais force est de reconnaître que le gars n’a pas véritablement une filmo très référentielle en la matière. On lui trouvera bien un Luna di sangue en 1989, que je ne suis pas trop pressé de découvrir, arborant la mention qui fait vendre Lucio Fulci présente. Mais mis à part cette péloche, le reste de son œuvre n’est pas du style à nous donner l’envie irrésistible de découvrir son travail dans sa globalité. Pourtant, je serais bien mauvaise langue d’affirmer que la mise en scène de La sœur d’Ursula est dénuée de qualités. Et c’est sur ce point que parfois le bas blesse.

Si Milioni exploite pleinement les somptueux décors naturels dont il dispose, le film a été tourné sur la magnifique côte amalfitaine, dans la province de Salerne, il va pêcher là où il aurait été préférable qu’il marque des points. Malheureusement, les passages dans lesquels la tension devrait être palpable, les séquences d’assassinats par exemple, voire celles prévues pour les révélations concernant tout ce bordel, sont expédiées de façon beaucoup trop linéaire et sans le moindre relief. Alors c’est sympa d’attribuer un véritable cachet à l’établissement abritant tout ce petit monde, ça, il sait faire l’Enzo, mais accorder un semblant de panache plus probant aux moments que l’on qualifierait d’intenses, cela n’aurait pas été du superflu. Car manque de bol, ces scènes qui sont souvent celles que l’on garde en mémoire, proposent au final un spectacle mollasson, et nous affuble d’une bien piètre demi-molle. Tiens, comme le daron de l’Ursula en fait…

Alors, à part filmer des paysages de cartes postales, y a t-il des choses à sauver du côté de la frangine à Ursule ? Ben ouais quand même…

Ci dessus, veuillez découvrir la belle paire d’Ursula.

Si le père Milioni ne semble guère à son aise lorsqu’il s’agit de lacérer de la chair, en revanche, il va lâcher les cheveux pour désapper l’intégralité de son casting féminin. Armé d’une poignée d’actrices facilement déculottables, le réalisateur va rythmer son intrigue via un nombre très conséquent de scénettes érotiques, flirtant parfois avec le hard. En alternant frénétiquement parties de jambes en l’air torrides suivi d’un homicide, Milioni va faire de ce combo la clef de voûte de son métrage. Tout d’abord, en économisant sur le budget costumes de ses comédiennes, légèrement vêtues voire souvent à poils. Avantage qu’il transformera à bon escient en nous dévoilant une multitude de superbes créatures pas forcément très farouches lorsqu’il s’agit de faire tomber leurs slips. Les déesses se suivent, Stefania D’Amario (L’enfer des zombies, L’avion de l’apocalypse), Anna Zinnemann (Big Racket) et autres Antiniska Nemour (La dernière orgie du 3 ème Reich et… un truc de Pasolini aussi), et seule Barbara Suspiria Magnolfi semble plus avare pour nous faire part de ses charmes. Dommage, cela aurait peut-être rehaussé, ou tout du moins agrémenté, un rôle que la jolie brune ne paraît apprécier que très modérément. A cela, le metteur en scène va en contrepartie introniser un meurtrier que l’on devine, comme dans tout bon giallo qui se respecte, traumatisé par un événement antérieur lui ayant pas mal fracassé la cervelle et l’obligeant à s’en prendre à la gent féminine. Si les interventions de celui-ci ne sont pas vraiment inoubliables, l’arme qu’il va pourtant utiliser demeure tout de même très originale. En effet, pas du genre à vouloir jouer du couteau, c’est avec un gode énorme qu’il s’en ira déflorer de la donzelle qui n’en n’avait pas spécialement besoin.

Tout est dans le regard. Avec la palanquée d’actrices présentes dans ce film, il y a en effet de quoi se rincer l’œil…

Découvert il y a peu via la somptueuse édition parue chez Le chat qui fume, Occhi, son appellation en VO, rappelle par moments des titres tels que Nue pour l’assassin ou encore l’excellent La clinique sanglante. Même si Stefania est loin d’être aussi convaincante que la divine Rosalba lorsqu’elle décide de se chatouiller la minette, La sœur d’Ursula est une bobine qui ne ment pas sur la marchandise qu’elle a à faire découvrir. Pour voir du cul et des crimes à grands coups de phallus en bois (hors champs quand même…) en plein dans l’entrecuisse d’innombrables demoiselles, le tout dans un cadre particulièrement charismatique, cette bande remplie largement sa part du contrat. Après, pour ceux qui voudraient visionner un grand thriller à l’italienne, avec un super scénario rempli de rebondissements inattendus et bourré de toutes les qualités de ce type de série B ben… le mieux je pense, c’est encore d’appeler Dario !

LA SOEUR D’URSULA 

Enzo Milioni – Italie – 1978

Avec : Barbara Magnolfi, Stefania D’Amario, Vanni Materassi, Marc Porel, Anna Zinnemann, Antiniska Nemour…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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