L’interview « presque façon Proust » de Francis Renaud

Vous connaissez Francis Renaud en tant qu’acteur, notamment chez Olivier Marchal pour lequel il a souvent travaillé, mais il est aussi scénariste, réalisateur ainsi qu’artiste peintre ! Un véritable touche-à-tout, qui a accepté de nous réserver un peu de son temps pour répondre aux questions de l’interview « presque façon Proust ». Et il a beaucoup de choses intéressantes à nous dire, comme vous allez le voir… 

Bonjour Francis et grand merci de nous accorder de ton temps. Tu es un acteur très présent au cinéma et en télé avec plus de 70 rôles en 30 ans de carrière. Quel a été ton déclic pour te lancer dans ce milieu ?

Quitter un milieu sans ambition dans lequel je tentais désespérément de survivre enfant et adolescent. Ma mère a été ouvreuse à une époque de sa vie dans un cinéma à Thionville. Elle m’y emmenait. J’avais quatre ans, juste après la mort de mon père. Très tôt j’ai découvert le cinéma, les films. Ma première émotion en salle, c’est en découvrant Il était une fois la révolution de Sergio Leone, en 1971, j’avais cinq ans. En CM1, je savais déjà que je voulais être acteur, je me suis accroché à ce rêve.

Comment s’est forgée ta culture cinématographique ? Vers où vont tes préférences ?

Dans les années 80, j’allais au cinéma tout le temps. C’était mon évasion, une liberté et une émotion incroyable que de pouvoir vivre et ressentir, vibrer à travers tous ces films comme : Shining de Kubrick, Raging Bull de Scorsese, La Porte du Paradis de Cimino, Elephant Man de Lynch, Stand by Me de Reiner, Pulsions et Scarface de De Palma, Garde à Vue de Miller, Le Nom de la Rose d’Annaud, Platoon de Stone, Au-delà de la gloire de Fuller, Mississippi Burning et Pink Floyd-The Wall d’Alan Parker, Il était une fois en Amérique de Leone … Tellement de films qui m’ont fait voyager, rêver, pleurer, respirer.

Tu es un des acteurs fétiches d’Olivier Marchal, que tu as rencontré sur l’excellente série Police District. C’est sur cette dernière qu’il t’a proposé de jouer dans son premier film, Gangsters. Parle nous de ta collaboration avec lui.

Une rencontre incroyable, inattendue. Il s’est battu et a réussi à m’imposer sur Gangsters, son premier long-métrage, et ce n’était pas gagné, loin de là. J’ai dû passer 5 essais pour être au final validé par la production. Marchal aime le cinéma, nous aimons les films, jouer, réaliser, écrire.  C’est un acteur généreux aussi et sur cette série Police District nous avons créé des liens jusqu’à aujourd’hui. Il m’a fait jouer avec des acteurs (trices) prodigieux comme Daniel Auteuil, Gérard Lanvin, Tcheky Karyo, Daniel Duval, Anne Parillaud…  On se dit tout. On se respecte surtout.

Olivier Marchal et Francis Renaud, ici dans le film « Scorpion » de Julien Seri

Tu tournes beaucoup en télé et dans de grosses productions mais tu es aussi un fervent défenseur d’un cinéma plus « petit » (en tout cas en France), en acceptant souvent des rôles dans des prods de genre, notamment dans l’horreur, genre de prédilection de notre petite bande de chroniqueurs. Je pense ici aux très bons Mutants et Aux Yeux des Vivants. Tu aimes le genre horrifique ?

Mutants de David Morlet, quelle aventure, quelle équipe autour de ce premier film d’horreur ! Un genre que je ne pensais pas approcher, David est venu me chercher. Nous avons fait des essais et quelques jours après c’était bon, j’embarquais avec eux dans cette histoire d’amour et de contamination…  Ensuite j’ai croisé par hasard Alexandre Bustillo dans mon village du Vexin, il m’a reconnu, nous avons échangé quelques mots. Il m’a laissé son portable pour m’appeler quelques mois après et me faire lire ce script Aux Yeux des Vivants

Nous nous sommes retrouvés en Bulgarie pour ce tournage où j’ai découvert Béatrice Dalle. Une partenaire de jeu exceptionnelle.  J’ai fait la connaissance de Julien Maury puisqu’ils réalisent toujours en tandem, deux supers réalisateurs talentueux. Un univers incroyable, fou, déglingué, brutal, dérangeant, chaotique … J’adore, ça me change des rôles que j’ai pu interpréter.  J’aime le bon genre horrifique, j’apprécie beaucoup, par exemple, le travail d’Alexandre Aja, le fils d’Arcady, bien meilleur que son père.

