SPOOKIES

Une immense bâtisse perdue au beau milieu d’une forêt avec un cimetière du genre lugubre faisant office de jardin. Un groupe de jeunes un peu cons s’étant fait virer d’une soirée et décidant de finir cette dernière à même l’étrange baraque. Un sorcier maléfique, propriétaire du lieu maudit, attendant patiemment que quelques âmes égarées viennent se perdre dans les innombrables pièces dont regorge son antre, et tout ça afin de les éliminer dans l’optique de ressusciter sa chère et tendre dont il est éperdument épris. Voilà le point de départ de ce que nous propose Spookies, pur film de monstres qui va pour le coup nous offrir un véritable tour de train fantôme…

Avant d’être visible dans sa version définitive telle que nous la connaissons, Spookies est une œuvre qui connut un nombre assez conséquent de problèmes liés, en autre, à sa production. Débuté en 1983 par Thomas Doran et Brendan Faulkner (on doit à ce dernier la bisserie fantastico-comique Killer dead en 1992), cette bande, baptisée à l’origine Twisted souls, ne sera jamais achevée et va rester quelques années en stand-by au fin fond d’un tiroir. En 85, une troisième cinéaste, Eugénie Joseph, va réinjecter un peu de thune dans le projet afin de terminer ce que les précédents réalisateurs avaient commencé, en tournant notamment des séquences additionnelles et en réajustant quelque peu le scénario. D’après la légende, on lui doit surtout l’arrivée du personnage de Kreon, magicien des enfers et pilier fondateur du spectacle à venir.

Un monstre qui possède une grosse tentacule.

Au niveau du déroulement de l’intrigue, hormis bien entendu la présence du nécromant précité, les changements apportés à cette histoire n’ont guère dû être d’un poids très conséquent. Initialement prévue, la trame devait faire la part belle à une poignée de fêtards un peu paumés qui allaient décider de passer la nuit dans une maison hantée. Après quelques retouches scénaristiques ayant demandées une réflexion que j’imagine assez poussée, nous retrouvons donc une poignée de fêtards un peu paumés, qui vont décider de passer la nuit dans une maison hantée… par un vieux nécromancien tout moisi et sa horde de sbires. Mais qu’importe. Car le festival auquel nous allons être convié va se transformer en une expérience des plus divertissante.

Doté d’une mise en scène plutôt fonctionnelle et parfois même carrément élaborée, certains plans donnant sur l’extérieur de la demeure infernale sont de toute beauté, Spookies pêche régulièrement dans le ton à adopter pour retranscrire les méfaits du carnage qu’il va proposer. D’une part, nous avons un métrage qui se lance à fond les ballons dans le second degré, en optant pour un parti prit ouvertement burlesque. En témoigne la bêtise sans nom de certains protagonistes, Rich et sa marionnette pas drôle en tête. Ou encore les mucks man et leur flatulente intervention ponctuée de bruit de pets plutôt surprenants, car le passage dans lequel ils font leur apparition ne se prête pas forcément à une forme quelconque d’humour. Et d’autre part, cette bobine va parfois démontrer un sérieux presque étonnant. Le gosse fugueur du début va se faire lacérer puis enterrer vivant, Isabelle, la promise de Kreon, repousse allègrement son fils venant chercher l’amour maternel auprès de sa génitrice (en même temps, avec la gueule qu’il a…), et au final, les têtes roulent quelque soit l’abord sympathique dont peuvent faire preuve les différents individus. Ce constat s’explique probablement par les visions, assez opposées, que les trois réals on dû se faire concernant ce à quoi Spookies devait ressembler une fois que l’ultime clap de fin aurait retenti. Sûrement un bis amusant issu de la caboche de la première mouture, et un produit plus austère pour la deuxième. Enfin, peut-être.

Une araignée du genre peu commode s’apprête à passer à table. Mais pas pour boulotter de la mouche…

Souvent qualifié de nanar du style fréquentable, décidément, je n’aime définitivement pas ce mot soit dit en passant, Spookies est avant tout un incroyable jeu de massacre dans lequel les victimes sont confrontées à des créatures aussi impressionnantes qu’elles ne vont être nombreuses. Lors de la visite de la bicoque, chaque porte que les perso ouvriront est matière à la découverte d’un danger, prenant bien souvent la forme d’une gloumoute haute en couleur. Araignée géante, bestiole gluante pleine de tentacules, grande faucheuse, zombies, la panoplie est suffisamment large et variée pour permettre au spectateur de ne pas s’ennuyer une seconde tant le rythme et la cadence des mises à mort restent constants. De plus, cette péloche dispose d’effets spéciaux vraiment qualitatifs, sublimant encore une fois la galerie d’abominations se cachant dans les moindres méandres du repère du démon. Ceci permet en sus d’oublier l’intervention de l’ensemble du casting qui flirte bon l’amateurisme à plein nez. Tous très stéréotypés, les acteurs en font des tonnes en terme de cabotinage. Avec une mention spéciale à Duke, le bad boy de l’équipe, ainsi qu’à Linda, sa petite amie dotée d’une paire de nichons énormes qu’elle ne nous dévoilera jamais. Dommage. Mais indirectement, je dirais que cela ajoute presque un charme supplémentaire à cette très chouette série B.

Une bestiole qui sert aussi de lampadaire.

Truffé jusqu’à la moelle de détails macabres et doté d’un paquet de scènes d’anthologie, Spookies souffre certes de certaines maladresses, clairement à mettre sur le compte du potentiel probablement léger des trois artisans qui se sont affairés à cette entreprise. Mais qu’importe. Au vu de la généreuse prestation offerte, on lui pardonnera volontiers. Et cela ne l’empêcha pas, mine de rien, de rafler un prix au Festival du film d’horreur de Paris en 1986. Pas mal pour une prod’ aussi désargentée et dont la conception fût si chaotique.

Bien aidé par une somptueuse bande originale, Spookies est un titre qui, malgré les quelques défauts précités, mérite amplement le détour, ne serait-ce que pour le plaisir de découvrir environ 90 minutes de pellicule purement horrifico-bis, qui s’assume entièrement, et qui mérite très largement son petit statut de vhs culte ayant fait la joie de pas mal de cinéphiles lors de l’âge d’or des vidéoclubs. Et puis merde, dedans y a des morts-vivants qui pètent quand même !

SPOOKIES 

Genie Joseph, Thomas Doran et Brendan Faulkner – Etats-Unis – 1986

Avec : Felix Ward, Maria Pechukas, Dan Scott, Alec Nemser, A. J. Lowenthal, Pat Wesley Bryan, Peter Dain, Joan Ellen Delaney, Nick Gionta, Lisa Friede, Peter Iasillo…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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