Mystérium

Adeptes du spiritisme et de la planche Ouija, mordus de table tournante et de brouette Javanaise (heu? je dois confondre…) Mystérium est fait pour vous. Il s’agit en effet d’un jeu de plateau qui vous invite à incarner un médium pour mener l’enquête dans un manoir… attention, roulement de tambourin… hanté  ! Ouais, ça c’est le pied, on est bien d’accord  ! Bicoque inquiétante, vieilles portes qui grincent et nuit d’orage… Si vous traînez vos babouches sur ce site, vous vibrez forcément pour ce décorum bandulatoir  ! Le joli livret du jeu pose en tout cas directement l’ambiance, via un graphisme soigné et un petit background sympathique dévoilé juste avant la règle du bazar. Grosso modo, on nous explique qu’un homme a été assassiné dans cette immense propriété et que son fantôme semble errer depuis en ses murs, piégé entre deux mondes. Afin de plonger totalement dans cet univers fantasmagorique, l’éditeur propose même de télécharger une musique d’ambiance pendant la partie  ; plutôt trippant et bienvenu, ma foi  !

« Who you gonna call ? »

Malgré son thème à priori assez ciblé, la grande force de Mystérium se révèle clairement être son côté familiale et grand public. Sa mécanique coopérative (on joue ensemble contre le jeu) est assez bien vue et son style asymétrique permet de varier les plaisirs. Un style de jeu asymétrique  ? Kézaco  ? Mais j’y viens les gars, soyez patients  ! C’est dingue ça, de nos jours les jeunes veulent tout, tout de suite. Moi de mon temps on était pas aussi pressé, on savait vivre, à l’époque. C’est sûrement à cause de leur internet et de leurs téléphones, ça leur grille le cerveau aux jeunes. D’ailleurs, je sais pas vous mais… Quoi  ? Vous dites ? Vous voulez que je vous parle du système de jeu asymétrique  ? Mais fallait le dire, c’est tout simple  : dans Mystérium, un des participants va devoir jouer différemment des autres en interprétant le fantôme lui-même  ! C’est alors lui qui mène le jeu. Son but est en effet d’aiguiller au mieux les voyants, afin que ces derniers puissent mettre en lumière les conditions de sa mort… Qui l’a assassiné  ? Dans quelle pièce du manoir  ?? Et avec quelle arme  ??? Oui c’est ça, comme dans le Cluedo en somme, mais sans cette petite catin de Mlle Rose. Le jeu emprunte d’ailleurs à un autre titre célèbre sa mécanique puisque le fantôme devra «  envoyer des visions  » à chaque médium. Mais rassurez-vous, nul besoin d’avoir des pouvoirs surnaturels  : le spectre procède en distribuant simplement des cartes parées d’images surréalistes aux autres joueurs. Là, il s’agit bien sûr du principe de Dixit, ce jeu aux cartes richement illustrées et qui baignent dans un imaginaire poétique. Mystérium reprend ce concept mais en le modifiant sensiblement. Ici, le but est de passer des messages à ses coéquipiers et de les guider au mieux dans leur investigation surnaturelle, en leur donnant des indices visuels, jusqu’à ce qu’ils trouvent la solution. Association d’idées, thématiques communes, détails parlants, peu importe comment, mais les différentes cartes données doivent générer un sens global pour le médium. Pas forcement limpide puisque chaque carte comprend son lot de détails et d’interprétations forcément subjectives… Un simple tour de jeu se transforme alors rapidement en une gigantesque session de brainstorming, tous les joueurs étant invités à parler entre eux, à échanger leurs avis sur les différents indices envoyés par le défunt…. Ce dernier, pour sa part, ne parlera pas de la partie, ne pouvant s’exprimer qu’en frappant sur la table, un coup pour «  oui  » et deux coups pour «  non  ». Mais bon, vous savez sans doute déjà comment communiquent les fantômes.

 Heu… Je peux avoir d’autres indices ?

Mais Mystérium n’est pas qu’un jeu d’ambiance. Il est finalement surtout axé sur l’observation et la psychologie de ses participants, ce qui est assez rare pour être souligné. Ici, pas d’intelligence supérieure ni de stratégie requises (ce qui explique sûrement pourquoi je perds tout le temps). Ce qui vous fera progresser sera plutôt votre instinct et votre capacité à vous mettre dans la tête de vos coéquipiers. Mystérium peut en tout cas représenter une première approche vraiment cool pour les néophytes du jeu, et permettre ainsi d’initier votre petit neveu ou votre brave mémé aux délicieux plaisirs ludiques. Sacrée mémé  ! Vous pourrez d’ailleurs en profiter pour bazarder discrètement son putain de jeu des Petits Chevaux, bordel, elle nous les brise avec ses Petits Chevaux à la con  ! Un titre familiale donc, qui saura pourtant séduire aussi les joueurs plus réguliers, la mécanique de Mystérium restant complètement digne d’intérêt pour les plus exigeants. Jouable à partir de trois, il devient vraiment solide à cinq joueurs (un fantôme et quatre voyants). Il peut d’ailleurs se pratiquer jusqu’à huit, et là ça devient vraiment le bordel  ! Comme chaque médium peut légitimement apporter son grain de sel à la réflexion commune et influencer/conseiller ses petits camarades, il devient en effet plus difficile d’y voir clair… Ce qui n’est finalement pas une mauvaise chose en soi. D’ailleurs, puisqu’on en parle, la difficulté du jeu est plutôt bien dosée avec trois niveaux différents, ce qui permet de jouer plusieurs types de parties, toujours dans cet esprit familial, de la plus tranquille à la plus tendue. À vous de choisir. Et enfin, ajoutons rapidement que le matériel de jeu est vraiment splendide et fait plaisir à voir… Oui, je sais, j’écris ça dans toutes mes chroniques de jeu, mais que voulez-vous… Je n’achète que des beaux jeux  ! Les cartes « vision » sont vraiment chouettes, empreintes d’onirisme, elles participent à instaurer une ambiance mystérieuse aux parties. Quand aux cartes personnages/pièces du manoir/armes du crimes, elles développent un univers riche et cohérent du plus bel effet. Un beau jeu carrément bien branlé en plus, ça fait donc bien plaisir  ! Deux extensions permettent de renouveler un peu la surprise initiale (avec de nouveaux suspects, de nouvelles armes, mais aussi l’apparition de cartes «  mobiles  ») et de claquer votre thune dans autre chose que des clopes ou de la drogue. Le jeu de société sauvera le monde du chaos et de la destruction, c’est moi qui vous le dis…

 Des suspects qui semblent pourtant dignes de confiance.

J’accuse le colonel Moutarde dans le bureau avec l’espadon !

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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