On sait qu’il est difficile de monter des films de ce type en France. Les financiers sont frileux… Mais ne penses-tu pas aussi que la presse spécialisée joue un rôle très négatif en démolissant quasi systématiquement les œuvres estampillées « horreur » produites dans ton pays, parfois pour des raisons autres que la qualité du film d’ailleurs ?

Pas soutenu et encore moins par certains festivals comme celui de Gérardmer à l’époque pour Mutants. Dommage car nous n’avons pas à rougir du travail qui est fait autour de ces films malgré le peu de budget, faible voire dérisoire. Compliqué, certains préfèrent jouer le jeu outre atlantique avec de sombres bouses car il y a plus d’argent, surtout en marketing, pub et autres. Nous avons eu tout de même à nos côtés Mad Movies qui a soutenu le film de Morlet, mais ce n’était pas suffisant pour exister en salles et donner une plus grande visibilité à ce film, Mutants.

Idem pour Aux Yeux des Vivants, un film étrangement boudé par une certaine presse, dommage. Mais ça n’a pas empêché notre tandem Bustillo&Maury de réaliser avec panache et brio Leatherface avec Stephen Dorff, Lili Taylor, juste sublime.

Le cinéma français est très cloisonné. Tu me disais en aparté récemment que, sorti d’un certain carcan et des castes qui le constitue en majorité, le chemin pour faire un cinéma différent est parsemé d’embuches. Tu l’as souvent vécu ?

Toujours, malheureusement pour certains, il nous est impossible de réaliser, de porter nos projets.

Peut-on dire que ton projet de monter Les Effarés, modernisant à l’époque actuelle l’histoire des poètes Rimbaud et Verlaine et que tu portes à bout de bras depuis plusieurs années, traduit de manière caractéristique ce souci du cinéma hexagonal, puisque tu as dû lancer un financement participatif ?

L’idée de cette cagnotte Leetchi est de sensibiliser une production Française autour de ce projet sulfureux, atypique avec quelques participants motivés qui ont rejoint ce projet. Il y a huit ans déjà que je me bats pour que ce film puisse avoir sa chance d’exister en salles. Une histoire forte, bouleversante, moderne. Et pourtant nous avons le soutien de la Belgique avec Nexus Factory mais ça ne suffit pas pour l’instant.

  

Parle-nous plus longuement de ce film ? Où en es-tu ? La campagne rencontre un joli petit succès non ?

Pas suffisamment mais il y a tout de même 165 participants et nous avons eu un peu de presse. Cette action me permet de pouvoir travailler dessus, d’être présent grâce à eux et de tenir aussi à travers leurs encouragements, dons et soutiens. Les fonds collectés à ce jour sont de 6.245,10 euros. Un petit pas dans l’absolu mais un grand pas pour ce film qui, je l’espère, trouvera sa production et son public par la suite en salles. Il s’agit de l’adaptation moderne de cette histoire passionnelle, tragique entre Rimbaud et Verlaine. Cette fusion poétique, douloureuse, dévastatrice qui a laissé des blessures, des mots. Une emprunte culturelle, un texte brûlant, Une saison en Enfer, avec des séquelles redoutables pour la famille d’Arthur, sa mère Vitalie et ses sœurs et celle de Verlaine puisqu’il était marié. Un désastre mais avec cette quête de vivre, de tout vivre, sans morale parfois mais avec cette fougue, cette fureur d’être. Un film générationnel dompté par une musique Punk-Rock’n’roll…  Un film mystique aussi sur les esprits et l’au-delà, mais je ne peux en dire plus.

Outre ce projet, tu as écrit un livre sur ta vie et ta carrière, La Rage au Cœur, qui sortira en septembre chez Hugo & Cie. Peux-tu nous en toucher quelques mots ?

