MAN-THING

Il y a des scènes d’intro qui ont le mérite d’être particulièrement accrocheuses, et donc très prometteuses pour le métrage qu’elles inaugurent. Des séquences qui, un peu comme lorsque tu ouvres une bouteille de coca après l’avoir préalablement agitée – un autre membre de la rédaction aurait surement illustré l’exemple avec une canette de bière, mais par respect pour lui je tairais le nom de mon ami liégeois -, te pète à la gueule sans que tu n’aies le temps d’avoir la moindre réaction. C’est par le biais de l’une d’elles que débute cette adaptation de l’homme-chose. Jugez plutôt.

Un groupe de jeunes festoient à proximité d’un marais ayant la réputation d’être un endroit qualifié de mystique par les indiens. Deux d’entre eux, qui après s’être quelque peu chauffés les parties génitales, décident de s’enfoncer dans la pénombre du marécage pour explorer plus en détails d’autres recoins et, accessoirement, trouver un coin pour s’envoyer en l’air. Découvrant un canoë abandonné idéal pour assouvir leurs ébats, la nana, une belle blonde pulpeuse hyper chaude interprétée par le mannequin Imogen Bailey, dévoile alors une méga paire de nichons et offre carte blanche à son flirt de fortune pour profiter de sa plastique siliconée. Ne se faisant guère prier pour passer à l’action, le mec va donc besogner la bombasse avec entrain jusqu’à ce que cette dernière pousse un cri d’effroi. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Le type s’est-il trompé d’orifice? Non en fait. Juste derrière le gars, le man-thing laisse deviner sa silhouette menaçante et empale dans la foulée le bonhomme, éclaboussant généreusement d’hémoglobine la divine poitrine encore moite de la demoiselle fraîchement dézinguée. Pas mal quand même pour commencer, car on a vu pire comme mise en bouche. Surtout pour une coproduction Marvel

Une victime apeurée, le monstre vient de lui montrer son gros tronc…

Quelque part en Floride, dans une petite ville marécageuse plutôt paumée, le shérif Kyle Williams va prendre ses nouvelles fonctions dans l’optique d’aspirer à une vie plus paisible que l’enfer des métropoles dont il est issu. Manque de bol pour lui, alors qu’il a à peine pris possession de ses quartiers et même pas le temps de mettre une cafetière en route, il va découvrir une liste impressionnante sur laquelle figure nombre d’habitants des alentours tous portés disparus. Laissant de côté la quiétude qu’il était venu chercher dans un bled où l’on dessoude du caïman par dizaines, le représentant de l’ordre va mener une enquête qui va le conduire à un fait qu’il n’avait pas vraiment senti venir. Si les premiers soupçons se portent de prime sur un étrange peau rouge vivant reclus en ermite dans la zone marécageuse, le flic va rapidement découvrir des corps tellement mutilés qu’il serait délicat d’attribuer ces atrocités à un simple être humain. Arrive alors à la connaissance du policier une incroyable légende amérindienne, dans laquelle est stipulée qu’un protecteur punirait tous ceux qui violeraient le territoire sacré des anciens scalpeurs de boîtes crâniennes. Et justement, l’installation d’une foreuse en plein cœur de cette terre ancestrale par un industriel peu scrupuleux, fait étrangement office d’élément déclencheur concernant ces nombreuses disparitions…

Le résultat de la colère de l’homme-chose : y a pas à dire, c’est pas une fiotte quand même…

