THE MONSTER

Kathy, une jeune mère très portée sur la bouteille, emmène seule sa fille Lizzy passer un week-end chez son père. Très tard dans la nuit, alors qu’elles roulent déjà depuis un bon moment sur une route de forêt quasi déserte, elles vont percuter un loup : ce qui aura pour conséquence d’endommager et d’immobiliser leur véhicule. Dans l’attente de l’arrivée des secours, et rapidement rejoint par Jesse, un dépanneur, Kathy et Lizzy vont découvrir que la cause de la mort de l’animal qu’elles ont heurté n’est pas le fruit de l’impact avec le pare-chocs de leur berline. Il semblerait plutôt qu’un prédateur du genre hostile ait élu domicile dans les bois environnants…

Chut ! La créature rôde…

Avec un scénario minimaliste au possible, écrit par le metteur en scène lui-même, Bryan Bertino va dans un premier temps chercher à travailler sur l’ambiance de son film. Un lieu unique, une départementale que même les hérissons n’empruntent plus, une étendue forestière à perte de vue, une pluie battante, et pour conclure le tout une bagnole qui ne démarre pas. Très vite, un sentiment de claustrophobie s’installe. En proie à une menace sans nom tapie dans l’ombre, on a d’emblée l’impression que le voyage entreprit par Kathy et Lizzy pourrait bien être leur dernier. Tel un piège tendu par le destin, même l’intervention des rares personnages venus leur prêter main-forte ne va pas avoir l’effet escompté. Le nœud de la corde se resserre inexorablement autour de Lizzy et de sa génitrice, et fatalement, elles vont devoir être contraintes de faire face à la chose qui les attend insidieusement cachée au milieu des arbres. Une atmosphère anxiogène se dégage de cette phase d’attente, et l’on se prend sérieusement à craindre pour le devenir des deux protagonistes. Si ces moments un chouia contemplatifs paraissent parfois s’étirer quelque peu, néanmoins ils n’empêchent pas le spectateur de s’imprégner du calvaire que s’apprête à vivre les prisonnières de la carcasse de métal. De plus, le réalisateur de Mocking bird a un talent certain lorsqu’il s’agit de casser un rythme pour passer à la vitesse supérieure. Et concernant cela, il ne se privera pas de nous montrer de quoi il est capable…

On fait parfois de merveilleuses rencontres dans les bois…

D’abord ingénieusement dissimulée, Bertino va introduire progressivement sa créature au sein même du métrage. On la devine, on observe un vague contour, elle émet un grognement angoissant, et au final on appréhende carrément son apparition. Le réal va doser minutieusement chaque séquence où le monstre se dévoile, faisant de surcroît monter crescendo une tension ayant déjà atteint un point que l’on pourrait qualifier de non-retour. Et lorsque la bête choisit le moment opportun pour passer à l’attaque, les hostilités sont véritablement lancées entre la chose et ses victimes potentielles, donnant lieu à un combat de titan où tous n’en ressortiront pas indemne. D’un côté, nous avons une forme de vie animale agissant naturellement par instinct, et de l’autre, une maman qui défendra son enfant coûte que coûte… elle aussi par instinct naturel.

La relation entre Kathy et Lizzy demeure l’autre thème important de The monster. En effet, alcoolique notoire, Kathy vit essentiellement dans la culpabilité de ne pas avoir été à la hauteur vis-à-vis de Lizzy. Maladroite, complètement obnubilée par l’ivresse du doux nectar dont elle abuse, cette femme semble pourtant blessée et désemparée à l’idée de perdre ce qu’elle a de plus cher. Mais même rongée par les remords, les démons qui la hantent semblent être plus vindicatifs que sa propre volonté et ce malgré l’amour qu’elle ressent pour sa progéniture. Livrée à elle-même, souvent laissée pour compte au profit de quelques canettes de bière, la gamine hait de toute son âme le mal dont Kathy est victime. Mais la perte éventuelle de cette dernière est inconcevable pour cette gosse qui, même avec tout ce qu’elle a pu vivre, reste attachée de manière fusionnelle à celle qui lui a donné la vie. Sans faire dans le mélodrame existentiel chiant comme la mort, Bryan Bertino dépeint ce rapport de sentiments avec une authenticité assez rare. A aucun moment celui qui a fait tourner Liv Tyler dans The strangers ne va chercher à nous tirer les larmes des yeux, mais se contentera de faire un constat réaliste, froid et implacable. Ceci aura le mérite d’avoir un effet assez saisissant, et dès lors il est bien difficile de ne pas ressentir d’empathie envers ces malheureuses proies embourbées dans cet improbable traquenard.

Ça donne soif la chasse aux monstres…

Un espace-temps limité, peu de perso pour illustrer cette œuvre qui n’en avait pas besoin de plus, mais deux actrices franchement épatantes. Sous les traits de mère Kronenbourg, on retrouve la jolie Zoe Kazan qui, même si elle a joué dans plein de trucs qui ne nous intéressent pas, est une formidable interprète et excelle dans ce rôle qui demande un minimum de savoir-faire. Jonglant à merveille entre un côté rebelle tendance désinvolte d’une nana à l’existence fracassée et celui, plus subtil, de cette protectrice prête à se sacrifier pour sauver la chair de sa chair, la belle blonde livre une prestation à la hauteur de son potentiel. Ayant fait une partie de sa carrière au théâtre, et dramaturge à ses heures, la native de Los Angeles fait preuve d’un réel don lorsqu’il s’agit de faire passer des émotions intenses, et en sus se montre particulièrement à l’aise lors des passages purement horrifiques qu’impose cette péloche. Concernant la fillette qui entasse les capsules, c’est la juvénile Ella Ballentine qui composera pour donner de la substance à cette petite déjà pas mal esquintée. D’habitude, les mioches c’est souvent lourd dans le cinéma pour adultes. Ça gémit continuellement, ça balance des dialogues pourris désamorçant les situations qui ne mériteraient pas de l’être, et ils ont toujours envie de pisser pile à l’endroit où il ne faudrait pas. Heureusement, il n’y a pas de tout cela dans cette bande. Toute en justesse avec des sphincters solides, la môme est en parfaite adéquation dans cette interprétation qui, mal gérée, peut vite devenir un handicap certain pour l’ensemble de la bobine. Même si Ella n’a pas encore une filmographie prompte à nous filer ne serait-ce qu’une demi-molle, bon, elle est jeune encore, ses aptitudes pourraient pourquoi pas la conduire de nouveau à s’essayer au ciné de genre en y apportant ce type de plus-value bienvenue.

Rhôooo la belle bête !

Si l’on a souvent coutume de dire que le bis horrifique actuel n’a globalement pas un niveau aussi élevé que celui qu’il a pu avoir par le passé, la faute bien souvent à des mises en scène stéréotypées et fonctionnelles au possible, force est de constater qu’à la vision de pépites comme celle sur laquelle je viens de m’attarder, il est bon de se dire que si, finalement de bons films nous en avons encore. Je ne me lancerais pas dans la citation d’exemples car pour le coup on entamerait un autre débat. Mais il n’est à mes yeux pas déconnant d’arriver à la conclusion suivante en se disant que : ce qui ce fait de nos jours n’a probablement pas la force intemporelle et le charisme de ce qui se faisait dans les 70’/80′, mais au moins, à défaut d’avoir des couilles, cela a parfois du cœur.

THE MONSTER

Bryan Bertino – Etats-Unis – 2016

Avec : Zoe Kazan, Ella Ballentine, Aaron Douglas, Scott Speedman, Christine Ebadi, Chris Webb…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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