Oui il sortira vers le 20 septembre 2018. Ce livre retrace tout mon parcours de vie, d’homme, d’acteur. Avec toutes ses blessures, deuils, épreuves. Le rêve d’un gosse qui s’accroche au cinéma pour fuir une enfance toxique, irrespirable.

Je pense aussi que tu as participé à un long-métrage interactif, premier film de Franck Florino. Tu peux nous en parler ?

Tout à fait. Il s’agit d’un premier long-métrage interactif réalisé par Franck Florino et produit par Colorsdream via Jean-Christophe Balducci, L’Araignée Rouge, avec notamment Laura Smet, Pascal Elbé et Tcheky Karyo, un thriller où quelques personnes vont se faire piéger et enfermer dans une tour au 46 étages. Le scénario est tiré d’une idée de Robert Hossein : jusqu’où peut on aller dans la vengeance et la douleur lorsqu’on ne pardonne pas. Le spectateur sera invité à voir le film en salles via une application (dans la salle de cinéma, ce sera au spectateur de trouver l’issue grâce à une application dédiée sur son smartphone qui le guidera en temps réel et sans besoin de connexion.  6 suspects, 1 coupable à déterminer qui pourra être différent à chaque séance – ndlr)

Le film a été entièrement remonté par l’excellent Romin Namura qui avait monté Mutants d’ailleurs. Il sortira dans quelques mois, la date n’est pas encore fixée car ils cherchent le bon distributeur. Ils ont produit ce film sans distributeur pour être libre de choisir leur casting et l’application qui fonctionne très bien avec un smartphone prend un peu de temps ….

De tout ce que tu as fait depuis le départ sur le ciné, de quoi es-tu le plus content, voire fier ?

Une série pour France 3, L’Affaire Villemin, réalisée par Raoul Peck.

Francis Renaud et Armelle Deutsch dans l’excellente mini-série « L’Affaire Villemin »

Les Effarés mis à part, si tu avais un projet ciné à concrétiser, quel qu’il soit et avec un budget illimité, ce serait quoi ?

Un long métrage consacré au massacre d’Oradour-sur-Glane (les habitants de ce petit village, soit 642 personnes, furent massacrés par une division allemande le 10 juin 1944…-ndlr).


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

Il était une fois la révolution, j’avais 5 ans. Je suivais ma mère ouvreuse de cinéma, la journée et parfois le soir. Elle me laissait dans la salle et je pouvais ainsi découvrir des films…

Ta scène ciné culte ?

Steve McQueen dans La Grande Evasion chevauchant sa moto pour passer la frontière à travers champs …

Le film qui t’a le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Hibou, une comédie française réalisé par Ramzy Bédia sortie en 2016 avec Elodie Bouchez …  J’ai perdu 1h23m de ma vie !

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

Las Vegas Parano de Terry Gilliam, tout le film, juste énorme.

Ta scène gore favorite ?

Dans L’Exorciste de Friedkin, lorsqu’elle se masturbe avec le crucifix …

La scène érotique la plus bandante, excitante pour toi ?

Dans La Guerre du feu d’Annaud, la scène de la levrette au bord de l’eau …

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

Orange Mécanique.

La scène la plus flippante à tes yeux ?

L’accident d’avion dans Les Survivants réalisé par Frank Marshall et sorti en salles en 1993.

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Meryl Streep !

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

David Lynch à La Mostra de Venise en 1994 qui me félicite pour mon jeu dans Pigalle de Dridi après la projection.

Un énorme merci à Francis Renaud pour son temps et sa passion communicative. Un vrai mec de cinoche comme on les aime, qui plus est avec un ♥ gros comme ça !

La Rage au Cœur sortira en septembre aux éditions Hugo & Cie. Vous pouvez suivre l’actu du livre sur la page facebook : https://fr-fr.facebook.com/F.Renaud67/  .

Quant au projet Les Effarés, pour le soutenir, c’est ici : https://www.leetchi.com/c/les-effares-rimbaudverlaine et pour toutes les infos, là : https://www.facebook.com/francisrenaud67/.  Si le cinéma français n’aide pas de tels projets, que des cinéphages le fassent ! A vos claviers ! 

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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