Dans le courant des années 2000, les prods estampillées du sceau de l’usine à rêves commencent à affluer considérablement dans le paysage cinématographique de l’époque. Grace, ou par la faute c’est selon, aux excellentes adaptations mettant en vedette le plus célèbre des tisseurs de toiles, Sam Raimi a ouvert malgré lui un véritable boulevard hollywoodien aux super-héros nés de l’imagination du grand Stan Lee et consorts. Par le biais de sa géniale trilogie consacrée à Spiderman, le réalisateur d’Evil dead, et dans une moindre mesure Bryan Singer avec sa version des X-men, a inexorablement mis le pied à l’étrier à la mise en chantier des inévitables Hulk, Quatre fantastiques, Ghost rider, et à une version ciné fort dispensable d’un Daredevil qui aura au moins eu le mérite de proposer une bande originale nous permettant de découvrir le son d’Evanescence. Et encore, j’en passe d’autres volontairement sous silence. Le résultat de ce pilonnage productif va avoir pour conséquence de formater à outrance les films de nos héros de bandes dessinées favoris. Pour quelles raisons ? Simplement parce que c’est super tendance et potentiellement très intéressant, ce qui signifie que ça rapporte beaucoup d’argent, donc pour Marvel et les sociétés qui financent les bandes ils faut ratisser encore plus large pour gagner encore plus de fric. Et pour élargir davantage son public, ben on shoote tout ce qu’il pourrait y avoir d’un tant soit peu dérangeant. Dans les grandes lignes cela se traduit par : pas de sang, pas de cul, pas de propos déplacés et surtout, des persos assez stéréotypés ne prenant aucun parti pris trop casse gueule. C’est beau l’appât du gain au détriment de l’audace artistique. Mais en 2005, même si les projecteurs sont tournées vers une Jessica Alba alors sublimée par sa combinaison moulante pour son rôle de Susan Storm, ce qui a pour effet de réduire considérablement l’élasticité de certains de nos membres, un projet considéré comme mineur par la firme et guère convoité en règle générale, va atterrir entre les mains d’un metteur en scène dont le choix s’avère assez surprenant.

Cette vieille branche de Man-thing en action.

Ayant connu une petite heure de gloire en 1992 avec son œuvre Le cobaye, bon, c’est très relatif lorsque je parle de gloire, Brett Leonard est surtout apprécié des fans de bis horrifique pour son premier effort qui vit le jour à la fin des glorieuses 80′ : l’excellent Re-animator hospital. Scénariste à ses moments perdus, le cinéaste qui a commis l’amusant Highlander : le gardien de l’immortalité va orienter son Man-thing vers un cinéma très proche de l’épouvante pure et dure. Soignant au possible l’ambiance de sa bobine via de très beaux passages se situant sur le terrain de jeu de la créature, avec brouillard vert et atmosphère anxiogène très réussis, Leonard va astucieusement doser les apparitions de cette dernière en ne nous la révélant entièrement qu’à la fin, et jongler efficacement avec les différents meurtres que son monstre va commettre. Et quand je parle de tueries, et c’est carrément jouissif d’ailleurs, cela vire bien souvent au carnage. Peu avare en effets gore, Brett Leonard va montrer son homme-chose en mode très mauvaise humeur, déchaînant son tas de branche revanchard avec une hargne peu commune qui fait plaisir à voir. La bestiole n’hésitant pas à perforer de tous les côtés ses malheureuses victimes, enfonçant ses appendices végétaux partout où cela est possible, mais pas d’obscénités, c’est pas du porno arboricole non plus, et déchirant les corps des pauvres âmes s’aventurant par mégarde sur le périmètre qu’elle protège. Et ça c’est fun ! Même si l’intrigue marque clairement le pas en milieu de péloche, certaines phases dialoguées sont un peu chiantes même si l’aspect malédiction indienne est pertinent, la pilule passe relativement bien via notamment l’intervention d’acteurs dont l’interprétation est vraiment convaincante.

Loin d’être exempt de défauts, le rythme est très inégal, quelques raccourcis scénaristiques pas très judicieux plombent un peu l’ensemble et les premiers assassinats sont hors champs, Man-thing est la preuve vivante que confié à un modeste artisan faiseur de série B, une transposition Marvel, même secondaire dans le protagoniste porté à l’écran, peut se transformer en un film franchement original. Les puristes y verront peut-être d’un mauvais œil la distance prise avec le concept de l’homme-chose tel qu’il a été inventé dans le comics, mais cette relecture du personnage créé par big Stan qui montra le bout de son tronc pour la première fois en 1971 dans Savage tales n°1, demeure néanmoins hyper respectueuse du mythe. En sus, elle ne bafoue, bien au contraire, en aucun cas l’aura de la bête pour accoucher d’un concept détonant dans l’univers parfois tellement linéaire des adaptations cinématographiques signées Marvel. Et rien que pour ça…

MAN-THING

Brett Leonard – Etats-Unis – 2005

Avec : Mark Stevens, Matthew Le Nevez, Rachael Taylor, Jack Thompson, Rawiri Paratene, Alex O’Loughlin, Steve Bastoni, Robert Mammone, William Zappa…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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